CORACA-RI

Corporación agropecuaria campesina – Regional de Irupana. « Un pont en argent de la Bolivie à l’Espagne. Un pont qui représenterait les monceaux de minerais d’argent pillés par les Espagnols des mines de Potosí ». C’est ainsi que Eduardo Galeano, dans son livre, Les veines ouvertes de l’Amérique latine, illustre le pillage des Conquistadores. La Bolivie recelait alors en quantité or, étain et argent. Mais à force de le piller, ce pays est devenu l’un des plus pauvres d’Amérique latine. La plus grande partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et la mortalité infantile reste importante. Pourtant depuis les Conquistadores, l’économie de la Bolivie n’a pas fondamentalement changé. Peu industrialisé, le pays reste tourné vers l’exportation de matières premières : étain, gaz naturel, argent, soja, bois, café… Or les flutctuations importantes intervenues sur les matières premières depuis les années nonante ont renforcé le caractère aléatoire de ces sources de revenus. Les diverses politiques libérales depuis 1985 n’ont fait qu’aggraver les choses, au point que les paysans qui forment la majorité de la population bolivienne ne parviennent même plus à écouler leurs produits sur les marchés locaux, concurrencés par les produits étrangers meilleur marché.

Si, à cette situation, nous ajoutons le peu de terres fertiles et les piètres conditions climatiques, on comprend mieux le processus d’appauvrissement des agriculteurs… et leur attirance vers une culture dont les débouchés sont garantis : la coca. Consommée traditionnellement comme source d’énergie et comme coupe-faim, la coca fait partie de la culture bolivienne. Mais la production de la coca a pris une telle ampleur et les revenus du trafic de la coca pour fabriquer de la cocaïne sont tels qu’ils jouent un rôle non négligeable dans l’économie bolivienne. Nonobstant les bénéfices qui profitent davantage aux intermédiaires et aux fonctionnaires corrompus qu’aux cultivateurs de coca, cette culture reste la plus rentable pour les paysans. On comprend dès lors l’importance du commerce équitable qui, en rémunérant correctement la production de produits « licites », et en permettant aux communautés de base de planifier leur développement, constitue une réelle alternative.

Dans les années 80, sont apparues les CORACAS (Corporación Agropecuaria Campesina) : des sociétés agricoles autonomes qui collaboraient étroitement avec les syndicats locaux. CORACA-RI, que nous soutenons depuis sa création, en 1991, a été créée par de petits paysans des Yungas du Sud, de la région de Irupana, d’où l’abréviation CORACA-RI. Assise entre 800 et 200 mètres d’altitude, sur les contreforts de la Cordillère des Andes, la province des Yungas du Sud a connu une forte immigration d’Indiens Aymaras descendus de l’Altiplano. CORACA-RI rassemble plus d’un millier de paysans répartis entre 30 groupes de paysans qui cultivent le café à côté de cultures vivrières sur des terres morcelées ne dépassant pas 5 ha. Les représentants des groupes forment l’Assemblée Générale qui prend les décisions importantes et élit un Conseil d’Administration de 6 membres.

Pour augmenter la rentabilité du café, condition d’une réelle alternative à la culture de la coca, l’organisation intervient à différents niveaux, de la production à la commercialisation : augmentation de la qualité du café par de meilleures méthodes de culture, d’entreposage et de transformation, création d’un fonds de roulement et acquisition d’intrants agricoles et d’outils, assistance technique, promotion de l’agriculture biologique, … Elle se charge aussi de rechercher des débouchés de vente directs et octroie des crédits aux producteurs, notamment pour financer la conversion à l’agriculture biologique. CORACA-RI a obtenu la certification biologique belge BLIK pour ses produits.

En collaboration avec QHANA, un centre d’éducation populaire qui depuis longtemps travaille avec des communautés agricoles, CORACA-RI dispense des formations techniques, économiques et en gestion d’entreprise. Lors de ces formations, on replace les enjeux dans un contexte économique et politique et rappelle l’identité culturelle des peuples indigènes dont les participants sont les descendants, pour mieux comprendre la réalité actuelle à laquelle ils sont confrontés et revaloriser le patrimoine culturel qui inclut précisément l’autogestion et l’organisation communautaire. Dans la perspective de revendications pour l’égalité et la justice sociale, QHANA insiste sur la prise de conscience des droits humains fondamentaux et sur l’importance du respect de soi que ces populations indigènes ont souvent perdu après avoir été victime de discrimination raciale.