El Arroyense, Montillo et Manduvira

Les membres des coopératives El Arroyense, Montillo et Manduvira au Paraguay produisent le sucre de canne selon la méthode biologique.

Elles sont situées à Arroyos y Esteros, une région proche de la capitale Asuncion. La région est caractérisée par un manque de surfaces arables et de petites propriétés terriennes. La plupart des familles possèdent 1 à 5 hectares de terres.

Ils vendent une partie de leur sucre de canne à un grossiste, Otissa, tandis qu’ils en transforment l’autre partie à leur propre compte à la raffinerie Censi & Pirotta. Depuis 2007 ils sont en mesure d’exporter eux-mêmes le sucre de canne, le résultat d’un projet de 3 ans, soutenu par Oxfam-Wereldwinkels.

Les fermiers produisent du sucre de canne, de l’ananas et des arachides. Dans les années 1990, ils ont connu beaucoup de problèmes parce que la demande était faible. En se convertissant au sucre de canne bio, ils ont créé un nouveau marché avec plus-value. Actuellement la demande de sucre de canne augmente. Le Brésil, par exemple, veut importer du sucre pour la production de biocarburant. Les coopératives espèrent pouvoir exporter bientôt 1500 tonnes de sucre, dont 500 tonnes vers Oxfam-Wereldwinkels.

En exportant vers le marché équitable, les coopératives sont en mesure de payer le double du prix du marché aux producteurs affiliés. Alors que le prix moyen du sucre de canne sur le marché conventionnel est de 10 €, Montillo et El Arroyense paient 20 € auxquels s’ajoute la prime équitable.

50 % de la prime équitable va directement aux fermiers. Ce revenu supplémentaire leur donne souvent la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école. L’autre moitié de la prime reste à la coopérative. Grâce à elle, la coopérative finance des projets comme l’achat de grues pour transporter le sucre ou la construction de bâtiments propres.

La transformation du sucre pour compte propre démarra en 2005. La première exportation réussie de sucre donna des idées pour l’avenir. Ainsi, ils projettent la mise sur pied de leur propre section « Assurance qualité ». De plus, ils espèrent commencer bientôt leur propre unité de transformation pour augmenter la plus value et bénéficier d’un meilleur prix.

Des fermiers du Paraguay exportent eux-mêmes leur sucre

Cet été, Hugo Olmedo Dinatale a été invité à Oxfam-Wereldwinkels.

Il a donné des informations et des explications sur nos producteurs de sucre de canne au Paraguay, un pays où un fossé énorme existe entre riches et pauvres et qui connaît une forte pression écologique alors qu’il est à un tournant politique.

2007 : quelques membres des coopératives El Arroyense et Montillo posent près d’un navire marchand. Sur le navire se trouve la première livraison de sucre de canne qu’ils ont produite à leur compte. 290 tonnes de sucre de canne bio à destination d’Oxfam-Wereldwinkels, Belgique.

La victoire est grande. « Le commerce équitable leur a donné confiance et l’espoir de prendre leur sort en mains », dit Hugo Olmedo Dinatale de l’ONG Codes. Cette organisation a accompagné les deux coopératives durant 3 ans dans un projet soutenu par Oxfam-Wereldwinkels et Oxfam-Solidarité. Les deux coopératives ont été fusionnées au point de vue de la logistique. Les documents ont été légalisés, la production programmée et des collaborateurs formés.

Le résultat : 290 tonnes de sucre de canne bio qu’ils exportent eux-mêmes, sans devoir vendre leur récolte au grossiste Otissa. « Le résultat le plus important est, en fait, que les anciens membres qui ont vécu des années durant sous une dictature, sentent seulement depuis peu combien ils pouvaient, avec le commerce équitable, prendre leur sort en main. », estime Hugo Olmedo Dinatale (Manduvira, la troisième coopérative paraguayenne partenaire d’Oxfam-Wereldwinkels, n’était pas impliquée dans ce projet.)

Arroyos y Esteros

Arroyos y Esteros (littéralement « des ruisseaux et des estuaires ») est le nom de la région au Nord-Est du Paraguay où les partenaires d’Oxfam-Wereldwinkels sont établis. Cette région est traversée par le Rio Paraguay, la rivière majestueuse qui coupe le pays en deux. La rivière forme un important accès à la mer pour le Paraguay et la Bolivie. Mais le Brésil et la Bolivie, les pays voisins, font pression sur le Paraguay pour canaliser cette rivière en ligne droite. La construction de cette « hidrovia » rencontre beaucoup de résistance. Ce méga projet pourrait avoir une grande incidence sur des parties importantes du Paraguay, qui sont actuellement fertiles et humides. Les producteurs de sucre de canne de Arroyos y Esteros craignent que cette modification du cours d’eau n’accélère le courant de la rivière, ce qui assècherait les marais. La région souffre d’ailleurs déjà de sècheresse due aux changements climatiques. L’année dernière, la navigation fut d’ailleurs impossible durant 3 mois, donc sans transport de sucre.

Terre à vendre

En avril 2008, Fernando Lugo mit fin au règne de 61 ans du parti Colorado sur le pays. Le 15 août, cet ex-évèque de gauche fut intronisé président. Dans son speech, il promit de mettre fin « au Paraguay élitiste et fermé, connu pour sa corruption. Aujourd’hui, une nouveau pays est né, où les autorités seront intransigeantes vis-à-vis de ceux qui volent le peuple ».

Durant les dernières décennies, de grandes parties du pays tombèrent aux mains d’immigrants riches. Il y a 10 ans, 70 % des Paraguayens étaient encore de petits agriculteurs familiaux. Aujourd’hui il n’en reste que 25 %. Le restant des terres est aux mains de grands propriétaires terriens. Sous l’impulsion du gouvernement, de grandes plantations de soja et de coton furent créées. Cela conduisit à une déforestation massive et, dans les plantations, à une main-d’œuvre mal payée, au travail des enfants et à un usage massif de pesticides.

La catastrophe écologique fut encore aggravée par la construction de deux barrages et centrales hydroélectriques sur le Rio Parana, à la frontière avec l’Argentine et le Brésil. Les centrales étaient le résultat d’une corruption sous le dictateur Stroessner dans les années 1980. Actuellement ils fournissent encore de l’énergie aux pays voisins qui, achètent l’électricité du Paraguay à un prix dérisoire.

Source : www.oww.be – Traduit du néerlandais par Fred Six