Recocarno

Après Cuba, Hispaniola est la plus grande île de la mer des Caraïbes. Deux Etats se partagent le territoire : à l’Ouest, Haïti occupe un tiers de l’île tandis que le reste appartient à la République Dominicaine. Haïti doit son nom à son relief montagneux (« haute terre » en langue indigène). La majeure partie de la population descend des esclaves venus d’Afrique pour travailler dans les grandes plantations des colons européens.

Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde. Dans le passé, le pays possédait une végétation luxuriante. Celle-ci a peu à peu laissé place à des régions incultivables et inhabitables en raison de la mauvaise gestion des terres par les colons et de l’érosion qui s’ensuivit. Les troubles politiques et les catastrophes naturelles des dernières années ont mis plus encore en lumière les manques structurels d’un Etat encore en construction. La grande majorité de la population souffre du manque d’infrastructures sanitaires et médicales de base (seuls 38% de la population a accès à l’eau potable), et d’un système éducatif public.

Pour créer RECOCARNO, les paysans ont choisi de constituer une coopérative, ce qui était devenu rare dans le pays. En effet, par le passé, certaines coopératives ont subi à plusieurs reprises les menaces et les actes de violence des « Tontons Macoutes », un groupement paramilitaire de quelques milliers de membres. A l’origine, ce groupement s’en prenait aux métis, accusés de monopoliser le pouvoir économique. Mais par la suite, ces groupes paramilitaires ont étendu leurs actions et des représailles frappaient toute initiative économique volontariste, y compris les coopératives.
Aujourd’hui, l’une des principales difficultés rencontrées par les coopératives est la concentration du pouvoir des exportateurs sur le marché national. En Haïti, 9 exportateurs dominent le marché. Ils travaillent grâce aux services de nombreux intermédiaires locaux qui payent aux paysans un prix extrêmement bas.

RECOCARNO a été créée précisément pour éviter ces intermédiaires et tirer un revenu plus élevé de la production. L’organisation regroupe sept coopératives de café dans le Nord et le Nord-est du pays. Chaque coopérative est une entité juridique indépendante et a son fonctionnement propre. L’organisation compte plus de 3000 membres qui cultivent des parcelles de 1 à 3 ha sur lesquelles ils font pousser du café entre les cultures vivrières comme le maïs, les bananes et les légumes…

La coopérative donne également des conseils à ses membres, afin d’améliorer la qualité du café (par exemple la lutte intégrée contre les maladies). Jusqu’à 2001, RECOCARNO a bénéficié de l’appui de SEFADES, une ONG haïtienne qui favorise l’octroi de crédits et les programmes de formation dans le domaine agricole. Les produits chimiques ne sont que très peu utilisés par les paysans de RECOCARNO. Chaque coopérative dispose d’un centre qui transforme les cerises de café en café parche ce qui représente une valeur ajoutée supplémentaire.

Les coopératives partagent leurs bénéfices entre leurs membres en fonction des priorités que chaque coopérative a déterminées pour elle-même. Le plus souvent, un certain pourcentage est distribué aux membres de la coopérative et le reste est consacré à des projets sociaux comme l’éducation ou la constitution d’une épargne pour faire face aux imprévus.

Chaque coopérative se réunit deux fois par mois en Assemblée générale. Cette dernière élit son Conseil d’Administration tous les 2 à 3 ans. Pour pouvoir participer aux Assemblées générales, chaque membre doit au préalable suivre une formation organisée par la coopérative. Dans chaque coopérative, il existe plusieurs comités : un comité d’éducation, un comité de gestion du crédit, un comité de contrôle… De plus, au sein de RECOCARNO cinq comités s’occupent de l’administration, la production, la commercialisation, le crédit et la communication pour les 7 coopératives. A noter que dans chaque coopérative, une attention particulière est portée à la juste répartition des fonctions entre hommes et femmes.

RECOCARNO bénéficie des pratiques du commerce équitable en matière de revenus et de conditions de travail. Cette organisation de terrain se montre aussi consciente de l’importance des campagnes qui dénoncent la spéculation sur les prix des matières premières et l’impact sur les petits producteurs du Sud.