Est-il normal que sur un marché africain, il soit plus simple de trouver des sandales chinoises produites sans respect des droits des travailleurs alors que des artisans locaux possèdent ce savoir-faire ? Est-il normal qu’il soit plus simple (et meilleur marché !) que l’Afrique importe du riz vietnamien pour sa consommation plutôt que de pouvoir renforcer sa production propre ? Est-il normal que l’organisation de commerce équitable Aj Quen soit obligée d’acheter du coton aux Etats-Unis pour produire son artisanat textile, plutôt que du coton produit dans d’autres pays sud-américains ?

Ce dimanche, des centaines d’ONG, syndicats, lanceront à Dakar (Sénégal) les activités du Forum Social Mondial 2011 info .

Les Africains au cœur de ce Forum Social Mondial
Oxfam-Magasins du monde, en collaboration avec Artisans du Monde (France), Setem (Espagne) et COFTA (plateforme des organisations de commerce équitable en Afrique), a souhaité saisir cette occasion pour mener diverses activités autour du commerce équitable. L’angle choisi est le « commerce équitable Sud-Sud ».

La marche de lancement du Forum social mondial
La 11e édition du Forum Social Mondial a débuté ce dimanche 6 février par une marche haute en couleur, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes dans une bonne humeur alimentée par un soleil radieux.
Qu’entend-on par un « commerce équitable Sud-Sud » ?
Il s’agit de créer, développer ou renforcer des filières de production et de consommation équitables localisées dans les pays du Sud (Afrique, Amérique latine, Asie). Les organisations de producteurs et d’artisans actives dans le commerce équitable considèrent qu’elles ne doivent pas limiter leur champ à l’exportation vers le Nord, mais doivent pouvoir se renforcer en développant des filières locales pour leurs produits. Et de nombreuses ONG reconnaissent l’impérieuse nécessité de réduire la dépendance des pays du Sud face aux marchés du Nord. A noter : une étude d’Oxfam-Magasins du monde sur cette thématique sera publiée fin février.
12 organisations de commerce équitable d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie sont présentes à Dakar pour participer à ces échanges avec divers acteurs de la société civile du Nord et du Sud.
Les 2 et 3 février
Un séminaire, en prélude au programme officiel du FSM, a regroupé une trentaine de personnes. Tous les participants ont reconnu la nécessité de renforcer les échanges locaux et régionaux dans les pays du Sud pour réduire leur dépendance aux marchés du Nord, trouver de nouveaux débouchés, préserver une production locale qui répond à une culture et à des besoins locaux. Ils ne remettent pas en cause l’exportation dans la filière du commerce équitable d’une partie de leurs produits. C’est d’ailleurs cette filière qui leur a permis de développer une activité qui génère une amélioration des conditions de vie des producteurs. Mais ils considèrent que le commerce équitable local est le complément naturel du commerce équitable Nord-Sud… tout comme, en Belgique, un produit équitable venant du Sud est un complément aux choix de produit locaux, issus de l’agriculture paysanne, ou de l’économie sociale.

Près de 15 nationalités pour un commerce équitable mondial !
Ce séminaire a permis de montrer la diversité et la richesse des projets initiés dans le Sud pour répondre à ce défi. Comme souvent, les acteurs du Sud n’ont pas attendu que le Nord se saisisse d’un enjeu pour y répondre, pour créer, proposer, expérimenter.
Des organisations brésiliennes (Faces do Brasil, Coopealnor) ont obtenu l’instauration d’une loi obligeant les écoles à acheter au moins 30% des aliments servis dans les cantines scolaires à des petits producteurs brésiliens, soutenant des filières équitables et solidaires . Au Sénégal, Ndem vend plus de 50% de sa production d’artisanat textile à la population locale et aux touristes et va ouvrir un magasin à Dakar.

Pour la traduction des 3 langues de travail, rien ne vaut les bons vieux transistors, reliés sur la fréquence des traducteurs !
Les échanges ont également montré les difficultés auxquelles se heurtent les organisations de producteurs, tant dans l’artisanat que dans l’agriculture. La nécessité de mener des actions en direction des pouvoirs publics, de sensibiliser les populations du Sud et de renforcer des filières de production intégrées dans le Sud (au-delà des matières premières, pouvoir réaliser localement et régionalement les étapes de transformation voire de vente des produits), sont autant de pistes pour le futur.
Du 6 au 10 février
Le FSM qui débute sera un formidable lieu pour rêver… et concrétiser le monde plus juste de demain. Un autre monde, auquel Oxfam veut contribuer !
Rendez-vous dans quelques jours pour la suite des aventures des deux représentants d’Oxfam-Magasins du monde et de José Victor (Aj Quen, Guatemala), Rafael (Coopealnor, Brésil) et Roopa (Sasha, Inde), trois représentants d’organisations partenaires d’Oxfam.
Prochaine étape : suite à ce séminaire, un atelier public devrait permettre aux acteurs du commerce équitable d’échanger avec d’autres ONG, syndicats, mouvements sociaux, pouvoirs publics, sur la manière de développer « un autre commerce », qui redonnerait davantage de pouvoir aux producteurs.
Pour plus d’infos :
- Le site officiel du FSM
- Le site d’Artisans du Monde : la dizaine de bénévoles présents à Dakar vous y font part quotidiennement de leur expérience







Merci pour ce retour. Dommage que nous n’entendions pas plus souvent parler de tels forums dans les médias… hormis en France les actions du Laboratoire du Commerce Equitable.
Une belle initiative qui j’espère se reproduira dans les années à venir…