Le nouveau Déclics (& des claques), le numéro 7 déjà, sera disponible (gratuitement) dans les Magasins du monde-Oxfam à partir du 7 octobre.
Mais vous pouvez déjà le télécharger (tout aussi gratuitement) sur le site du Déclics.
Édito
Nord et Sud : même combat pour l’avenir de la planète !
Chaque jour, 25 000 personnes, dont plus de 10 000 enfants, meurent de faim. Parmi ces victimes se trouvent surtout des paysans, ceux qui sont censés nourrir le monde ! En eff et, les trois quarts des personnes sous alimentées vivent dans des régions rurales, et la plupart sont des producteurs (paysans, bergers, pêcheurs, ouvriers agricoles). Ces chiffres sont comme des bombes, ils devraient nous sauter à la figure. Comme le dit Jean Ziegler, l’ancien Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation auprès de l’ONU, chaque enfant qui meurt de faim aujourd’hui est en fait un enfant assassiné. Pourquoi ? Parce que la planète a les moyens de nourrir tout le monde, et que ces moyens sont connus.
L’indifférence est la pire des attitudes face à ce drame quotidien de la faim, aggravé encore par les changements climatiques.
Il ne faut pas être un prix Nobel pour comprendre que Nord et Sud, pays riches et pays pauvres, nous sommes tous dans la même galère… qui risque bien de couler si on n’adopte pas des règles commerciales plus justes, si on n’aide pas les pays les plus pauvres à faire face aux dérèglements climatiques, et si on ne garantit pas à chaque pays la souveraineté alimentaire.
Comme l’illustre bien ce dossier sur notre partenaire Green Net en Thaïlande, des solutions existent. L’agriculture paysanne en fait partie. Elle permet de préserver l’environnement, de mieux s’adapter aux changements climatiques et surtout de nourrir la planète, y compris les petits paysans et leurs familles.
Cette agriculture paysanne, elle existe aussi chez nous, en Belgique. Au nom des mêmes principes que nous défendons dans le Sud, Oxfam-Magasins du monde, aux côtés de Saveurs Paysannes et Nature & Progrès, soutient la création d’une coopérative belge vendant des paniers paysans de fruits et légumes bios de chez nous, directement du producteur au consommateur.
Ces paniers seront distribués dans certains de nos magasins à partir du mois de septembre. Comme pour le commerce équitable, il s’agit d’une manière concrète de participer, en tant que citoyen et consommateur, à un monde plus juste et plus durable.
Roland d’Hoop









LE COMMERCE ÉQUITABLE C’EST : “I WANT MY MONEY BACK !”
Les spécialistes les plus avertis de l’aide aux pays en voie de développement, clament haut et fort, sans bien entendu, être écoutés que la priorité des priorités est pour ces pays l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, et qu’il est absolument vains de tenter de développer quoi que ce soit tant que l’agriculture, le secteur primaire, ne permettra pas de satisfaire cette priorité.
Il est un modèle, et il n’y en a qu’un qui permette de satisfaire cet objectif, c’est le modèle coopératif, celui que nous avons développé dans nos agricultures il y a quelques cent trente ans, lorsqu’elles étaient dans la situation de celles que nous prétendons aider.
Nous refusons systématiquement d’appliquer ce modèle et les conséquences sont, quelques cinquante ans après les indépendances, que nous avons englouti en pure perte des sommes colossales dans une aide au développement qui ne peut, telle qu’elle est conçue, régler le problème de la faim dans le monde.
Nous faisons ainsi preuve d’une criminelle perte de mémoire en refusant de reconnaître l’outil coopératif qui peut apporter la solution et en le remplaçant par des ersatz ou en ne prenant en compte comme cela a été fait avec la microfinance, que la toute première étape du modèle que nous sommes incapables de faire évoluer.
Dans ce contexte de perte de mémoire, souvent volontaire, des outils les plus efficaces, le commerce équitable, complément de la micro finance, est lui aussi un débris, un simple résidu, du modèle coopératif, débris que maintes ONG développent avec cette naïveté si souvent associée à une infinie générosité.
Les coopératives de base mises en place dans le cadre de ce commerce équitable pourraient en effet jouer un rôle essentiel si leurs productions assurant en priorité l’autosuffisance alimentaire du pays servaient à saturer le marché domestique avant d’être exportées. Elles ne servent en fait qu’à « rapporter » aux importateurs des pays développés qui trouvent en elles des produits de qualité à un coût très bas comparé aux productions de leurs propres pays, le prix payé ne permettant pas aux malheureux ainsi exploités de payer la nourriture de base qu’ils doivent intégralement importer.
On voit bien que l’on atteint là les limites du supportable dans la mise en place des règles de l’organisation du commerce mondial, composante essentielle du concept de mondialisation.
L’aide au développement, ne se conçoit que dans un contexte de solidarité intéressée, qui faisait dire à certain Secrétaire d’État à la coopération : …/… Ne pas avoir peur de dire aux Africains qu’on veut les aider, mais qu’on veut aussi que cela nous rapporte… /… » .
La solidarité intéressée, cet assistanat payant, cet « I want my money back ! » s’inscrit parfaitement par la mise en place de nos seuls modèles actuels, dans les règles de la mondialisation bien comprise, qui veulent que celle-ci soit instantanée et ne tienne pas compte du temps qu’il faudrait laisser au temps afin de respecter un rythme humain d’évolution des cultures et mentalités.
La course à la croissance, condition essentielle supposée de l’atteinte du bonheur, à laquelle s’attachent tous les adeptes de la mondialisation, est pourtant en contradiction avec cette dernière dans la mesure où la croissance se repaissant de déséquilibres nous condamnons irrémédiablement, ceux qui grâce à notre aide nous « rapportent », à rester en arrière même si nous prétendons les aider – bien maladroitement- à évoluer.
C’est avec une hypocrisie inouïe que nombre de tenants de cette solidarité monnayée rejettent et vomissent le colonialisme d’antan, en oubliant de le replacer dans le contexte mondial de l’époque, et en ne voulant pas voir que même si certains –une minorité- commençaient par se servir, ainsi que cherchent à le faire la plupart des néocolonialistes, la grande majorité veillait à ce que ce que l’Homme reste au cœur des actions de développement.
Les immigrés ne viendraient-ils pas finalement chercher chez nous ce que l’Histoire ne nous a pas laissé terminer dans les aspects les plus nobles de la colonisation ?
« Quand un homme a faim – disait Confucius- mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner du poisson », le drame est que les cours ne sont pas gratuits et que l’Homme continuera à avoir faim tant que les tenants du « on veut aussi que cela nous rapporte » confisqueront le poisson que nous lui aurons appris à pêcher.
Avez-vous compté combien de petits enfants sont morts de faim dans le monde depuis le début de l’inénarrable quinzaine du commerce équitable ?
Jean-Pierre Canot auteur de : « Apprends-nous plutôt à pêcher ».
Juin 2011
J’ai l’impression que vous avez mal lu l’édito et que vous ne maîtrisez pas le concept du commerce équitable…
Evidemment que la souveraineté alimentaire est essentielle pour régler la question de la faim dans le monde. Cela fait d’ailleurs partie de l’édito, si vous l’avez bien lu : « Il ne faut pas être un prix Nobel pour comprendre que Nord et Sud, pays riches et pays pauvres, nous sommes tous dans la même galère… qui risque bien de couler si on n’adopte pas des règles commerciales plus justes, si on n’aide pas les pays les plus pauvres à faire face aux dérèglements climatiques, et si on ne garantit pas à chaque pays la souveraineté alimentaire. »
Le commerce équitable ne prétend pas résoudre tous les problèmes de la faim dans le monde… Il permet en tout cas de renforcer les petits producteurs. Si vous lisez notre dossier sur notre partenaire Green Net en Thaïlande, vous comprendrez aussi comment il peut soutenir l’agriculture paysanne et aider à s’adapter aux changements climatiques.
Comme le dit Olivier de Schutter, Rapporteur Spécial sur le droit à l’alimentation, dans un entretien au Soir, « le commerce équitable est une manière de répondre à un problème microéconomique qui est celui du rapport de force défavorable aux petits producteurs dans la chaîne de production alimentaire. Il permet de supprimer les intermédiaires, de redonner du pouvoir aux agriculteurs tout en les protégeant contre des prix trop bas et trop volatils. Cet aspect microéconomique est important. En tant que rapporteur des Nations unies, je suis frappé de voir comment, dans les cénacles internationaux, on réfléchit toujours en termes macroéconomiques. On s’intéresse à la progression des prix des produits agricoles, sans chercher à savoir qui en profite. Ce sont rarement les petits producteurs mais bien les intermédiaires. ».
Dans la suite de l’interview (voir sur http://archives.lesoir.be/commerce-olivier-de-schutter-s-interesse-aux_t-20100929-012T52.html), il insiste sur le fait qu’il faut surtout soutenir le commerce local pour lutter contre la pauvreté. C’est tout l’intérêt de ce que l’on appelle le « commerce équitable Sud-Sud » qui commence à se développer (voir à ce sujet l’analyse sur http://www.oxfammagasinsdumonde.be/2011/03/vendre-des-produits-du-commerce-equitable-dans-le-sud/). Cela n’est évidemment pas du tout incompatible avec le commerce équitable Nord-Sud, qui est surtout une alternative intéressante au commerce international conventionnel et qui a le mérite de sensibiliser les consommateurs du Nord sur la face cachée des produits qu’ils achètent.
Vous sous-entendez que le commerce équitable participe à une mondialisation « qui soit instantanée et ne tienne pas compte du temps qu’il faudrait laisser au temps afin de respecter un rythme humain d’évolution des cultures et mentalités ». C’est n’importe quoi ! On dirait que vous attribuez les défauts du commerce conventionnel au commerce équitable. Ce dernier s’inscrit au contraire dans une démarche à long terme, qui laisse du temps aux partenaires-producteurs pour investir (notamment grâce au pré-financement), pour se former, pour améliorer les processus démocratiques, les conditions de travail, les avantages sociaux, les rapports hommes-femmes, le respect de l’environnement,… Et le commerce équitable respecte les producteurs dans leur identité culturelle, sans la figer non plus.
Bref, c’est tout l’inverse de « I want my money back ». Ce serait plutôt : « give more money back to the producers ».
Enfin, dernier point, si voulez faire croire que la colonisation avait comme principal souci de laisser l’homme au cœur du développement, je vous conseille de relire certains livres d’histoire. Nous n’avons sans doute pas les mêmes références.