Oxfam Magasin du monde

Le pouvoir citoyen contre la pauvreté

Des fermes pour alimenter nos villes

Dans le joyeux méli-mélo d’initiatives d’agriculture urbaine qui déferlent dans nos villes, on entend de plus en plus parler de fermes urbaines sans toujours bien comprendre ce que ce terme recouvre.

Les fermes urbaines sont une version renouvelée des pratiques agricoles héritées des jardins familiaux apparus au 19ème siècle pour lutter contre la précarité des familles ouvrières. Si l’amélioration des conditions de vie des individus reste une constante dans les motivations des fermier-e-s urbains contemporains, ce sont les crises auxquelles ils font face, les objectifs poursuivis et les manières d’opérer qui ont muté. En effet, à l´instar de villes comme Detroit aux Etats Unis -cas d´école de ville résiliente par l´agriculture urbaine- les fermes urbaines investissent çà et là les toits, les friches et autres recoins sous-utilisés des villes modernes pour répondre aux crises du 21ème siècle: la paupérisation de quartiers suite à la délocalisation d’activités industrielles; la méfiance des consommateurs suite aux catastrophes écologiques et aux polémiques sanitaires qui affectent leur assiette…

Des motivations diverses

Ces crises nouvelles échappent de plus en plus aux mains des gouvernements et des marchés, et demandent des réponses citoyennes toujours plus innovantes. Par les temps qui courent, les fermes urbaines apparaissent ainsi comme des innovations adaptées aux besoins de résilience sociale, économique et écologique des habitants et des territoires. Souvent éloignées des représentations classiques de la ferme agricole, ces unités de production alimentaire citadines prennent des formes et des organisations variables selon qu’elles soient portées par une volonté de changement de modèle de société, ou par des enjeux commerciaux. Dans le premier cas, les projets sont généralement organisés dans un souci de démocratie, coopération et horizontalité entre les membres, et sont animés par des objectifs nourriciers et économiques – mais pas lucratifs -, pour une communauté définie et solidaire.

Dans le second cas, les structures prennent des formes plus hiérarchiques et sophistiquées, souvent verticales, pour y cultiver des aliments qui répondent aux attentes d’une niche de marché en développement (fraîcheur, traçabilité, écologie…), tout en restant rentable pour l´entreprise.

Dans tous les cas, qu’ils soient impulsés par un collectif de citoyens, une institution publique, un supermarché ou une entreprise d’électronique (comme on observe au Japon), les projets de fermes urbaines convergent tous vers un dénominateur commun : la volonté de reprendre le contrôle sur l’ensemble d’une chaîne de production alimentaire éclatée et souvent opaque, pour produire et distribuer localement leurs propres aliments frais et de qualité, tout en limitant leur impact carbone. Ils s´accompagnent souvent d’espaces de sensibilisation et d´apprentissage destinés aux usagers, faisant le pari de l’éducation à l’environnement et à la consommation responsable.

Estelle Vanwambeke

ferme-en-ville

Le designer français Damien Chivialle a imaginé un modèle de ferme urbaine composé d’unités modulables (les UFUs) de la taille d’une place de parking. Ces unités sont constituées chacune d’une serre montée sur un container, et fonctionnent en aquaponie, un système de culture hors-sol associant la culture de végétaux à l’élevage de poissons. Une UFU a d’ailleurs été installée en 2012 à Bruxelles en face du Kaaitheater.

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