Oxfam Magasin du monde

Le pouvoir citoyen contre la pauvreté

FAQ

Oxfam

Que signifie le nom ‘Oxfam’ ?

Le nom « Oxfam » vient de « Oxford Committee for Famine Relief », une organisation fondée en Grande-Bretagne en 1942. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce groupe milita pour que des vivres soient envoyés, malgré le blocus naval des alliés, aux femmes et enfants qui mourraient de faim en Grèce, pays alors occupé par l’ennemi.

Commerce équitable

Le commerce équitable n’est-il pas une forme d’assistanat envers les pays pauvres?

Non, c’est justement ce qui distingue le commerce équitable de l’aide au développement. Le slogan « le commerce plutôt que la charité », énoncé par une série de pays en voie de développement dans les années 60, résume ce grand principe du commerce équitable. A la différence des programmes d’aide au développement, accusés de perpétuer les hiérarchies héritées de la colonisation, l’idée est ici d’accompagner et d’autonomiser les populations marginalisées du Sud afin qu’elles prennent leur développement en main. De valoriser auprès des consommateurs du Nord leur créativité, leur imagination et leurs initiatives.

Comment s’y prend-on ? Tout simplement en changeant les règles du jeu. Les règles du commerce mondial sont profondément injustes car basées sur la maximisation des profits1. Elles mettent en concurrence des producteurs aux capacités extrêmement inégales et entrainent la surexploitation des ressources naturelles. En contraste avec ces règles, ou plutôt à cette absence de règles, le commerce équitable est un « partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect […], qui offre de meilleures conditions commerciales et garantit les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète »2. Le commerce équitable, c’est donc une réponse aux inégalités. Un modèle économique alternatif qui tente de remettre l’économie au service de l’humain et de son environnement.

Très militant à ses débuts dans les années 60, le commerce équitable a depuis considérablement accru ses volumes, tout en se diversifiant et se professionnalisant. Ces évolutions sont notamment liées à l’apparition, à la fin des années 80, des labels équitables3, qui assurent la traçabilité des conditions de production4. A côté des marques et magasins spécialisés tels qu’Oxfam5, on trouve maintenant du café, du chocolat, des cosmétiques ou encore des vases équitables un peu partout, par exemple dans les supermarchés ou même sur Internet.

Le commerce équitable, est-ce vraiment plus cher?

Tout d’abord, ce n’est pas toujours vrai ! De nombreux produits équitables se retrouvent dans des gammes de prix similaires aux produits conventionnels. Cela est notamment dû au fait qu’Oxfam fonctionne souvent en circuits-courts, en étant le seul intermédiaire entre les consommateurs et les producteurs.

Dans les cas où ils sont effectivement plus chers, cela se justifie par une grande qualité des produits équitables : qualité intrinsèque (produits artisanaux souvent plus beaux et/ou solides, produits alimentaires aux ingrédients naturels, biologiques, meilleurs pour la santé, etc.) mais aussi qualité sociale (soutien aux producteurs via le prix minimum, la prime de développement, les bénéfices sociaux et les meilleures conditions de travail, etc.).

Il faut par ailleurs se poser la question de la manière dont on définit la cherté d’un produit : notre référence est généralement le prix des produits conventionnels, qui en plus de bénéficier de toute une série d’économies d’échelle et de pratiques commerciales abusives, poussent au maximum la logique d’externalisation des coûts. On entend par là le fait de transférer certains coûts (de production, transport, distribution, etc.) ailleurs que dans le produit lui-même. Dans le secteur agricole par exemple, l’agriculture industrielle a de nombreuses externalités (pollution des nappes phréatiques, de l’air, effets des pesticides sur la santé, etc.) que le consommateur ne voit pas apparaitre sur son ticket de caisse. Mais il finira par le payer via ses impôts (ex. usines de traitement de l’eau ou des déchets), ses frais de santé ou même en espérance de vie !

Comment reconnaitre un produit équitable?

Le plus simple est de repérer sur l’emballage un label qui certifie les conditions de fabrication6. Exemples de labels reconnus en Belgique : « Fairtrade Max Havelaar », « Ecocert Equitable », « Tu Simbolo », ainsi que la garantie organisation WFTO (coupole mondiale de la filière intégrée du commerce équitable)7.

Il est important de les distinguer des labels de commerce éthique (qui couvre principalement les questions de droit du travail dans les filières industrielles, à l’exemple de « Fairwear fondation »), de l’agriculture biologique (label européen, « AB », « Biogarantie »), ainsi que ceux de commerce durable (dont les critères sont plus vagues et peu exigeants envers les importateurs et donc adaptés à l’agro-industrie – exemple « Rainforest Alliance », « UTZ Certified »).

Mais les labels ne sont pas nécessairement la panacée. On peut aussi faire confiance à des marques ou réseaux spécialisés (par exemple Oxfam ou Ethiquable). Les produits de ces marques portent quoi qu’il en soit le plus souvent un label ou sont garantis via la certification WFTO.

Pourquoi certains produits Oxfam n’ont-ils aucun label équitable sur leurs emballages?

Tout est question d’objectif. Celui d’Oxfam est avant tout de servir les producteurs marginalisés et les consommateurs. Les labels ne sont dans ce cadre que des outils, que l’organisation utilise uniquement s’ils servent ses valeurs de justice économique et de développement durable.

Un exemple illustre cette position : Oxfam Fair Trade a décidé en 2014 de retirer le label Fairtrade Max Havelaar d’une partie de ses produits. Notre organisation sœur flamande a pris cette décision pour deux raisons principalement :

  • Mettre en avant la marque Oxfam, un acteur équitable plus connu et crédible. Le simple fait de mettre un label sur un produit représente un coût : c’est ce que l’on appelle les droits de licence. Ce coût s’ajoute à celui de la certification. Pour un acteur conventionnel comme Nestlé par exemple, ce coût se justifie, car le label est avant tout un outil marketing qui lui permet de démarquer ses produits équitables. Mais pour Oxfam, un acteur 100% équitable très reconnu en Belgique (la marque Oxfam est en fait plus reconnue que le label Max Havelaar), l’intérêt est beaucoup plus limité. Et la plupart des produits alimentaires d’Oxfam continueront d’être certifiés comme auparavant, via des audits réguliers tout au long de la chaine de production.
  • Utiliser l’argent économisé pour des actions plus utiles. Cela permettra à Oxfam de smieux se concentrer sur ses missions premières, notamment le combat pour un commerce plus juste ou le soutien aux producteurs (en particulier les plus marginalisés qui ont par exemple des difficultés à accéder aux marchés ou à produire aux niveaux de qualité requis).

Si les supermarchés ont leur propre marque équitable, pourquoi choisir Oxfam?

Cela revient à défendre des modèles de production et (surtout) de distribution / consommation différents.

D’un côté, l’équitable de supermarché8 correspond généralement à un commerce « tout volume », dans une approche purement marketing et avec des critères le plus souvent assez basiques. Les critères Fairtrade9 autorisent par exemple les produits issus de plantations (plus propices aux violations du droit du travail que dans les organisations de producteurs), certaines pratiques peu éthiques de la grande distribution (ex. marges supérieures aux produits conventionnels, ruptures de contrat soudaines avec les producteurs partenaires, marges arrières, etc.) ou encore une forte réduction des pourcentages d’ingrédients équitables dans les produits dits « mixtes »10.

De l’autre côté, Oxfam met en avant un modèle de consommation et de production alternatif, dont l’objet social est limpide : la justice économique ! Son réseau vend quasi uniquement11 des produits équitables, est dirigé démocratiquement par un mouvement de bénévoles, développe des formes de partenariat plus directes (i.e. en circuit court), participatives et renforcées, le plus possible avec des petits producteurs marginalisés, le tout en effectuant un gros travail d’éducation, de plaidoyer et de sensibilisation en Belgique (notamment en magasin, voir tous les supports disponibles pour les clients, tels que brochures, magazines, vidéos de comptoir, etc.).

Les deux modèles sont donc assez différents. Du côté des magasins Oxfam, vous contribuez à remettre en question le modèle dominant. Dans un supermarché, vous avez tendance à le renforcer !

Pourquoi les produits équitables de supermarché sont-ils moins chers que les produits équitables Oxfam?

De nouveau, ce n’est pas toujours vrai. Mais dans le cas où ils sont effectivement plus chers, comme pour la comparaison avec les produits conventionnels, cela peut souvent s’expliquer par une plus grande qualité des produits (matières premières naturelles, méthodes de production traditionnelles, agro-écologiques, etc.)12. De même, leur qualité sociale est généralement supérieure : support renforcé et durable, meilleures pratiques commerciales, informations fournies à la clientèle, absence de produits issus de plantations, distribution dans des zones urbaines ou rurales esseulées, etc. Ces différentes formes de commerce équitable renforcé engendrent naturellement des surcoûts importants, qu’il est difficile de ne pas répercuter dans le prix final (même si l’objectif d’Oxfam-Magasins du monde reste une simple marge opérationnelle et non la rétribution d’un petit nombre d’actionnaires).

Grâce à leurs gros volumes de vente et à leur pouvoir sur le reste de la chaine d’approvisionnement, les supermarchés peuvent par ailleurs faire d’importantes économies d’échelles et se permettre des pratiques commerciales souvent non éthiques. Exemples : « marges arrière » (ristournes déguisées que les distributeurs demandent au titre d’une coopération commerciale), retards de paiements, compensation du surcoût des références équitables (minoritaires) par les marges faites sur les produits conventionnels13.

Pourquoi certains produits Oxfam sont-ils aussi vendus en supermarché?

Certains produits alimentaires Oxfam (OFT) se retrouvent aussi en supermarché principalement pour des raisons d’équilibre financier et d’économies d’échelle. C’est ici la réalité économique qui fait loi. Face à la rude concurrence provenant des supermarchés, l’idée est d’y vendre tout de même une certaine quantité, car la capacité de vente du réseau OMM/OWW reste bien inférieure à celle de l’ensemble des grandes surfaces. Toute la plus-value Oxfam évoquée plus haut, en termes de qualité de produit ou de partenariat (ex. interdiction des produits de plantations), est conservée, sauf en ce qui concerne la partie distribution. Malgré ce modèle mixte, la plus grosse partie des produits reste vendue au sein des magasins Oxfam14 (la part des produits vendus en supermarchés est d’ailleurs en baisse). A noter également que la décision a été soumise au début des années 2000 à un vote des bénévoles d’OFTWW en assemblée générale.

Pourquoi vendre des produits Ethiquable dans les magasins Oxfam, produits que l’on retrouve aussi en supermarché?

Réponse simple et directe de nouveau : Oxfam ne peut pas tout faire ! Pour des raisons d’efficacité et de spécialisation économique, notre organisation d’économie sociale doit parfois faire appel à d’autres fournisseurs spécialisés. Nous effectuons déjà un grand nombre de missions très diverses: vente de produits équitable, éducation, campagnes, plaidoyer, soutien à des partenaires, etc. C’est encore plus vrai si l’on considère la famille Oxfam-en-Belgique dans son ensemble (ex. programmes de développement, campagnes sur toutes les questions d’injustice socio-économique). Au final, il est donc indispensable d’externaliser certaines activités et missions. Ethiquable est un fournisseur qui a développé au cours des ans une grande expertise en matière de soutien à ses partenaires (parfois communs à ceux d’OFT) et de développement de produits. Ces derniers, tous issus de l’agriculture paysanne, sont de très grande qualité, à la fois intrinsèque et sociale. Ceci étant dit, Ethiquable reste libre de commercialiser ces produits via d’autres canaux, donc aussi dans la grande distribution, et c’est pourquoi il est finalement possible de retrouver certains à la fois chez Oxfam et dans les supermarchés15.

La gestion du réseau via des bénévoles n’induit-elle pas une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des autres distributeurs de commerce équitable?

Grande question très fréquemment posée ! Il est vrai que sous un angle de pure concurrence économique en Belgique, l’absence de charge salariale d’Oxfam-Magasins du monde peut potentiellement nuire à la viabilité d’autres acteurs économiques équitables.

Une réponse générale consiste à dire que les bénévoles Oxfam, contrairement à la plupart des autres acteurs équitables, ont un rôle beaucoup plus large que la simple offre économique de produits équitables. Ils ont aussi un large impact sociétal, dans un grand nombre de domaines non nécessairement rémunérateurs ou insérés dans une logique de marché : sensibilisation du grand public aux questions Nord/Sud, expérimentation d’autres alternatives, activisme et plaidoyer au niveau local, bénévolat comme forme de réinsertion sociale ou d’acquisition de compétences, etc. Etre bénévole Oxfam permet notamment de pratiquer de manière concrète la démocratie économique, c’est-à-dire d’expérimenter et de démontrer la crédibilité d’un modèle d’organisation favorisant le dialogue et l’implication de toutes les parties prenantes (via le conseil d’administrations, l’assemblée générale, les commissions, etc.). Les bénévoles jouent le rôle de multiplicateurs de cette expérience alternative dans d’autres domaines et secteurs d’activité. Cette vision du commerce équitable comme porteur d’innovations sociales, c’est-à-dire comme levier de soutien à d’autres alternatives et associations locales, est l’un des éléments essentiels du positionnement global d’Oxfam-Magasins du monde.

Il faut noter par ailleurs que les bénévoles choisissent volontairement de donner leur temps à l’activité de commerce équitable d’Oxfam-Magasins du monde, et ce au profit direct des partenaires producteurs. Dans la mesure où les gains économiques restent, comme évoqués plus haut, confinés à l’objet social Oxfam, ils ne peuvent ainsi se faire qu’au bénéfice de l’autre partie de la chaine, c’est-à-dire les producteurs marginalisés du Sud16. L’ensemble du processus n’est donc au final qu’une forme de rééquilibrage ou de redistribution de ressources, au profit d’acteurs de prime abord défavorisés.

Remarquons enfin que l’ensemble du réseau n’est bien sûr pas géré uniquement par des bénévoles, mais aussi par des employés à plein temps, s’occupant des questions commerciales, logistiques, administratives, politiques, éducatives, etc. Cela veut dire que le fait de travailler avec des bénévoles génère aussi des coûts, via toutes les formes d’appui qui leur sont fournies. Cela signifie aussi qu’Oxfam-Magasins du monde, au départ un mouvement de bénévoles, a su générer des emplois, à la fois directs (actuellement 66) et indirects (producteurs, transport, support, etc.), à l’image du secteur plus global de l’économie sociale17. C’est ce que J. Defourny (centre d’économie sociale de l’Ulg) décrit comme « l’activité bénévole créatrice d’emplois », en lien avec l’acquisition de compétences, le maintien d’une forme d’activité, le développement d’un esprit d’entreprenariat / associatif, etc. Il est par ailleurs loin d’être certain que l’emploi de bénévoles induise une trop forte concurrence. Sans volonté de dévaloriser d’aucune manière leur travail et leur engagement quotidien, les bénévoles restent des bénévoles, aux niveaux de compétences nécessairement variables par rapport à ceux de professionnels18. C’est d’autant plus vrai qu’il existe un certain taux de rotation parmi eux, ce qui nécessite de la part de la centrale d’Oxfam-Magasins du monde un effort continu de formations.

Quelle est la spécificité d’Oxfam en termes de soutien aux petits producteurs ? Comment se distingue-t-on d’acteurs ne faisant « qu’utiliser » le label Fair Trade Max Havelaar par exemple?

Il est clair que la course aux volumes – l’équitable de masse – à laquelle on assiste depuis de nombreuses années, a entrainé une dilution des critères de certains labels. L’une des conséquences est que le seul respect de ces critères, via une approche « quantitative », tend à fortement diminuer la qualité du partenariat équitable et à favoriser les plus gros producteurs (ce que l’on pourrait un commerce équitable « minimum » ou « de base »). Exemples avec les critères de Fairtrade International : la possibilité de s’approvisionner auprès de grandes plantations (risques accrus de violations du droit du travail, forte concurrence vis-à-vis des organisations de producteurs, destinataires originels du commerce équitable), la réduction des pourcentages d’ingrédients équitables dans les produits dits « mixtes »19, l’introduction du système de « mass balance »20, etc.

En comparaison, le partenariat d’Oxfam se veut plus qualitatif, direct, durable, participatif et renforcé :

  • Plus direct, en cherchant à mettre en place des filières les plus courtes possibles, en particulier dans l’artisanat. Cela permet de limiter le nombre d’intermédiaires (et donc d’octroyer une marge plus importante aux producteurs) et de garder un meilleur contrôle sur la traçabilité des produits (notamment sur l’origine des matières premières).
  • Plus participatif, via par exemple l’échanges d’informations avec les partenaires sur les produits, les critères (ex. les critères « Made In Dignity » ont fait l’objet de nombreuses consultations au début des années 2000) ou les outils éducatifs et politiques (ex. actuelle co-construction d’une campagne sur le genre et l’artisanat équitable avec une sélection de partenaires d’Inde et du Bangladesh, dans le cadre d’un programme plus large de changement social).
  • Le plus durable possible, en soumettant les relations de partenariat à des contrats commerciaux et à une sélection / un suivi via une commission partenaires constituée de bénévoles.
  • Renforcé et à destination des populations les plus défavorisées (aussi appelé le commerce équitable de « première ligne »). On est ici dans une logique contraire au commerce équitable de masse, qui tend à s’approvisionner auprès des organisations de producteurs les plus importantes et professionnalisées (et donc mieux aptes à fournir les volumes demandés). Exemples de ce type de partenaire : Sopacdi au Congo (zone de conflit), Bombolulu au Kenya (populations handicapées), Tara en Inde (populations intouchables, le plus souvent des femmes).

Pourquoi commercialiser des produits « Paysans du nord » dans nos magasins?

Depuis 2013, les magasins Oxfam commercialisent des produits alimentaires transformés provenant de petits producteurs belges ou européens (lait, bière, lentilles, jus de tomate, confitures, tapenades, etc.), tout en servant de dépôts pour des paniers de légumes locaux. Pourquoi s’être lancé dans cette démarche ?

Du point de vue politique, la volonté est de soutenir une agriculture paysanne locale porteuse de solutions et de lutter de manière globale, à la fois au Nord et au Sud, contre le modèle agro-industriel dominant, aux forts impacts sociaux (ex. effondrement du nombre d’agriculteurs belges, endettement) et environnementaux (ex. pollution des sols, de l’eau). Contrairement à l’agro-industrie, à la pure logique de profit, les producteurs de la démarche « Paysans du nord » ont pour objectif principal de nourrir les populations avec des produits de qualité, tout en préservant les emplois et agrosystèmes locaux. Ils pratiquent pour cela une agriculture paysanne locale, aux méthodes agro-écologiques et incluant des critères équitables (ex. prix couvrant coûts de production).

Du point de vue commercial, les objectifs sont d’offrir des produits alimentaires complémentaires avec les produits Sud (élargissement de l’offre, et donc du trafic, en magasin), d’améliorer le profil nutritionnel global de la gamme et d’attirer des clients sensibles aux enjeux locaux.

Le commerce équitable, n’est-ce pas polluant?

Contrairement aux idées reçues, qui associent long transport du Sud vers le Nord avec fortes émissions de gaz à effet de serre, le commerce équitable n’est pas très polluant, et ceci pour plusieurs raisons :

  • Faible part du transport dans le bilan carbone total d’un produit (les modes de production et de consommation constituent en comparaison une proportion beaucoup plus importante du total des émissions de gaz à effet de serre). La plupart des produits équitables arrivent d’ailleurs par bateau, un mode de transport à faibles émissions. Enfin, Oxfam-Magasins du monde effectue depuis 2012 un suivi du bilan carbone de l’ensemble de ses activités, ce afin de réduire de manière continue ses émissions CO2.
  • Modes de production respectueux de l’environnement :
    • Au niveau agricole, la plupart des produits équitables sont issus d’une agriculture paysanne à petite échelle et diversifiée (beaucoup sont d’ailleurs certifiés biologiques). Il s’agit le plus souvent de cultures traditionnelles favorables à la biodiversité, comme le riz violet de Thaïlande, la quinoa rouge de Bolivie, et faiblement mécanisée. De plus, les critères des labels équitables exigent ou encouragent des méthodes de production durables : absence d’OGM, réduction des pesticides, lutte intégrée, réduction des consommations en eau, etc.
    • Les produits d’artisanat ont un impact sur l’environnement moins lourd que les produits industriels, en particulier ceux qui valorisent les ressources naturelles locales et/ou le recyclage de produits.
  • Absence d’alternative locale pour les produits tropicaux de consommation courante comme le café, le thé, le cacao, les bananes, etc. De plus, la production locale de certains produits comme le miel est nettement insuffisante, ce qui justifie l’importation.
  • Développement de la démarche et des produits « Paysans du Nord »(voir question plus haut). Même si cette démarche a comme objectif plus global de lutter contre le modèle agro-industriel, elle permet également à Oxfam d’améliorer sa cohérence environnementale. A noter également qu’Oxfam participe à la campagne des « Communes Du Commerce Equitable », qui donne une large place à la consommation de produits locaux durables.

Fournir de l’aide aux petits producteurs, n’est-ce pas une manière de fausser le marché et la libre concurrence?

Avec les crises qui se succèdent, le mythe néolibéral de la concurrence libre et non faussée s’effondre peu à peu. Dans le secteur agricole par exemple, les marchés sont naturellement biaisés en faveur des pays développés et des multinationales par une série de facteurs commerciaux et institutionnels. Exemples : la concentration des parts de marché (les plus gros acteurs privés étant capables d’influencer les prix des matières premières), l’octroi de subsides via diverses politiques agricoles (ex. la fameuse PAC21 européenne), l’instauration de systèmes d’escalade tarifaire (l’augmentation des droits de douane en fonction du degré de transformation des produits, manière pour les pays développés de protéger leurs industries à haute valeur ajoutée). Notons par ailleurs que dans le secteur agricole, il est très difficile de s’adapter rapidement aux variations de cours des marchés, du fait de l’inertie des facteurs de production (cultures annuelles le plus souvent, temps d’adaptation en termes de connaissances, de matériel ou de clientèle, etc.).

Au final, une approche de type équitable ne fait donc que tenter de rééquilibrer la situation envers les acteurs les plus faibles du système commercial. Signe des temps qui changent, l’aide au commerce constitue une part croissante des politiques d’aide au développement22. L’idée est ici d’améliorer l’efficacité et la cohérence des politiques (commerciales, agricoles, d’aide au développement), en fournissant aux producteurs un soutien aux facteurs de production23. De les renforcer avant de les plonger dans le « grand bain » du commerce mondial en somme. Dans ce contexte, l’approche équitable est particulièrement adaptée, puisque intervenant à différents niveaux dans les chaines d’approvisionnement (support à la production mais aussi encouragement de la demande au Nord et au Sud, transparence, création d’un environnement législatif favorable, etc.).

Oxfam se distingue plus particulièrement dans ce domaine puisqu’elle fournit à ses producteurs un soutien renforcé, ce qui lui confère un statut intermédiaire entre un importateur pur et une ONG de développement.

Le commerce équitable couvre-t-il l’entièreté des chaines d’approvisionnement (c’est-à-dire pas seulement les producteurs mais aussi le transport, la distribution, etc.)?

Historiquement, le label équitable dominant Fairtrade Max Havelaar s’est concentré sur le premier maillon des chaines d’approvisionnement agricoles, c’est-à-dire sur les producteurs. Certains critères Fairtrade s’appliquent bien aux autres acteurs, en particulier les détenteurs de licence (acteurs fabriquant et/ou commercialisant les produits finis), mais ces critères concernent principalement les aspects commerciaux (contrats, préfinancement, modalités de paiement du prix minimum, etc.)24. Mais d’autres labels tels que Naturland et Fair for Life imposent davantage de critères sociaux et environnementaux aux autres maillons. Naturland demande par exemple à ce que les critères sociaux de la composante biologique de sa certification (respect des conventions de base de l’OIT) soient respectés par tous les acteurs, incluant les sous-traitants..

C’est au final la certification WFTO, à laquelle souscrit Oxfam-Magasins du monde, qui fournit la meilleure garantie dans ce domaine puisqu’elle implique un raccourcissement de la chaine d’approvisionnement, une implication équitable de la plupart des acteurs ainsi que la mise en place dans le futur de « standards distributeurs »25.

Quels sont les liens entre le commerce équitable et l’économie sociale et solidaire (ESS)?

Le commerce équitable constitue historiquement l’une des nombreuses émanations du secteur ESS. Néanmoins, avec l’élargissement du commerce équitable à de nombreux autres acteurs (entrepreneurs indépendants, mais aussi multinationales et grande distribution), seule une frange spécifique du secteur équitable peut toujours être considérée comme appartenant à l’ESS, notamment un pionnier tel qu’Oxfam-Magasins du monde. La raison est que seuls ces acteurs continuent d’incarner les valeurs originelles de l’ESS (innovation et finalité sociales, alternative et lutte politique face au modèle dominant, etc.).

Pourquoi certains produits Oxfam contiennent-ils de l’huile de palme, un ingrédient réputé pour ses liens avec la déforestation?

Oxfam utilise en effet de l’huile dans certains produits, tels des chips ou sa pâte à tartiner. Dans cette dernière, l’objectif est de la garder crémeuse et tartinable et d’améliorer la stabilité du produit fini (elle devient moins rapidement rance que les autres huiles végétales). Ces propriétés techniques ainsi que ses rendements élevés (4 à 7 fois plus élevés que les autres huiles végétales, en plus du fait que ses fruits peuvent être récoltés toute l’année) en font une culture relativement unique, très difficile à remplacer.

Malgré tout, c’est une huile très controversée, tant sa culture intensive comporte d’externalités négatives aux niveaux écologique (déforestation, avec comme conséquence émissions de gaz à effet de serre, pertes de biodiversité), social (paysans expulsés de leur terre, mauvaises conditions de travail au sein des grandes plantations) et sanitaire (huile riche en graisses saturées, ce qui augmente le risque de maladies cardio-vasculaires).

Afin de minimiser ces impacts tout en offrant des produits de qualité, Oxfam considère la fonctionnalité de l’huile de palme dans chaque produit et examine l’ensemble de la chaine d’approvisionnement. Le remplacement systématique n’est en effet pas toujours faisable ou même souhaitable. Exemples : le rendement moins élevé des autres cultures peut entrainer davantage d’impacts sociaux / environnementaux, ou bien l’hydrogénation – processus nécessaire pour solidifier les autres huiles, liquides – a également des conséquences sur la santé des consommateurs.

Au final, Oxfam combine plusieurs approches :

  • Acheter chez des petits producteurs. Exemple : Oxfam a récemment choisi la ccopérative équitable Coopeagropal (Costa Rica) comme fournisseur d’huile de palme pour ses chips de yucca.
  • Acheter de façon durable. Plutôt que la certification RSPO (Round Table on Sustainable Palm Oil), un label encore faible (en particulier au niveau social), Oxfam cherche d’autres labels et normes qui offrent les garanties économiques, écologiques et sociales nécessaires (comme par exemple le label ‘Fair for Life’, label d’IMO, Institut für Marktökologie).
  • Remplacer l’huile de palme. Dans les produits où l’huile de palme n’a que peu de valeur ajoutée et où elle ne constitue qu’une fraction minimale du produit ou dans le cas où l’huile durable n’est pas disponible, nous remplaçons l’huile de palme par une autre huile végétale. Ainsi, Oxfam l’a remplacée par de l’huile de tournesol dans ses Bio Choco Crispy et dans ses céréales Bio Honey Balls. Dans les crackers de sésame, nous utilisons désormais de l’huile de maïs.

En bref: nous considérons de nombreuses options différentes pour chaque produit et pour chaque chaîne d’approvisionnement, afin de choisir l’option la plus durable.

Plus d’infos : L’huile de palme durable, c’est possible

Le commerce équitable ne créé-t-il pas des inégalités entre les producteurs bénéficiaires et les autres?

Il est vrai que certaines études ont démontré que le commerce équitable pouvait exacerber les inégalités au niveau local, en favorisant certains groupes de producteurs au détriment d’autres ou via l’accaparement des bénéfices du commerce équitable par une minorité de la population locale. Le commerce équitable labellisé « de masse » peut exacerber le problème, en amenant les importateurs à sélectionner les organisations de producteurs les plus fortes et organisées, mieux à même de leur fournir d’importants volumes de produits.

Plusieurs éléments de réponse peuvent cependant être mis en avant :

  • En plus du prix minimum, les critères de commerce équitable incluent l’octroi d’une prime de développement, qui favorise souvent l’ensemble d’une communauté (ex. construction d’une école, d’un centre de santé, etc.). Une organisation équitable peut par ailleurs avoir un effet d’entrainement sur l’emploi local (ex. emplois administratifs au sein de l’organisation de producteurs, emplois techniques dans les stations de transformation et de conditionnement) et/ou d’exemplarité sur les autres producteurs (ex. les autres producteurs s’aperçoivent des abus des intermédiaires, des bénéfices à être certifié équitable ou biologique).
  • Les organisations telles qu’Oxfam cherchent à conserver l’esprit pionnier équitable, en s’adressant au maximum aux producteurs et travailleurs les plus défavorisés, c’est-à-dire ceux étant le plus dans le besoin (cf. partenariat renforcé et de « première ligne » évoqué plus haut).
  • La problématique du choix « entre les pauvres » (pour parler crument) n’est pas propre au seul secteur équitable, mais concerne l’ensemble des programmes d’aide au développement. Le commerce équitable apporte sa contribution à l’ensemble des mécanismes de lutte contre la pauvreté mais il est clair qu’il ne peut résoudre à lui seul toute l’injustice socio-économique de la planète. Il faut noter par ailleurs que le fait de vouloir aider tous les pauvres reviendrait en principe à faire « tourner » les producteurs bénéficiaires du commerce équitable, ce qui rentrerait en contradiction avec le principe de durabilité du partenariat (contrats et soutien socio-économique sur le long terme).

En mettant tous leurs « œufs dans le même panier », certains producteurs ne deviennent-ils pas trop dépendants des importateurs équitables?

Le commerce équitable défendu par Oxfam encourage la diversification des canaux de commercialisation. Les critères d’Oxfam Fair Trade mentionnent ainsi qu’un « partenaire ne peut pas être viable par son seul commerce avec Oxfam ou via les seuls circuits équitables » et encouragent les organisations à commercialiser leurs produits dans le secteur conventionnel. Afin d’éviter l’enfermement dans l’exportation de matières premières agricoles non transformées, Oxfam encourage par ailleurs les producteurs à diversifier leurs productions agricoles, notamment les productions vivrières (logique de souveraineté alimentaire) et soutient au maximum la transformation des produits au Sud (délocalisation de la valeur ajoutée).

Petits déjeuners Oxfam

Pourquoi les petits déjeuners n’ont pas tous le même prix ?

Chacun des 200 groupes organisant un petit déjeuner décide du prix d’entrée en fonction des frais liés à celui-ci. Les prix de location de salle varient d’un endroit à l’autre, chauffage compris ou non ; un certain nombre de petits déjeuners doivent louer de la vaisselle qui se paye parfois à la pièce ; certains ont parfois une aide de la commune. D’un autre côté, le groupe choisit le contenu du petit déjeuner : certains présentent une offre simple (pain, café, confitures), d’autres décident d’étoffer avec un large choix sur le buffet et cela peut aller jusqu’aux gâteaux réalisés par les bénévoles avec les produits équitables. Raisons pour lesquelles les prix varient de 2,5 à 5 euros pour un petit déjeuner adulte. Cependant, ces petits déjeuners sont un moment convivial de sensibilisation, et ne s’inscrivent pas dans un but de lucre, le principe est de ne faire ni perte ni bénéfice.

Les petits déjeuners-Oxfam s’inscrivent dans une campagne plus globale d’éducation au développement vers un large public et vers les écoles. La partie démarche de sensibilisation au moyen de différents outils (affiches) et d’actions menées par les bénévoles, est quant à elle financée par le ministère belge de la Coopération au développement et la Communauté française.

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  1.  Ces règles sont dictées par les pays développées au sein des institutions internationales, notamment l’organisation mondiale du commerce (OMC).
  2.  Consensus de FINE, regroupant l’ensemble des organisations de commerce équitable.
  3. Notamment le label Max Havelaar en 1988.
  4. Filière dite labellisée (contrôle de la filière via un système de certification, qui appose ensuite un label sur les produits).
  5. Organisation pionnière avec son réseau de « magasins du monde », Oxfam fait partie de la filière dite intégrée (contrôle de l’ensemble de la chaine d’approvisionnement par un seul acteur).
  6. L’idéal serait un label officiel public (à l’image de la petite feuille verte européenne dans le secteur de l’agriculture biologique), mais un tel cadre légal n’existe pas encore en Europe.
  7. Les autres labels reconnus en Europe sont « Naturland Fair », « Fair for life » et « Fairwild ».
  8. Par équitable de supermarché, on entend ici les marques distributeurs ayant développé une gamme équitable spécifique, aux côtés de leur gamme de produits conventionnels. Exemples : « Carrefour Solidair », « Colruyt Colibri », « Entr’aide Leclerc », « Lidl Fairglobe ».
  9. Le label Fairtrade Max Havelaar est le label historiquement majoritaire dans le secteur équitable. Il reste relativement exigeant par rapport aux labels dits durables (ex. Rainforest Alliance, Utz Certified) mais est lancé depuis quelques années dans une course aux volumes. Cette course l’amène à faire de nombreuses concessions aux acteurs de l’agro-industrie et de la grande distribution, concessions se traduisant par une certaine « dilution » des critères.
  10. Ces règles, dites FSP pour « Fairtrade sourcing partnerships », permettent de s’affranchir dans les produits mixtes (ex. chocolat, qui contient cacao, sucre, éventuellement lait, noisettes, etc.) de la règle « All that can be » (ex. seul le cacao peut être équitable dans un chocolat Fairtrade). Pour plus d’informations, voir l’analyse: Veillard P. Janvier 2014. Les récentes évolutions du label Fairtrade.
  11. Pour 95% des produits équitables. Les 5% restants sont des produits de solidarité produits en Europe, qui respectent les normes de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) et qui servent à faire de la récolte de fonds pour divers ONG (Oxfam Solidarité, Amnesty,  11.11.11).
  12. Cf. principe 10 du commerce équitable d’Oxfam-Magasins du monde : qualité, authenticité et respect de l’identité culturelle et des savoirs traditionnels des partenaires.
  13.  A noter qu’au niveau légal en Europe, s’il est interdit d’imposer un prix de vente à un revendeur, il est aussi interdit de vendre à perte (ce que l’on appelle du « dumping »).
  14. Les ventes en grandes surfaces ne représentent ainsi que 12% du total des produits alimentaires commercialisés par OFT, le reste étant constitué des ventes dans les réseaux OWW/OMM, des ventes extérieures (notamment aux institutions), ainsi que le commerce avec les autres organisations équitables en Europe (principalement des membres EFTA).
  15.  A titre de comparaison, certains magasins spécialisés équitables en Allemagne accueillent plus d’une dizaine de fournisseurs différents (et complémentaires).
  16.  Ainsi que quelques producteurs Nord, via la démarche « Paysans du Nord », mais cela reste pour l’instant marginal.
  17.  L’emploi salarié dans le secteur associatif a ainsi augmenté de 38% entre 2000 et 2008, contre 7% dans le reste de l’économie. Voir : Fondation Roi Baudouin. 2011. Le poids économique des associations en Belgique.
  18. Une récente étude à Enghien a ainsi démontré que les chiffres de ventes d’Oxfam-Magasins du monde, et donc ses performances commerciales, sont bien inférieurs à ceux de commerces indépendants similaires.
  19. Voir note plus haut sur les règles « Fairtrade sourcing partnerships ».
  20.  Ce système permet de s’affranchir de l’exigence habituelle de traçabilité physique. Il oblige à se fournir en ingrédients équitables pour la même quantité que ce que l’on vend mais sans devoir garantir le caractère directement équitable du produit labellisé et commercialisé. Concrètement, cela signifie que l’on peut avoir par exemple un cacao non équitable dans un chocolat certifié équitable.
  21. Politique Agricole Commune.
  22.  Les dépenses engagées dans l’aide au commerce s’élèveraient aujourd’hui à $25-30 milliards par an, soit près de 30% du total de l’aide publique au développement.
  23. Exemple : la construction d’infrastructures telles que des routes, qui permettent d’améliorer l’accès aux marchés, le soutien organisationnel ou technique aux organisations de producteurs.
  24. A noter cependant que Fairtrade est engagé dans un processus d’amélioration de ses standards commerciaux, pour y inclure une composante sociale. Le projet prévoit de demander aux acteurs ‘ultérieurs’ de la filière de « faire des efforts » pour respecter les droits fondamentaux des travailleurs (respect de 11 conventions de l’OIT).
  25.  Avec cette garantie, tous les acteurs doivent avoir le commerce équitable pour mission essentielle et activité principale, à l’exception du transport.
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