Oxfam Magasin du monde

Le pouvoir citoyen contre la pauvreté

L’agriculture paysanne peut nourrir le monde et refroidir la planète

Dans quelques mois, Oxfam International lancera une très vaste campagne pour attirer l’attention de nos décideurs politiques, des citoyens et des consommateurs sur l’urgence de changer radicalement le système agroalimentaire actuel. Oxfam-Magasins du monde est membre de la confédération, au même titre que Oxfam-Solidarité et Oxfam-Wereldwinkels, et participera également à cette campagne en 2011-2012 qui met le doigt sur une question cruciale pour l’avenir de l’humanité : quel système agroalimentaire souhaitons-nous pour le XXIème siècle ? Petit tour d’horizon…

Qu’entend-on par système agroalimentaire ?

La notion de système agroalimentaire renvoi au mode d’organisation de notre alimentation. Elle comprend non seulement la question de la production des biens alimentaire, mais également toutes les étapes ultérieures qui s’y affèrent: leur transformation, leur conditionnement, leur transport, leur consommation et même la gestion de leurs déchets.

Les défis du système agroalimentaire au XXIème siècle

Le système agroalimentaire actuel est aujourd’hui en crise parce qu’il nous conduit progressivement à toute une série d’impasses :

  • 925 millions d’être humains souffrent de la faim dans le monde, soit près de 140 millions de plus qu’en 1996 ! Les bouleversements successifs qui affectent aujourd’hui la planète entière – ex. : pénurie de pétrole, montée des prix agricoles, finance mondiale ébranlée, changement climatique – menacent d’aggraver fortement la situation dans les années à venir.
  • ¾ des malnutris sont des paysans, soit des personnes qui produisent de la nourriture pour les autres, mais qui sont incapables de se nourrir eux-mêmes !
  • D’ici 2050, la production agricole mondiale devrait augmenter de 70% pour satisfaire les besoins de consommation de 9,1 milliards de personnes dans un contexte où les ressources disponibles sont de plus en plus limitées.
  • Le changement climatique pèse lourdement sur les capacités de production de la planète, particulièrement dans le Sud: sécheresses, incendies, désertification, tempêtes tropicales, inondations, hausse du niveau des mers, pertes de disponibilités en eau, décalage de saisons, nouvelles maladies, invasion d’insectes ravageurs…
  • La biodiversité est menacée: 75% de la biodiversité dans l’agriculture ai été perdue en moins de 50 ans !
  • Les ressources naturelles sont surexploitées et menacent de disparaitre, ce qui risque de rendre les problèmes actuels encore plus aigus.

Le fantasme malthusien d’une pénurie alimentaire généralisée est déjà dans la tête de certains. Car, sans changement fondamental de notre système agroalimentaire, les perspectives dans un futur très proche sont en effet bien sombres : réfugiés climatiques, famine généralisée, conflit pour l’accès aux ressources naturelles, détérioration de notre cadre de vie,…

La question durabilité des modes de production agricole est essentielle !

La production alimentaire est au cœur du questionnement sur notre système alimentaire actuel. D’une coté, les modes de production agricole génèrent une grande partie des problèmes auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés. D’un autre coté, c’est paradoxalement par l’adoption de modes de productions alternatifs que nous pourrons apporter les meilleures réponses aux défis que nous devons relever.

LA QUESTION CENTRALE: Quelles formes d’agricultures faut-il soutenir pour simultanément fournir de nombreux emplois et respecter les modes de vies traditionnels, lutter contre la pauvreté et garantir la sécurité alimentaire des générations présentes et futures, préserver la biodiversité et les ressources naturelles, lutter contre le changement climatique et accroître la résilience de l’agriculture à ses effets ?

S’appuyant sur l’expertise de 400 chercheurs du monde entier, cosigné en avril 2008 par près de 60 gouvernements, le rapport international « Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD)» ne laisse planer aucun doute à ce sujet : ni l’agriculture industrielle, ni l’agriculture paysanne n’apportent entièrement satisfaction à cette question ! Une révolution écologique du système agricole et alimentaire mondial est plus que jamais nécessaire pour ce XXIème siècle !

Agriculture industrielle et paysanne

Oxfam mobilise deux notions clé pour rendre son action plus compréhensible:

  • « agriculture industrielle » : renvoie à des modes de production agricole plus centrés sur les gains de productivité que sur la gestion durable des ressources naturelles
  • • « agricultures paysannes » : renvoie à des modes de production agricole inscrits dans une approche plus multifonctionnelle, où la dimension économique s’articule avec celle de l’environnement et du social.

L’objectif est de mettre en évidence les principes qui caractérisent et distinguent essentiellement, dans leurs formes les plus pures ou « idéales », ces types d’agricultures.

MAIS ATTENTION : La réalité est, bien entendu, plus complexe que ne le laissent supposer ces concepts. Les modes de production effectivement privilégiés par les agriculteurs au quotidien sont rarement purement paysans ou purement industriels. Ils sont à dominance paysanne ou à dominance industrielle, se rapprochant plus ou moins d’un modèle ou de l’autre, sans jamais y coller parfaitement.

Agricultures paysannes traditionnelles Agriculture industrielle
Vocation à satisfaire les besoins locaux Vocation à optimiser la rentabilité économique
Logique de biens communs Réduction des biens agricoles et alimentaires à leur seule valeur marchande
Caractère familial Caractère entrepreneurial
Enracinement dans le contexte social, écologique, économique et culturel spécifique local Absence d’ancrage particulier dans le contexte social, écologique, économique et culturel spécifique local
Processus de production en vase clos :

  • utilisation des ressources naturelles locales ;
  • pratiques reposant sur des savoirs indigènes (transmis de générations en générations)
Externalisation du processus de production :

  • recours massif aux intrants externes (en particulier de synthèse)
  • pratiques reposant sur des savoirs étrangers à la communauté (détenus par les fournisseurs d’intrants et les experts)
Commercialisation secondaire Commercialisation prioritaire, notamment sur les marchés internationaux
Adaptation forte des pratiques culturales aux besoins spécifiques de l’écosystème local Adaptation faible des pratiques culturales aux besoins spécifiques de l’écosystème local
Grande diversité de systèmes agraires Uniformité des systèmes agraires
Grande diversité de cultures, rotations fréquentes Cultures peu nombreuses, tendance à la monoculture
Faible capitalisation et mécanisation Forte capitalisation et mécanisation
Mains d’œuvre abondante Main d’œuvre réduite au minimum
Fragmentation de la production (multitude d’exploitations, de petite taille) Concentration de la production (nombre restreint d’exploitations, de grande taille)

Faut-il renforcer une logique industrielle ?

Selon les chercheurs de l’IAASTD, la poursuite actuelle de l’industrialisation de l’agriculture ne ferait que renforcer les problèmes auxquels nous devons faire face. En se focalisant de manière excessive sur la rentabilité économique à court terme, l’agriculture industrielle a, en effet, fait l’impasse sur de nombreuses externalités sociales et environnementales :

  • Insécurité alimentaire
  • Perte d’emploi
  • Endettement et conditions de travail pénible
  • Perte de la biodiversité
  • Déforestation
  • Dégradation des terres et des sols
  • Epuisement des réserves en eau
  • Emissions de gaz à effets de serre
  • Dépendance et gaspillage énergétique
  • Augmentation de la vulnérabilité des exploitations

Une révolution agro-écologique paysanne !

Pour Oxfam, comme pour des centaines d’autres organisations à travers le monde, cette révolution agro-écologique passe inévitablement par le maintient et le renforcement des agricultures paysannes actuelles, modes de vie et systèmes agraires à dominance paysanne, pour les rendre toujours plus durables. Les raisons de parier sur ces formes d’agricultures sont multiples et complémentaires.

  1. Ce sont principalement les agricultures paysannes qui nourrissent le monde : 70 % de la nourriture produite provient d’exploitations paysannes !
  2. Les potentiels d’amélioration de la productivité des terres paysannes est énorme alors que ceux des terres industrielles décroissent avec le temps.
  3. L’agriculture est une source d’emploi formidable pour une population en croissance qui ne trouve pas d’emploi dans les secteurs secondaires et tertiaires.
  4. Ces emplois permettent de lutter durablement contre l’extrême pauvreté.
  5. Les agricultures paysannes reposent sur des savoirs et des savoirs-faires millénaires qui permettent de travailler en plus grande harmonie avec les écosystèmes de manière à ce qu’ils puissent durer.
  6. Les savoirs paysans ne sont pas privatisés comme les savoirs industriels. Leur libre diffusion et partage permet de généraliser beaucoup plus facilement les pratiques agro-écologique pertinentes
  7. Alors que les paysans subissent de plein fouet les effets du changement climatique, ce sont paradoxalement leurs systèmes agricoles qui émettent le moins de gaz à effets de serre.
  8. Les systèmes agricoles paysans ont un potentiel d’adaptation aux perturbations du climat déjà en cours très élevé.

La tendance paysanne appartient-elle au passé ?

L’image bucolique de monde paysan d’antan est certes plaisante, mais ne colle pas exactement à la réalité que souhaite défendre Oxfam et les organisations paysannes. En collaboration entre eux et avec des experts progressistes, la paysannerie est véritablement en meilleure disposition pour relever les défis du XIème siècle parce que les marges possibles d’améliorations sont significativement plus importantes qu’en agriculture industrielles. La modernisation agricole, c’est aujourd’hui faire appliquer aux modes de productions actuels les principes caractéristiques de l’agriculture paysanne !

Ci-contre, nous pouvons observer comment peut se réaliser cette modernisation paysanne de l’agriculture : une moissonneuse récolte du blé dans un champ bordé par des lignes d’arbres qui permettent d’accroitre durablement la fertilité des sols et de moins recourir aux fertilisants de synthèses systématiquement utilisés en agriculture industrielle. Voilà une belle application de ce qui est appelé « agroforesterie » par les paysans !

 

 

Soutenir la révolution agro-écologique

Le système agro-alimentaire actuel favorise très nettement une industrialisation croissante de l’agriculture. Une tendance directement renforcée par les choix politiques de nos représentants démocratiquement élus.

Dans ce contexte, Oxfam entend mener campagne pour faire comprendre aux différentes parties prenantes du système alimentaire qu’elles peuvent jouer un rôle pour favoriser des modes de productions plus durables et pour interpeller nos élus sur leur responsabilité quant au choix de politiques qui pourraient soutenir cette évolution.

Que pouvons-nous faire ?

Nous pouvons agir à deux titres :

  1. En tant que consommateur : nous sommes en bout de course du système alimentaire censé répondre à nos attentes et satisfaire nos besoins. A condition d’en prendre conscience, nous disposons de certaines marges de manœuvre.
    1. Faire évoluer positivement nos pratiques de consommation alimentaire en faveur d’une consommation plus durable, ce qui n’équivaut pas nécessairement à manger moins : moins de gaspillage, régime alimentaire varié et moins dépendant de produits d’origine animale, consommations locale et de saison,…
    2. Achat de produits du commerce équitable et véritablement paysans
    3. Participation à des ententes collectives directe avec des paysans locaux (groupes d’achats collectifs, solidaires, achats directs à la ferme, épiceries solidaires,…)
  2. En tant que citoyen : nos représentants politiques sont les garants du bien commun et doivent défendre nos intérêts. Nous pouvons les encourager à mettre en œuvre des mesures fortes pour favoriser le développement de systèmes alimentaires plus durables et équitables et qui tiennent compte des revendications des organisations paysannes.
    1. pétitions, manifestations,…
    2. participation aux processus de décisions locales

Corentin Dayez
Service politique

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