Oxfam Magasin du monde

Le pouvoir citoyen contre la pauvreté

En Inde comme en Belgique, les travailleuses sont plus pauvres que les travailleurs

Septembre 2015
Publié dans le
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Pour Oxfam-Magasins du monde comme pour ses partenaires, le travail décent est un levier essentiel pour faire progresser l’égalité hommes-femmes. Lorsqu’une femme accède à un emploi de qualité, rémunéré de manière équitable, elle devient plus autonome financièrement et gagne de la confiance. Les regards dans son entourage familial et la société évoluent tandis que la pauvreté diminue. En Asie comme chez nous, les défis sont encore importants. Pour y voir plus clair, nous avons rencontré deux spécialistes de la question « emploi et genre » en Inde et en Belgique.

Propos recueillis par Ronny Hermosa et Sébastien Maes


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Action menée par l’ONG indienne SWATE en faveur de l’égalité hommes-femmes.

Inégalités jommes-femmes et artisanat en Inde

En Inde, les femmes artisanes font partie des couches les plus pauvres : leur travail n’est pas reconnu alors qu’elles contribuent de manière positive aux revenus du ménage et plus généralement de la société. Pour mieux comprendre les enjeux, nous avons interviewé Shalini Sinha, spécialiste du travail domestique et informel au sein de l’Organisation Wiego (Woman in Informal Employment Globalizing and Organizing).

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les femmes qui travaillent en Inde ?

Lorsque l’on parle des femmes pauvres qui travaillent en Inde, on parle d’un groupe très vulnérable et marginalisé. Un grand nombre d’entre elles, 97%, travaille dans le secteur informel, ce qui est énorme. Par emploi informel, nous entendons qu’elles travaillent depuis leur domicile ou dans la rue, parfois dans des décharges d’ordures ou au domicile d’autres personnes.

Dans le secteur informel, l’emploi est instable. Si elle ne trouve pas d’endroit pour vendre ou si la police la chasse, la femme ne gagnera rien ce jour-là et personne n’aura à manger dans son ménage. Il n’y a donc aucune garantie, il n’y a pas de sécurité sociale, pas d’assurance si elle tombe malade ou si quelqu’un dans sa famille tombe malade. Une femme qui travaille à domicile est complètement dépendante des intermédiaires qui lui apportent le travail. Si elle exprime la volonté d’être mieux rémunérée, on lui dira qu’une autre sera prête à faire le travail à ce prix-là.

Elles travaillent toute la journée et ce travail n’est pas considéré comme une activité économique.

Mais est-ce vraiment spécifique aux femmes ?

Les hommes sont aussi concernés par le travail informel, qui concerne 91% d’entre eux. Mais les femmes sont encore plus discriminées : elles sont l’échelon le plus bas dans la chaîne du travail, elles sont mal payées, moins bien payées que les hommes et leur liberté de mouvement en dehors de la maison ou du village est limitée. Tout ça fait qu’elles sont “prisonnières” d’une situation qui les force à accepter ces emplois mal payés et n’offrant aucune protection. En plus de cela, il y a le facteur générationnel. De mères en filles, elles subissent la malnutrition, le manque d’éducation et le manque d’attention. Donc la peur est très réelle! Peur de la communauté, peur de ce que pensent les autres, peur de se rebeller,…

De plus, il y a d’autres problèmes liés au fait d’être femme. En plus de leur travail, elles portent de très lourdes responsabilités. Si quelqu’un tombe malade à la maison, c’est leur responsabilité. Elles doivent récolter l’eau, nettoyer la maison, s’occuper des enfants,… Elles travaillent toute la journée et ce travail n’est pas considéré comme une activité économique.

Et dans le secteur de l’artisanat, est-ce la même réalité ?

Oui, la plupart des artisanes aussi restent invisibles et isolées, car elles travaillent depuis la maison. Leur propre famille ne reconnaît pas leur contribution au ménage. Nous avons pourtant de nombreuses études qui prouvent que les artisanes qui travaillent à domicile contribuent grandement à l’éducation de leurs enfants, aux besoins quotidiens de la famille. Ces femmes qui travaillent à domicile sont aussi celles qui absorbent les chocs du marché ou de l’économie.

En Inde, le salaire journalier moyen d’un homme est environ 25% plus élevé que celui d’une femme.

Quel sont les principaux défis auxquels les artisanes sont confrontées ?

Le plus grand défi est d’obtenir une rémunération juste pour le travail accompli. Le long travail qu’elles effectuent est souvent trop peu payé. Il existe aussi de nombreux mécanismes qui viennent diminuer leur salaire : certaines femmes sont liées par des dettes ou des sommes qui leur ont été prêtées lorsqu’elles étaient dans le besoin. L’intermédiaire peut aussi abuser des rejets. Par exemple, sur une commande de 500 pièces, il n’en accepte que 300. Dans ce cas, ce sont les artisanes qui assument la perte.

Le deuxième problème auquel elles font face, ce sont les compétences, surtout en matière de design. En effet, les marchés changent très rapidement et les clients internationaux, bien qu’ils souhaitent travailler de manière éthique avec les producteurs, demandent une grande flexibilité dans la production. Il est donc important d’investir dans le renforcement de leurs compétences en matière de design, dans leur capacité à comprendre les marchés, les tendances…

Le commerce équitable est-il une bonne alternative à promouvoir ?

Au coeur du commerce équitable se trouve le respect et la dignité du producteur. Or si c’est la norme pour le commerce équitable, pour bien d’autres entreprises ce n’est pas du tout le cas. Souvent la femme ou le travailleur en bas de la chaîne de production n’est pas reconnu et est quasi invisible. Mais les organisations de commerce équitable ont aussi des choses à apprendre des entreprises traditionnelles en matière de business plan, de management et de production à grande échelle. Je pense donc qu’en insérant les principes du commerce équitable dans les entreprises conventionnelles, cela mènera à plus d’égalité entre homme et femme, plus de reconnaissance pour les artisanes, plus de dignité et de meilleurs salaires.

Etes-vous optimiste pour l’avenir des artisanes en Inde ?

L’Inde est un très grand pays et globalement nous constatons un fort développement, de plus en plus de femmes sont scolarisées, font de meilleures études, les femmes osent sortir de la maison et deviennent plus fortes au niveau économique, elles prennent de plus en plus de place. Cependant, nous sommes toujours confrontés à des problèmes d’insécurité, d’abus sexuels et de violence. Ce qui me pousse à être optimiste c’est le fait qu’il y a de plus en plus d’organisations de femmes qui parlent de ces problèmes et qui interpellent le gouvernement. Mais la route est longue et sinueuse et nous avons encore beaucoup d’obstacles à surmonter.

Les hommes indiens sont ceux qui participent le moins aux tâches domestiques dans le monde !

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Ils n’y consacreraient que 19 minutes par jour, contre 114 minutes en Slovénie, le pays qui arrive en tête du classement (sur une liste de 30 pays). La Belgique arrive en 5ème position avec 97 minutes.

Pour en savoir plus : Voir l’étude Artisanat et genre : impact de l’artisanat équitable sur l’empowerment des femmes en Inde et au Bangladesh, Patrick Veillard, 2014.

Inégalités hommes-femmes sur le lieu de travail en Belgique

La Belgique est un des pays les plus en pointe dans l’approche « genre », avec tout un arsenal de lois concernant la non-discrimination et un organisme spécialisé dans les discriminations liées au genre. Enfin, l’approche « gender mainstreaming » (voir encadré) impose à l’Etat de vérifier l’impact de toute mesure sur l’égalité hommes-femmes, et éventuellement de corriger le tir si cet impact est négatif. Alors, tout va bien ? Hélas non… Les stéréotypes sexistes ont la vie dure et il reste encore beaucoup de travail pour que femmes et hommes soient égaux. Petit tour de la question avec Véronique De Baets de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, spécialiste de l’aspect « genre et emploi ».

Quel est le poids de la culture dans les inégalités hommes-femmes ?

En Belgique, ce poids est très important. Mais il est tellement intégré qu’on ne le sent pas. Notre société est pourtant influencée par de nombreux stéréotypes sexistes. Ce n’est pas un hasard si on retrouve plus de femmes dans les filières liées à la santé ou au social. Ces filières sont moins valorisé socialement, on y trouve plus de temps partiels, plus de contrats précaires et le salaire y est généralement moins élevé.

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une campagne menée par la Cocof, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. www.stop-discrimination.be

C’est le résultat d’une culture encore trop marquée par des stéréotypes : on va éduquer les petits garçons à être plus combatifs, à avoir moins le droit à l’erreur. On retrouve donc plus d’hommes par la suite dans des métiers en général plus combatifs, plus valorisés professionnellement et qui correspondent davantage à des temps pleins.

La culture et l’environnement sexiste vont donc avoir une influence sur l’accès à l’emploi des femmes, sur leur carrière et aussi sur la pauvreté de certaines femmes. Elles sont en général plus impliquées dans les tâches ménagères et dans l’éducation des enfants. En Belgique, les femmes travaillent en moyenne 8h et demi de plus que les hommes par semaine dans le travail domestique, sans prendre en compte le travail lié aux enfants. A l’inverse, les hommes travaillent 7 heures de plus de manière professionnelle rémunérée. Cela a forcément un impact sur la pension ou sur le chômage des hommes, qui seront plus élevés que chez les femmes.

Donc, même s’il y a eu beaucoup de progrès, les problèmes d’égalité en Belgique sont moins visibles mais toujours présents. L’image de la femme au service de la famille ou au service de l’homme est toujours d’actualité. Nous essayons de combattre cette image par des campagnes de sensibilisation, par une approche au niveau de l’enseignement…

En Belgique, les femmes travaillent en moyenne 8h et demi de plus que les hommes par semaine dans le travail domestique

Et pour les femmes qui parviennent à des postes de décision ou dans des carrières où on ne les attend pas, comment cela se passe ?

Souvent, lorsque les femmes parviennent au sommet de la hiérarchie d’une entreprise et qu’elles sont en minorité, elles adoptent des postures masculines. Elles se fondent dans la culture ambiante. Par contre, si les femmes représentent une certaine masse critique, environ 30%, alors on remarque un enrichissement mutuel puisque chaque sexe peut apporter sa spécificité dans son approche.

Comment faire en sorte que la législation donne de meilleurs résultats ?

En Belgique, on a effectivement beaucoup de lois, mais toutes n’ont pas la même efficacité. Par exemple, grâce à la loi sur les conseils d’administration, qui impose un quota dans les grosses sociétés cotées en bourse, le nombre de femmes a vraiment augmenté dans ces structures. Mais des études montrent que, dans tous les secteurs, les femmes sont sous-représentées aux niveaux de pouvoir, y compris dans les ONG, dans le non marchand, dans les médias… Il reste donc beaucoup de travail.

Et comment peut-on lutter contre cette situation ?

Il faut s’attaquer à la racine du problème, dès la petite enfance, pour lutter contre les stéréotypes. On remarque que le fait de prévoir suffisamment de places d’accueil pour les petits enfants et d’accueil extra- scolaire pour les enfants plus âgés a un impact très positif sur l’offre d’emplois de qualité pour les femmes. Un autre point est lié aux congés parentaux, qui sont prévus par la loi en Belgique, et qui facilite l’équilibre entre la vie familiale et l’emploi. Le souci, c’est que ces congés sont essentiellement pris par les femmes, ce qui va avoir un impact négatif sur leur carrière. Implicitement, cette situation renforce l’image de la femme plus impliquée dans les tâches liées à l’éducation et au ménage à la maison.

Nous essayons donc d’encourager les hommes à prendre ces congés et à s’investir davantage dans la sphère familiale (NDLR : le congé de maternité en Belgique est de 15 semaines pour les femmes et de 10 jours pour les hommes). Si on veut que les femmes soient plus présentes sur le marché du travail, il faut aussi renforcer la présence des hommes dans la sphère familiale.

L’image de la femme au service de la famille ou au service de l’homme est toujours d’actualité.

Y a-t-il une évolution naturelle dans le partage des tâches ménagères en Belgique ?

Non, il faut continuer à sensibiliser et à lutter contre les stéréotypes qui nous enferment dans des rôles traditionnels. Il semble que sans cela, les pères consacreraient moins de temps aux enfants et continueraient à privilégier leur carrière professionnelle. Il y a pourtant une étude qui montre que plus de 70% des pères souhaiteraient consacrer davantage de temps à leur famille mais nombreux sont ceux qui n’osent pas demander un congé parce que culturellement, dans la mentalité des entreprises, ce serait très mal vu.

Comment peut-on améliorer l’égalité hommes-femmes en matière de salaire ?

En Belgique, l’écart salarial entre hommes et femmes n’est pas très élevé : il est de 9% sur une base horaire alors que la moyenne européenne est de 16%. Cet écart devient beaucoup plus grand si on l’analyse sur une base annuelle, c’est-à-dire si on prend en compte le temps partiel. Il est alors de 22%. L’écart de salaire est surtout important entre les personnes qui ont des emplois de qualité (davantage les hommes) et des personnes qui sont dans des secteurs moins rémunérateurs et avec des statuts plus précaires (surtout des femmes). Ce fossé entre bons emplois et emplois de seconde catégorie risque de se renforcer avec la crise.

En Belgique, près de 45% des femmes salariées travaillent à temps partiel ; chez les hommes c’est un peu moins de 10%. Cette situation empêche les femmes d’être complètement autonomes. Elles sont généralement dépendantes du conjoint financièrement. En cas de rupture, elles se retrouvent seules avec les enfants, car plus de 80% des chefs de famille monoparentales sont des femmes ! Cela entraîne un gros risque de précarité. Ce risque est aussi présent au moment de la pension, puisque les femmes n’auront pas cotisé à temps plein pour leur pension. Il y a donc un problème de pauvreté qui touche spécifiquement les femmes en Belgique.

Quelle vue a-t-on sur le secteur du travail informel, non déclaré en Belgique ?

Il est difficile d’en parler vu qu’on ne dispose pas de chiffres. La création des titres services aurait permis de légaliser environ 140 000 emplois. Par contre, ces emplois sont peu rémunérés, sont souvent en temps partiel et offrent peu de possibilité d’évolution de carrière… Ces emplois sont surtout occupés par des femmes (c’est principalement du travail de nettoyage et de ménage). On a donc légalisé des situations qui sont pourtant sources d’inégalités hommes-femmes.

Comment les femmes peuvent-elles se défendre par rapport à une discrimination sur leur lieu de travail ?

Beaucoup de lois permettent de lutter contre certaines discriminations comme le paiement inégal pour des tâches équivalentes ou comme le licenciement lors d’une grossesse. Les femmes ou les hommes qui le souhaitent peuvent contacter l’Institut au numéro gratuit 0800 12 800. Nous avons un service de première ligne qui donne gratuitement les possibilités de recours et de médiation.

Etes-vous optimiste quant à l’évolution de la situation ?

Le contexte économique et budgétaire n’est pas très propice à plus d’égalité. Il faudra être attentif à ce que les coupes budgétaires n’entravent pas le travail des institutions et associations compétentes en la matière. Sur le marché du travail, il y a des projets pour rendre le travail des femmes plus flexible, ce qui est une bonne chose. Au niveau européen, 35% des mères sont inactives mais la toute grande majorité d’entre elles (plus de 80%) souhaiterait travailler si le travail était plus flexible… Mais il faut que cela se fasse aussi dans l’intérêt du travailleur et pas uniquement dans celui de l’employeur.

Il faudra également continuer à lutter contre les stéréotypes de genre à l’école mais aussi dans les médias et dans la publicité.

Retrouvez ces deux interviews en vidéo dans leur version intégrale :

Testez la différence salariale entre hommes et femmes dans votre secteur. Découvrez en quelques clics combien vous gagnez de plus ou de moins que la personne de sexe opposé. www.convertisexe.be

Le gender mainstreaming, une approche globale du genre

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Selon le Groupe de spécialistes pour une approche intégrée de l’égalité (EG-S-MS) du Conseil de l’Europe, le gender mainstreaming est : « la (ré)organisation, l’amélioration, l’évolution et l’évaluation des processus de prise de décision, aux fins d’incorporer la perspective de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et à tous les niveaux, par les acteurs généralement impliqués dans la mise en place des politiques ».

Le combat héroïque des ouvrières de la FN-Herstal

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En 1966, les ouvrières de la Fabrique nationale d’armes de guerre, à Herstal, décident d’arrêter le travail. Durant 12 semaines, elles paralysent l’usine et parviennent à mobiliser les hommes et les syndicats à leurs côtés. D’autres usines wallonnes vont également se joindre au mouvement. Cette grève est devenue un symbole international pour la lutte en faveur de l’égalité des sexes.

In both India and Belgium, female workers are poorer than male workers

> Français

For both Oxfam-Magasins du monde and its partners, Decent Work is an essential lever in the progress towards gender equality. When a woman accesses a quality job, paid fairly, she becomes more financially independent and gains confidence. There is an evolution in the way her surrounding family and society see her, and a decrease in poverty. Both in Asia and here in Belgium, there remain important challenges. To gain a clearer view on this, we met with two specialists on the issue of employment and gender in India and in Belgium.

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Action led by the Indian NGO « SWATE » in support of gender equality.

Gender inequality and handicrafts in India

In India, craftswomen form part of the poorest strata of society: their work is not recognised, even though they are making a positive contribution to the household income and to that of society in general. To better understand the issues, we interviewed Shalini Sinha, a specialist in domestic and informal work within the organisation Wiego (Women in Informal Employment Globalizing and Organizing)

What are the principle difficulties encountered by women working in India?

When we talk about poor women who work in India, we are talking about a very vulnerable and marginalised group. A large number of them – 97% – work in the informal sector, which is huge. By informal employment, we mean that they work from home or in the street, sometimes in rubbish disposal or in the homes of other people.

In the informal sector, employment is unstable. If a woman doesn’t find a place to sell or if the police move her on, she will earn nothing that day and no-one in her household will be able to eat. So there is no guaranty, no social security, no insurance if she falls ill or if somebody in her family falls ill. A woman who works from home is completely dependant on the intermediaries who bring her the work. If she expresses a wish to be better paid, she will be told that another will be willing to do the work for that price.

But is it really specific to women?

Men are also affected by informal work, which affects 91% of them. But women are discriminated against still more:  they form the lowest level of the work hierarchy, they are badly paid, less well paid than men, and their freedom of movement outside the house or village is limited. All this means that they are « prisoners » of a situation which forces them to accept this badly paid work which offers no protection. In addition, there are generational factors. From mother to daughter they are subject to malnutrition, a lack of education, and insufficient attention is paid to them. So their fear is very real! Fear of the community, fear of what other people think, fear of rebelling…

What’s more, there are other problems related to being a women. They carry very heavy responsibilities in addition to their work. If somebody falls ill at home, it’s their responsibility. They must fetch water, clean the house, take care of the children… They work all day but this work is not considered as an economic activity.

And is the reality the same in the handicraft sector?

Yes, most craftswomen remain invisible and isolated too, due to the fact that they work from home. Their own family does not recognise their contribution to the household. Yet we have numerous studies which prove that craftswomen working from home contribute greatly to the upbringing of their children and to the daily needs of the family. These women who work from home are the same women who absorb the shocks of the market and the economy.

What are the main challenges that craftswomen face?

The biggest challenge is to obtain fair remuneration for the work accomplished. The lengthy work they carry out is often underpaid. There are also many mechanisms in existence which lower their salary: some women are tied by debts or sums lent to them when they were in need. The intermediary can unfairly reject items as well. For example, from an order of 500 units he might only accept 300. In this case, it is the craftswoman who carries the loss.

The second problem which they face is one of skills, above all in the area of design. It is the case that markets change very rapidly, and international clients, while wishing to work with producers in an ethical manner, demand a great deal of flexibility in production. It is therefore important to invest in strengthening craftswomen’s design skills, and in their ability to understand the markets, the trends…

Is Fair Trade a good alternative to promote?

At the heart of fair trade lie the principles of respect and dignity for the producer. But while that is the norm in fair trade, for many other businesses it is not at all the case. Often the woman or the worker at the bottom of the production chain is unacknowledged and practically invisible. But fair trade organisations also have things to learn from traditional businesses on the subject of business planning, management and large-scale production. So I think that if we insert the principles of fair trade into conventional businesses, this will lead to more equality between men and women, more recognition for craftswomen, more dignity and better salaries.

Are you optimistic about the future of craftswomen in India?

India is a very large country and on the whole we are seeing a marked development: more and more women are going to school, getting a better education, women are daring to go out of the house and are becoming stronger at an economic level, they are making more and more of a place for themselves.

However, we are still confronted with a lack of safety, and problems of sexual abuse and violence. What pushes me to be optimistic is the fact that more and more women’s organisations are talking about these problems and challenging the government. But the path is a long and winding one and we still have a lot of obstacles to overcome.

Indian men do the least housework in the world!

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Apparently they devote only 19 minutes a day to housework, in contrast to 114 minutes in Slovenia, the country at the top of the ranking (of 30 countries listed). Belgium comes in 5th place with 97 minutes.

To find out more: see the study « Gender and Fair Trade handicrafts. The impact of Fair Trade handicrafts on women’s empowerment in India and Bangladesh« , Patrick Veillard, 2014.

Gender inequality in the workplace in Belgium

Belgium is one of the countries at the forefront of gender mainstreaming, with a whole arsenal of laws concerning non-discrimination and a body specialising in gender-based discrimination. In short, « gender mainstreaming » (see box) imposes a duty on the State to verify the impact of any measure taken on gender-equality, and to make adjustments if that impact is negative. So does this mean everything’s ok? Unfortunately it doesn’t… sexist stereotypes are enduring and there is still a lot of work to do before women and men are equal. We will look at the question from a few different angles with Véronique Debaets, a specialist in gender and employment from the Institute for the equality of women and men.

How important is culture in gender inequalities?

In Belgium, culture has a very significant impact, but it is so much a part of us that we don’t feel it. Our society is nevertheless influenced by numerous sexist stereotypes. It is no coincidence that we find more women in sectors connected with health and social issues. These sectors are given less value socially, they contain more part-time jobs, more temporary contracts and the salaries are generally not as high.

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A campaign led by the Cocof (the French Community Commission), the Interfederal centre for equal opportunities and the Institute for the equality of women and men. http://www.stop-discrimination.be

It’s the result of a culture where stereotypes are still too pronounced: we bring little boys up to be more competitive, we give them less permission to make mistakes. As a consequence we find more men in professions that are more competitive in general, more valued professionally and which correspond with full-time work to a greater extent.

A sexist culture and environment are therefore going to have an influence on women’s access to work, on their career and also on the poverty of some women. They are generally more involved in the housework and the children’s upbringing than men are. In Belgium, women spend an average of 8 and a half hours more than men on domestic work each week, without taking work connected with the children into account. Conversely, men do 7 more hours of professionally paid work. This necessarily has an impact on the pension and unemployment benefit of men, which are higher than those of women.

So, even if there has been a lot of progress, problems of equality in Belgium are less visible but still present. The image of women in the service of their family or the service of men is still prevalent. We are trying to combat this image with awareness-raising campaigns, with an education-based approach…

And how do things go for women who obtain decision-making positions or enter careers where we don’t expect to see them?

Often, when women reach the top of a company’s hierarchy and they are in the minority, they adopt a masculine stance. They blend into the prevailing culture. On the other hand, if women form a certain critical mass, approximately 30%, then we notice a mutual enrichment because each sex can bring their own specific approach into play.

What can be done in order for the legislation to produce better results?

In Belgium we do have a lot of laws, but they are not all equally effective. For example, thanks to the law concerning boards of directors, which imposes a quota on large publicly traded corporations, the number of women in these structures has risen considerably. But research shows that in every sector women are under-represented at the level of power, including in NGOs, in the non-commercial sector and in the media… so there is still a lot of work to be done.

And how can we combat this situation?

We have to attack the root of the problem, from early childhood onwards, to fight against stereotypes. We are noticing that the provision of sufficient childcare places for preschool children and after-school care for older children has a very positive impact on quality job vacancies for women. Another point is connected with parental leave, which is provided by law in Belgium, and which makes it possible to balance family life and employment. The concern is that this leave is essentially taken by women, which has a negative impact on their career. Implicitly, this situation reinforces the image of women as more involved in tasks linked to bringing up children and housework.

So we are trying to encourage men to take this leave and to invest more in family life. (Editor’s note: maternity leave in Belgium is 15 weeks for women, and 10 days for men).

If we want women to have a greater presence in the job market, we also have to strengthen the presence of men in the family sphere.

Is there a natural evolution in the division of household tasks in Belgium?

No, we have to continue to raise awareness and fight against stereotypes which trap us in traditional roles. It seems that without this, fathers devote less time to their children and continue to prioritise their professional careers. There is a study which shows that more than 70% of fathers would nevertheless like to devote more time to their families, but many of those do not dare to ask for leave because culturally, in the corporate mindset it would be looked upon very badly.

How can gender-equality be improved in terms of salary?

In Belgium, the salary gap between men and women is not very wide: 9% when based on hourly rate, whereas the European average is 16%. The gap becomes much larger if the analysis is based on annual salary, i.e. if we take part-time hours into account. Then it is 22%. The salary gap is particularly significant between people in quality employment (a greater number of men) and people working in less well-paid sectors and with less job security (primarily women).  This gap between good jobs and second-rate jobs is likely to widen with the economic crisis.

In Belgium nearly 45% of salaried women work part-time, compared to just under 10% of men. This situation prevents women from being completely autonomous. They are generally financially dependant on their partner. In the case of a separation they find themselves alone with the children, as more than 80% of single-parent families are headed by women! There is a big risk of them being in a precarious situation as a result. This risk is also present during retirement, as these women will not have paid into their pension at a full-time rate. There is therefore a problem of poverty specifically affecting women in Belgium.

What perspective do we have on the sector of informal, non-declared work in Belgium?

It is difficult to talk about it, because there are no available figures. The creation of a voucher system – « titres services » – has reportedly made it possible to legalise about 140,000 jobs. On the other hand, these jobs are poorly paid, are often part-time and offer little possibility of career progression. These jobs are primarily held by women (it’s mainly cleaning and housework). So situations have been legalised which are nevertheless a source of gender inequality.

How can women defend themselves if they encounter discrimination in their place of work?

Many laws allow the combat of certain forms of discrimination, such as unequal pay for equivalent tasks or dismissal during a pregnancy. If they wish to, women or men can contact the Institute on the free telephone number 0800 12 800 . We have a first-line service which provides free of charge information on appeal and mediation procedures.

Are you optimistic about the evolution of the situation?

The economic and budgetary context is not very conducive to increasing equality. Care must be taken to ensure that budget cuts do not hinder the work of the relevant institutions and organisations. On the job market there are plans to make the work of women more flexible, which is a good thing. At the European level, 35% of mothers are not working, but the vast majority of them (more than 80%) would wish to work if the workplace was more flexible… but this has to be done in the interest of the worker and not only in the interest of the employer.

The fight must also continue against gender stereotypes at school, as well as in the media and in advertising.

Watch the full video of these interviews here:

Check the salary difference between men and women in your sector. Discover in a few clicks how much more or less you earn than a person of the opposite sex: www.convertisexe.be

Gender mainstreaming, a comprehensive approach to gender

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According to the Group of Specialists on Mainstreaming (EG-S-MS) of the Council of Europe, gender mainstreaming is: « the (re)organisation, improvement, development and evaluation of policy processes, so that a gender equality perspective is incorporated in all policies at all levels and at all stages, by the actors normally involved in policy-making »

The heroic struggle of female workers at the FN Herstal weapons factory

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In 1966, female workers at the ‘Fabrique nationale d’armes de guerre’ (the National Factory of Weapons of War) in Herstal decided to stop work. For 12 weeks, they paralysed the factory and succeeded in mobilising men and trade unions to stand at their side. Other Walloon factories joined the movement as well. This strike has become an international symbol in the struggle for equality of the sexes.

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