Oxfam Magasin du monde

Le pouvoir citoyen contre la pauvreté

Travaillons ensemble à l’égalité hommes / femmes

Septembre 2015
Publié dans le
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Inégalités. Un mot auquel les médias sont de plus en plus sensibles, citant tour à tour Thomas Piketty, Oxfam International ou le forum économique mondial. Mais il est une inégalité qui frappe sans doute plus que toutes les autres, car elle concerne près de la moitié de la population mondiale : celle entre les hommes et les femmes.

Patrick Veilllard

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Malgré d’importants progrès dans le dernier quart de siècle, les femmes ont, presque partout dans le monde, moins que les hommes l’occasion de décider de leur sort. Dans beaucoup de pays, elles gagnent moins, ont un plus grand risque de mortalité, sont victimes de violence, etc. Exemple : alors qu’elles fournissent plus de 2/3 du travail dans le monde, elles ne gagnent que 10% du revenu mondial. Réduire ces inégalités est donc une priorité, à la fois morale et socio-économique.

C’est particulièrement vrai en Inde ou au Bangladesh , deux sociétés extrêmement patriarcales, où les normes sociales continuent de fortement limiter les opportunités d’autonomie des femmes. L’artisanat équitable constitue pour elles une alternative, un outil de développement professionnel ou personnel.

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Une même campagne en Belgique et en Asie

Pour la campagne de fin d’année, Oxfam-Magasins du monde s’est associée à trois partenaires asiatiques : CORR – The Jute Works (Dhaka, Bangladesh), Sasha (Kolkata, Inde) et Tara Projects (Delhi, Inde). L’objectif est de lutter avec eux contre toutes les formes de marginalisation des femmes, notamment en promouvant le commerce équitable et les autres formes de travail décent. La co-construction de la campagne avec ces 3 partenaires nous permet de partir des réalités vécues par les femmes en Inde et au Bangladesh, notamment les travailleuses fabriquant les produits vendus dans nos magasins. Grâce à leurs témoignages, nous pouvons mieux comprendre en quoi le commerce équitable est un levier important dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités hommes / femmes.

Genre ≠ sexe

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Théorie du genre, transgenre, rôle genré, etc. La notion de genre se généralise et se diffuse. Mais qu’entend- on exactement par là ? Le terme met en évidence le fait que les rôles féminins et masculins ne sont pas définis par le sexe (caractères biologiques) mais par des facteurs sociaux, culturels et économiques.

L’approche du genre étudie donc les rôles sociaux, les inégalités et les stéréotypes attribués selon qu’on est une femme ou un homme. Le genre n’est pas donc synonyme de sexe, ni d’ailleurs de femme !

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L’artisanat équitable, un outil d’empowerment des femmes

L’empowerment est une notion essentielle en matière d’égalité hommes – femmes. L’empo… quoi ? Pourquoi encore utiliser un terme anglais ? Malheureusement, il n’existe pas d’équivalent dans notre langue. Le mot regroupe en effet différentes notions, telles que le renforcement, l’émancipation ou l’autonomie. Les hispanophones parlent « d’empoderamiento », tandis que les Canadiens francophones ont créé le mot « empouvoirement ».

Dans tous les cas, on retrouve dans ces termes le mot « pouvoir ». La notion fait ainsi référence au pouvoir que l’individu peut avoir sur sa propre vie, au développement de son identité, ainsi qu’à sa capacité ou celle de sa communauté à changer les rapports de pouvoir dans les sphères économique, politique, juridique et socioculturelle. Pour les femmes, l’empowerment désigne le processus leur permettant d’acquérir de l’autonomie dans un contexte patriarcal discriminant à leur égard.

Une manière d’aborder l’empowerment est de le diviser en 4 composantes :

  • L’avoir est lié principalement aux aspects économiques, notamment aux moyens d’accès et de contrôle des ressources matérielles et humaines (ex. revenus, accès au crédit, à la terre, aux soins de santé ou à l’éducation).

Ce travail m’a permis d’être indépendante et d’acheter mes propres affaires. J’ai acheté une machine à coudre, j’ai fait remplacer mon logement de bambou par une maison en brique. (Rashida Begum, Mirpur 27 Refugee Women’s Group, CJW).

  • Le savoir renvoie aux connaissances et aux compétences pratiques ou intellectuelles (ex. formations techniques, alphabétisation, développement des capacités d’analyse critique).

J’ai assisté à des séminaires sur les droits des femmes. J’y ai appris que les mariages précoces (ndlr : avant 18 ans) sont interdits par la loi. De même pour la dot. J’ai compris qu’avoir marié ma première fille à 13 ans était une erreur. C’est pourquoi je laisse notre seconde fille de 18 ans étudier et faire ses propres choix. (Yarida Yeasmine, Chandpur Mohamadeur, CJW).

  • Le vouloir est lié à la force psychologique et identitaire de l’individu (confiance en soi, image/estime de soi) et/ou du groupe.

Avant, je ne faisais que regarder les gens à travers la fenêtre. Aujourd’hui, je peux sortir, m’assoir et parler aux gens de ma communauté. Je me sens très fière. (Ruksana, Mahila Vikas Samooh, Bawana, Tara Projects).

  • Enfin, le pouvoir recouvre la possibilité pour l’individu ou le groupe de prendre des décisions, d’être libre de ses actes et de se repositionner dans ses rapports de pouvoir avec son entourage ou dans la société au sens large (ex. renégociation de la répartition du travail dans le couple, influence au sein de la communauté, travail de plaidoyer d’une organisation équitable).

Je viens d’un milieu rural très conservateur et patriarcal. Malgré cela, j’ai réussi à convaincre mon père de me laisser travailler dans un atelier de broderie. Puis de former un groupe d’artisanes chez Tara. Je suis aujourd’hui respectée au sein de ma communauté. Je vais même parfois à des conférences pour parler des droits des femmes.

Pour résumer, l’appartenance des artisanes à une organisation équitable leur apporte de réels changements, surtout en termes de ressources (matérielles et humaines, cf. avoir), de compétences (savoir) et de conscience critique (vouloir). L’artisanat équitable peut également leur permettre de redéfinir les rôles au sein du foyer, de gagner de la mobilité et parfois même, de s’impliquer dans des activités socio-politiques (pouvoir). Mais ce n’est pas non plus un outil miracle. C’est pourquoi la lutte pour les droits des femmes doit se faire à de nombreux niveaux, en particulier éducatif et politique !

Tout n’est pas parfait

Malgré les nombreux bénéfices de l’artisanat équitable comme outil d’empowerment des femmes, on est loin de la baguette magique et il faut bien constater certaines limites. Il ne remet ainsi pas souvent en cause la distribution des tâches entre hommes et femmes (au niveau du travail domestique). En cas de rush dans les commandes, les artisanes peuvent ressentir une forte pression afin de répondre dans les délais exigés. Leur autonomie accrue peut par ailleurs entrainer des réactions hostiles de la part de leurs maris, belles-familles ou d’autres membres de la communauté (hommes mais aussi femmes). Dans ces situations, le soutien des coopératives ou organisations équitables peut se révéler crucial.

Malheureusement, ces organisations n’ont pas toujours les ressources suffisantes – en termes de salaires, formations, capacité à fournir des commandes, etc. – pour répondre à l’ensemble des besoins pratiques (bien-être, revenus, connaissances, etc.) et stratégiques (redéfinition de la position subordonnée de la femme, meilleur accès et contrôle des moyens de production et des bénéfices, etc.) des femmes. Au final, le degré d’empowerment des artisanes dépend ainsi largement de l’organisation ellemême, de sa stratégie sur le genre, de ses publics cibles et de ses ressources financières et humaines.

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Let’s work together towards the equality of men and women

> Français

Inequality. The media are more and more sensitive to the word, quoting Thomas Piketty, Oxfam International and the World Economic Forum in turn. But without a doubt there is one inequality more striking than all the others, because it concerns close to half the world’s population: inequality between men and women.

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Despite important progress in the last quarter of a century, almost everywhere in the world women have less opportunity to choose their own destiny than men do. In many countries they earn less, have a greater risk of mortality, are victims of violence, etc. For example, while women carry out more than 2/3 of the world’s work, they earn only 10% of the world’s income. Reducing these inequalities is therefore a priority on both a moral and a socio-economic level.

This is particularly true in India and in Bangladesh, two extremely patriarchal societies, where social norms continue to seriously limit the opportunities women have for autonomy. Fair Trade handicrafts provide an alternative for women in these countries, a tool for professional and personal development.

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An identical campaign in Belgium and in Asia

For our end-of-year campaign, Oxfam Magasins du monde have teamed up with 3 partners in Asia: CORR The Jute Works (Dhaka, Bangladesh), Sasha (Kolkata, India) and Tara Projects (Delhi, India). The aim is to fight together against all forms of marginalisation of women, particularly by promoting Fair Trade and other forms of Decent Work. Thanks to co-constructing the campaign with these 3 partners, we are able to take the realities experienced by women in India and Bangladesh as a starting point, including the women workers manufacturing the products sold in our shops. Thanks to their testimonies, we can better understand the way in which fair trade is an important lever in the fight against poverty and gender inequality.

Genre ≠ sexe

SEX GENDER
Is innate and present at birth Is acquired and learned
Does not change by itself. An operation is,required to change it. Is evolving and changeable
Is biological and dictates:
– a person’s genitals,
– a person’s chromosomes,
– a person’s anatomical characteristics and physical
attributes (strength, weight, size)
Is biological and dictates:
– a person’s genitals
– a person’s chromosomes
– a person’s anatomical characteristics and physical
attributes (strength, weight, size)
Allows us to identify the biological,differences between women and men.

Gender theory, transgender, gender roles, etc.: the concept of gender is becoming widespread. But  what exactly do we mean by it? The term emphasises the fact that feminine and masculine roles are not defined by sex (biological characteristics), but by social, cultural and economic factors.

A gender-based approach therefore studies social roles, inequalities and stereotypes attributed according to whether one is a woman or a man. We can see by this that gender is not synonymous with sex, nor for that matter with woman!

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Fair Trade handicrafts, a tool for women’s emPOWERment

Empowerment is an essential concept in gender equality. It refers to the power that an individual can have over their own life, in developing their own identity, as well as their ability or that of the community to change power relationships in economic, political, legal and sociocultural spheres. For women, empowerment designates the process which allows them to gain autonomy in a patriarchal context that discriminates against them.

One way of looking at empowerment is to divide it into 4 components:

  • Assets are principally connected with economic aspects, in particular the means to access and control material and human resources (e.g. income, access to credit, to land, to healthcare and to education).

This work has allowed me to be independent and to buy my own belongings. I’ve bought a sewing machine, I’ve had my bamboo dwelling replaced with a brick house. (Rashida Begum, Mirpur 27 Refugee Women’s Group, CJW).

  • Learning refers to knowledge and practical or intellectual skills (e.g. technical training, literacy, development of critical analysis skills).

I attended some seminars on women’s rights. I learnt there that the marriage of young girls (ed: under 18 years) is forbidden by law. The same thing for dowries. I understood that it was a mistake to have married my first daughter at 13 years old. That’s why I am leaving our second daughter, at 18, to study and make her own choices. (Yarida Yeasmine, Chandpur Mohamadeur, CJW).

  • Will is connected to an individual’s psychological strength and sense of identity (self confidence, self-esteem/image) and/or that of a group.

All I used to do was look at people through the window. Today I can go out, sit down and talk to the people in my community. I feel very proud. » (Ruksana, Mahila Vikas Samooh, Bawana, Tara Projects).

  • Finally, Power covers the possibility for an individual or group to make decisions, to have freedom in their actions and to reposition themselves in their power relationships with the people around them or in the wider society (e.g. renegotiation of division of work within a couple, influence in the heart of the community, work defending a fair trade organisation).

I come from a very conservative and patriarchal rural background. In spite of that, I succeeded in convincing my father to let me work in an embroidery workshop. Then to form a group of craftswomen at Tara. Today I am respected in the heart of my community. Sometimes I even go to conferences to talk about women’s rights.

To summarise, belonging to a Fair Trade organisation brings real change to craftswomen, above all in terms of resources (material and human, cf. Assets), of skills (Learning), and of critical awareness (Will). Fair Trade handicrafts can also allow them to redefine roles in the household, gain mobility and sometimes even become involved in socio-political activities (Power). But it isn’t a miracle tool (cf. box). That’s why the fight for women’s rights must be made at many levels, particularly educational and political levels.

All is not perfect

In spite of the numerous benefits of Fair Trade handicrafts as a tool for women’s empowerment, it is far from being a magic wand and we have to recognise certain limitations. For instance, it does not often call into question the distribution of tasks between men and women on a domestic level. If there is a rush of orders, craftswomen can feel under strong pressure in order to respond within the required deadlines. Moreover, their increased autonomy can lead to hostile reactions from their husbands, families-in-law or other members of the community – from men but from women as well. In these situations, the support of cooperatives or fair trade organisations can prove crucial.

Unfortunately, these organisations don’t always have sufficient resources – in terms of salaries, training, ability to provide orders, etc. – to respond to the collected practical needs of the women (well-being, income, knowledge, etc.), or to their strategic needs (redefining the subordinated position of women, better access to and control of means of production and profits, etc.). Thus in the end, the degree of empowerment of craftswomen depends largely on the organisation itself, on its gender strategy, its target audience and its financial and human resources.

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