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Candidats de Liège – législatives 2007

À Liège, les premières questions découlent d’une revendication claire : que le parlement belge légifère pour reconnaître la spécificité du commerce équitable. Sur base de critères précis, pour éviter les confusions, protéger les producteurs et s’assurer la clarté en matière de marchés publics.

Marc Tarabella repose sa tasse de café Max Havelaar : « Il est vrai que le commerce équitable est un « créneau porteur », à la mode, et que n’importe qui peut s’y engouffrer, en se parant d’une auréole qu’il ne mérite pas. Il lui faut donc une vraie reconnaissance, via le vote d’une loi établissant des critères clairs. »

Melchior Wathelet, s’efforçant de ne pas répondre à cette première question la bouche pleine : « Désolé, mais votre chocolat est tellement bon… On a déposé une proposition de loi en ce sens. C’est bien que la démarche fasse des petits, mais il ne faudrait pas qu’elle recouvre tout et n’importe quoi, au détriment du « vrai » commerce équitable. » Il est donc pour une loi qui le protège, « comme un label de qualité ».

Un bénévole relève qu’il existe actuellement trois propositions de loi en la matière (une Ecolo, une CDH et une PS-SP-A). Wathelet acquiesce et indique qu’il faudrait aboutir à un texte commun, déposé à l’initiative de plusieurs partis, pour que son poids politique soit le plus élevé possible. Selon lui, c’est « tout à fait faisable ».

Muriel Gerkens est également acquise à la proposition. Et d’expliquer, entamant avec appétit une tartine de confiture du Costa Rica: « Cela fait partie de nos propositions depuis longtemps. On a déposé une proposition de loi, en sollicitant les autres groupes politiques. Mais nous n’avons pas été suivis : il s’agit d’un sujet sensible… Par la suite, deux autres projets, PS et CDH, ont été déposés. C’est de bonne guerre… » La députée écolo pense-t-elle qu’une proposition commune aux trois partis puisse voir le jour au cours de la prochaine législature ? « Oui, mais il faudra que les deux autres partis acceptent de jouer le jeu et de se mettre autour de la table. Et là, on aura besoin de vous ! La pression citoyenne, associative, syndicale ne doit pas seulement s’exprimer en période électorale ! »

Pour Didier Reynders, la définition du commerce équitable pose problème. « Je suis un libéral. J’aimerais donc que les règles s’appliquent à tout le monde, pas de manière sélective. Il faut mettre en place des règles en matière sociale, environnementale, et, à partir de là, de voir comment l’ouverture des marchés permet à des producteurs de venir sur nos marchés. Deuxième problème : la distribution ne risque-t-elle pas de devenir un monopole ? Max Havelaar doit-il être le seul label ? Donc, oui à un texte, si on exclut tout monopole et qu’on veut un commerce le plus ouvert possible à l’échelle de la planète. C’est cela qui permet le développement. » Le candidat MR dit par ailleurs douter de la volonté du consommateur d’acheter plus cher pour répondre à un objectif de société. « Le consommateur est comme ça. »

Dominique, bénévole d’Oxfam-Magasins du monde, enchaîne sur le deuxième thème à l’ordre du jour: la souveraineté alimentaire. Les candidats sont-ils prêts à agir pour que la Belgique s’engage à ce sujet, au niveau européen ainsi qu’à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), et notamment pour que celle-ci reconnaisse le droit des Etats à protéger leurs marchés agricoles ?

Pour Marc Tarabella, c’est à travers l’OMC qu’il faut agir. « Si elle n’existait pas, on n’aurait que des relations bilatérales et du dumping. Mais sa stratégie est complètement à revoir. Avant de faire du commerce, il faut respecter la souveraineté alimentaire. Les pays doivent d’abord être en mesure de nourrir leur population, et ne pas être soumis à l’OMC ou aux multinationales. Il faut aussi mettre un terme au système inacceptable de subventions à l’exportation, qui font que nos produits inondent la planète en tuant le commerce local. L’Europe s’est engagée à le faire, mais à l’horizon 2013 seulement. Le monde doit changer de cap. » Autour de la table, on n’en disconvient évidemment pas. Mais comment ? « Par exemple avec l’appui des «pays moins avancés », qui pourraient être des alliés privilégiés au sein de l’OMC. Ainsi qu’en annulant la dette du Tiers monde. »

Il se dit prêt à intervenir auprès du gouvernement pour que la Belgique, au sein de l’UE, demande que l’OMC reconnaisse le droit pour des pays producteurs de conclure des accords internationaux de régulation des marchés. « Cette revendication est tout à fait souhaitable. Je m’engage à la défendre. » Les militants d’Oxfam en prennent bonne note.

Pour Muriel Gerkens, on ne peut pas envisager de développement durable si on ne favorise pas la production locale et les échanges égalitaires. « Si on veut changer les règles du commerce mondial, il faut modifier nos comportements de consommateurs, et aller vers une production de qualité, au Nord comme au Sud. »

Melchior Wathelet, sur ces questions, estime que les parlementaires devraient être plus entreprenants. « Cela fait un peu discours pré-électoral, mais je pense que nous devrions pouvoir aborder davantage les problématiques du commerce équitable et de la souveraineté alimentaire. » Pour lui, l’Europe devrait parler d’une seule voix dans les institutions internationales. « Et l’Europe, c’est nous! » Mais il ne s’étendra guère sur la manière dont il se propose d’être personnellement « plus entreprenant ».

Et Didier Reynders ? « Vous me demandez d’aller à l’OMC en exigeant qu’on autorise des pays à réinstaurer un protectionnisme. Non, pour moi, il faut faire baisser la pression du subventionnement et ouvrir complètement nos marchés aux pays du Sud. »

Troisième batterie de questions, autour de la responsabilité sociale des entreprises. Peut-on laisser les multinationales faire ce que bon leur semble ? Ne faudrait-il pas définir et imposer des critères exigeants ? Sont-ils disposés à agir en ce sens ?

« C’est évidemment souhaitable », répond Marc Tarabella. « Mais on se heurte à un manque de volonté évident de la Commission européenne, qui est sous l’influence des grandes entreprises. On voudrait aller plus loin, notamment au sein du Parlement européen, mais on n’y arrive pas. »

Alain, bénévole d’Oxfam-Magasins du monde, semble un tantinet agacé par ce timide souhait teinté d’impuissance. Il insiste: « Cela pose la question du pouvoir dont le politique dispose encore face aux multinationales. Concrètement : le PS est-il prêt à agir, dans le prochain gouvernement, sur cette question de la responsabilité des entreprises, et de la transparence de leur production ? »

Marc Tarabella : « Il faut en tout cas aller dans ce sens-là. Et travailler aussi au sein de l’OMC, qui considère ce genre de normes comme des entraves à la libre-concurrence. Mais là-dessus, nous sommes systématiquement minoritaires face aux «libéralisateurs», et balayés. »

Melchior Wathelet ne se montre guère plus volontaire : « On peut poser une question parlementaire là-dessus. Mais l’harmonisation est déjà difficile en Belgique, alors vous imaginez au niveau européen, puis mondial… On devrait être plus présents sur ces sujets et sur le respect de normes internationales existantes, notamment celles de l’OIT. »

« Qui est client chez Ikea, ici ? », demande à brûle-pourpoint Denis Lambert, secrétaire général d’Oxfam-Magasins du monde, rafraîchissant une atmosphère quelque peu plombée par les dernières réponses des candidats. La majorité des personnes présentes, un peu gênée, baisse la tête et lève la main. Melchior Wathelet aussi: « J’avoue y avoir déjà été… Mais pas depuis que j’ai été sensibilisé par la campagne d’Oxfam ! Ceci dit, ajoute-t-il en riant, je me demande si mon épouse n’y a pas été récemment. Chhhuuut, il ne faut pas le dire… » L’assistance pouffe, complice.

Muriel Gerkens reprend : « Le politique a un rôle prioritaire à jouer. Il faut déterminer des règles, légiférer, contrôler et sanctionner. Des institutions ad hoc sont indispensables. »

La Commission européenne a déposé un projet de réglementation d’indication du pays d’origine sur certains produits. La Belgique fait partie de la minorité qui fait blocage. La candidate Ecolo est-elle prête à poser une question parlementaire à ce sujet. Le candidat CDH aussi. Autour de la table, on note derechef.

Quant à Didier Reynders, il se dit favorable à la traçabilité et à la transparence. « Une disposition européenne serait la moindre des choses. Ce qui manque, ce sont des règles de l’OIT plus contraignantes. Je pense qu’on peut agir en Belgique, obtenir un accord européen et partir de là. »

Les candidats sont ensuite interpellés sur les changements climatiques. Marc Tarabella se dit très favorable aux énergies renouvelables (« Oui à des éoliennes dans ma commune, Anthisnes ! »), et prêt à rediscuter… des écotaxes.

Melchior Wathelet partage son avis sur les énergies renouvelables. Et le nucléaire ? « Si on postpose notre sortie du nucléaire de dix ans, on peut dégager des mannes financières énormes pour investir dans le renouvelable. » Pour lui, il faut légiférer, et contraindre. « Pour nous obliger à consommer moins et mieux, «local et de saison », pour obliger les constructeurs à produire des voitures beaucoup moins polluantes. »

Muriel Gerkens : « L’effort, on doit d’abord le faire chez nous. Il faut moderniser l’habitat, diminuer la consommation, mettre en place des mécanismes comme le tiers-investisseur. Il y a de l’argent disponible pour cela précisément, qui n’est pas utilisé. C’est scandaleux. » Elle exprime aussi son inquiétude concernant les biocarburants. « Ce n’est pas une alternative, mais un gigantesque « business » agro-industriel, qui ouvre grand la porte aux OGM, aux cultures intensives, à la déforestation. »

Didier Reynders estime au contraire qu’il faut aller plus loin en matière de biocarburants. Un gros effort doit être fait dans le secteur résidentiel, via des réductions fiscales et le tiers-investisseur. Il prône la taxation du kérosène, et « une décentralisation en matière d’énergies renouvelables, notamment via le photovoltaïque. On fournirait l’énergie aux particuliers, et leur surplus de consommation serait réinjecté sur le réseau. Le compteur tournerait donc en sens inverse, et on recevrait un chèque plutôt qu’une facture. Une décentralisation suffisante répond à la préoccupation climatique et permet de développer l’emploi. »

Cinquième volet des interpellations : les droits du peuple palestinien. Pour Tarabella, l’Europe devrait jouer un rôle beaucoup plus important. Il fait le vœu de deux Etats démocratiques vivant ensemble…

Muriel Gerkens continuera à faire pression pour que la Belgique exige le respect du droit international. Murielle Frenay, conseillère provinciale Ecolo, s’emporte : « Il y a des choses que l’on peut faire facilement, et vite: par exemple respecter les Palestiniens, en reconnaissant officiellement leur représentante permanente, Leila Shahid, comme ambassadrice. Ne pas le faire, c’est nier la représentativité palestinienne. Un délégué général de la Palestine a déjà été assassiné en Belgique. Faudra-t-il que cela se reproduise ? »

Dernière question abordée avec les candidats : la régularisation des sans-papiers et les centres fermés. Marc Tarabella est contre les centres fermés, et pour une décision rapide concernant les dossiers des demandeurs d’asile. Il se dit également pour des initiatives locales d’accueil un peu partout en Belgique.

Melchior Wathelet demande une solution à long terme, « une procédure qui prévoit que les autorités doivent trancher dans un délai maximal d’un an. Mais pour démarrer cette nouvelle procédure, il faut régler tous les dossiers en attente. » Et les centres fermés ? « Ils peuvent avoir une fonction, mais actuellement ils ne la remplissent pas. Lorsqu’un dossier a été traité sur base de critères clairs et que la personne n’est pas autorisée à rester en Belgique, il faut bien la renvoyer. Je ne suis pas partisan des frontières ouvertes. Donc oui aux centres fermés, mais utilisés autrement. Par contre, je suis contre l’enfermement des enfants. »

Reynders : « Nous avons mené une vaste opération de régularisation, et on continue chaque année à régulariser. Je suis pour un traitement individualisé à partir de critères précis. Le débat est double : accepte-t-on une immigration économique ? Et que fait-on des gens qui sont refusés ? Si on nous dit qu’on ne peut pas expulser quelqu’un qui n’est pas dans les critères et que quelques années plus tard on nous dit que cette personne a un an­crage social, on en arrive aux frontières ouvertes… »

Le discours de Muriel Gerkens sur cette question est sans ambages, et rencontre les propositions portées par Oxfam. « On se battait en 1999, et on n’a pas arrêté de se battre depuis, avec les sans-papiers, pour un mécanisme de régularisation permanente. Ce sera une condition préalable à toute éventuelle participation à un gouvernement. » Quant aux centres fermés, « ils sont l’expression d’une politique basée sur l’expulsion. Il faut les supprimer. Ce sont des prisons où l’on enferme des gens qui n’ont rien fait et que l’on soumet à l’humiliation et à des violences inacceptables. » Elle reprend de volée les propos de Melchior Wathelet: « Etre pour les centres fermés ! Ca me choque profondément. Même pas un peu de compassion chrétienne et/ou humaniste ! Qu’un élu du peuple défende cela est tout bonnement scandaleux. »

Au terme de ces petits déjeuners, les commentaires des participants vont bon train sur les propos tenus par leurs invités. En général satisfaits de la qualité des échanges, plusieurs d’entre eux n’en relèvent pas moins la timidité des réponses obtenues et le peu d’engagements concrets pris par les candidats. A quand des petits déjeuners de « bilan » et de «suivi», où les mandataires politiques viendraient témoigner de ce qu’ils ont fait, et comment, pour mettre en pratique leurs engagements ou les convictions qu’ils partagent avec Oxfam-Magasins du monde ?

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