Candidats du Brabant wallon! – législatives 2007

Au Brabant Wallon, Oxfam-Magasins du monde avait choisi de centrer ses interpellations autour de six thèmes, aussi importants que variés. En tout bien tout honneur, le premier thème tourne autour du commerce équitable et de sa reconnaissance légale.

Claire Kersten, bénévole au Magasin du monde-Oxfam de Wavre, fait part de son désarroi – et de celui de tout citoyen – face à la multiplication des marques et autres labels du commerce équitable. Elle demande aux différents candidats s’ils sont favorables à une loi qui clarifierait les choses. Charles Michel (MR) est pour une proposition de loi sur le commerce équitable mais insiste pour qu’il y ait un débat au niveau de l’Union européenne. Cependant, cette loi ne doit pas nuire à la concurrence entre les différents labels. Thérèse Snoy (Ecolo) abonde dans le même sens : la loi doit déterminer des critères scientifiques qui doivent garantir une ouverture à d’autres acteurs. Mais, selon elle, les nombreuses marques qui font leur apparition aujourd’hui dévient complètement du concept de commerce équitable : «on ne parle plus du prix, des conditions de travail, mais seulement d’aide au développement.» André Flahaut(PS) est également d’accord sur la nécessité de simplifier le discours et de fournir une information correcte aux consommateurs, tout en rappelant l’importance d’avoir quelqu’un au gouvernement susceptible de porter le projet. Enfin, Brigitte Wuillot(CDH), tout en affirmant que le principe d’une loi fait partie du programme de son parti, serait favorable à l’audition des associations (Oxfam-Magasins du monde et les autres), mais aussi de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) et des organisations de consommateurs.

Marie-Claude Parent, bénévole au Magasin du monde-Oxfam de Wavre, enchaîne avec le deuxième sujet : est-ce que les candidats sont prêts à soutenir le droit des pays du Sud à la souveraineté alimentaire et donc à protéger leur marché national ? Pour Brigitte Wuillot, il est important que la Belgique et l’Union européenne revoie leur politique agricole. Selon elle, la PAC (Politique Agricole Commune) doit être plus équitable envers les agriculteurs du Sud et les prix européens (de la viande, du sucre, du lait…) doivent être plus proches du marché. André Flahaut, s’il admet que c’est « un combat qu’il faut mener», rappelle que la Belgique est souvent seule à mener ce genre de combat et qu’il faut être réaliste dans ce genre de dossier. Thérèse Snoy, elle, ajoute une dimension environnementale aux questions sociales et économiques des marchés agricoles mondiaux. Pour elle, la production de l’alimentation au Nord est toujours nécessaire, et il faut remettre en question le modèle d’échange de la nourriture et des cultures d’exportations. Charles Michel, enfin, prône un juste milieu entre le protectionnisme et l’ouverture complète des marchés tout en rappelant le rôle de l’ultra-corruption dans les problèmes de pauvreté et de sous-investissement.

Le troisième point, introduit par Michel Patte, du Magasin du monde-Oxfam de Waterloo, concerne la responsabilité sociale des entreprises et, plus spécifiquement, la question d’une éventuelle obligation pour les entreprises de mentionner sur leurs produits le pays d’origine, voire la chaîne de sous-traitance. Pour André Flahaut, le consommateur doit recevoir l’information la plus complète possible. Cependant, cette évolution doit passer par une négociation avec les entreprises, qui doit reposer sur la force de l’exemple et non sur la contrainte. Charles Michel est d’accord pour suivre les décisions européennes mais refuse que la Belgique aille plus loin, afin de ne pas pénaliser nos entreprises. Pour lui, c’est aux associations de continuer leurs campagnes incitatives, qui ont un effet sur les multinationales. Par contre, pour Thérèse Snoy, la sensibilisation a ses limites : «il ne faut pas demander à tous les consommateurs d’être des héros». Il faut qu’il y ait aussi des règles et des mesures structurelles. Brigitte Wuillot estime, elle, que des règles obligatoires sont possibles, parce que, aujourd’hui, l’opinion publique est sensible aux critères humains.

C’est au tour de Christian Petit, du Magasin du monde-Oxfam de Rixensart, et Brigitte Del­neuville, du Magasin du monde-Oxfam de Louvain-la-Neuve, de soulever la problématique des changements climatiques et de demander quelles mesures les candidats comptent prendre pour endiguer le problème. Thérèse Snoy veut encourager les investissements dans l’isolation des bâtiments et promeut une taxe sur les activités polluantes, taxe qui serait progressive pour les ménages défavorisés. Elle défend également la sortie du nucléaire en rappelant qu’il émet aussi du CO2, que le combustible n’est pas renouvelable et qu’il ne fournit que de l’électricité, qui ne correspond qu’à une fraction de la consommation énergétique globale. André Flahaut, s’il est d’accord pour offrir des incitants pour l’isolation des bâtiments (en priorité pour les logements sociaux), estime qu’il faut se poser la question de la pertinence de la sortie du nucléaire. Selon lui, si on ne trouve pas de substitut valable, il faut peut-être revoir la date de sortie. Brigitte Wuillot est plus emphatique : pour elle, il faut une révolution environnementale, comme il y a eu des révolutions politiques, industrielles… Et elle rappelle que cette révolution peut tourner à l’avantage des citoyens, par la création de nouveaux emplois, de nouvelles formations et par des crédits d’impôts. Enfin, Charles Michel, lui, trouve «aberrant» qu’il n’y ait pas de taxe sur le kérosène. Il estime que tous les niveaux de responsabilité sont concernés, mais qu’il faut travailler en priorité sur trois secteurs : les transports, le logement et la pollution des entreprises.

Denis Lambert, secrétaire général d’Oxfam-Magasins du monde, aiguille alors le débat vers la question des sans-papiers, voyant, dans les deux ans sans élections qui vont suivre, «une fenêtre de tir» intéressante pour une réflexion sur la régularisation. Charles Michel est contre une régularisation automatique et permanente mais veut instaurer des critères plus clairs qui tiennent compte de l’attache durable avec le pays et de la dimension locale, via peut-être l’avis du bourgmestre. André Flahaut, lui, est favorable, dans un premier temps à une régularisation one-shot avant la mise en place d’un système plus allégé et plus concerté, tout en humanisant les centres fermés. Brigitte Wuillot voit aussi la possibilité d’un one-shot avant d’établir des critères clairs, permanents associés à une aide administrative et une aide au retour. Thérèse Snoy demande également la création de critères permanents et précis, mais elle exige la disparition des centres fermés, associée à un renforcement des économies du Sud et à une réflexion sur les réfugiés climatiques.

Enfin, Alice Beguin, du Magasin du monde-Oxfam d’Ottignies, amène le dernier sujet, qui a trait au dossier palestinien. Ainsi, Brigitte Wuillot demande un réexamen de la suppression de l’aide à l’Autorité Palestinienne (AP) et rappelle qu’une résolution du Parlement demande à Israël le respect des conditions des accords de coopération avec l’Union européenne. Thérèse Snoy se dit «terriblement déçue» par l’attitude de l’Union européenne : elle se demande pourquoi on refuse de coopérer avec l’AP à cause du Hamas, mais pas avec le gouvernement israélien malgré la présence de ministres d’extrême-droite. André Flahaut défend également les droits des Palestiniens à vivre dans un état indépendant et demande le respect des résolutions de l’ONU, en rappelant que « 80 % du terrorisme dans le monde trouve sa source dans ce conflit. » Charles Michel aussi est attaché au respect des résolutions, mais rappelle également le droit du peuple israélien à vivre en sécurité : «il faut garder une équidistance entre les deux camps.»

Finalement, les intentions des uns et des autres sont globalement positives. À voir ce qu’il en restera après les élections du 10 juin et après le grand jeu des négociations gouvernementales.

Belle comme…

Tout le monde en convient, et les candidats les premiers : l’initiative d’Oxfam-Magasins du monde est louable, nécessaire, mais trop rare. Cependant, une question revenait régulièrement : quelle influence un parlementaire belge peut-il encore avoir dans le processus de décisions ? Que restera-t-il de ces beaux engagements après les donnant-donnant des négociations gouvernementales ? Et, pour la majorité des questions soulevées, encore faut-il les porter jusqu’aux instances internationales (Union européenne, OMC, FMI, ONU…). D’autant que la complexité des institutions belges déforce un peu le pays dans les négociations internationales.

À cela s’ajoute une lassitude, voire une incompréhension, de la part des citoyens envers la politique et les politiques. On peut dire qu’il y a un gouffre entre les citoyens et leurs représentants, et il se creuse de jour en jour. Il n’est pas étonnant d’entendre certains jeunes rencontrés lors du JM Tour affirmer qu’un ministre gagne plus que le chef d’une grande entreprise.

Alors, messieurs – mesdames – les candidat(e)s, pourquoi la politique est-elle une belle chose ?

Pour Charles Michel (MR), la politique permet d’avoir « la vision de ce qu’il faut faire pour que la vie des gens soit meilleure demain. Il faut avoir la volonté de contester le fatalisme. » Pour Thérèse Snoy et Hélène Ryckmans (Ecolo), la politique et belle «chez Ecolo ! Parce que cela correspond aux valeurs que je défends.» Pour elles, il ne faut pas «subir la situation, mais intervenir au niveau personnel pour défendre ces valeurs». André Flahaut(PS) croit en l’engagement (dans la société, un quartier, un projet…) : «les gens doivent être des militants de la citoyenneté et s’engager dans la société afin de la rendre plus solidaire et plus juste.» Enfin, Brigitte Wuillot(CDH) trouve que la politique est belle, pour elle, « parce qu’elle aime les gens. » C’est pourquoi elle veut agir concrètement avec comme but « l’intérêt général et le bien commun. »

Un beau plaidoyer.

Christian Petit, bénévole au Magasin du monde-Oxfam de Rixensart

Qu’avez-vous retenu de ces quatre interpellations ?

J’ai revu mon opinion concernant les politiques. Dans un sens positif. J’ai remarqué qu’ils avaient tous les quatre une bonne connaissance des dossiers et leurs interventions étaient relativement dans le sujet. Mais ils ont quand même tendance à accaparer la parole : ils laissent peu parler et il est très difficile de les interrompre. Il faut voir maintenant si notre avis et leurs réponses seront prises en compte. Le processus politique est trop long, mais il faut y croire.

Vous les avez interpelés sur les changements climatiques. Que pensez-vous de leurs réponses ?

Ils ont sans cesse bifurqué vers l’Europe. Mais des mesures sont possibles aux échelons inférieurs, même au niveau local. Par exemple, grâce à mes dix poules, je liquide une tonne de déchets par an.

Claire Kersten, bénévole au Magasin du monde-Oxfam de Wavre

Qu’avez-vous retenu de ces quatre interpellations ?

Je suis une néophyte. Quand on m’a contacté pour interpeler les candidats, j’ai d’abord dit non. Puis j’ai pensé à l’éducation permanente et j’ai accepté. Mais c’est très difficile de porter des questions pour lesquelles on vous répondra en dix minutes, alors qu’on pourrait en débattre pendant des heures. Mais il est parfois plus important de soulever des points que d’attendre une réponse.

Vous les avez interpelés sur les changements climatiques. Que pensez-vous de leurs réponses ?

Concernant le suivi de leurs promesses, je ne suis pas vraiment rassurée. Les politiques ont des obligations : ils ne sont pas tous seuls. J’ai du mal à me prononcer parce qu’il n’y a pas un parti sur lequel s’appuyer. C’est dommage, mais c’est comme ça.

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