Dans votre panier, des saveurs paysannes, des produits qui ont un visage

Vous voulez consommer des aliments frais, pleins de goût et produits dans le respect de l’environnement et de la santé ? Vous souhaitez acheter vos fruits et légumes en rémunérant décemment le paysan qui les produit ? Tout cela est possible ! Des alternatives à la grande distribution existent. Elles visent à rapprocher consommateurs et producteurs et promeuvent une agriculture paysanne, où respect des paysans, de l’environnement et de la santé vont de pair.

La marginalisation des paysans sur le marché conventionnel

Quand il s’agit de négocier prix, délais de livraison et autres conditions d’approvisionnement des produits alimentaires, les rapports de force sont très inégaux entre acteurs de filières. La dissymétrie est particulièrement flagrante entre paysans et grande distribution. C’est elle qui, de plus en plus, impose ses pratiques. Cette position dominante s’appuie sur la forte concentration du secteur de la distribution des denrées alimentaires : un nombre restreint d’entreprises commercialisent la plus grande partie d’entre elles. Surtout dans les pays développés, bien que de manière croissante dans les pays en développement. À l’inverse, les paysans sont très nombreux. Et cela sur des marchés régulièrement en proie à la surproduction. Dans ces conditions, s’ils veulent avoir la chance d’écouler leurs produits auprès des consommateurs, ils sont le plus souvent contraints de se plier aux exigences de la grande distribution et de l’industrie de la transformation.

[highslide](Un secteur tres concentre;Un secteur tres concentre;;;)

Un secteur très concentré dans les pays développés

Si la concentration de la distribution de produits alimentaires va croissante dans de nombreuses régions du monde en développement, c’est surtout dans les pays développés que ce secteur est très concentré. En Europe, les 30 plus grandes entreprises de distribution se partagent 69 % de la distribution des produits d’épicerie. Aujourd’hui, ce chiffre n’est encore que de 19 % en Asie et Océanie, et de 29 % en Amérique Latine.

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Le fossé entre les prix payés aux producteurs et les prix payés par les consommateurs en grande surface ne serait pas nécessairement aussi choquant si les paysans vivaient décemment des fruits de leur travail. Mais c’est loin d’être le cas… Dans le monde développé comme en développement, au cours des dernières décennies, les baisses de prix réels (inflation comprise) des produits agricoles ont largement contribué aux chutes de revenus vertigineuses d’une majorité de petites et moyennes exploitations paysannes. Avec les conséquences que l’on sait : paupérisation croissante des paysans et de leurs familles, disparition pure et simple de nombreuses exploitations paysannes, exode rural, …Soucieux de minimiser leurs coûts pour maximiser leurs marges, les géants de la grande distribution profitent de leur position dominante pour imposer de bas prix d’achat à leurs fournisseurs. Tellement bas que du prix final payé par le consommateur au supermarché, le producteur ne perçoit qu’une part au mieux assez marginale, au pire ridiculement faible. Le kilo de citrons bios acheté chez nous 1,60 € en grande surface ne bénéficie qu’à hauteur de 0,50 € au producteur. Quant aux petits producteurs de bananes, ils ne perçoivent typiquement que de 5 à 7 % du prix final au consommateur… Dans le même temps, pour les bananes comme pour l’ensemble des fruits et légumes, la grande distribution s’efforce de conserver des marges de 30 à 40 % [highslide](1;1;;;)Les marges sont souvent du même ordre de grandeur dans le commerce équitable. Mais les géants de la grande distribution réalisent d’importantes économies d’échelle au contraire absentes dans les filières équitables. En d’autres termes, à la différence des organisations importatrices de produits issus du commerce équitable, la grande distribution pourrait très bien, si elle le voulait, diminuer considérablement ses marges sans menacer pour autant sa viabilité financière.[/highslide] .

Outre l’achat à bas prix aux fournisseurs, la grande distribution recourt à d’autres pratiques d’approvisionnement visant elles aussi d’une manière ou d’une autre à maximaliser ses marges. Partout dans le monde, la plupart de ces pratiques favorisent une agriculture industrielle au détriment d’exploitations paysannes de plus en plus marginalisées. Par exemple :

  • L’achat en gros volumes aux fournisseurs. Les paysans comblent difficilement cette exigence dans la mesure où ils produisent à petite échelle. Cela fragilise leur accès au marché pour la commercialisation des produits.
  • L’imposition croissante de standards aux fournisseurs, visant à répondre aux attentes des consommateurs en matière de qualité sanitaire des produits, de traçabilité ou de respect de l’environnement. Satisfaire à ces standards nécessite notamment des coûts importants. Ces coûts sont lourds à porter pour les paysans.
  • L’imposition de coûts supplémentaires aux fournisseurs pour justifier le référencement des produits en grande surface, leur insertion dans les revues promotionnelles, leur bonne mise en valeur dans les rayons, etc.

Les alternatives à la grande distribution

Fort heureusement, le modèle de la grande distribution n’est pas une fatalité. D’autres façons de commercialiser l’alimentation existent. Elles rapprochent les consommateurs des producteurs en supprimant autant que possible les intermédiaires, faisant ainsi du paysan le premier bénéficiaire de la vente de ses produits. Elles sont fondées sur des relations équitables entre les acteurs (moins nombreux) de la filière, faites de respect mutuel et de convivialité. Elles valorisent les productions paysannes et non industrielles. Elles mettent l’accent sur le respect de l’environnement, de la santé des producteurs et des consommateurs, sans pour autant ne jurer que par le bio. Elles privilégient les productions locales sur les productions importées, tout en demeurant ouvertes à certains produits du Sud issus du commerce équitable.

[highslide](Du bio ? Bien sur, mais pas n importe lequel, ni obligatoirement !;Du bio ? Bien sur, mais pas n importe lequel, ni obligatoirement !;;;)

Privilégier les produits paysans issus de l’agriculture biologique locale est une manière comme une autre de respecter à la fois le paysan, l’environnement et la santé humaine.

Pour autant, consommer bio n’est ni une condition sine qua non, ni une condition suffisante pour respecter la nature en tant que consommateur :

  • Des produits alimentaires peuvent très bien avoir été cultivés conformément aux prescriptions du cahier des charges de la certification biologique sans néanmoins bénéficier du label bio garantie.
  • La portée écologique de pratiques de consommation dépend de leur impact environnemental global. Or cet impact dépend de bien plus de critères que de ceux inclus dans la certification bio. Ces nombreux critères ont non seulement trait aux méthodes de production, mais aussi aux techniques de conditionnement des produits ou encore à la façon dont on les achemine du producteur au consommateur. Autrement dit, c’est le cycle de vie complet du produit dont il faut évaluer exhaustivement l’impact environnemental. Or sous cet angle, consommer bio ne signifie pas forcément respecter l’environnement (Exemple parmi d’autres, consommer une tomate bio cultivée localement sous serre chauffée peut éventuellement présenter un impact environnemental plus néfaste que d’en consommer une autre non bio, importée mais cultivée en plein air.).

D’autre part, l’agriculture biologique n’est pas nécessairement respectueuse de la paysannerie. Elle ne l’est pas lorsqu’elle est le fait de l’agriculture industrielle.

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Ces initiatives alternatives à la grande distribution sont autant de formes d’un même mode de commercialisation des produits, que l’on appelle « filière courte » ou « circuit court ». En filière courte, le producteur gère lui-même la commercialisation ou le fait avec l’aide d’une coopérative, d’un artisan et/ou en partenariat avec les consommateurs.

Les Groupes d’Achat Commun (GAC)

Les GAC, également appelés Groupes d’Achat Solidaires (GAS), sont des groupes de personnes qui s’approvisionnent collectivement en produits écologiques de qualité (fruits, pain, produits laitiers, viande, …) directement auprès de paysans et transformateurs artisans locaux. Les produits de saison sont souvent achetés par « paniers » (paniers de légumes, …). En général, chaque ménage au sein du GAC s’engage à passer régulièrement commande au cours d’une saison de production, afin de contribuer à une sécurité de revenus pour les producteurs concernés. La fréquence de commande est variable selon les GAC. Les commandes peuvent être bimensuelles, mensuelles ou trimestrielles, par exemple.

Étant en contact direct avec les producteurs, les membres du GAC ont la certitude de les rémunérer décemment pour leur travail, de bénéficier de produits de qualité et sains. Confiance et solidarité sont au cœur de la relation entre producteurs et consommateurs.

Les magasins spécialement dédiés à la filière courte

Il n’est pas indispensable de créer ou de participer à un GAC pour privilégier la filière courte. Il existe également des magasins spécialement conçus en ce sens. Outre la distribution de produits fermiers et artisanaux, parfois bio, ces magasins offrent parfois d’autres services, tel qu’un service traiteur. Ils peuvent être le fruit de coopérative de producteurs seuls. C’est le cas de COPROSAIN, qui possède trois magasins « Comptoir Fermier » (Ath, Braine-l’alleud, Mons)   . Ils peuvent également être l’initiative de coopératives d’agriculteurs et de consommateurs. Par exemple, Côté Soleil à Bruxelles.

La vente à la ferme

Et pourquoi ne pas acheter certains produits alimentaires directement à la ferme ? C’est une manière supplémentaire de choisir la filière courte ! En Wallonie par exemple, quantités de fermes de nombreuses villes et villages sont prêtes à vous accueillir à bras ouverts.

Elles ne vous offrent pas « seulement » la possibilité d’y acheter directement des légumes, fromages, viandes et autres produits alimentaires de base. Nombre d’entre elles comprennent aussi des restaurants ou organisent des tables d’hôtes. Il vous est même possible d’y séjourner ! Pourquoi ne pas y passer vos prochaines vacances, seul, en groupe ou en famille ? Si vous en avez, vos enfants pourront y découvrir de manière pédagogique la réalité agricole belge et le milieu rural dans toutes leurs composantes ! [highslide](2;2;;;)Le Site Internet d’Accueil Champêtre en Wallonie asbl fournit beaucoup d’informations utiles pour donner la possibilité aux consommateurs de nouer contacts avec les agriculteurs locaux : liste des points de vente à la ferme par types de produits, liste des fermes proposant des hébergements, etc. Consulter [/highslide]

La défense de l’Agriculture paysanne

Bref, les initiatives ne manquent pas pour consommer autrement si l’on veut bien s’en donner la peine ! Des initiatives aujourd’hui rassemblées à l’échelle nationale par Saveurs Paysannes. Cette organisation est née en juillet 2007 des efforts conjoints de la Fédération Unie de Groupements d’Eleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA) et du Vlaams Agrarisch Centrum (VAC). Elle est à la fois la coordination nationale de promotion et de défense des produits paysans et artisanaux de Belgique, et le nom de la marque auto-gérée des produits paysans et artisanaux  .

Saveurs Paysannes promeut l’agriculture paysanne. À savoir une forme d’agriculture qui permet à un maximum de paysans répartis sur l’ensemble du territoire de vivre décemment de leur travail, en fournissant sur une ferme à taille humaine une alimentation saine, savoureuse et de qualité, à prix abordable aux citoyens. Le tout sans épuiser les ressources naturelles de demain.

En termes de pratiques culturales, Saveurs Paysannes encourage un mode de production écologique utilisant le moins possible d’intrants agricoles (pesticides et engrais chimiques). Le respect de l’environnement n’est pas le seul souci à l’origine de ce choix. Il s’agit aussi de favoriser l’autonomie des paysans à l’égard des entreprises qui fournissent ces intrants, ainsi que la santé des consommateurs.

Saveurs Paysannes promeut également le principe de la souveraineté alimentaire. Utilisé pour la première fois par Via Campesina [highslide](3;3;;;)Via Campesina est un mouvement international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, de travailleurs agricoles, de femmes rurales, de communautés indigènes d’Asie, d’Amérique, d’Europe et d’Afrique.[/highslide] en 1996, ce principe désigne le droit des populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur propre politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers. Cela implique notamment la priorité à la production agricole locale pour nourrir la population, et ce pour deux raisons essentielles. D’une part, l’agriculture paysanne a de fait pour vocation originelle la l’approvisionnement des marchés intérieurs. D’autre part, consommer local se justifie aussi en termes de lutte contre le réchauffement climatique. Puisqu’il s’agit de limiter autant que possible les émissions de gaz à effets de serre (GES), autant réduire autant que possible le transport des aliments, source de CO2, non ? [highslide](4;4;;;)Bien sûr, une agriculture soucieuse d’assumer ses responsabilités en matière de lutte contre le réchauffement climatique ne peut se limiter à réduire les transports des denrées alimentaires. Reste que réduire le transport constitue en soi un levier parmi d’autres de lutte conte le réchauffement global.[/highslide]

Stéphane Parmentier
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Références

  • Banana Link. (2007). Banana Companies. [19/02/08]. Disponible <http://www.bananalink.org.uk/index.php?option=com_content&task=view&id=61&Itemid=21>
  • Murphy S. (2006). Concentrated Market Power and Agricultural TradeECOFAIR TRADE DIALOGUE Discussion Papers N°1. Heinrich Böll Foundation, Misereor, Wuppertal Institute for Climate, Environment and Energy, 41 p.
  • Nature & Progrès Belgique. Les groupes d’achat commun. Un partenariat entre producteurs et consommateurs, pour produire et consommer autrement. Nature & Progrès Belgique, 8 p.
  • Saveurs paysannes. (2007). Manifeste national des paysans et artisans. [10/02/08]. Disponible <http://www.saveurspaysannes.be/m/index.php?option=com_content&task=view&id=16&Itemid=31>
  • Vander Stichele M. (2005). The challenge of the role of supermarkets for sustainable agriculture and trade related issues. SOMO (Stichting Onderzoek Multinationale Ondernemingen), 3 p.
  • Vander Stichele M., van der Wal S., Oldenziel J. (2006). Who reaps the fruit ? Critical Issues in the Fresh Fruit and Vegetable Chain. SOMO, 192 p.
  • Vorley B. (2003). Food Inc., Corporate concentration from farm to consumer. IIED, 47 p.
  • Vorley B., Fearne A., Ray D. (Eds). (2007). Regoverning markets: A place for smallscale producers in modern agrifood chains ? B. Vorley, A. Fearne and D. Ray (Eds) Aldershot: Gower, 220 p.

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