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La consommation de viande augmente notre empreinte écologique

Steak-frites-salade, vol-au-vent, omelette au lard, macaroni-jambon-fromage, boulettes-sauce tomate, boudin-compote, sandwich à l’américain, au salami ou au poulet-curry, Big Mac ou Giant, … Il ne s’écoule pas un seul jour sans que l’immense majorité des belges ne consomment de la viande sous une forme ou une autre. Et plutôt deux fois qu’une, le plus souvent en quantités massives ! Nos papilles gustatives apprécient tant…

Dans le même temps, les impacts sanitaires, environnementaux etsociaux de ce que l’on peut sans nul doute qualifier de « surconsommation » sont en général méconnus ou volontairement ignorés. Pourtant, il y a de quoi questionner ces impacts, et s’interroger sur le bien fondé de cette frénésie carnivore…

La frénésie carnivore des belges

En une quarantaine d’années, la consommation mondiale de viande est passée d’une moyenne annuelle de 24 kg par personne en 1964 à environ 40 kg aujourd’hui. Des chiffres qui cachent une grande disparité entre pays industrialisés et pays en développement. Au cours de cette même période, les premiers ont vu passer cette consommation de 62 à 88 kg, les seconds de 10 à 28 kg [highslide](1;1;;;)Sauf mention contraire, les chiffres de consommation de viande renseignés dans cet article se rapportent au poids carcasse et non au poids de viande effectivement consommée.[/highslide] . Cette différence s’explique par la corrélation, mise en évidence par certaines études, entre les revenus d’une population et sa consommation de viande : la seconde a tendance à croître avec les premiers.

À l’heure qu’il est, c’est donc surtout dans les pays développés que la consommation de viande est la plus grande. À l’avenir, les choses devraient s’équilibrer davantage entre ceux-ci et les pays émergents du monde en développement tels que la Chine ou l’Inde. La croissance de ces pays induit en effet une augmentation des revenus moyens des populations concernées. La consommation accrue de viande devrait surtout y être le fait des couches les plus aisées.

En Belgique, la consommation annuelle moyenne de viande est très élevée. Elle est respectivement passée de 30 kg par personne en 1919 à 45 kg en en 1929 et 59 kg en 1959, pour atteindre … 102 kg par personne en 2004 ! Ce dernier chiffre équivaut à une ration quotidienne d’environ 280 g [highslide](2;2;;;)Selon certaines estimations, cette ration de 280 g en poids carcasse équivaut à une ration d’environ 160 g effectivement consommée.[/highslide] . En Europe, seuls les espagnols, les danois et les français mangent plus de viande que les belges. Les trois espèces de viande les plus consommées en Belgique (90 % de la consommation totale) sont le porc, le bœuf et la volaille.

Viande et santé

La viande contient de nombreux éléments nutritifs dont l’organisme humain a besoin pour être en bonne santé : acides aminés, micronutriments comme le fer, le zinc, le sélénium et les vitamines B, … C’est pourquoi on conseille dans le cadre d’un régime équilibré d’en manger chaque jour entre 75 et 100 g. Les aliments d’origine végétale, eux, contiennent peu ces éléments nutritifs.

Des risques liés à une consommation excessive ou à une préparation inadéquate

Mais que l’on conseille de manger entre 75 et 100 g de viande chaque jour signifie également qu’il faut éviter d’en manger plus ! Car la viande contient aussi certains nutriments dont l’ingestion excessive s’avère nocive pour l’organisme. Attention au cholestérol et aux matières grasses, présents dans la viande en général et plus spécialement dans les viandes préparées (hamburgers, pain de viande, …). En consommer à l’excès favorise les risques de maladies cardio-vasculaires (cholestérol et matières grasses) et les diabètes (matières grasses). Le belge moyen peut donc s’inquiéter, lui qui consomme près de trois fois plus de viande que ne le recommande un régime équilibré ! D’autant qu’à cela s’ajoutent d’autres problèmes potentiels : risques d’hypertension liés à la teneur élevée en sel de certaines préparations de viande, production de substances cancérigènes (hydrocarbures polycycliques) accompagnant les viandes grillées ou rôties, … Certaines études, certes réfutées par d’autres, montrent même que manger trop de viande, qu’elle soit ou non rôtie ou grillée, favorise le développement de certains cancers comme le cancer de la prostate ou le cancer du côlon.

Des risques liés à l’industrialisation de la production de viande

Les risques sanitaires liés à la consommation de viande ne découlent pas seulement des quantités que l’on en ingère ou de la façon dont la viande est préparée. Certains d’entre eux sont spécifiquement liés aux méthodes d’élevage intensif et aux modes de production de l’alimentation animale qui les accompagnent. L’industrialisation de la production de viande a concrètement été la source de contaminations impliquant une présence excessive de dioxines, PCB et autres contaminants dans la viande. Or la présence excessive de dioxines a des répercussions néfastes sur le système nerveux, le système immunitaire et la reproduction. Quant aux PCB, qui tout comme les dioxines sont des substances solubles dans les matières grasses contaminant régulièrement les chaînes alimentaires, ils sont cancérigènes et peuvent perturber le système immunitaire ainsi que le métabolisme des hormones.

Viande et environnement

La surconsommation de viande porte aussi gravement atteinte à l’environnement. Car avant d’être mangée, cette viande doit d’abord être produite et acheminée jusqu’à l’assiette du consommateur. Or tout au long de ce parcours, le cycle de vie d’un morceau de viande génère quantité de problèmes écologiques.

 

Une contribution importante au réchauffement climatique

L’un des problèmes environnementaux majeurs engendrés par la production de viande réside dans l’émission d’importantes quantités de gaz à effet de serre (GES) responsables du réchauffement climatique. Chaque stade de croissance de notre steak haché en devenir y participe :

  • La fabrication d’engrais nécessite de l’énergie. Elle implique donc des émissions de dioxyde de carbone (CO2) ;
  • Les cultures de denrées destinées à l’alimentation animale contribuent de plusieurs manières aux émissions de GES. En particulier:
    • Elles induisent dans certaines régions du monde des déforestations massives. Or les incendies de forêts provoqués à cette fin émettent beaucoup de CO2. De plus, détruire de grands espaces forestiers signifie aussi réduire la capacité globale d’absorption par les forêts du CO2. Au Brésil, la plupart des surfaces déboisées sont plantées avec du soja en grande partie destiné à l’alimentation animale [highslide](3;3;;;)En 2005, 90 % de la production mondiale de soja (210 millions de tonnes) sont allés à l’alimentation animale.[/highslide] . Selon certaines estimations, 80 % des GES émis à l’échelle du pays proviendraient non pas du secteur routier mais des déforestations.
    • Elles nécessitent la production et l’emploi de pesticides chimiques et de machines agricoles, le recours au transport et à l’irrigation. Tout cela consomme beaucoup d’énergie et représente donc une source conséquente d’émissions de CO2.
    • Elles sont dans la pratique fondées sur des techniques de culture intensive utilisatrices d’engrais azotés. Les sols ainsi traités émettent du protoxyde d’azote, également appelé « gaz hilarant » (NO2). Or ce gaz est un gaz à effet de serre extrêmement puissant. En termes de contribution au réchauffement climatique, 1 kg de protoxyde d’azote équivaut à… 310 kg de CO2.
  • L’élevage des ruminants est source de méthane. À la différence des êtres humains, les ruminants (bovins, porcs, moutons, chèvres, …) digèrent la cellulose des végétaux. Pendant la digestion, cette cellulose est décomposée en bactéries dans la panse, l’un des quatre estomacs des ruminants. Cette décomposition se déroulant en l’absence d’oxygène, elle ne se traduit pas par l’émission de CO2 mais par celle de méthane. Or en termes de contribution au réchauffement global, 1 seul kg de méthane équivaut à 23 kg de CO2. En outre, le lisier et le fumier sont sources de rejets supplémentaires de méthane dans l’atmosphère, ainsi que de gaz hilarant.
  • Le transport des animaux jusqu’à l’abattoir, l’abattage, l’emballage du produit, son acheminent vers le supermarché, son stockage avant son achat par le consommateur, le transport du supermarché au domicile de ce consommateur, sa conservation sur place et sa cuisson; tout cela émet du CO2. Quant aurecyclage des déchets d’emballages, il émet du méthane et du CO2.

Lorsque l’on considère l’ensemble des étapes jalonnant le cycle de vie d’un simple morceau de viande, on réalise mieux combien son coût environnemental en émissions de GES est élevé. Un coût partiellement évalué par une récente étude japonaise. Sa conclusion ? La production d’un seul kg de bœuf conduirait à un rejet dans l’atmosphère d’une quantité de GES globalement équivalente à 36,4 kg de CO2. Une conclusion partielle dans la mesure où l’étude n’a pas intégré dans son calcul la gestion de la ferme, ni le transport de la viande une fois produite. En revanche, la gestion de la naissance des veaux ainsi que la production et le transport de leur nourriture ont été pris en compte [highslide](4;4;;;)En 2005, 90 % de la production mondiale de soja (210 millions de tonnes) sont allés à l’alimentation animale.[/highslide] .

D’autres estimations aident également à saisir l’ampleur du coût environnemental de la consommation de viande en matière de réchauffement climatique. Le Réseau Action Climat-France rapporte par exemple qu’en tenant compte de l’élevage et du transport jusqu’au lieu de vente, la production d’un kg de veau rejette une quantité de GES équivalente à celle générée par un trajet de 220 Km en voiture. Dans le cas de l’agneau, du bœuf ou du porc, ce trajet serait respectivement de 180, 70 et 30 Km. De son côté, la FAO a récemment évalué à 18 % la contribution de l’élevage aux émissions totales de GES émises par l’activité humaine. Outre l’élevage proprement dit, cette estimation prend notamment en compte l’impact des déforestations découlant de la mise en culture de terres destinées à la production de l’alimentation animale. Sont également intégrées les émissions de GES liées à la production et au transport des engrais destinés à ces cultures d’aliments pour animaux.

De nombreux autres impacts environnementaux

Dans les conditions actuelles, la production de viande dégrade de bien d’autres façons encore l’environnement. Par exemple et à titre non exhaustif :

  • Les déforestations favorisent l’assèchement progressif des sols: la surface immédiate des sols étant davantage exposée aux rayons du soleil, l’eau qu’elle contient s’évapore beaucoup plus rapidement. Cet assèchement est également encouragé par l’érosion éolienne et l’érosion hydrique, bien plus actives sur des sols déboisés. Au bout du compte, tout cela finit par entraîner une baisse des précipitations. La sécheresse menace et les rendements agricoles baissent.
  • Les cultures destinées à la production de l’alimentation animale sont en règle générale consommatrices, comme les autres, de pesticides chimiques. Or, on sait combien ces substances sont nocives pour l’environnement: pollution des cours d’eau et nappes phréatiques, morts d’insectes et espèces végétales non nuisibles aux cultures, de formes de vie animale (oiseaux, serpents, …), etc.

Viande et accès à la terre

Enfin, lorsque vous consommez de la viande, sachez aussi que pour la produire, il est possible que des paysans brésiliens ou argentins aient été chassés de leurs terres. Dans cette région du monde, l’expansion considérable de la culture du soja s’est faite au détriment des agricultures paysannes familiales. Concrètement, des milliers de paysans ont été chassés de leurs terres, souvent violemment, pour les besoins de cette production contrôlée par de grandes exploitations agricoles, accroissant au passage considérablement la pauvreté… [highslide](5;5;;;)Pour un peu plus d’informations sur les implications sociales du développement de la culture du soja en Amérique latine, nous renvoyons à l’article Produire à quel prix ? Le cas du soja d’Oxfam-Magasins du monde, septembre 2007.[/highslide]

Vive la décroissance !

Les constats qui précèdent ont peu de sens s’ils ne sont pas suivis d’alternatives. À quoi bon prendre conscience des impacts environnementaux, sociaux et sanitaires néfastes de la surconsommation de viande si rien n’est fait pour les contrer ? Alors que faire ?

Finalement, le moyen le plus sûr, facile et efficace de rendre globalement plus durable la consommation de viande est… de la réduire ! D’une part, c’est évidemment indispensable pour éviter les problèmes de santé liés au fait d’en manger trop. D’autre part, si l’on mangeait moins de viande, on en produirait moins. À moins, bien sûr, de sombrer dans un gaspillage phénoménal. Or produire moins de viande conduirait nécessairement à :

  • Réduire la pression du secteur de l’élevage sur la nature, qu’il s’agisse de considérer les émissions de GES, les impacts liés à l’emploi de pesticides chimiques dans les cultures vouées à l’alimentation animale, ou d’autres facteurs ;
  • Diminuer la pression foncière exercée indirectement par le secteur de l’élevage sur les paysans d’Amérique Latine et de quelques autres régions du monde.

Voilà un moyen d’action si simple, à portée de mains des consommateurs que nous sommes ! Au vu des quantités massives de viande ingurgitées par le belge moyen, il y a là un beau challenge à relever… Envie de prendre soin de votre santé ou de réduire votre empreinte écologique ? [highslide](6;6;;;)Pour de l’information sur l’empreinte écologique, sur les moyens de la réduire ou pour la calculer, consultez par exemple le site Internet du Réseau Eco-consommation : http://www.ecoconso.be[/highslide]

Sources

  • Amoès. (2007). 1 kg de bœuf consommé, 36 kg de CO2 rejeté. [08/02/08]. Disponible <http://blog.amoes.com/post/2007/08/02/1kg-de-boeuf-consomme-36-kg-de-CO2-rejete>
  • Dupriez H. (2007). Agriculture tropicale et exploitations familiales d’Afrique. Terres et vie, 480 p.
  • GRAIN (2007). Non à la folie des agrocarburants ! GRAIN, 9 p.
  • Goutiérrez R. (2008). Deux à trois fois moins de viande. Le Soir du 19 avril 2008, p. 3.
  • OBCD (Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable). (2007). Consommation de viande : un lourd tribut environnemental. OBCD, 66 p.
  • Réseau Action Climat-France. (2006). Des gaz à effet de serre dans mon assiette ? Réseau Action Climat-France, 7 p.
  • Sachs W., Santarius T. (2007). World Trade and the Regeneration of Agriculture. ECOFAIR TRADE DIALOGUE Discussion Papers N°9. Heinrich Böll Foundation, Misereor, Wuppertal Institute for Climate, Environment and Energy, 57 p.
  • Steinfeld H., Gerber P., Wassenaar T., Castel V., Rosales M., de Haan C. (2006). Livestock’s long shadow. Environmental issues and options. FAO, 408 p.

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