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De la crise des subprimes à une économie au service des femmes et des hommes

Cette analyse a pour objectif d’expliquer la genèse de la crise financière actuelle, qui a débuté par la crise des subprimes, et de développer les possibilités d’action politique pour réguler le marché financier. De même, via l’exemple de Crédal, elle met en évidence les possibilités d’investir dans une économie sociale et solidaire.

Introduction

2008 aura été l’année de toutes les crises : crise alimentaire, financière, du pouvoir d’achat, du système… Dans un tel climat, comment voir clair, comment trouver des pistes d’actions ? Ces crises nous renvoie aux fondements de l’économie, au rôle et au but de l’économie financière.

Comme le souligne Géraldine Abrassart dans son édito de la Libre du 20 octobre :

« L’avenir n’est pas encore écrit! A l’heure des rugissements de la crise financière, nos certitudes sont en train de s’ébranler et avec elle, la vision du monde dans lequel nous vivons. Nous ne pouvons que constater avec stupéfaction que le système bâti depuis plus de 30 ans par nos experts économistes est en train de s’effondrer comme un château de cartes. »

Bien plus qu’un système qui s’écroule, c’est en effet une vision du monde qui éclate. Dans l’analyse intitulée «Les mécanisme de la financiarisation », il était question de comprendre le passage d’une économie de production à une économie financière. Sa conclusion renvoyait à un ensemble de questions concernant les leviers d’action au niveau politique. Plus profondément elle s’interrogeait sur les possibilités de mise en place d’une économie au service des femmes et des hommes et de la société.

Depuis février 2008, les bénévoles d’Oxfam-Magasins du monde diffusent dans et hors des magasins la campagne « Prix Tout Compris ». Cette campagne décortique divers produits afin d’y faire apparaître les coûts/bénéfices cachés. En pleine crise, quoi de mieux pour repenser la place de l’économie qu’une coopérative qui appuie des projets économiques soutenants des femmes et des hommes, ainsi que des organisations, qui par leur activité économique créent de l’emploi, renforcent le développement d’une économie solidaire et écologique. C’est l’action de CREDAL depuis 24 ans.

Après une explication de la crise des subprimes, nous aborderons les possibilités d’action politique au niveau de la régularisation des marchés financiers ; ainsi que des actions en tant qu’épargnant. Notre argent a du pouvoir utilisons-le pour défendre une économie au service de la collectivité.

Comment est née la crise des subprimes ?

C’est le 18 juillet 2007 que beaucoup d’entre nous ont entendu parler pour la première fois des « subprimes ». C’est à cette date que la banque d’affaires américaine d’investissement, Bear Stearns, particulièrement active dans les crédits subprimes annonçait que la valeur de deux de ses fonds venait de s’effondrer.

Qu’est-ce que le “subprime” ?

Début 2000, le monde financier aux Etats-Unis cherche un marché qui puisse lui fournir un maximum de profit en en minimum de temps. Il se penchera sur l’immobilier pour deux raisons :

  • les prix du marché n’ont pas cessé de croître depuis 1945
  • si les emprunteurs ne peuvent pas rembourser, leurs maisons pourront être revendues de toute façon avec une plus-value.

Les crédits « subprime » sont des prêts immobiliers accordés à des ménages aux revenus modestes. Les taux sont variables et de niveau élevé. De telles conditions ouvrent un risque d’insolvabilité pour les ménages. De fait, la fragilité de la situation des ménages peut les amener à des situations où ils ne peuvent plus faire face aux échéances de remboursement de leur crédit immobilier. Un des mécanismes mis en place par les banques de prêt de subprime afin de garantir leur prêt est la titrisation [highslide](1;1;;;)La titrisation est une technique financière sophistiquée, qui consiste à transférer des actifs ou des risques de crédit (comme c’est le cas pour les subprimes) sous une forme structurée à des investisseurs tiers. Elle donne lieu à une émission de titres sur les marchés de capitaux, adossés aux actifs sous-jacents (crédits hypothécaires, par exemple) et regroupés par “tranches”. Certaines de ces tranches incluaient des crédits touchés par des défaillances ou défauts de paiement de ménages. En d’autres mots, il est question de spéculer sur le risque ou non de remboursement des ménages[/highslide].

Les mécanismes de la crise des subprimes

Les taux de prêt ont augmenté suivant des mécanismes les liant au taux directeur de la réserve fédérale américaine (FED). Cela a pour conséquence que les banques proposant des prêts subprimes, ont été confrontées à un coût de l’argent plus élevé pour financer leurs besoins. Ces conditions ont été répercutées sur les clients.

En parallèle à cela, la demande immobilière a baissé ayant pour impact une diminution des prix de l’immobilier. Les propriétaires ne pouvant payer les remboursements ont dû céder leur bien aux banques. Celles-ci n’ont pas réussi à revendre ces biens, vu la baisse de la demande et la dévaluation rapide de ces biens. Un tel mécanisme n’a pas permis aux banques de récupérer, comme prévu, leur prêt.

La conjonction de ces deux évènements a conduit à une hausse des défauts de paiement. Jusqu’à des situations d’insolvabilité de foyers. L’impossibilité de rembourser leurs prêts dans laquelle se trouvent ces ménages pèse sur des établissements de crédit spécialisés comme New Century, numéro deux du subprime américain confronté à de graves difficultés financières.

Nous constatons que les deux raisons qui avaient poussé les financiers à se diriger vers l’immobilier font défaut. De ce fait, la spéculation a échoué. Cela n’est pas sans conséquences sociales et économique.

Ces défaillances ont entraîné des réactions en chaîne sur les marchés. Les investisseurs se sont alors retirés de ces produits (sous forme de titrisation) qu’ils considéraient comme trop risqués. Cela a pour conséquence que certains fonds n’ont plus pu être cotés. L’absence de demande pour certains titres contenus dans ces fonds a en effet empêché de calculer la valeur liquidative de ceux-ci – la valeur liquidative résultant de la confrontation de l’offre et de la demande.

Comme l’explique Marianne Bliman et Julie Carceller [highslide](2;2;;;)Dossier réalisé par Marianne Bliman, avec Julie Carceller « Subprime” : explications d’une crise » disponible http://www.lesechos.fr/info/finance/300194636.htm[/highslide], « les opérateurs ont des comportements souvent suivistes et l’information circule très vite sur les marchés. De ce fait, la défiance des produits de titrisation s’est propagée à d’autres segments de marché, notamment celui des “commercial paper” – titres de créances négociables émis par les entreprises sur le marché monétaire donc de court terme -, qui représentent d’énormes montants. Les investisseurs n’ayant plus confiance dans ces actifs, ils s’en sont retirés – pour se reporter sur des instruments qu’ils jugeaient plus sûrs. Conséquence : cette chute de la demande a entraîné un assèchement de la liquidité sur les marchés».

C’est par ce mécanisme de défiance rapide, que les bourses se sont effondrées entrainant avec elles l’économie réelle ; Provoquant des diminutions de production, mise au chômage technique, une augmentation des faillites, une réduction de la croissance qui dans un contexte de diminution du pouvoir d’achat de facilité pas les choses.

Comment réagir aux plans économiques et politiques ?

Quels enseignements retirer de ces crises ? Comment empêcher d’autres crises ? Quelles sont les pistes de réflexions ? Pour les observateurs, une gouvernance socio-économique mondiale s’impose. Elle doit dépasser le rôle de pompier joué actuellement par la plupart des Etats. C’est au monde politique de la mettre en place, de remettre l’économique sous contrôle du politique entre autre afin d’empêcher les bulles financières. De même une partie du monde économique, qui soutenait l’importance de faire confiance au marché pour réguler, revoient leur credo. C’est le cas d’Alan Greenspan (directeur de la Réserve fédérale américaine, la FED de 1987 à 2006), qui affirme [highslide](3;3;;;)Libération, 24 octobre 2008[/highslide] :

«J’ai eu tort de faire confiance au marché pour réguler le système financier sans un contrôle supplémentaire du gouvernement »

Deux champs d’action se dégagent, l’un au niveau de l’économie financière (la bourse) et l’autre au niveau de l’économie réelle (la production de biens et de services).

Régularisation de l’économie financière

Il s’agit ici de mettre en place un contrôle et une régulation des marchés par le politique. Nos gouvernements ont comme défi de placer la finance sous contrôle public, d’ériger des règles claires et de mettre la finance au service du progrès de la société dans son ensemble. Celui-ci devrait se baser sur trois piliers :

  • la transparence des opérations financières
  • le renforcement des règles prudentielles et l’application de celles-ci à tous les acteurs financiers.
  • une réglementation des produits financiers les plus risqués (tel que les «hedge funds» – type de fonds spéculatifs [highslide](4;4;;;)Nous ne développerons pas ici le mécanisme de ces produits pour des questions de pédagogie et d’objectifs de cette analyse – permettre de comprendre les mécanismes de la financiarisation de l’économie.[/highslide]).

Au-delà des ces piliers, comme le souligne Arnaud Zacharie [highslide](5;5;;;)«Il faut réformer le système, et ne pas uniquement jouer aux pompiers», Le soir : mardi 30 septembre 2008, 08:29 lesoir.be ; Arnaud Zacharie Secrétaire général du CNCD propos recueillis par Olivier Mouton.[/highslide], il faut un « aléa moral », afin que les opérateurs financiers arrêtent de compter sur les Etats en dernier recours. Si les Etats sont toujours là pour ramasser les pots cassés, les opérateurs continueront à casser des pots sans compter.

Pour une économie au service des femmes et des hommes

Au-delà de la régularisation des marchés financiers par des mécanismes politiques, il s’agit de soutenir les acteurs de l’économie sociale, qui se mobilisent pour réaffirmer que l’économie est un moyen, au service des gens et non du capital.

L’économie sociale [highslide](6;6;;;)Regards croisés sur l’économie sociale G. A. (St.) Mis en ligne le 21/10/2008[/highslide] regroupe les activités économiques exercées par les associations, coopératives, mutuelles, dont l’éthique se traduit par 4 principes (1) finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que de profit ; (2) processus démocratique de prise de décision (il s’agit du principe « un membre – une voix) (3) autonomie de gestion ; (4) primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus.

Comment épargner tout en soutenant une économie sociale ?

En Belgique francophone, nous identifions deux acteurs majeurs. D’une part la Banque Triodos, qui est active depuis plus de 25 ans dans le secteur de l’économie solidaire. C’est une banque ancrée dans le financement des enjeux de demain (l’environnement, l’énergie renouvelable). D’autre part la coopérative Crédal (spécialisé dans le crédit social). Celle-ci est pionnière en matière d’économie alternative en Belgique.

La banque Triodos se crée en 1980, au départ d’un groupe actif depuis 1968 sur les questions de l’utilisation de l’argent. Elle est présente en Belgique depuis 1993. Comme l’indique le site de Triodos, c’est « une banque qui finance des sociétés, des institutions et des projets à dimension culturelle et sources de bienfaits pour les gens et l’environnement et ce, grâce au soutien de dépositaires et d’investisseurs désireux d’encourager les entreprises à assumer leur responsabilité sociale et de promouvoir une société durable ». Cela se décline en trois missions :

  • Contribuer à créer une société qui défende la qualité de la vie des personnes et pour qui la dignité humaine est au cœur des préoccupations.
  • Permettre à des particuliers, des institutions et des entreprises d’utiliser l’argent avec plus de conscience et de manière à ce que les personnes et l’environnement en bénéficient, et depromouvoir le développement durable.
  • Offrir à nos clients des produits financiers durables et des services de qualité.

La coopérative Crédal existe depuis 1984. A sa création, Crédal vise 3 objectifs :

  • Soutenir des projets sociaux qui n’ont pas accès au crédit bancaire, d’une part grâce à des crédits à taux modérés (à court, moyen ou long terme) en Wallonie et à Bruxelles et, d’autre part, grâce à du conseil en gestion.
  • Proposer des placements solidaires en soutenant des initiatives touchant les plus démunis, les exclus, belges ou étrangers, des projets s’attaquant aux causes et pas seulement aux effets de la marginalisation.
  • Offrir aux collectivités et aux particuliers une forme d’épargne alternative dont le rendement n’est pas d’abord financier, mais avant tout social et humain. Construire une relation de confiance basée sur la transparence. Tout coopérateur connaît l’usage précis qui est fait de son argent.

Dans son communiqué de presse du 10 octobre 2008 – intitulé « Quand le paquebot de la finance tangue, le canot de la finance solidaire suit son cours » – Crédal nous informait qu’elle enregistrait son 1500ème coopérateur et atteignait 12,5 millions d’euros de fonds (soit 500 millions de francs belges). Les 1500 coopérateurs sont assurés que leur placement est utilisé de manière socialement efficace et de manière sûre (toujours rassurant en période de crise !). Car lors d’un octroi de crédit de la part de Crédal, celui-ci se base sur une analyse stricte des possibilités de remboursement des clients. Il est hors de question chez Crédal de proposer des crédits ou des placements toxiques.

Crédal analyse les projets sous un angle social et financier. Lors de la constitution du dossier, entre autre via la visite du projet, la qualité sociale de l’activité mise en œuvre est vérifiée. Celle-ci repose sur diverses priorités, telles que la création d’emploi (notamment pour les personnes peu qualifiées), la participation démocratique, la qualité de gestion, etc. Crédal fonctionne de manière transparente et démocratique. Cette transparence s’applique tant pour les clients crédits : ils reçoivent copie de leur dossier de crédit avant la tenue du Comité de crédit ; ce qui leur permet de réagir avant que la décision ne soit prise. Au niveau des coopérateurs, ils sont information trimestrielle des financements réalisés et des projets. De même, les comptes annuels sont présentés de manière claire dans le rapport d’activités et lors de l’Assemblée Générale. Ils sont également disponibles sur le site www.credal.be

En bref, devenir coopérateur de Crédal, c’est soutenir des projets socialement engagés et créateurs d’emplois, proposer du crédit éthique et transparent à des taux stables et non liés au marché ni au risque du crédit, et enfin développer la solidarité tout en bénéficiant d’un rendement juste

Conclusion

Cette analyse a voulu monter comment de la crise des subprimes il est possible de rebondir. D’une part vers une régularisation du système financier. C’est au politique d’agir dans ce sens. Et nous avons tous la responsabilité de pousser les politiciens dans ce sens. D’autre part, d’autres modèles de développement économiques et sociaux (sans oublier l’environnement) sont envisageables. Chacun peut décider de placer son argent de manière rentable, solidaire au service d’une économie où les femmes et les hommes en sont le cœur afin de faire avancer la société dans un sens durable et de cohésion sociale et non dans un sens de destruction de valeurs, aussi bien financières que sociales.

Pour aller plus loin

Bibliographie

  • Dossier réalisé par Marianne Bliman, avec Julie Carceller « Subprime : explications d’une crise » disponible http://www.lesechos.fr/info/finance/300194636.htm
  • «Il faut réformer le système, et ne pas uniquement jouer aux pompiers», Le soir : mardi 30 septembre 2008, 08:29 lesoir.be ; Arnaud Zacharie Secrétaire général du CNCD propos recueillis par OLIVIER MOUTON
  • Chesnais, 1996; La mondialisation financière : genèse, coût et enjeux. Syros (Paris)
  • Le petit Larousse illustré, 1993, Paris, Larousse, p.956.

Corentin Hecquet
Animateur Politique
Oxfam-Magasins du monde

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