Sindyanna, un engagement politique et économique

En 1985, un groupe d’activistes juifs et arabes fondent la maison d’édition Hanitzotz qui se consacre à des publications en arabe et en anglais en vue de sensibiliser l’opinion et de défendre les droits des Arabes israéliens et des Palestiniens des territoires occupés. La plupart des Arabes israéliens ne connaissent pas leurs droits et sont impuissants face à la saisie de leurs terres, aux licenciements, aux discriminations,…Cette ONG qui milite pour la création d’un Etat palestinien lance ensuite des projets de développement. C’est ainsi que naît l’organisation de femmes Sindyanna, en 1996.

À l’origine, un engagement auprès des producteurs d’olive…

A l’origine, Sindyanna s’est implantée en Galilée, dans le Nord d’Israël, région rurale peuplée à 75% par des citoyens d’origine arabe. Outre les 3 millions de Palestiniens vivant en Palestine, près d’1 million de Palestiniens vivent en Israël, soit pratiquement 20% de la population israélienne. Si une majorité d’entre eux sont des Palestiniens reconnus, environ 70.000 vivent dans une centaine de villages arabes qui n’ont pas de noms, ne se trouvent sur aucune carte, n’ont pas de conseil municipal ni de représentation nationale et ne bénéficient d’aucune aide de l’Etat israélien et n’ont aucun accès aux services sociaux de base comme l’eau ou les soins de santé car l’Etat les considère comme illégaux.

Les Arabes vivant en Israël sont considérés comme des citoyens de second rang et près de la moitié d’entre eux vivent en-dessous du seuil de pauvreté, avec un taux de scolarité d’à peine 45 pourcent, une mortalité infantile qui atteint le double de celle des populations juives et un taux d’analphabétisme de plus du triple. En tant que non-juifs, ils ne bénéficient ni de prêts, ni de bourses, ni du droit exclusif à la terre et d’autres avantages accordés aux citoyens israéliens.

Sindyanna a donc choisi de travailler avec les producteurs d’olives – petits paysans en majorité arabes – dont l’activité ne bénéficie ni des aides de l’Etat ni du soutien économique octroyé aux autres secteurs agricoles. Cette culture a toujours été la culture principale dans cette partie de la Galilée et pratiquement l’unique activité de la communauté arabe de Galilée. La maintenir est essentiel pour les revenus des agriculteurs.

Dans cette région, le nombre de producteurs d’olives diminue alors que la demande de produits à base d’huile d’olive est en nette augmentation.

Sindyanna est la seule organisation de commerce équitable en Israël et paye à ce titre aux agriculteurs de meilleurs prix pour leurs produits, leur dispense des formations et finance divers projets sociaux.

Son objectif principal étant celui d’apporter un juste revenu à ces agriculteurs qui produisent de l’huile d’olive, des olives de table, le za’atar (mélange d’épices), et du savon à base d’huile d’olive, Sindyanna s’est frayé un chemin vers de nouveaux marchés à l’étranger.

L’organisation est en effet, depuis octobre 2003, membre d’IFAT , le réseau international des organisations de commerce équitable, qui compte plus de 300 organisations membres (dont Oxfam-Magasins du monde) dans plus de 70 pays, dont une majorité (65%) dans des pays du Sud.

L’organisation se bat également pour que ces agriculteurs puissent garder leurs terres et lutte contre les expropriations et l’arrachage d’arbres en menant des campagnes de plantation d’oliviers (vente de jeunes plants à prix réduit aux petits agriculteurs). En parallèle, Arabes, Juifs et volontaires internationaux luttent ensemble sous l’égide de Sindyanna pour tenter d’arrêter le processus d’expropriation des terres, lesquelles sont confisquées systématiquement depuis 1948 aux agriculteurs arabes par le gouvernement israélien. L’organisation déploie également des efforts importants pour améliorer le secteur agricole arabe, considérablement arriéré car manquant d’infrastructures, d’un système d’irrigation ou de mécanisation modernes. Cette situation est due au fait que l’Etat israélien n’accorde aucun subside aux agriculteurs arabes. D’autre part, Sindyanna aide ces derniers à améliorer la qualité de leur production d’huile d’olive, en organisant des réunions d’information technique.

Sindyanna encourage également les méthodes de culture respectueuses de l’environnement. Ses produits subissent des contrôles de qualité très stricts. Sindyanna est parvenu à faire certifier son huile d’olive comme biologique, dans l’espoir d’en retirer un meilleur prix pour les producteurs. Mais la tâche s’avère difficile vu la double concurrence de l’huile d’olive des paysans israéliens qui ont accès à une bonne irrigation et produisent avec les dernières technologies d’une part, et de l’huile d’olive européenne qui bénéficie de larges subventions d’autre part.

… mais aussi des actions politiques et de sensibilisation en faveur des femmes, du rapprochement communautaire et de la paix

Sindyanna est gérée par des femmes arabes et juives, et des femmes – de préférence, membres de la communauté locale – sont employées dans la production (emballage et préparation des commandes…).

Ces femmes ont la possibilité de s’impliquer dans les projets éducatifs menés par les centres culturels Al Baqa en Galilée et à Jaffa. Ces centres, dont le centre social de Majd Al Krum (le petit village où Sindyanna a été fondée) duquel l’organisation est membre, sont gérés quasi exclusivement par des volontaires, aussi bien juifs que palestiniens. Une équipe de conseillers accompagnent également les gens au tribunal pour lutter contre la confiscation de leurs terres. Le centre de conseil aux travailleurs, qui peut être comparé à un syndicat, se mobilise pour les droits des travailleurs. Non sans difficultés. Trois centres d’avis aux travailleurs ont en effet dû fermer leurs portes, car l’Etat les considérait comme une menace.

Dernièrement, un atelier de confection de paniers en osier a été mis en place. Cette collaboration est un moyen pour Sindyanna, d’œuvrer en faveur du développement des communautés défavorisées et permet à des femmes d’exercer un métier dans le cadre d’un emploi formel tout en restant au village et en continuant à travailler leurs champs et à s’occuper de leurs familles. C’est d’autant plus important que 80% des femmes palestiniennes en Israël sont sans emploi.

Par ailleurs, de manière plus large, l’organisation participe au mouvement de la paix en Israël en favorisant les rencontres entre les deux communautés lors de la plantation d’arbres, la cueillette des olives ou d’activités culturelles.

Enfin, l’action politique de Sindyanna est relayée depuis le milieu des années 80 par la publication d’articles dans une revue indépendante (Challenge) et sur son site Internet. Lors des récents événements à Gaza, Sindyanna s’est d’ailleurs associée à d’autres organisations pour exprimer son point de vue, condamner l’opération militaire israélienne dans la bande de Gaza et appeler à une paix durable.

Le partenariat ‘Oxfam-Magasins du monde – Sindyanna : soutien d’une savonnerie traditionnelle à Naplouse

Le partenariat entre Oxfam-Magasins du monde et Sindyanna a débuté en 2004 et concerne des savons à base d’huile d’olive fabriqués à Naplouse.

Les savons sont fabriqués dans une petite savonnerie familiale traditionnelle, l’une des dernières survivantes de Naplouse. Naplouse est en effet l’une des villes qui souffre le plus durement de l’occupation israélienne, et dont la vie économique est étranglée depuis des années du fait du blocus qui lui est imposé.

Ces savons, produits exclusivement avec de l’huile d’olive palestinienne (de manière à soutenir également, autant que faire se peut, les agriculteurs locaux) sont naturels. Grâce à leur très haute teneur en huile d’olive (72%), ils sont respectueux des peaux les plus sensibles, et peuvent aussi être employés pour laver les cheveux.

La cuisson se fait au rez-de-chaussée dans une grande cuve appelée “halla” ou “quidra”. Les ouvriers versent l’huile d’olive et la mélangent pendant trois jours avec de la soude et de l’eau. Sous la cuve, on allume un feu, traditionnellement alimenté par des noyaux d’olive. Une fois le mélange prêt, il est monté au premier étage et versé sur le sol appelé “mafrach”, où il sèche pendant une journée avant d’être quadrillé en petits carrés avec un fil, puis tamponné à la marque de la savonnerie. Il est ensuite découpé et empilé en de savantes pyramides appelées “tananîr”, mises à sécher 15 jours au moins avant emballage.

Les savons sont alors acheminés vers l’entrepôt de Sindyanna en Galilée où des femmes arabes israéliennes sont employées à préparer les expéditions (emballage, étiquetage…). Jusqu’il y a peu, Oxfam-Magasins du monde achetait des savons à l’unité. Actuellement, Sindyanna a diversifié son offre et des boites de quatre savons parfumés (au lait, au miel, au citron et aux boues de la Mer Morte) sont aussi disponibles à la vente.

Ce projet permet donc à la fois de soutenir une savonnerie palestinienne, des femmes arabes israéliennes en Galilée et l’action politique de Sindyanna pour la paix et le rapprochement communautaire.

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