Le commerce équitable : alternative, pratiques et impacts

Bien que le terme « commerce équitable » soit aujourd’hui connu par une grande partie de la population, il semble que la connaissance du concept reste globalement assez floue. Afin de clarifier les choses, un survol des raisons d’être, de l’histoire, des engagements et des impacts du commerce équitable peut s’avérer utile.

Pouquoi y a-t-il un commerce équitable ?

Si le commerce équitable a vu le jour et a connu un développement spectaculaire en l’espace de quelques années [highslide](1;1;;;)De 1999 à 2004, la croissance des  ventes de produits du commerce équitable sur le marché européen était de 154%.[/highslide], c’est essentiellement dû au fait qu’il constitue une alternative crédible à des pratiques commerciales dominantes largement inéquitables.

Historiquement et de manière persistante, les relations commerciales entre les pays du Sud et ceux du Nord ont été – et sont encore – caractérisées par leur déséquilibre, avec des conséquences graves pour les producteurs et artisans du Sud et leurs familles. En effet, en raison de leur position dans la filière économique dans laquelle s’intègre leur activité, ces derniers sont généralement obligés de se soumettre à des conditions sur lesquelles ils ont une influence extrêmement limitée.

La mise en parallèle du chiffre d’affaires du géant français et numéro 2 mondial de la distribution Carrefour et du produit intérieur brut de quelques pays en développement dans lesquels Oxfam-Magasins du monde a établi des partenariats donne une idée des énormes déséquilibres qui traversent le commerce mondial. Alors qu’en 2007, le chiffre d’affaires de Carrefour s’élevait à 82,1 milliards d’euros[highslide](2;2;;;)Source : rapport financier 2007 du groupe Carrefour.[/highslide], le produit intérieur brut du Burkina Faso atteignait 5,32 milliards d’euros, celui du Népal 8,02 milliards d’euros et celui du Paraguay 9,43 milliards d’euros[highslide](3;3;;;)Source : Banque Mondiale.[/highslide]. Au même moment, le PIB de la Belgique était à 352,97 milliards d’euros et celui des Etats-Unis à 10 871,95 milliards d’euros. Ces chiffres, qui correspondent à la richesse – généralement mal distribuée – de pays entiers, tous secteurs économiques confondus, illustrent la capacité d’influence énorme des grands acteurs commerciaux et la position de faiblesse de beaucoup d’Etats dans le système économique libéral globalisé.

Dans les domaines de l’alimentation et de l’agriculture, les déséquilibres sont particulièrement importants, et même de plus en plus préoccupants. En effet, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pas moins de 923 millions de personnes étaient sous-alimentées en 2007, soit 75 millions de plus que l’année précédente et près d’une personne sur six. D’ailleurs, et le paradoxe est révélateur des déséquilibres actuels, la majorité des personnes sous-alimentées sont des paysans. Pour des millions de personnes et leur famille, produire des denrées alimentaires n’est donc pas une activité qui permet de manger à sa faim. Par ailleurs, pour illustrer l’ampleur des déséquilibres alimentaires mondiaux, l’Institut international de l’eau de Stockholm (SIWI) estime qu’aux Etats-Unis, 30% des aliments finissent dans les ordures.

L’alternative du commerce équitable : au Nord et au Sud

Face à cette réalité inacceptable, le commerce équitable propose une alternative permettant aux producteurs du Sud de travailler dans des conditions décentes et de vendre le fruit de leur travail à un prix juste, grâce auquel ils peuvent avoir accès aux moyens nécessaires au développement de leur communauté. Par des mécanismes tels que le préfinancement des commandes, la garantie d’un prix minimum, l’appui aux producteurs et l’établissement d’une relation de partenariat à moyen ou à long terme, le commerce équitable contribue au développement économique et social de communautés entières, qui peuvent construire des projets inscrits dans la durée. Au contraire, dans le commerce conventionnel, la volatilité extrême des prix et la forte pression exercée sur les producteurs par des intermédiaires et par des acteurs économiques cherchant à maximiser les profits ne permettent que très difficilement la mise sur pied de projets à moyen et long termes.

Parallèlement à ses effets dans le Sud, le commerce équitable s’adresse aussi aux consommateurs du Nord. D’une part, il offre une alternative de produits de qualité aux consommateurs qui souhaitent sortir des réseaux commerciaux conventionnels et soutenir les organisations de producteurs du Sud. D’autre part et surtout, le commerce équitable constitue une porte d’entrée à partir de laquelle il est possible de dénoncer les pratiques néfastes et les dérives du commerce conventionnel et de proposer des alternatives à partir de valeurs de solidarité et d’une vision politique forte.

En donnant l’opportunité aux consommateurs du Nord et aux producteurs du Sud de s’inscrire dans une même dynamique de solidarité, le commerce équitable propose une alternative au système commercial dominant. Avec sa dimension de soutien à des collectifs de producteurs du Sud et de mouvement de citoyens au Nord, le commerce équitable mis en place par Oxfam-Magasins du monde répond aux effets d’un système économique fondé sur la course aux profits, et qui fait souvent de l’exploitation des travailleurs et des producteurs marginalisés un moyen de maximiser les bénéfices.

Historique du commerce équitable

Le commerce équitable n’est pas né par hasard. Il s’est en effet développé dans un contexte précis, face à des réalités économiques et commerciales qui ont motivé les pionniers du commerce équitable à chercher et à proposer un autre modèle, fondé sur d’autres valeurs. Pour des raisons autant dues à l’environnement dans lequel il s’est développé qu’à des modifications intervenues en son sein, le commerce équitable a traverséplusieurs phases de transformation depuis sa création. Des initiatives inspirées par des valeurs proches de celles du commerce équitable avaient vu le jour avant celles développées par les ONG. Mais il s’agissait pour l’essentiel de démarches isolées et inspirées par un principe de charité avec les populations du Sud. A l’époque, des voyageurs du Nord revenaient des pays du Sud avec des objets qui y avaient été produits et les vendaient dans des réseaux informels au profit de communautés locales.

L’histoire du commerce équitable peut être divisée en trois grandes vagues, qui correspondent chacune au développement de nouvelles pratiques commerciales et à l’entrée en scène de nouveaux acteurs, qui sont venus actualiser le concept de commerce équitable en apportant un nouveau contenu et une nouvelle image au concept original.

Première vague : les ONG pionnières

La première vague est celle des organisations pionnières, dont fait partie Oxfam-Magasins du Monde. A l’époque, on ne parle pas encore de commerce équitable, mais de « commerce alternatif ». Mais les principes du commerce équitable sont déjà bien présents.

Le slogan qui symbolise le mieux cette première vague est « Trade, not aid » (« Du commerce plutôt que de l’aide »), lancé en 1964 par des représentants de pays du Sud lors de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), dans le contexte d’une chute dramatique des cours du café. Ce slogan résume bien les principes fondateurs du commerce équitable : plutôt que de la charité des pays du Nord, les habitants du Sud veulent devenir des acteurs de leur développement, ce qui nécessite notamment l’établissement de relations commerciales internationales justes. Manifestations concrètes de la forte dimension politique de cette vague : le café tanzanien, qui soutient le régime socialiste de Nyerere, ou le vin algérien, produit à haute teneur politique, à défaut d’être fort apprécié par les amateurs de vin…

Aux débuts du commerce équitable, la distribution des produits passe essentiellement par les circuits propres des organisations de commerce équitable, soit essentiellement les « magasins du monde ». Les premiers magasins du monde voient le jour dans les années 1960 au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. En Belgique, c’est en 1971, à Anvers, que la première boutique est ouverte par Oxfam-Wereldwinkels. Oxfam-Magasins du monde ouvrira ses premières boutiques en Belgique francophone peu de temps après, en 1976.

Deuxième vague : La labellisation et les supermarchés

En raison de son développement commercial et face à la nécessité de garantir le caractère équitable des produits proposés aux consommateurs, le commerce équitable est entré dans une seconde phase : celle de la labellisation et de l’entrée dans les circuits de la grande distribution, à partir de la fin des années 1980. A l’heure actuelle, on trouve des produits labellisés « commerce équitable » dans la plupart des supermarchés. En Belgique, le label de référence du commerce équitable est celui de Max Havelaar, l’organisation de labellisation qui représente FLO (Fairtrade Labelling Organizations International), fédération à l’origine du célèbre label « Fairtrade », qui figure sur des produits actuellement distribués dans vingt pays.

La labellisation a ouvert la porte du commerce équitable à un nombre potentiellement illimité d’acteurs, dans la mesure où ce sont les produits qui sont labellisés, et pas les sociétés ou les organisations qui les fabriquent ou les commercialisent. Cette évolution a certainement des effets positifs : les produits équitables ont un meilleur accès au marché, ce qui permet de maximiser l’impact du commerce équitable au niveau des producteurs marginalisés du Sud. Sans aucun doute, la labellisation a créé de nombreuses opportunités pour le commerce équitable.

La labellisation permet à des entreprises privées par ailleurs actives dans le commerce conventionnel, avec toutes ses dérives dans les domaines social, économique et environnemental, de commercialiser des produits labellisés équitables. Aujourd’hui, pour ne citer que quelques exemples représentatifs d’un changement fondamental :

  • la chaîne de supermarchés de « hard discount » Lidl propose un thé équitable.
  • Nestlé – géant de l’agrobusiness – vend du café instantané équitable au Royaume-Uni.
  • Carrefour – n°2 mondial de la grande distribution – vend des fruits, des fleurs, ainsi qu’une gamme de thés et de cafés labellisés équitables aux clients de ses supermarchés.
  • Autre aspect du rôle croissant de la grande distribution : on trouve chez Carrefour une trentaine de produits de la marque Oxfam Fairtrade, qui ont donc trouvé des débouchés commerciaux en-dehors du réseau original des magasins du monde. Cela à côté de dizaines de produits et de pratiques commerciales et sociales qui sont à mille lieues des critères du commerce équitable.

Cela signifie-t-il que Lidl, Nestlé et Carrefour sont, au même titre qu’Oxfam-Magasins du monde, des acteurs du commerce équitable ? Non, bien évidemment.

Pour Oxfam-Magasins du monde, le commerce équitable est avant tout une porte d’entrée permettant de mettre en évidence les dérives inhérentes aux pratiques commerciales dominantes. Par définition, et au contraire des acteurs purement commerciaux qui ont fait leur entrée dans le commerce équitable, Oxfam-Magasins du monde agit, de façon critique et avec une vision politique, comme une force de changement portée par un mouvement de citoyens. Le fait que Carrefour achète des produits Oxfam pour les vendre dans ses supermarchés ne va dès lors pas non plus empêcher Oxfam-Magasins du monde de continuer à évaluer les pratiques de la grande distribution avec un regard critique.

Troisième vague : nouveaux acteurs et nouvelles pratiques commerciales

Enfin, et encore en raison du succès du commerce équitable auprès des consommateurs, une troisième vague a commencé avec l’arrivée d’un nombre croissant de jeunes entrepreneurs et de nouvelles activités commerciales. Le nombre de marques et d’enseignes proposant des produits du commerce équitable, généralement développés par des petites et moyennes entreprises, grandit sans cesse. L’étendue et la diversité de la gamme des produits certifiés équitables aussi. Les boutiques virtuelles et les magasins spécialisés proposant de l’équitable se multiplient, et le commerce équitable est parvenu à acquérir uneimage jeune et branchée, bien loin de l’image un peu vieillotte des origines.

Cette image dépoussiérée favorise le développement d’activités commerciales variées et visant de nouveaux publics. Pour ces nouveaux acteurs, le dégagement de bénéfices occupe généralement une place plus importante que pour les ONG pionnières. Pourtant, et bien qu’elle suscite le débat, cette évolution est avant tout positive. En effet, si le commerce équitable est devenu une activité qui ne dépend plus uniquement d’acteurs militants, c’est qu’il s’agit bien d’une activité viable économiquement. Et donc d’une alternative crédible aux pratiques du commerce conventionnel. D’une certaine manière, cela démontre que le concept imaginé et porté par Oxfam-Magasins du monde et les autres précurseurs du commerce équitable avait une valeur et un potentiel qui ne demandaient qu’à être exploités davantage.

Les engagements du commerce équitable

Les relations qu’instaure le commerce équitable avec les producteurs du Sud comportent plusieursengagements forts, qui correspondent aux objectifs de développement poursuivis par le commerce équitable.

Tout d’abord, des prix équitables sont garantis aux producteurs. Ces prix sont négociés dans une relation de dialogue avec des producteurs qui ont un statut de partenaires et non de simples fournisseurs de produits. Dans le domaine agricole, un prix minimum est garanti aux producteurs, indépendamment des cours en vigueur sur le marché mondial. Il s’agit d’une garantie forte, qui a pour principal avantage de permettre aux producteurs de prévoir et de planifier leurs dépenses et leurs investissements, à partir d’une certaine idée de ce que rapportera la vente de leur production. Il s’agit d’une caractéristique essentielle du commerce équitable, dans la mesure où la grande volatilité des prix du commerce conventionnel rend quasiment impossible toute prévision concernant les revenus, et donc aussi la planification des dépenses et des investissements.

Ensuite, les relations commerciales équitables s’inscrivent dans la durée. Application concrète de ce principe : Oxfam-Magasins du monde s’engage auprès de chacun de ses partenaires à acheter chaque année au moins 50% du montant de l’année précédente. Pas question donc de faire un gros coup commercial avec un partenaire ou de rompre subitement les relations en cas de problème. Cette facette des engagements du commerce équitable illustre bien le fait que l’objectif principal n’est pas la maximisation des profits de l’importateur de produits du Sud. On est donc loin des pratiques en vigueur dans le commerce conventionnel.

Le préfinancement des commandes est un autre aspect central du partenariat. Quand une commande est passée à un partenaire et si le partenaire le souhaite, la moitié de son montant total est préfinancée par Oxfam-Magasins du monde, ce qui permet aux producteurs de ne pas s’endetter pour réaliser les dépenses nécessaires à la satisfaction de la commande. De la sorte, les producteurs évitent d’être soumis à des conditions de crédit désavantageuses et ne sont pas obligés de sacrifier des investissements dans d’autres domaines, comme l’éducation ou la santé, pour répondre aux commandes qui leur parviennent.

Le partenariat avec des organisations de producteurs du Sud concerne aussi les pratiques de ces organisations. Oxfam-Magasins du monde définit deux grandes catégories de critères que ses partenaires doivent respecter. D’une part, des critères minimaux, qui doivent être respectés par les partenaires dès le début de la relation de partenariat. Il s’agit de critères d’exclusion : s’il apparaît, à un moment, que ces exigences ne sont pas rencontrées, le partenariat ne peut pas être maintenu. Ces minima sont exigés pour que les producteurs bénéficient effectivement des avantages du commerce équitable et pour garantir un potentiel de développement aux organisations de producteurs et à leurs communautés. D’autre part, descritères évolutifs ont été définis, qui ne doivent pas être strictement respectés pour que débute une relation de partenariat, mais sur lesquels les organisations de producteurs doivent montrer qu’elles font des progrès. Les critères minimaux et évolutifs concernent différents aspects, dont le respect des droits fondamentaux des travailleurs, leur rémunération, la démocratie au sein des organisations de producteurs ou encore la préservation de l’environnement et de la santé des travailleurs.

Enfin, le commerce équitable propose des produits de qualité aux consommateurs du Nord, ce qui est indispensable pour assurer la crédibilité du commerce équitable en tant qu’alternative concrète aux pratiques du commerce conventionnel.

Plus d’informations sur les critères de commerce équitable « Made in Dignity » : www.omdm.be, rubrique « Commerce équitable ».

Quels sont les impacts du commerce équitable ?

Impacts dans le Sud

Grâce aux principes forts qui le sous-tendent, le commerce équitable est un appui direct et concret au développement des pays du Sud. Il contribue au développement des communautés et améliore le niveau de vie de plus de 5 millions de personnes, dont 1,5 millions de producteurs.

Pour les producteurs du Sud, le commerce équitable est une source d’améliorations sur les plans économique, social, environnemental et culturel.

Sur le plan économique : bien que l’impact global du commerce équitable reste modeste, en comparaison avec le volume des flux du commerce conventionnel[highslide](4;4;;;)Illustration de l’impact encore limité du commerce équitable à l’échelle globale : la part du café équitable ne représente que 1,2% du commerce mondial du café, alors qu’il s’agit de l’un des produits phares du commerce équitable.[/highslide], son impact pour les producteurs concernés et leurs communautés est loin d’être anodin.

L’exemple d’une coopérative péruvienne qui produit des bananes fournit une bonne illustration de cette plus-value : alors qu’elle vend une caisse de bananes équitables à 3,15 dollars dans le circuit équitable, cette coopérative ne touche que 1,3 dollar pour la même caisse de bananes dans le circuit commercial conventionnel. Au-delà de l’avantage évident qu’offre une rémunération permettant de vivre dignement, le système de prix minimum garanti mis en place par le commerce équitable permet aux producteurs d’avoir une idée de leurs revenus futurs et donc de planifier leur production et leurs investissements dans des conditions nettement plus stables que dans le commerce conventionnel.

Sur le plan social : pour les producteurs, les conditions garanties par le commerce équitable permettent de réaliser des investissements bénéficiant à leur communauté, notamment dans les domaines de l’enseignement et des soins de santé. Ces investissements des revenus générés par le commerce équitable dans des secteurs non directement liés à l’activité commerciale sont une conséquence de son impact économique, mais aussi une caractéristique des relations instaurées par le commerce équitable.

Kavokiva, coopérative ivoirienne qui produit du cacao et du café, réalise des investissements dans l’enseignement pour répondre au retrait de l’Etat dans ce domaine. La raison d’être des écoles financées par la coopérative est d’encourager les enfants à étudier à un prix abordable et près de chez eux. Ces écoles sont souvent des constructions en bois branlantes avec un toit en feuilles, qui ont partiellement été remplacées par des constructions plus solides. La coopérative s’occupe aussi du matériel scolaire et intervient dans la rémunération d’un enseignant. Le matin, ce sont les enfants qui vont à l’école. L’après-midi, c’est au tour des adultes qui souhaitent apprendre à écrire et à compter.

Sur le plan environnemental : par l’accent qu’il met sur la gestion durable des ressources naturelles et la valorisation des matières premières disponibles localement, le commerce équitable joue un rôle positif pour la préservation de l’environnement. Ici aussi, il ne s’agit pas seulement d’une conséquence positive découlant des relations  commerciales, mais d’une composante forte du commerce équitable.

Naidaoreuang Pheudphon et Suphit Pheudphon, producteurs de riz qui travaillent en Thaïlande avec l’organisation Green Net, se sont lancés dans l’agriculture biologique en 1995. Auparavant, ils utilisaient des produits chimiques. Depuis, ils ont constaté des améliorations : leur environnement s’est enrichi de nombreux poissons, crabes, grenouilles et crapauds et leur santé s’est améliorée. En effet, ils ne souffrent plus de réactions allergiques en travaillant dans les champs. L’augmentation de leurs bénéfices n’a pas été immédiate mais, au fur et à mesure que le sol s’enrichissait, le rendement s’est amélioré. Résultat : les récoltes sont meilleures que lorsqu’ils utilisaient des engrais chimiques et les coûts d’exploitation ont diminué.

Sur le plan culturel : en valorisant les productions et les techniques locales, le commerce équitable contribue à sauvegarder des identités culturelles mises à mal par le mouvement d’uniformisation culturelle qui accompagne la globalisation économique. En rendant économiquement rentables des activités artisanales basées sur des techniques traditionnelles, le commerce équitable permet à des populations marginalisées de reconquérir une dignité en tant qu’individus et en tant que groupes, en leur montrant que leur savoir-faire a une valeur et constitue une source de revenus.

Minka, organisation péruvienne de commercialisation, encourage des producteurs d’artisanat à maintenir les structures traditionnelles, contribuant ainsi à freiner l’exode rural vers les quartiers pauvres des grandes villes. Depuis 1977, Minka a tissé un réseau de producteurs dans tout le Pérou, permettant aux artisans isolés des régions montagneuses de perpétuer les traditions artisanales andines. Grâce à la valorisation des techniques traditionnelles qu’impliquent la production et la vente d’artisanat dans le circuit du commerce équitable, Minka contribue à améliorer l’image que les populations quechua marginalisées ont d’elles-mêmes.

Le commerce équitable permet aussi de structurer démocratiquement, de renforcer et d’autonomiser des organisations de producteurs marginalisés. L’impact du commerce équitable doit être évalué en tenant compte des effets du commerce équitable en tant que facteur d’organisation pour des communautés entières. Cet impact est particulièrement important dans un contexte commercial international caractérisé par l’atomisation des petits producteurs et la concentration d’activités comme la transformation et à la distribution dans les mains de grands groupes transnationaux. Au niveau local, les formes d’organisation qu’encourage le commerce équitable permettent à des catégories sociales marginalisées de s’affirmer en tant qu’acteurs sociaux participant activement à la vie de la communauté.

Partenaire indien d’Oxfam-Magasins du monde, Swate est une organisation autonome, fondée sur les principes de démocratie, de justice sociale et d’équité entre hommes et femmes. Son premier objectif est de redonner confiance aux femmes, de leur faire prendre conscience qu’elles sont des citoyennes à part entière. Swate combat, entre autres, le harcèlement et l’alcoolisme par la solidarité. « Lorsque qu’une femme devient membre de Swate, son mari n’ose plus la maltraiter », nous raconte une membre. « Il sait que nous ne nous laisserons pas faire ! »

Manjula, trésorière de Swate, témoigne : « Avant de rejoindre Swate, je pensais que, en tant que femmes, nous devions accepter notre sort et nous soumettre aux décisions de notre mari et de notre famille. Puis, j’ai commencé à m’impliquer de plus en plus dans le combat des femmes et j’y ai puisé de l’énergie. Maintenant, où que ce soit et quelle que soit la femme touchée, je me dois de réagir. Sans doute parce que en tant que femme, je n’ai pas été épargnée. Maintenant, j’ai retrouvé la force et le courage de ne plus accepter la fatalité. »

Impacts dans le Nord

En se basant sur les relations de partenariat établies avec des organisations de producteurs du Sud, Oxfam-Magasins du monde peut porter un discours cohérent sur les relations commerciales internationales, en partant de situations concrètes et d’une analyse dépassant la sphère commerciale. En certaines occasions, la relation de partenariat peut aller plus loin et prendre la forme d’un soutien aux luttes sociales portées par un partenaire du Sud.

Dans les pays du Nord, le commerce équitable est un outil de sensibilisation aux enjeux du développement, qui pousse à une réflexion globale sur des pratiques de consommation durables et responsables. En effet, chez nous, le commerce équitable est non seulement un mode de consommation respectueux des producteurs, mais aussi et surtout un moyen de sensibiliser les citoyens et d’interpeller les responsables politiques et les acteurs économiques.

Pour Oxfam-Magasins du monde, l’approche axée sur le commerce équitable a permis de construire unmouvement de citoyens dynamique, sur base des principes de l’éducation permanente et de valeurs de solidarité. Aujourd’hui, à travers ses équipes locales de bénévoles et son réseau de Jeunes Magasins du monde dans plus de 100 écoles secondaires en Communauté française, Oxfam-Magasins du monde est un mouvement de citoyens qui s’appuie sur le commerce équitable pour sensibiliser un large public.

L’action de ce mouvement de citoyens prend fréquemment la forme de campagnes, qui mettent l’accent sur des thématiques spécifiques pour sensibiliser et interpeller. Ainsi, la campagne « Prix tout compris » a-t-elle choisi de se concentrer sur nos habitudes de consommation, en mettant en évidence les coûts environnementaux, sociaux et autres que cachent certains produits de consommation courante. Une autre campagne, « Ikea : un modèle à démonter », a quant à elle exercé une pression sur une grande multinationale en diffusant de l’information sur les conditions de travail dans les usines où sont fabriqués les objets vendus dans des grands magasins du monde entier, et en poussant les citoyens à interpeller la firme.

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