Le commerce équitable aujourd’hui : acteurs, produits et enjeux

Si le commerce équitable se distingue du commerce conventionnel par ses objectifs, ses engagements et son impact, il se caractérise aussi par des aspects très concrets inscrits dans un contexte en changement constant. Parmi ces aspects : les acteurs du commerce équitable, au Nord et au Sud ; les produits du commerce équitable, produits dans le Sud et commercialisés dans le Nord ; et des enjeux qui montrent que le commerce équitable est un laboratoire en questionnement perpétuel sur lui-même.

Les acteurs et réseaux du commerce équitable

Les acteurs du commerce équitable sont multiples, surtout si l’on choisit de considérer l’ensemble de la chaîne qui relie les producteurs et les consommateurs. La mise en évidence, de façon non-exhaustive, de l’existence de multiples acteurs prenant part au commerce équitable donne une idée de la complexité d’une activité qui se déploie à une échelle internationale et concerne directement ou indirectement des millions de personnes.

Les organisations de commerce équitable

Les organisations pionnières

Dans cette catégorie, on trouve d’abord une série d’organisations non gouvernementales qui ont fait du commerce équitable leur principale activité et dont une bonne partie ont été des pionnières du commerce équitable. Ce sont en effet elles qui en ont imaginé le concept, à partir de valeurs de solidarité et d’une certaine vision des relations commerciales internationales. Elles l’ont aussi concrétisé en établissant des partenariats avec des producteurs du Sud et en créant des réseaux de distribution dans le Nord.

En Belgique, les acteurs « historiques » que sont Oxfam-Magasins du monde et Oxfam-Wereldwinkels disposent de leur propre réseau de distribution des produits du commerce équitable, à travers les magasins du monde. Ceux-ci sont tenus par des équipes bénévoles présentes dans tout le pays. Le magasin du monde, véritable symbole du commerce équitable, remplit une fonction qui va nettement au-delà de l’activité commerciale, dans la mesure où il est aussi un lieu où s’accomplit un travail de sensibilisation du public et autour duquel se structure un mouvement de citoyens. Au niveau de l’activité commerciale proprement dite, ces deux organisations importent et vendent des produits, à partir d’un partenariat avec des organisations de producteurs marginalisés du Sud. Chacune des relations de partenariat est approuvée par une commission de partenariat, qui se base sur les critères d’OMDM pour se positionner sur les partenariats en cours et éventuels.

Les organisations de labellisation

A un autre niveau, on trouve les organisations qui se sont spécialisées dans la labellisation des produits issus du commerce équitable. Ces organisations définissent des critères qui doivent être respectés pour qu’un produit puisse recevoir un label l’identifiant comme étant issu du commerce équitable. En Belgique, cette activité est assurée par l’organisation Max Havelaar, membre de Fairtrade Labelling Organizations International (FLO). Le label attribué par Max Havelaar garantit que les biens de consommation concernés ont été produits dans le respect des critères du commerce équitable. Max Havelaar n’achète et ne vend donc pas de produits, mais certifie ceux que d’autres acteurs produisent et commercialisent.

Les fédérations internationales de commerce équitable

A l’échelle internationale, plusieurs structures ont été créées pour regrouper les acteurs du commerce équitable, afin de mettre en commun le savoir-faire, l’expérience et les activités de chacun et ainsi amplifier l’impact de leurs actions.

Créé en 1989, IFAT (International Fair Trade Association) est le réseau international des organisations de commerce équitable. On y trouve tant des organisations de producteurs du Sud que des organisations de commerce équitable du Nord.

IFAT a pour objectif d’améliorer le mode de vie des populations défavorisées dans les pays en voie de développement en reliant et en renforçant les organisations qui offrent des alternatives équitables face aux structures et pratiques commerciales déloyales. IFAT vise à promouvoir le commerce équitable et constitue un lieu d’échange d’informations, un forum dans le but d’aider les membres à augmenter le profit des producteurs. IFAT regroupe plus de 300 organisations membres provenant de plus de 70 pays et dont près de 80% sont actives dans l’artisanat. Le contrôle des organisations repose sur un système d’auto-évaluation. Chaque membre remplit un formulaire qui est soumis à d’autres membres pour évaluation mutuelle. Certaines organisations sont sélectionnées pour vérification par le comité de monitoring d’IFAT.

Il y a une grande diversité de taille et de type d’organisation, représentant toute la chaîne, de la production à la vente : coopératives, associations, exportateurs, importateurs, détaillants, réseaux nationaux et régionaux, institutions financières… IFAT s’affirme de plus en plus comme LE coordinateur international des organisations de commerce équitable.

Dans le secteur de la labellisationFLO (Fairtrade Labelling Organizations International) est la coupole internationale des organisations de labellisation des produits du commerce équitable. FLO est composé de20 organismes nationaux de certification, dont 15 européens.

FLO agit comme une organisation indépendante qui gère un label de commerce équitable. Concrètement, FLO établit des critères de commerce équitable spécifiques à chaque produit, contrôle leur mise en œuvre et certifie les produits répondant à ces critères, sur lesquels peut être apposé le logo Fairtrade. La certification des producteurs se fait par une inspection annuelle (audits externes) des coopératives et plantations. FLO inspecte et certifie régulièrement 508 organisations de producteurs dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. Un comité de certification multipartite neutre composé de représentants des producteurs, des importateurs et des associations nationales prend la décision d’agrément ou de retrait de la certification.

Les chaînes de la grande distribution

Leur présence au côté des ONG dans la liste des acteurs du commerce équitable est à la fois paradoxale et indispensable. Paradoxale, parce qu’une partie considérable de leurs pratiques fait partie intégrante du système commercial déloyal dénoncé par les organisations de commerce équitable. Indispensable, parce que 54% des achats équitables sont aujourd’hui réalisés dans les grandes et moyennes surfaces, ce qui fait de la grande distribution un acteur dont il faut tenir compte dans le commerce équitable. Cette réalité ne peut dès lors être ignorée dans la réflexion sur l’avenir et les enjeux du commerce équitable. Ces acteurs sont arrivés relativement tard sur le marché de l’équitable et aujourd’hui encore, le commerce équitable reste une activité mineure pour la grande distribution. Un paquet de thé équitable atterrit souvent dans un caddie rempli de produits dont on ne sait que très peu de choses sur le processus de production, que ce soit au niveau des conditions de travail des producteurs, de leur rémunération ou de l’impact de la production sur l’environnement.

Les nouveaux acteurs du commerce équitable

L’histoire récente du commerce équitable a été marquée par l’arrivée d’un nouveau type d’acteurs, distincts à la fois des ONG du commerce équitable et de la grande distribution. Ces acteurs se distinguent des ONG par l’accent plus affirmé qu’ils mettent sur la dimension commerciale, et des chaînes de la grande distribution par leur spécialisation dans le domaine du commerce équitable. Ces acteurs ont donc vu le jour à partir de la volonté de faire du commerce équitable une activité commerciale à part entière et viable économiquement, alors que le commerce équitable est essentiellement un moyen permettant de viser d’autres buts pour les ONG pionnières et une activité commerciale mineure pour les chaînes de la grande distribution.

Les acteurs de la « troisième vague » du commerce équitable sont généralement de taille assez modeste. Il est fréquent que ces acteurs se spécialisent sur quelques produits ou pays. Ce sont des PME qui développent et commercialisent des produits, de boutiques – sur Internet ou dans les centres-villes – qui proposent des produits du commerce équitable où les valeurs originales qui ont donné naissance à cette autre manière de faire du commerce côtoient la mode ou le design. Par leur approche dynamique, ces nouveaux acteurs contribuent à rajeunir et actualiser le commerce équitable, à l’adapter au contexte dans lequel il se place et à toucher de nouveaux consommateurs et de nouveaux secteurs commerciaux.

Les pouvoirs publics

En tant qu’institutions dont la mission est d’agir pour le bien commun et dont les moyens proviennent de la richesse produite par la société, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer en relation avec le commerce équitable.

Tout d’abord, les pouvoirs publics sont en position de définir le cadre légal dans lequel se développent les activités commerciales équitables. Ainsi, par exemple, les pouvoirs publics sont en position de rendre plus claire la différenciation entre les produits du commerce équitable et ceux répondant à d’autres critères.

Ensuite, certains pouvoirs publics sont en mesure de jouer un rôle d’information, de sensibilisation et d’incitation sur le thème du commerce équitable. Entre autres, ce pan de l’action des pouvoirs publics peut prendre la forme d’une campagne d’information publique sur le commerce équitable, de la promotion d’un mode de consommation responsable par les citoyens et dans les marchés publics, de soutien aux acteurs directement actifs dans le commerce équitable, etc.

Enfin, les pouvoirs publics se retrouvent régulièrement dans la position de consommateurs de biens et services, et doivent donc eux-mêmes poser des choix de consommation correspondant à leurs priorités et à leur vision des relations commerciales. Ainsi, une administration peut décider de montrer l’exemple en mettant à la disposition de son personnel des produits issus du commerce équitable.

Au-delà de sa dimension symbolique, la consommation de biens et services par les pouvoirs publics représente aussi une proportion de la consommation globale qui est loin d’être anodine. Ainsi, au niveau de l’Union européenne, avec un chiffre de 1 500 milliards d’euros, le montant total des achats publics représente 16,3% du PIB des 25 Etats membres[highslide](1;1;;;)Rapport de la Commission européenne sur les effets économiques de la stimulation des marchés publics (2004). Les données sont antérieures à l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’UE.[/highslide], dont près de la moitié est utilisée par les niveaux de pouvoir locaux et régionaux.

Les producteurs du Sud

Les producteurs du Sud sont les premiers bénéficiaires du commerce équitable, dans la mesure où ce sont eux qui perçoivent le plus directement les avantages du commerce équitable. Autour des producteurs, des familles et des communautés entières peuvent bénéficier de conditions de vie décentes et construire des projets sur le long terme, ce que ne permettent que rarement les pratiques commerciales dominantes. Mais il faut rester réaliste : avec 1,5 million de producteurs du Sud actuellement actifs dans le secteur, le commerce équitable reste une activité mineure à l’échelle mondiale et ne peut donc malheureusement pas encore constituer une solution pour tous les producteurs marginalisés du Sud. C’est pourquoi, au niveau des organisations de commerce équitable, il est indispensable de continuer à prendre position contre les pratiques commerciales déloyales, afin de créer un changement dont profiteraient un plus grand nombre de producteurs du Sud.

Les consommateurs du Nord

Les consommateurs jouent un rôle essentiel dans le commerce équitable et dans la solidarité internationale qu’il vise à mettre en place. Face aux acteurs puissants qui défendent un modèle commercial injuste pour les producteurs du Sud – mais aux conséquences dommageables pour les consommateurs du Nord également [highslide](2;2;;;)Parmi d’autres effets du commerce conventionnel nuisibles aux consommateurs du Nord, pensons à la mise en compétition des travailleurs à l’échelle globale, à une perte de qualité et de diversité des produits disponibles sur le marché, aux risques environnementaux et sanitaires, à l’instabilité des prix des biens de consommation due à la financiarisation de l’économie, etc.[/highslide] – il est indispensable de renforcer les mécanismes de solidarité entre producteurs du Sud, entre citoyens du Nord, mais aussi entre producteurs du Sud et citoyens du Nord. Ici, le premier pas à poser par le consommateur est peut-être la prise de conscience de sa responsabilité et des conséquences de ses choix.

Le rôle des citoyens-consommateurs est potentiellement énorme et peut influencer de façon décisive le comportement des acteurs économiques, à condition de créer un mouvement suffisamment fort et durableen faveur d’un autre modèle commercial international.

Plus d’informations :

Oxfam-Magasins du monde : www.omdm.be

Oxfam-Wereldwinkels : www.oww.be

Max Havelaar Belgique : www.maxhavelaar.be

FLO : www.fairtrade.net

IFAT : www.ifat.org

Quels sont les produits du commerce équitable et où les trouver ?

La gamme des produits du commerce équitable croît sans cesse. A côté des produits phares comme le café, les jus de fruits et les bananes, on trouve une très grande quantité de produits alimentaires et artisanaux. Dans l’alimentaire, il y en a pour tous les goûts : jus de fruits (dont certains mélangent fruits tropicaux et de chez nous), bière belge brassée avec des ingrédients du Sud, biscuits, galettes de riz, chocolat, sucreries, cœurs de palmier, pâte à tartiner, etc. Dans l’artisanat aussi, la diversité est sans limite : textile en coton équitable, bijoux, objets décoratifs, instruments de musique, maroquinerie, jouets, etc. On peut aussi citer les produits de beauté à base de matières premières naturelles.

Points communs entre ces produits : ils viennent de pays du Sud et ont été obtenus suivant des critères garantissant des conditions de travail dignes et une rémunération juste aux producteurs.

Parallèlement à la croissance de l’offre de produits équitables, le nombre de lieux où l’on peut trouver ces produits est aussi en augmentation constante. En plus du réseau pionnier des magasins du monde, on trouve des produits équitables dans beaucoup d’autres points de vente. Depuis que la grande distribution s’est lancée dans l’équitable, on trouve de plus en plus de produits équitables dans les supermarchés, ainsi que dans des magasins moins grands. Depuis quelques années, il est possible de passer des commandes de produits équitables sur internet, via différents sites spécialisés. Enfin, d’autres types de boutiques se consacrent totalement ou partiellement au commerce équitable, et proposent toute une série d’autres produits.

L’identification des produits du commerce équitable par tous les consommateurs constitue une question cruciale.

Ces dernières années, les labels apposés sur les biens de consommation courante se sont multipliés. Il n’est pas toujours aisé pour les consommateurs de se faire une idée précise de ce que signifient ces labels et de ce qui les différencie. Or, les labels sont justement censés faciliter le choix des consommateurs, en offrant des garanties sur les produits qu’ils achètent. Aujourd’hui, si beaucoup de consommateurs ont une idée plus ou moins claire de ce qu’est le commerce équitable et en ont une opinion favorable, force est de constater que la situation actuelle ne facilite pas la tâche de celles et ceux qui veulent consommer de façon citoyenne et responsable.

Identifier les produits du commerce équitable

Pour que le commerce équitable puisse être efficace, il est indispensable que les consommateurs puissent reconnaître, sans risque de se tromper, les produits qui en sont issus. Le label « Fairtrade » constitue bien entendu un moyen d’identifier un produit du commerce équitable. Mais il n’est pas présent sur tous les produits obtenus selon les principes du commerce équitable. C’est pourquoi à côté de la labellisation, un critère basé sur les pratiques des organisations productrices peut être nécessaire à l’identification du caractère équitable d’un produit.

Deux portes d’entrée différentes permettent de reconnaître si un produit est issu ou non du commerce équitable. Le produit lui-même peut être certifié comme étant issu du commerce équitable. Dans ce cas, on trouvera un label sur le produit. Au niveau international, une harmonisation entre les principales organisations de labellisation a permis de fixer, au sein de « Fairtrade Labelling Organizations International » (FLO), les critères attachés au label Fairtrade, bien connu de la plupart des consommateurs. Ce label peut être attribué à toute une série de produits alimentaires, avec des critères bien précis fixés pour chacun de ces produits. Actuellement, FLO a défini des critères de commerce équitable pour un seul produit non-alimentaire, le coton, utilisé pour confectionner des produits textiles équitables. Avec le label Fairtrade, on se trouve dans un cas de figure simple : lorsque le label se trouve sur un produit, celui-ci est issu du commerce équitable, quels que soient la marque qui le commercialise ou le lieu où il est vendu.

Mais il se peut aussi qu’un produit n’ayant pas reçu de label soit issu du commerce équitable. Du côté des produits alimentaires, c’est notamment le cas des produits pour lesquels FLO n’a pas – ou pas encore – défini les critères à respecter pour obtenir le label.

Autre aspect pouvant limiter l’impact de la labellisation : pour les produits alimentaires (et le coton), le processus de labellisation implique un coût qui est loin d’être négligeable et qui a un effet dissuasif pour certains producteurs. Pour labelliser un produit obtenu selon les règles du commerce équitable, il faut en effet payer des frais d’inscription auprès de l’organe certificateur et des honoraires annuels, ce qui favorise les unités de production moyennes et grandes.

Quant au domaine de l’artisanatl’absence de label sur les produits y fait tout simplement figure de règle générale. Il n’existe en effet pas de label équitable pour le secteur de l’artisanat, en grande partie en raison des caractéristiques des produits artisanaux, pour lesquels on pourrait difficilement établir des critères internationaux satisfaisants. Pour s’y retrouver, le consommateur pourra orienter son choix par rapport à un autre critère, qui concerne principalement la filière qu’a suivie le produit. On pourra par exemple se renseigner sur l’appartenance de l’organisation productrice ou de celle qui commercialise des articles à IFAT, réseau international des organisations de commerce équitable. De la sorte, on ne se référera pas uniquement à un produit, mais à la globalité des activités des différents acteurs de la chaîne commerciale. Il s’agit de la filière intégrée, qui coexiste avec la filière de la labellisation. Evidemment, ce procédé n’est pas le plus simple pour les consommateurs. Pour l’artisanat, une solution pourrait alors consister à orienter son choix en passant par des acteurs de référence, connus pour leur activité de commerce équitable, ou à se renseigner auprès des commerçants  – avec un regard critique – sur les conditions dans lesquelles les produits ont été obtenus.

De manière générale, pour l’ensemble de la consommation de biens et services, la demande de transparence de la part des consommateurs est un facteur aux effets potentiels forts sur les acteurs économiques qui fournissent ces biens et services.

A côté du commerce équitable

En citant quelques labels et appellations récents et en en résumant le contenu, l’objectif n’est ni de les attaquer, ni de leur remettre une palme, mais de montrer que ces initiatives ne doivent pas être mises sur le même pied. Aussi, une clarification de la situation par les pouvoirs publics, qui passe notamment par lareconnaissance légale du commerce équitable, contribuerait à rendre plus facilement compréhensible le sens des labels.

UTZ Certified : ce label concerne l’un des produits les plus courants du commerce équitable : le café. UTZ Certified travaille aussi à la certification d’autres matières premières agricoles : le cacao, l’huile de palme et le thé. Bien que ce label insiste sur la forme de coopération avec les producteurs qu’il favorise, il ne s’agit pas de commerce équitable. Les critères d’UTZ Certified, qui font référence à la notion de « culture responsable », ne sont pas aussi exigeants que ceux du commerce équitable. Ainsi, le label ne prévoit pas la fixation d’un prix minimum garanti pour limiter l’imprévisibilité de l’évolution des prix. De même, le préfinancement des commandes ne fait pas partie des critères définissant ce label. Par ailleurs, la dimension politique au sens large, que ce soit au niveau de l’organisation interne des producteurs ou des relations commerciales internationales, est, au même titre que la dimension de sensibilisation et de mobilisation, absente des préoccupations à l’origine du label UTZ Certified. Autrement dit, si ce label présente des aspects positifs, notamment en ce qui concerne les conditions de travail et les soins de santé qui sont rendus accessibles aux producteurs, il ne s’agit pas de commerce équitable. La confusion que ce label « light » introduit avec le commerce équitable constitue un argument en faveur de la reconnaissance légale du commerce équitable.

Rainforest Alliance : un peu comme UTZ Certified, ce label, qui est davantage axé sur la dimension environnementale, a été critiqué pour la faiblesse des critères qui y sont attachés. Ici aussi, les principes de préfinancement des commandes ou de prix minimum garanti sont absents. Par ailleurs, le label peut figurer sur des emballages de café ne contenant que 30% de café remplissant effectivement les critères attachés au label, ce qui est insuffisant et peut induire les consommateurs en erreur. Dès lors, sans chercher à dénigrer les possibles qualités de ce label dans le domaine environnemental, on peut affirmer qu’il est important d’éviter toute confusion entre le commerce équitable et la formule proposée par Rainforest Alliance.

Le commerce durable n’est pas un label, mais un concept récemment proposé par la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB). La FEB n’est pas favorable à la reconnaissance légale du commerce équitable et on ne s’étonnera donc pas de constater des divergences fondamentales entre le commerce équitable et le commerce durable.

Selon la FEB, le commerce durable présenterait le grand avantage de combiner les différentes dimensions propres aux différents labels, et donc d’éviter qu’une vision « trop unilatérale » ne s’impose. Sans aller plus loin, l’initiative peut paraître séduisante, d’autant plus qu’elle bénéficierait du soutien des acteurs économiques importants que sont les entreprises. Mais, au-delà d’un discours qui n’est pas complètement inintéressant, le projet de la FEB est malheureusement beaucoup moins satisfaisant sur le fond. En effet, la FEB s’oppose à la mise sur pied d’un système contraignant de contrôle du respect des critères – d’ailleurs fort imprécis – du commerce durable. Donc, les entreprises elles-mêmes prendraient des engagements dans le sens du commerce durable, sans mécanisme de contrôle pour vérifier le respect de ces engagements et éventuellement sanctionner les entreprises ne remplissant pas des critères clairement définis. A l’évidence, on est en droit de douter de l’efficacité d’une telle proposition.

La concurrence du pseudo-équitable

Face à la multiplication des acteurs du commerce équitable et des labels (équitable, bio, éthique, etc.) figurant sur les produits que nous consommons quotidiennement, un risque réel de confusion par les consommateurs existe. Dans la situation actuelle, les consommateurs qui veulent soutenir le commerce équitable risquent d’en fait apporter un soutien involontaire à des initiatives moins ambitieuses. Si la possibilité d’une telle méprise est évidemment dommageable pour les consommateurs du Nord, elle l’est plus encore pour les producteurs du Sud, puisque les initiatives plus récentes avec lesquelles le commerce équitable est parfois confondu sont loin de leur offrir les mêmes garanties en ce qui concerne la rémunération ou les conditions de travail.

Pour remédier à ce risque de confusion, Oxfam-Magasins du monde soutient la reconnaissance du commerce équitable par une loi. La mise en place d’un mécanisme légal soulignant les spécificités du commerce équitable devrait permettre à tous d’identifier facilement les produits qui en sont issus. Loin d’instaurer une « chasse gardée », une reconnaissance par la loi favoriserait l’entrée de nouveaux acteurs éventuels, en posant un cadre clair et ouvert. Ce qui renforcerait les opportunités des producteurs du Sud de rentrer dans la filière et d’avoir accès aux conditions du commerce équitable.

Dans le contexte du marché intérieur et de la libre circulation des marchandises instaurés par l’Union européenne, l’idéal serait que l’enjeu de la reconnaissance légale du commerce équitable soit pris en main par les autorités européennes. Cela aurait aussi l’avantage de donner lieu à une reconnaissance à grande échelle du commerce équitable. Le Parlement européen et la Commission européenne se sont déjà exprimés favorablement sur le commerce équitable, mais il semble peu probable de parvenir rapidement à une reconnaissance européenne du commerce équitable. Entre-temps, rien n’empêche les Etats membres de reconnaître légalement le commerce équitable, selon des modalités à définir. La France l’a fait et la question est également discutée en Italie et en Belgique.

S’adapter aux consommateurs

Malgré une croissance indéniable ces dernières années, le commerce équitable reste une activité commerciale globalement mineure. En 2006, il ne représentait que 0,01% du total du commerce de gros dans l’Union européenne[highslide](3;3;;;)Source : étude de SAW-B « Commerce équitable d’artisanat. Quels outils pour développer le secteur ? ».[/highslide]. Il doit encore convaincre les consommateurs, dont beaucoup ont une image positive du commerce équitable mais ne passent pas à l’acte. Les acteurs du commerce équitable doivent donc encore réaliser un important travail d’information et de sensibilisation des consommateurs, afin de bien faire connaître les spécificités du commerce équitable, notamment au niveau de ses impacts dans le Sud, de la qualité des produits et des valeurs de solidarité qui sont à la base de cette forme de commerce. En plus de cet effort de sensibilisation et d’information, il est aussi nécessaire que les acteurs du commerce équitablecontinuent à améliorer leur offre de produits, de manière à répondre aux besoins des consommateurs. De la sorte, il pourra être possible de combler l’écart entre l’image largement positive du commerce équitable auprès du public et le niveau relativement faible des ventes.

Dans un contexte socio-économique qui est loin d’être évident pour un grand nombre de ménages, il est clair que faire la promotion du commerce équitable n’est pas une entreprise aisée. Mais, en abordant la question à partir d’un autre angle, qui intègre dans le coût total d’un produit d’autres aspects de son parcours, concernant notamment les conditions de travail des producteurs, leur rémunération et la préservation de l’environnement, on arrive à un tout autre résultat qu’en se limitant au seul prix de vente d’un produit.

Le commerce équitable comme instrument de changements

Face au développement du commerce équitable en tant qu’activité commerciale à part entière, il existe un risque de voir la dimension économique supplanter les dimensions de sensibilisation, de mobilisation et d’interpellation qui sont indissociables de la démarche qui a donné naissance au commerce équitable. Or, dans la vision d’Oxfam-Magasins du monde, le commerce équitable ne doit pas devenir une fin en soi, mais doit rester un moyen permettant de remettre en question les pratiques du commerce conventionnel.

Pour éviter que le renforcement du commerce équitable en tant qu’activité économique ne se fasse aux dépens du commerce équitable en tant que moyen de sensibilisation et d’interpellation sur les relations commerciales internationales, il est indispensable que les organisations particulièrement attachées à cet aspect du commerce équitable continuent à mener une action forte en tant que mouvements de citoyens etforces de changements sociaux et politiques. Nullement contradictoires, les activités de militance et de promotion qui accompagnent le commerce équitable sont complémentaires et peuvent être menées par les mêmes acteurs.

L’articulation avec le commerce Nord-Nord

Le commerce équitable est une activité qui établit une relation de solidarité entre acteurs du Nord et du Sud. Mais cela ne signifie pas qu’il s’oppose ou est en concurrence avec les relations commerciales impliquant des producteurs et des travailleurs du Nord. Au contraire, une complémentarité est tout à fait possible entre produits du Nord et du Sud, à partir du discours de base du commerce équitable, dont l’objectif fondamental est de remettre en cause les relations commerciales internationales conventionnelles, et non de vendre ou de faire la publicité d’une seule catégorie de produits, contre toutes les autres.

L’articulation du commerce équitable avec le commerce Nord-Nord constitue donc un enjeu dont les acteurs du commerce équitable doivent tenir compte dans leur action. Concrètement, cela peut prendre la forme decollaborations et alliances, à mettre en place ou à approfondir, avec des organisations de producteurs ou de travailleurs au Nord qui poursuivent les mêmes objectifs.

Le futur de l’artisanat équitable

Alors qu’il était au centre de la démarche originale du commerce équitable, l’artisanat des pays du Sud occupe aujourd’hui une place de moins en moins importante dans le commerce équitable. Au point que l’on peut parler d’une crise de l’artisanat équitable. Tandis que le commerce équitable de produits alimentaires a connu une croissance spectaculaire, qui a d’ailleurs attiré plusieurs grands acteurs de l’agro-alimentaire et de la distribution dans le secteur, l’artisanat équitable est confronté à de sérieuses difficultés structurelles. Parmi celles-ci, on citera les capacités de production réduites des artisans, qui ne permettent pas une présence massive sur le marché, un prix de vente comparativement plus élevé que dans le commerce traditionnel et une approche du secteur encore trop peu axée sur la commercialisation.

Conséquence : des difficultés dans le Sud, pour les producteurs qui ont du mal à vendre leurs produits, mais aussi dans le Nord, où plusieurs acteurs de l’artisanat équitable rencontrent des difficultés qui remettent leur existence même en cause.

Ces difficultés ne sont probablement pas insurmontables, mais demandent des efforts considérables pour être surmontées. Quoi qu’il en soit, face à la crise de l’artisanat équitable, il est indispensable de rappeler lesspécificités du commerce équitable, qui différencient très nettement les produits qui en sont issus des produits du commerce conventionnel.

La dimension environnementale

A travers le commerce équitable, des produits du Sud sont importés dans les pays du Nord, avec donc un long voyage à effectuer.

Pour des raisons climatiques évidentes, certains produits comme le café ou le rhum doivent de toute façon parcourir un long voyage avant d’arriver chez nous, que ce soit dans le cadre du commerce équitable ou du commerce conventionnel. En outre, quand cela est possible, le transport des produits du commerce équitable est réalisé par bateau, de manière à limiter l’impact environnemental du transport. Plus fondamentalement, le calcul du coût environnemental ne doit pas se limiter au transport. Par exemple, quand on consomme des fruits cultivés chez nous dans des serres chauffées, l’impact du transport sur l’environnement est bien entendu peu important, mais le calcul global du coût environnemental doit tenir compte de l’énergie dépensée pour obtenir ces fruits. Une étude d’Oxfam-Wereldwinkels a aussi montré que l’impact environnemental d’une bouteille de vin chilien était moindre que celui d’une bouteille de vin français transportée en camion… Il faut aussi signaler que, parmi les critères du commerce équitable, la protection de l’environnement figure en bonne place.

Mais la dimension environnementale reste un enjeu important pour le commerce équitable, dans la mesure où les défis qui y sont attachés exigent des solutions aussi poussées que possible, au Nord comme au Sud.

Une façon de répondre à cet enjeu peut se concrétiser au travers du renforcement de la filière bio dans les produits équitables. L’agriculture bio, déjà bien présente au sein du secteur du commerce équitable, offre des garanties à la fois pour la santé des consommateurs et pour celle des producteurs, en leur évitant d’être exposés à toute une série de produits nocifs.

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