Le café : marché mondial et commerce équitable

Le café est le produit du commerce équitable le plus connu et le plus répandu. En tant que matière première agricole produite par dans le Sud et dont le prix dépend très largement de facteurs dépassant les nombreux petits producteurs souvent isolés entre eux, le cas du café illustre bien la plus-value apportée par le commerce équitable, bien au-delà de l’avantage considérable que constitue le prix minimum garanti.

Un peu d’histoire

Dès le début du deuxième millénaire, le café est déjà très apprécié dans le monde arabe. Au 16ème siècle, le café se répand en Europe, et suscite l’angoisse de l’Eglise catholique : une boisson par les musulmans ne pouvait qu’être diabolique… C’est le pape Clément VII qui est à l’origine du revirement. Selon lui, « le café est une boisson bien trop bonne être laissée aux seuls païens ».

A partir du 18ème siècle, le café devient un produit colonial. Le café à Java permet aux Hollandais de faire des affaires en or. Mais les conditions de travail sont très dures dans les plantations. « La famine règne sur la riche et fertile île de Java », dénonce Multatuli [highslide](1;1;;;)Multatuli [J’ai beaucoup souffert, en latin], pseudonyme d’Eduard Douwes Dekker, a travaillé comme fonctionnaire colonial à Java [Indonésie], où il a été confronté à l’exploitation de la population locale par les colonisateurs. Dans le roman « Max Havelaar, Multatuli dénonce ce système, à travers le personnage fictif de Max Havelaar, fonctionnaire néerlandais qui paie cher son opposition aux abus du système d’exploitation coloniale.[/highslide] dans le roman « Max Havelaar », publié en 1860. La population locale est obligée de travailler dans la production de matières premières d’exportation, dont le café, ce qui nuit à la production alimentaire destinée au marché local.

Au 19ème siècle, les plantations de café se multiplient en Amérique latine et en Afrique centrale. Aujourd’hui, le café est, après le pétrole, la matière première la plus importante du commerce mondial. Mais, 150 ans après Multatuli et malgré son statut de produit phare du commerce équitable, le café reste un cas typique de relations commerciales injustes.

Un buisson entre Cancer et Capricorne

La plante de café est un buisson qui peut atteindre 6 à 10 mètres de hauteur. Mais, pour pouvoir tailler les buissons, leur hauteur est limitée à 3 mètres. Chaque buisson donne 2.000 à 3.000 fruits par an. Les fruits, qui ressemblent à des cerises aplaties, sont d’abord verts, puis deviennent successivement jaunes, rouges et noirs, après 6 à 9 mois de maturation. Chaque fruit contient deux grains et un buisson produit en moyenne un kilo de grains par an.

Le café ne pousse que dans les pays du Sud, dans la ceinture située entre les Tropiques du Cancer et du Capricorne. A l’état naturel, les buissons poussent sur des terrains boisés en pente, à l’ombre des arbres. Les conditions idéales sont une température constante d’approximativement 20°C et une atmosphère très humide.

L’expertise du paysan

Des millions de personnes travaillent dans la culture, la transformation et le commerce de café. 30% de la production mondiale de café vient de grandes plantations. De très nombreux paysans indépendants produisent les 70% restants. Leurs grains sont souvent de qualité supérieure, grâce à plusieurs générations d’expérience et d’expertise.

Les petits paysans qui peuvent travailler dans des conditions idéales produisent un café d’excellente qualité. Mais ils doivent faire face à la rude concurrence des plantations mécanisées. Et ils sont trop souvent contraints de traiter avec des acheteurs liés à des multinationales du café. Ces acheteurs paient généralement des prix trop bas, souvent inférieurs aux coûts de production.

Une montagne de café

Depuis la fin des années 1980, le marché mondial du café fait face à un grave problème structurel : l’offre est supérieure à la demande. Conséquence : le prix du café est à un niveau extrêmement bas.

Au début des années 2000, le prix du café est tombé au niveau le plus bas jamais atteint. A cette époque, les producteurs de café ont perdu 4,5 milliards de dollars par an, selon la Banque mondiale. En Amérique centrale et en Afrique, en raison de la chute des revenus d’exportation du café, les Etats ont procédé à des coupes dans les programmes de lutte contre la pauvreté. Avec, pour conséquence, de graves difficultés pour des millions de familles de planteurs de café. En 2005 et 2006, le prix du café est revenu à un niveau acceptable. Mais sans remettre en cause la tendance générale des 30 dernières années : le prix du café baisse et est instable.

La crise du café a commencé en 1989, avec la fin de l’Accord international sur le café [highslide](2;2;;;)Pour en savoir plus sur l’AIC, voir l’analyse La hausse du prix du café [mars 2005], disponible en ligne sur la page http://www.omdm.be/analyses.[/highslide] . Depuis, les pays producteurs de café ne se rencontrent plus pour négocier le volume de café qu’ils veulent et qu’ils peuvent produire. Il n’y a plus non plus de négociations sur les prix.

D’autres facteurs expliquent la surproduction et le faible niveau des prix :

  • Dans les années 1980 et 1990, la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International ont obligé les pays producteurs de café à investir dans de nouvelles plantations de café. Selon les experts de la Banque mondiale et du FMI, une telle stratégie aurait dû permettre à ces pays d’augmenter leurs revenus d’exportation et donc les aider à rembourser leurs dettes. Mais, dès le début des récoltes, le prix du café a lourdement chuté. La politique contre-productive imposée par les institutions financières internationales n’a fait qu’aggraver le problème de la surproduction.
  • Les entreprises multinationales (dont Nestlé, Philip Morris, Kraft et Sara Lee/Douwe Egberts) et les acteurs commerciaux moins importants (comme Starbucks, leader du marché états-unien) possèdent de grandes quantités de café qu’ils utilisent pour faire baisser l’offre des producteurs, ce qui maintient les prix à un niveau bas. *
  • Contrairement à ce qui était attendu, la consommation de café ne croît pas. En fait, les jeunes boivent de moins en moins de café et la consommation dans le Sud reste en-dessous des prévisions.

Les difficultés des paysans africains

Un poids négligeable sur le marché mondial

Alors que plusieurs pays africains sont très dépendants du café, le rôle de l’Afrique dans le commerce international du café reste très limité :

  • A elle seule, la Colombie produit beaucoup plus de café arabica que tous les pays africains réunis, même avec la baisse de la production de café colombien entamée il y a plusieurs années.
  • En Afrique, la production et l’exportation de café robusta chutent. A cause de la concurrence des cafés meilleur marché du Vietnam et du Brésil. Mais aussi à cause des infrastructures dépassées ou en mauvais état de nombreux pays africains.
  • Sur le marché mondial, le Burundi est un acteur insignifiant, mais qui tire 61% de ses revenus d’exportation du café. En revanche, au Brésil, qui est de loin le plus grand producteur mondial de café, le café ne représente que 2% des revenus d’exportation.

Des producteurs isolés

En Afrique, les organisations de producteurs de café ne se connaissent pas entre elles, ou presque pas. Les petits producteurs forment un groupe hétérogène et se rencontrent très peu. Le manque d’infrastructures et de moyens de communication n’est évidemment pas étranger à cette situation.

Cet état de fait a des conséquences dommageables au niveau des négociations d’un nouvel Accord international sur le café, piloté à l’heure actuelle par l’Organisation internationale du café (OIC). En effet, les paysans africains ne parviennent pas à se faire entendre par les acteurs importants.

Oxfam-Wereldwinkels et Oxfam-Magasins du monde essaient d’appuyer leurs partenaires producteurs de café en renforçant les réseaux de producteurs. De la sorte, les producteurs auront davantage de chances de se faire entendre sur le plan international. Des réseaux de producteurs renforcés doivent aussi renforcer le poids politique des producteurs, notamment dans leurs relations avec leurs propres gouvernements, qui siègent à la table des négociations de l’OIC.

Enfin, un réseau solide peut permettre de mettre le café africain sur la carte des consommateurs européens, avec un statut de produit de haute qualité.

Le commerce équitable du café

Oxfam-Wereldwinkels achète du café à des producteurs de 14 pays (voir carte ci-dessous). En travaillant ensemble, les paysans deviennent plus forts : l’efficacité de leur production grandit, ils obtiennent une production de meilleure qualité et des conditions de vente plus intéressantes.

Le commerce équitable offre aux paysans un prix minimum de 1,26$ par livre de café. Le prix n’est donc jamais inférieur à ce chiffre. Si c’était le cas, les paysans ne gagneraient rien en vendant leur production. Une prime de développement est comprise dans le prix équitable. Grâce à la prime, les organisations de producteurs financent des projets qui profitent à toute la communauté locale, comme des écoles et des infrastructures sanitaires.

Mais le commerce équitable, c’est aussi :

  • Une relation commerciale aussi directe que possible ;
  • Des méthodes qui renforcent les producteurs et leurs organisations sur les plans économique, social et politique, au travers d’un appui, de conseils, de programmes de formation, de prêts, d’un travail au niveau de la qualité, de l’emballage des produits, du marketing, de la gestion, de la comptabilité, etc.
  • Le respect des personnes et de l’environnement ;
  • Un partenariat durable.

Le commerce équitable vise à établir des règles commerciales plus justes

Un nouvel accord sur le café ?

Un nouvel Accord international sur le café, résultant d’une alliance entre les consommateurs du Nord et les producteurs du Sud, doit être à la base d’un marché stable et équilibré. Les producteurs ont un intérêt au niveau du prix, les consommateurs au niveau de la qualité. Les dissensions entre pays producteurs sur les quotas de production fixés dans le cadre de l’AIC ont à l’époque contribué à mettre un terme à l’AIC[highslide](3;3;;;)Sur la fin de l’AIC en 1989, voir l’analyse Evolution du marché mondial du café [février 2006], disponible en ligne sur la page http://www.omdm.be/analyses.[/highslide]. Or, la fixation d’un nouvel accord passe nécessairement par l’atteinte d’un consensus entre pays producteurs, ainsi qu’entre pays producteurs et consommateurs, et entre les torréfacteurs.

Des prix stables

Le marché du café souffre d’une forte instabilité des prix. Conséquence : les paysans peuvent très difficilement planifier sur le long terme. Cependant, grâce à l’établissement de meilleures alliances et à une plus grande régulation du marché, notamment en intervenant pour contrôler l’offre, on pourrait créer les conditions garantissant simultanément des prix stables et des revenus décents pour les producteurs.

Ici, on saisit aisément l’intérêt que présente le prix minimum garanti par le commerce équitable pour les producteurs et leur communauté. Comme Oxfam-Magasins du monde le pressentait en mars 2005[highslide](4;4;;)Dans l’analyse La hausse du prix du café.[/highslide] dans un contexte marqué par des prix élevés, le mouvement vers la hausse des prix devait se terminer tôt au tard, avec des conséquences d’autant plus séreuses pour les producteurs que la baisse des cours allait être accentuée par l’activité spéculative qui avait renforcé leur hausse…

Du café durable

L’Organisation internationale du café doit chercher des solutions pour diminuer l’impact de la production de café sur l’environnement. Dans ce but, les critères environnementaux du commerce équitable pourraient servir de modèle à l’ensemble de la production de café.

Pour assurer une autre facette de la durabilité de la production de café, des dispositions devraient aussi être mises en place pour permettre aux petits producteurs de réagir aux crises.

[highslide](Oxfam Fairtrade sur le marche belge du cafe;Oxfam Fairtrade sur le marche belge du cafe;;;)

Le volume total du marché est resté très stable dans les 20 dernières années. Par contre, le marché a connu une croissance au niveau de la valeur, entre autres grâce au succès des pads. La part de marché totale du café équitable labellisé par Max Havelaar est de 1,74%. Oxfam-Fairtrade représente 46% de ce total, le reste étant partagé entre les 25 autres détenteurs de la licence Max Havelaar. Avec 520 tonnes de café vendues, Oxfam-Fairtrade atteint presque 1% du marché belge (52 351 tonnes). En 1990, le Belge moyen avait bu presque 150 litres de café, soit 17% en plus qu’en 2005, année durant laquelle il n’a bu que 124,9 litres.

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[highslide](Temoignage d un partenaire;Temoignage d un partenaire;;;)

« Votre prix minimum garanti est une aubaine pour nous. Mais le commerce équitable est bien plus qu’un prix minimum garanti. Votre meilleur prix pousse les acheteurs traditionnels à payer un prix plus élevé. Et grâce à la plus-value du commerce équitable, nous pouvons acheter des parts dans l’usine. Ces parts sont importantes, car nous soupçonnons Nestlé de vouloir acheter l’usine. C’est la seule usine de café soluble d’Afrique qui n’appartient pas à Nestlé. Si Nestlé achetait notre usine, son monopole serait absolu. Plus nous achetons de parts, plus il sera difficile pour Nestlé de mettre la main sur l’usine.

Le commerce équitable est aussi le moteur du succès de notre café biologique. Vous parvenez à convaincre les paysans d’utiliser des engrais biologiques et d’entreposer les grains de café bio à part. Et vous couvrez une partie des coûts ».

John Kanjagaile, Kagera, organisation tanzanienne productrice de café.

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[highslide](Les partenaires cafe d Oxfam-Wereldwinkels et d Oxfam-Magasins du monde;Les partenaires cafe d Oxfam-Wereldwinkels et d Oxfam-Magasins du monde;500;600;)

Partenaires café

  1. Guatemala : Guaya’b
  2. Honduras : CCCH
  3. Nicaragua (3 partenaires) : Prodecoop, Cecocafen et UCPC
  4. Costa Rica : Coocafé
  5. Haïti : Recocarno
  6. Mexique (2 partenaires) : Uciri, Ismam,
  7. Cuba : Kavecafé
  8. Venezuela : Quebrada Azul
  9. Bolivie (3 partenaires) : Coraca-Irupana, Coraca-Chulumani et Coraca-Carrasco
  10. Pérou : Cepicafé
  11. Equateur: Fapecafes
  12. Tanzanie (2 partenaires) : KNCU et KCU
  13. Ethiopie : Oromia
  14. Ouganda : Gumutindo

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Un commentaire sur “Le café : marché mondial et commerce équitable

  1. Super article vraiment bien détaillé ! On voit que des progrès sont faits dans le secteur du café équitable. J’ai par exemple découvert le site altereco.com qui propose un café bio tout en préservant les conditions de vie et de travail des producteurs. C’est la preuve que des progrès peuvent être faits si chacun s’en donne les moyens.

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