fbpx

La crise vue du Sud

La crise économique, qui fait suite à la crise financière, est à la une de l’actualité depuis plusieurs mois déjà. Les mauvaises nouvelles sur la santé de l’économie internationale se succèdent et les perspectives sont bien sombres. La crise trouve ses racines dans les pays du Nord et son impact chez nous est considérable. Mais qu’en est-il dans les pays du Sud ? Dans l’économie globalisée que nous connaissons, le Sud est évidemment concerné par la crise actuelle. Dans un tel contexte, la recherche et la promotion d’alternatives concrètes et viables apparaissent d’autant plus indispensables. Or, les acteurs de commerce équitable doivent eux aussi faire face à la crise. Avec quelles conséquences ? Et avec quels atouts ? Et quelles perspectives pour l’avenir ?

En tant qu’organisation de commerce équitable entretenant des relations de partenariat avec de nombreuses organisations de producteurs du Sud, Oxfam-Magasins du monde a choisi de donner la parole à quelques uns de ses partenaires. De la sorte émerge un aperçu des impacts de la crise économique sur leur quotidien et sur leurs efforts pour promouvoir des alternatives concrètes au commerce conventionnel, souvent inéquitable.

Dans cet article, on trouvera des témoignages provenant directement du Sénégal, de l’Ile Maurice, de l’Inde et du Sri Lanka. S’il ne s’agit que de quelques cas isolés dont on ne peut généraliser le propos à grande échelle, ces témoignages illustrent néanmoins une réalité vécue aujourd’hui par des acteurs de changement du Sud.

L’impact de la crise sur les commandes

Tous les partenaires interrogés évoquent une chute d’environ 20 à 30% des commandes. Ainsi, d’après Ram de l’organisation indienne Sipa, « l’impact a été décalé dans le temps. D’abord les Etats-Unis avec une chute de 30% et maintenant les acheteurs européens diminuent également leurs commandes ». 85% des exportations de cette association d’artisans d’Inde du Sud sont orientés vers les réseaux de commerce équitable. Heureusement, le système de préfinancement à hauteur de 50% des commandes de commerce équitable permet de préfinancer les produits vendus dans les circuits commerciaux conventionnels. En cette période de crise, la complémentarité des activités équitables et conventionnelles est donc indispensable.

Sandra, qui travaille pour Selyn au Sri Lanka, dresse un constat similaire. « De nombreuses usines du secteur industriel, notamment textiles, doivent fermer des sites et licencier leurs employés ». Selyn exporte des jouets et des accessoires en tissu pour enfants. Le reste de sa production est destiné au marché intérieur. Les effets de la crise ont pu être observés à la fois sur le marché national et sur le marché international. Sandra explique que l’année 2007 ayant été l’une des meilleures en termes de quantités exportées, la chute en 2008 a été d’autant plus sensible, avec « une baisse d’environ 34% des volumes et des commandes ». La baisse des commandes augmente les coûts de production et oblige Selyn à réduire le nombre d’heures de travail de ses artisans. Cette hausse des coûts de production constitue le plus grand défi auquel est actuellement confrontée l’organisation qui voit diminuer ses bénéfices réalisés. De plus, le climat d’incertitude qui règne dans l’économie nationale et mondiale a un impact négatif sur l’état d’esprit des artisans.

La baisse du chiffre d’affaires et des commandes est également ressentie en Afrique. Face à cette situation, N’Dem est à la recherche de nouveaux partenaires pour ses exportations. Ce groupement de villageois sénégalais envisage également la création d’un point de vente autonome à Dakar pour ses articles de confection. La boutique devrait permettre de « sécuriser et pérenniser les activités artisanales et maraîchères, et servir également de vitrine pour le commerce équitable à Dakar, permettant ainsi d’appuyer le projet de développement dans sa globalité ».

En Inde, Sipa adopte une stratégie similaire et choisit de lancer de nouveaux produits. « Nous avons fait appel à des designers stagiaires pour nous aider à développer de nouveaux produits. » Grâce à cela le niveau de commande est en hausse en 2009 par rapport à celui de 2008. Innover semble donc être la solution privilégiée par la plupart des acteurs de commerce équitable interrogés.

Le commerce équitable comme remède à la crise ?

Dans l’ensemble, les organisations interrogées s’accordent pour dire que le commerce équitable bénéficie directement à leurs activités, et donc aux artisans et à leur communauté.

Gabriel, directeur de Craft Aid, sur l’Ile Maurice, apprécie la qualité des échanges entre les acteurs de commerce équitable du Nord et leurs partenaires du Sud, principalement parce que « l’intérêt des partenaires est réellement pris en considération ».

De manière générale, le commerce équitable apparaît comme un outil efficace en cette période de crise. Parmi les avantages régulièrement cités par les différents partenaires, citons les pratiques du préfinancement des commandes et du prix juste payé aux producteurs. Ces pratiques permettent de rémunérer décemment le travail des producteurs. Ram rappelle que les différences de salaires entre le secteur conventionnel et le secteur du commerce équitable sont importantes. En Inde, le salaire minimum est de 100 roupies par jour (environ 1,5€). Un artisan qui fabrique des articles en bois au sein de Sipa reçoit un salaire de 170 roupies par jour (2,5€).

Après la crise : quel modèle économique ?

La visibilité des enjeux internationaux liés à la crise économique – en matière de changement de modèle, et de refonte du capitalisme – est difficile à appréhender. Remarquons que chez nous aussi, les questions sont beaucoup plus nombreuses que les réponses.

Gabriel, directeur de Craft Aid émet un avis critique sur les mesures prises par les pays les plus forts économiquement, réunis au sein G20. Selon lui, ces mesures « ne concernent que leurs propres économies et non celles des pays du Sud ».

Pour terminer sur une note positive, donnons la parole aux villageois de N’Dem, qui restent optimistes : « Malgré les difficultés évidentes liées à la crise, nous espérons que celle-ci devienne une opportunité et favorise des réajustements et des modifications pour un monde plus juste, plus équitable, plus digne ». Un discours qui résume bien les objectifs fondamentaux des acteurs du commerce équitable.

Astrid Bouchedor et François Graas

Publié dans l’Autre Quotidien du printemps 2009

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *