Des nouilles d’Inde au goût tibétain

Tenzing Wangchul est le directeur d’Amdo, l’entreprise productrice de nouilles, à proximité de Delhi. « C’est une petite entreprise au grand cœur qui a la volonté de se développer », raconte Tenzing lors de sa visite chez Oxfam-Wereldwinkels en automne 2008.

photo : Martin Boon - FTO

« La qualité et la sécurité alimentaire sont prioritaires. Nous essayons d’impliquer davantage les ouvriers en leur donnant des actions».Tenzing est Tibétain comme la plupart des ouvriers de l’entreprise, même s’il y a des Indiens et des Népalais parmi les 16 ouvriers. « C’est une réussite sur le plan du dialogue interculturel sur le lieu de travail. Une réalisation très importante dans un pays continuellement en effervescence à cause de la violence ethnique et/ou religieuse », nous dit Wim Melis du service des producteurs d’Oxfam-Wereldwinkels.

Le directeur d’Amdo estime qu’il y a une population de 120.000 tibétains en Inde. Ils vivent dans 35 colonies réparties dans tout le pays, la plupart se trouvant dans les environs de Dharamsala dans le nord de l’Inde. Depuis 1963, le Dalai Lama, leur chef spirituel, y réside ainsi qu’un gouvernement démocratique tibétain en exil avec ses propres compétences (juridiques, législatives et un pouvoir exécutif) au sein des colonies et des compétences dans sept départements. «Les Tibétains ont le statut de réfugié. Nous ne pouvons acquérir la nationalité indienne. C’est pourquoi il est si difficile d’acheter sa propre terre et pas si évident de trouver du travail ».

De père en fils

photo : Martin Boon - FTO

Amdo Food Company a été fondée en 1994 sous un autre nom, par le père de Tenzing. Aujourd’hui celui-ci supervise toujours la production de nouilles alors que son fils Tenzing se charge de la vente et de la distribution. L’entreprise de Monsieur Tenzing a des contacts très étroits avec l’organisation néerlandaise Fair Trade Original (FTO).

« Depuis 2001 nous vendons des nouilles dans les Magasins du Monde néerlandais ainsi que dans quelques supermarchés importants », nous dit Martin Boon, consultant pour quelques partenaires asiatiques de FTO. «Avant d’y arriver, il y a eu tout un parcours, principalement dans le domaine de la sécurité alimentaire et du management. Une période très stimulante a été la commande avant Noël 2004 de 74.000 paquets de nouilles».

Dans les prochaines années, FTO participera au développement de l’entreprise. « L’espace dans lequel la pâte est pétrie et disposée sur des rouleaux est trop petit ; l’entrepôt pour la farine et le produit fini trop exigu. Une extension est indispensable pour pouvoir faire face à la demande mais il n’y a pas (encore) l’argent. Je considère notre aide comme un investissement afin que l’entreprise puisse à long terme fonctionner sans nous. Nous les aidons pour l’extension de la fabrique, le financement qui y est lié et recherchons de nouveaux clients.»

Coordination tibétaine

photo : Martin Boon - FTO

Amdo Food Company est soutenue par la Fédération des Coopératives Tibétaines en Inde (FTCI).

Les colonies tibétaines essaient de subvenir à leurs propres besoins économiques, c’est pourquoi des coopératives se sont constituées au sein des colonies. En 2005, elles ont toutes été réunies sous la structure ‘Federation of Tibetan Co-operatives India Limited’.

Une des tâches de FTCI, membre de la « World Fair Trade Organization », est la finalisation et l’exportation des produits des coopératives affiliées, tant les produits alimentaires que les produits artisanaux (sacs, tapis et bijoux mais également des articles religieux tels que les échelles de consonances). Le but est double: générer des recettes pour les producteurs et soutenir les communautés de réfugiés tibétains en Inde. Le gouvernement tibétain en exil investit d’ailleurs une partie des gains dans l’enseignement et la santé publique.

Amdo n’est pas une coopérative et n’est donc pas membre direct de FTCI. Mais FTCI s’occupe quand même de la promotion et de la logistique au niveau de l’exportation des nouilles d’Amdo et lui offre un soutien dans le domaine du marketing et du développement de produit. Les nouilles d’Amdo représentent 15% du volume total des transactions de FTCI.

Un autre froment, s.v.p.

Le blé de froment est indispensable à la fabrication de la nouille. Actuellement le point sensible du ‘projet nouilles’ est qu’il n’y pas encore de critères de commerce équitable pour le froment qui représente 80 pourcent des ingrédients. Oxfam-Wereldwinkels a accepté FTCI et Amdo en tant que partenaires sur base de critères tels que le développement social, la valeur ajoutée quant au développement potentiel, le renforcement de la capacité de résistance des producteurs et petits producteurs, la prime équitable et l’emploi local.

«Actuellement nous n’avons pas de certitudes quant à l’origine du froment qu’Amado Food Company utilise pour les nouilles », nous dit Wim Melis. «La traçabilité est uniquement garantie jusqu’au fournisseur de la farine de froment, soit Delhi Flour Mills. Ces derniers achètent le froment à la criée mais ne gardent pas les coordonnées des producteurs. Une fois par an, les autorités fixent un prix minimum couvrant les frais du froment vendu à la criée. Mais nous, nous souhaitons leur donner un prix plus intéressant. »

« Avec Fair Trade Original, nous examinons la possibilité d’intégrer au projet nouilles deux groupes de producteurs de riz basmati déjà certifiés équitables et bio», poursuit Wim. « L’un d’entre eux est déjà partenaire, il s’agit d’Agrocel. La plupart des producteurs affiliés cultivent aussi le froment en alternance, après la saison du riz (juin-septembre). Alors que le basmati occupe la première place en tant que produit exporté, le producteur garde le froment pour sa propre consommation. Ils préfèreraient néanmoins le vendre au marché local pour autant qu’un meilleur prix leur soit offert».

Wim Melis a visité un de ces groupes d’agriculteurs membre d’Agrocel. « Grâce à Agrocel, ils perçoivent un prix supérieur de 25% pour le basmati bio. Le froment est moins rentable que le basmati. Agrocel n’achète actuellement pas de froment aux agriculteurs mais serait prêt à le faire pour autant qu’un marché existe. Les agriculteurs ne voient évidemment aucun inconvénient à s’engager vis-à-vis d’Agrocel. »

« Tant que cela ne sera pas concrétisé, les producteurs d’Amdo et FTCI demeureront les seuls bénéficiaires de notre collaboration. Nous payons une prime équitable de 5% de la valeur du produit en plus lors de l’exportation (prix FOB). FTCI en supporte un quart et nous les trois quarts restants. Cela correspond à environ trois eurocent par paquet de nouilles. »

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