Elections régionales : Quand Bruxelles s’écrit en vert

Du 20 au 30 avril, à quelques semaines des élections régionales du 7 juin, le CNCD-11.11.11 a organisé avec ses organisations membres – dont Oxfam-Magasins du monde – des interpellations politiques dans 10 circonscriptions en Wallonie et à Bruxelles… A Bruxelles, le thème de l’environnement, discuté avec chaque candidat autour d’une table ronde, est celui qui a le plus suscité la discussion avec les candidats présents.

La démarche d’interpellation par les citoyens

Il est 19 heures, et cela fourmille sec au siège bruxellois du CNCD, ce lundi 20 avril. D’ici une demi-heure, les invités arrivent. A l’approche du scrutin régional, le Centre National de Coopération au Développement s’est fendu d’un mémorandum à l’adresse du monde politique. Un document technique qui débouche sur une série d’interpellations de candidats des quatre principaux partis francophones, calquées sur le mode des « petits-déjeuners Oxfam ». En soirée, cela devient un « apéro politique » jouant la carte du speed-dating : chaque candidat dispose de vingt minutes pour convaincre les citoyens présents à sa table, avant de passer à une autre table. A Bruxelles, les têtes de liste ont été conviées. « Le MR a répondu que cela n’était pas possible, regrette Perrine Detober, qui anime la soirée. Sur les plus de septante candidats présents de la liste du MR, c’est quand même fort. »

Répétition générale. Sans les candidats et en version accélérée. On passe les thèmes en revue, on s’échange des feuilles, on surligne les passages forts au fluo. Perrine intervient : il est temps de passer à table. Déception de dernière minute : la candidate du CDH n’arrivera jamais. Ne seront présents que le PS, en la personne d’Alain Hutchinson, député européen et premier suppléant sur la liste pour les régionales, et Ecolo, représenté par Sarah Turine, secrétaire régionale du parti et 7e candidate bruxelloise.

A chaque table un thème sur lequel les régions ont des compétences et donc des leviers d’action : l’environnement, le commerce extérieur et les marchés publics. Un choix cornélien pour certains participants qui voudraient intervenir partout. « Toutes les thématiques sont liées entre elles, se désole Marc. Ce n’est pas possible. Couper en morceaux, c’est la maladie du siècle. » En attendant, il ne dispose pas du don d’ubiquité et doit donc choisir d’interpeler les candidats sur une seule thématique.

A table pour l’environnement

Le candidat socialiste

Direction la table environnement. Au centre de l’attention, le candidat socialiste, Alain Hutchinson. A qui l’on demande de se positionner par rapport à l’enjeu de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une perche tendue à celui qui était chef de groupe dans la commission développement du parlement européen. « Je suis très engagé sur les questions de développement durable – il ne s’agit pas que d’environnement. Ce sujet doit être mis à l’ordre du jour de tous les débats. En prenant garde à bien envisager les conséquences de nos actes. Ce que l’Europe n’a pas toujours fait. Prenons les agrocarburants : afin de rouler plus « propre » dans nos 4×4, on démolit le Sud. Ces carburants sont produits au détriment des cultures vivrières, du travail des petits agriculteurs qui sont jetés dans la misère. Il faut attendre la prochaine génération, produite non plus à partir de végétaux mais de déchets de végétaux. »

Et dans tout cela, quels sont les leviers dont dispose la Région bruxelloise, interroge un participant intéressé par le versant plus concret de l’enjeu. Aveu du député : « Ce n’est pas évident ». Et Alain Hutchison de souligner que les compétences relatives aux relations Nord-Sud sont principalement l’apanage du fédéral et des communautés. «Mais la Région commence à s’interroger sur le développement durable ici. Ceci dit, les régions ne peuvent aller chacune de leur côté. »

Sa tirade sur les dangers de la privatisation de l’eau est interrompue par une petite voix. « D’accord sur vos principes. Mais quelles actions concrètes proposez-vous ? » Pas de quoi démonter le socialiste. « Les régions doivent se préparer activement pour la conférence de Copenhague, qui doit définir le cadre qui succédera au Protocole de Kyoto. La question de l’eau doit figurer à l’agenda, c’est crucial. Ensuite, il faut veiller à ce que tout investissement soit accompagné de dispositions permettant d’économiser l’énergie. Et je dis cela aussi en tant qu’ancien ministre du logement. Dans ce domaine-là, il faudra dépasser le stade des primes accordées comme incitants et imposer des normes énergétiques aux entrepreneurs et aux entreprises. Je viens de voir une carte aérienne des déperditions énergétiques du Pentagone : quel chemin nous avons encore à parcourir ! » C’est l’occasion pour lui de revenir sur une de ses « victoires » européennes : la permission d’utiliser les fonds structurels de l’Union européenne afin d’améliorer la performance énergétique des logements sociaux.

Seulement voilà, vingt minutes, cela passe vite. Trop, à en juger par la tête des intervenants, frustrés de n’avoir pas pu aborder d’autres sujets qui leur tenaient à cœur. Alain Hutchinson est appelé à la table consacrée à la thématique du commerce extérieur.

La candidate écologiste

C’est donc le tour de Sarah Turine de prendre place à la table « environnement ». La secrétaire régionale d’Ecolo à Bruxelles joue la carte de la modestie : elle n’est pas experte dans tous les domaines et s’excuse déjà au cas où elle devrait se replonger dans le programme électoral de son parti pour répondre aux questions posées par les participants – ce qu’elle ne fera presque pas.

Revoilà sur la table la question des objectifs de Kyoto. « J’ai été très contente en lisant votre mémorandum, plaisante la candidate. Voilà un point où Ecolo va encore plus loin que vous ! Nous pensons que la réduction des émissions doit aller jusqu’à 40% et que c’est faisable. » Dans cette pièce, quel rôle doit jouer la Région bruxelloise ? « La Région doit d’abord consommer moins d’énergie, sous peine de rater la transition énergétique qui se profile. A Bruxelles, 70% des émissions de CO2 proviennent du bâti et sont en grande partie dues à l’isolation des bâtiments, similaire à celle des pays du Sud. Nous avons beaucoup travaillé sur les primes à l’isolation destinées aux particuliers. »

Tous doivent suivre le mouvement, poursuit Sarah Turine : les ménages, les entreprises et les pouvoirs publics, chacun à son niveau. Il reste évidemment du pain sur la planche dans de nombreux domaines, dont l’isolation des logements publics et la mise en place d’instruments censés inviter les propriétaires à entreprendre des travaux qui bénéficieront aux locataires. Et d’évoquer la possibilité d’un partenariat entre les pouvoirs publics et les ménages. « Sur la base du même principe que le mécanisme du tiers investisseur, mais pour des travaux chez des particuliers financés non plus par le privé mais par l’Etat. » Selon la candidate, le changement de mentalité doit s’opérer en trois temps : d’abord une phase d’information et de sensibilisation ; puis une phase d’incitation ; et enfin l’étape de l’obligation. « Les pouvoirs publics doivent montrer la voie : tous les nouveaux bâtiments et les rénovations lourdes devront répondre à la norme passive, tandis que les rénovations se feront dans l’optique basse énergie. » Afin de promouvoir les énergies renouvelables et d’informer le public, la candidate Ecolo suggère l’instauration de « guichets énergie ».

Une fois encore, le timing serré impose ses règles. Sarah Turine ne cache pas une légère frustration. « On n’a pas pu parler de mobilité. Nous proposons d’étendre les zones 30 dans la ville et de créer des semi piétonniers dans le centre-ville, un peu dans l’esprit de ce qui a été fait dans le centre de Namur. Plus l’instauration d’un péage autour du Pentagone élargi. Plus la carte Hypermobil. »

Tout le monde se lève, les tables se mélangent, les verres se remplissent. De quoi faire durer, ne fût-ce qu’un peu, le temps du débat.

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