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Vous prendrez bien un petit apéro ?

Du 20 au 30 avril, à quelques semaines des élections régionales du 7 juin, le CNCD a organisé avec ses organisations membres – dont Oxfam-Magasins du monde – des interpellations politiques dans 10 circonscriptions en Wallonie et à Bruxelles…

Sensibles à l’image trop « techniciste » et/ou langue de bois que nous prêtons trop souvent au monde politique, l’intention des organisations membres du CNCD aura été de le revaloriser en ouvrant un espace de rencontre où le citoyen peut parler et interpeller sur des sujets qui le préoccupent. Une occasion de reprendre un peu du contrôle citoyen !

L’exercice consistait à questionner les futurs élus potentiels issus des principaux partis sur les projets politiques qu’ils porteront au niveau régional. Quatre tables où ils étaient appelés à tour de rôle à discuter de thématiques chères à notre mouvement. Quatre fois quatre « tête-à-tête » de 20 minutes avec le représentant d’un parti pour qu’il puisse librement développer son message, sans déclaration-choc ni surenchère au mieux-disant.

Nous avons ainsi eu l’occasion de mesurer directement l’importance des leviers d’action dont disposent les Régions pour agir dans les domaines de l’environnement, du commerce extérieur, des migrations, des marchés publics, de la solidarité internationale et de la souveraineté alimentaire.

Des discussions informelles dans un langage accessible. Mais avec une préparation sérieuse qui s’est faite systématiquement en équipes locales, par circonscription. Celles-ci ont en effet permis aux citoyens désireux de s’investir dans la dynamique d’amener des éléments de réflexion et de discussion riches et qui mettent littéralement les futurs élus au défi.

Les interpellations politiques organisées dans le cadre des élections régionales ont été structurées par 5 fiches techniques. Elaborées par le du CNCD et ses organisations membres, elles ont constitué une base solide pour permettre aux équipes locales d’organiser au mieux leurs échanges avec les candidats et de les centrer sur des enjeux importants à ce niveau de pouvoir.

L’enjeu environnemental : L’augmentation de la température globale de la planète aurait des effets totalement dévastateurs sur notre environnement. Nos pays, pollueurs historiques, doivent prendre leurs responsabilités et diminuer drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre.

C’est l’objectif des Accords de Kyoto qui se renégocient prochainement à Copenhague. A nos responsables régionaux d’octroyer un mandat fort aux négociateurs de la Belgique pour qu’ils plaident dans le sens d’un engagement international audacieux.

Mais faire face à cet enjeu, c’est surtout s’engager dès maintenant à promouvoir un modèle économique moins énergivore et moins polluant par des mesures concrètes en matière d’économie d’énergie, d’urbanisme et de travaux publics, de transports et de mobilité, de politique de l’emploi favorisant les entreprises et initiatives vertes,…

L’enjeu du commerce extérieur : le commerce international pourrait apporter une meilleure qualité de vie aux populations, pour autant que des règles assurent qu’il ne sert pas que les plus forts et que les dividendes soient distribués au sein de la population. Or, justement, les politiques commerciales ne suivent actuellement qu’un mot d’ordre : DEREGULER ! Cela favorise une accumulation des bénéfices par les grandes multinationales au détriment des travailleurs et des consommateurs et l’écroulement de toutes les petites productions locales qui ne peuvent soutenir une compétition devenue totalement inégale.

Pour que le commerce extérieur contribue effectivement à un développement durable et soutenable il y a donc lieu d’analyser l’impact économique, social et environnemental de chaque accord commercial belge et d’exercer un contrôle constant sur leurs applications et sur les personnes qui les négocient. A cet effet, nous disposons déjà de nombreuses conventions internationales en matière de droits humains et environnementaux.

L’enjeu des marchés publics : Bon nombre de violations des droits humains et de dégâts environnementaux sont aujourd’hui le fait direct ou indirect des entreprises, y compris belges ou basées en Belgique : financement de la guerre ou de dictatures, conditions de travail indécentes, salaires inférieurs au minimum vital, pillage des ressources naturelles, déforestation, etc.

Par le poids que représentent les dépenses publiques belges, pas moins de 12,7% du PIB belge, nos responsables politiques disposent d’un levier important pour influencer positivement les stratégies de nos entreprises en définissant des critères très stricts pour avoir accès aux marchés publics.

L’enjeu de la souveraineté alimentaire : La sécurité alimentaire ne se pose aujourd’hui qu’en termes de quantité produites. Dans un contexte de dérégulation croissante, les portes sont donc ouvertes aux géants de l’agrobusiness, peu respectueux de l’environnement et au détriment des petits producteurs locaux.

Cette logique économique est dévastatrice du point de vue environnemental et socio-économique. Défendre une politique à moyen et à long terme implique donc la défendre nos petits producteurs – de lait par exemple – qui sont les meilleurs garants d’un modèle de développement durable.

La solidarité internationale : Les communautés et régions sont compétentes au niveau international dans tous les domaines pour lesquels elles agissent sur le territoire belge. Elles peuvent donc jouer un rôle non négligeable dans la coopération internationale de notre pays dans des domaines fondamentaux comme l’éducation, l’agriculture et la promotion du travail décent.

En ce sens, nos régions et communautés peuvent témoigner de leur solidarité avec les pays du Sud de différentes manières : en augmentant les moyens alloués à la coopération internationale et en évaluant de manière efficace les programmes du Conseil Wallonie-Bruxelles de la Coopération Internationale.

Mais, cela peut aussi se traduire par des actes politiques forts. L’introduction de nouvelles clauses en matière de marchés publics en est un. Les positionnements sur des enjeux internationaux tels que celui du conflit israélo-palestinien – en renforçant la coopération avec les autorités palestiniennes et en exerçant une pression forte sur les autorités israélienne -en est un autre…

[highslide](Christian Thomassin, citoyen;Christian Thomassin, citoyen;;;)

« Je trouve ça efficace et utile. On peut les interpeller directement et on peut les avoir à vif. C’est une formule très efficace. Mais j’estime que pour pouvoir y participer de la meilleure façon, il faut bien se préparer sur le sujet, ce que je n’avais pas eu le temps de faire. C’est plus profitable. »

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[highslide](Laure Seressia, militante à Solidarite Afghanistan-Belgique;Laure Seressia, militante à Solidarite Afghanistan-Belgique;;;)

« Le paysan du nord et celui du sud sont dans un système global qui leur échappe. L’un comme l’autre ne retrouvent pas dans leur assiette le fruit de leur travail : c’est insensé ! Il est peut-être utopique d’espérer un changement de modèle, surtout que le chemin paraît long et fastidieux avec les nombreux niveaux de pouvoir. Face à ces enjeux qui sont les même dans notre région et au niveau mondial, on peut avoir l’impression qu’on est peu de choses. Mais cela ne doit pas nous décourager ni nous empêcher d’agir par exemple dans notre consommation quotidienne. Nous n’avons certes chacun qu’un petit poids et si les gens se rassemblent pour se faire entendre le petit poids grandira. Et ça fera un champ de petits pois ! »

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[highslide](Frederic Tilmans 44 ans, employe;Frederic Tilmans 44 ans, employe;;;)

« J’ai toujours été intéressé par les problématiques de mobilité, un domaine dans lequel je travaille, et qui représente un des trois secteurs qui consomment le plus d’énergie. Je suis curieux de savoir quelle politique sera mise en place à l’avenir en Wallonie pour développer les investissements dans le rail. Je pense que plus on en parle, plus on interpelle les politiques sur cette problématique, plus les choses sont susceptibles de changer. Certains sont plus au fait de la problématique que d’autres, certains formulent aussi des propositions plus concrètes que d’autres. Je ne porterai donc pas de jugement définitif sur les programmes de chaque parti. On ne peut pas s’arrêter à un débat de vingt minutes pour juger de la crédibilité des propositions qui sont faites dans une matière aussi importante. Mais je suis satisfait du déroulement de cette soirée. Elle m’a apporté un petit éclairage intéressant. »

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Le pari sur cette démarche se solde par une réussite. Les candidats aux élections présents se sont pris au jeu de la discussion en prenant position et en répondant aux interpellations des participants. Les citoyens n’y ont pas fait que de la figuration et se sont montré très critiques. Preuve à l’appui, des haussements de voix, des gestes approbateurs et des froncements de sourcils. Mais des mains qui se serrent en fin d’exercice et le sentiment que le débat est à peine lancé.

Est-ce à dire que l’on puisse se reposer sur ses lauriers ? Loin s’en faut. La démocratie est un combat permanent qu’il y a lieu de mener également hors des périodes électorales.

François GRAAS et Corentin DAYEZ

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