Face aux crises actuelles, la production bio et équitable

Article publié dans la revue Ex Aequo n°26 (mai 2009) publiée par l’Association romande des Magasins du Monde.

Pionnière de la culture biologique en Thaïlande et de l’exportation de riz équitable, Green Net et ses membres s’appuient sur leur expérience pour faire face aux difficultés actuelles: la pauvreté, la crise alimentaire et les conséquences du réchauffement climatique.

Un réseau vert, né d’une terre aride et d’échanges fertiles…

soLa population du plateau de l’Isan, au nord-est de la Thaïlande, vit principalement de riziculture. Mais les pluies sont rares, les terres peu fertiles. Ainsi, contrairement à d’autres régions du pays, le riz ne pousse qu’une fois par an. Le déboisement et l’utilisation massive de produits chimiques, prônée par le gouvernement dans les années 50, ont appauvri encore davantage la fertilité des sols. La plupart des familles sont surendettées, et la migration vers les villes n’est qu’un leurre. Afin de pallier cette situation, plusieurs ONG locales ont lancé, dès la fin des années 70, des projets de développement. Il s’agissait, surtout, de former des coopératives villageoises, d’introduire l’agriculture biologique, de promouvoir la production de riz aromatique Hom Mali (ou Jasmin), cultivé principalement à des fins commerciales, et d’effectuer son usinage dans des «moulins» appartenant aux villageois-es et non pas à de riches commerçants ou firmes d’exportation. C’est dans ce cadre que sont nés, à la fin des années 80, les premiers contacts entre Claro fair trade (anciennement OS3) et l’ONG Surin Farmers Support. Après une véritable course d’obstacles et grâce à la ténacité des deux parties, la première exportation «équitable» de riz Hom Mali et de riz jaune Lueng-On a pu se faire en 1991. Le commerce du riz était, à l’époque, monopolisé par l’Etat thaïlandais, et il n’était pas du tout facile, pour une organisation au service de petits paysans, d’obtenir l’autorisation d’exporter; il fallait également assurer la qualité du produit et de son emballage requise sous nos latitudes. En accord avec le principe de considérer le commerce comme un outil de développement, les responsables du projet n’ont pas perdu patience… Par ailleurs, c’est grâce au don d’un Magasin du monde de Suisse alémanique, que la petite unité d’emballage mise sur pied à Surin, a finalement pu être dotée d’une soudeuse!

En Europe, les premières ventes ont soulevé de vives discussions: était-il judicieux, pour ne pas dire légitime, d’importer un aliment de base aussi vital que le riz? La réponse de Green Net était claire: les riziculteurs de l’Isan consomment principalement du riz gluant, les spécialités de riz telles que le Hom Mali leur permettent, en revanche, de gagner de l’argent afin de subvenir à d’autres besoins fondamentaux.

Pas à pas, vers plus d’indépendance … au niveau de l’organisation

La fondation en 1993 de Nature Food Cooperative a permis aux partenaires thaïlandais d’assurer la gestion du projet avec davantage d’indépendance et de responsabilité, en particulier parce que le statut de coopérative leur a donné le droit d’obtenir une licence d’exportation. En même temps, un réseau de commercialisation de produits biologiques en Thaïlande, appelé Green Net, a vu le jour. Visant à plus de transparence, le projet s’est restructuré en 2000: depuis lors, les activités commerciales en Thaïlande et ailleurs sont gérées par Green Net; parallèlement, une nouvelle création, l’ONG Earth Net Foundation, assure des services tels que cours de formation, encadrement technique, création de projets communautaires… Depuis 2002, le riz de Green Net est certifié Fairtrade (Max Havelaar), ce qui lui ouvre de nouveaux marchés. Dans l’ensemble, les volumes de riz exporté sont passés de 15 tonnes en 1992 à plus de 570 tonnes en 2008!

… et dans les communautés villageoises

Parallèlement, en premier lieu grâce à Earth Net, les coopératives se sont mieux structurées; de plus, depuis la certification Fairtrade, elles participent à la gestion de la prime. Les riziculteurs et rizicultrices ont appris à fixer leur prix, à calculer les marges bénéficiaires, et à tenir leur comptabilité. Assurant en outre l’usinage et l’emballage de leur riz dans des unités qui leur appartiennent, ils et elles bénéficient encore davantage de la commercialisation directe du produit fini.

Soutenir les paysans et paysannes … en créant des perspectives d’avenir

Green Net encadre aujourd’hui une douzaine de coopératives, à savoir plus de 1000 familles qui cultivent différents produits. Tous bénéficient de prix supérieurs pour leur production (vendue en grande partie en Thaïlande), d’un encadrement professionnel, de formations continues et d’autres services organisés par Earth Net, et sont représentés dans le Fair Trade Comitee qui décide, entre autres, de l’utilisation des primes du commerce équitable.

… en alliant écologie et équité

Pour Green Net, pionnier dans l’introduction de l’agriculture biologique en Thaïlande et dans d’autres pays asiatiques, le développement durable passe par l’agriculture biologique. Ces efforts ont permis d’obtenir la certification BIO et une prime supplémentaire pour le riz certifié, dès 1998. Aujourd’hui, seul le riz certifié est exporté. De plus, Green Net a favorisé la création et la reconnaissance officielle de l’organisme de contrôle et de certification thaïlandais ATC. Parallèlement, Green Net s’est attelé, dès ses débuts, à appliquer et à divulguer les principes du commerce équitable, puisque, comme le dit Vitoon Panyakul, coordinateur de Green Net «le commerce équitable est un élément important de l’agriculture biologique, car il garantit aux producteurs des prix rémunérateurs. Il permet à l’agriculture biologique de se développer dans la durée».

… en valorisant des spécialités

La gamme de riz du commerce équitable présente principalement des spécialités telles que le Hom Mali blanc ou rouge et le riz jaune Lueng-on de Thaïlande ou encore le riz violet et le riz noir du Laos. Grâce au prix équitable, les paysan-ne-s continuent à cultiver ces variétés, en général moins productives, et contribuent ainsi au maintien de la biodiversité.

… en misant sur la diversification

Afin de diversifier les sources de revenu et d’associer d’autres paysan-ne-s, l’exportation d’autres produits certifiés est en route, comme le lait de coco produit dans le district de Bang Saphan, vendu dans les Magasins du Monde. Ban Crut Organic Group, une coopérative récemment fondée avec le soutien de Green Net, compte actuellement une dizaine de membres, dont plusieurs femmes.

… en assurant la transformation locale

Afin de permettre aux riziculteurs d’obtenir une plus-value maximale, claro fair trade a décidé, dès sa première commande, de distribuer en Suisse et dans les réseaux européens du commerce équitable non seulement du riz complet, mais aussi du riz blanc usiné sur place. Toutefois, ni Claro, ni Green Net ne possédaient à l’époque les connaissances administratives et techniques requises. Au fil des ans et grâce aux efforts des deux parties, Green Net et les organisations rizicoles associées ont réussi à professionnaliser le contrôle de qualité. Depuis 2004, la production est conforme aux normes HACCP, un système de contrôle qui permet de garantir la sécurité alimentaire.

… en conditionnant le produit sur place

Grâce à l’emballage et à la mise sous vide du riz, Green Net emploie 25 femmes de Surin pendant au moins neuf mois par année. Depuis 2008, une deuxième unité de conditionnement, construite à Yasothorn avec le soutien financier de Claro fair trade et de l’organisation du commerce équitable italienne CTM-Altromercato, permet d’occuper une dizaine de femmes.

… en défendant une agriculture biologique paysanne

Depuis plusieurs années, Earth Net organise des formations sur le terrain consacrées à l’agriculture biologique en général, et qui portent en particulier sur l’amélioration de la fertilité des sols, la valorisation d’anciennes variétés de riz, l’introduction de systèmes d’irrigation appropriés, etc. En 2008, un «programme d’adaptation» a été lancé, afin d’anticiper les effets néfastes du changement climatique en cours et de préparer les paysans et paysannes à y faire face. Il s’agit d’adapter, à travers des expériences de terrain et des recherches scientifiques, les méthodes culturales, de développer des variétés plus résistantes, et de favoriser l’agriculture biologique paysanne, tout en luttant, encore davantage que par le passé, contre l’agriculture industrielle, considérée par Green Net comme principale source de pollution et d’appauvrissement… Dans ce cadre, un centre de formation (inter-)national à Yasothorn est en train de se mettre en place.

Le riz du commerce équitable nourrit aussi ses producteurs

Quatre groupes, respectivement 840 familles de riziculteurs gagnent aujourd’hui un revenu stable, ce qui leur permet d’assurer leur subsistance malgré la crise alimentaire, et d’avoir suffisamment d’argent pour envoyer leurs enfants à l’école, par exemple. Par ailleurs, ces familles ne vivent plus seulement de la vente de riz. Elles produisent aussi, toujours selon les principes de l’agriculture biologique, de nombreuses plantes comestibles pour leur propre consommation et pour le marché local. De plus, en de nombreux endroits, les paysans ou leurs organisations disposent de banques de riz, de caisses d’épargne, de crédits, de magasins villageois et d’autres projets communautaires tels que l’achat groupé de buffles ou la pisciculture. Tous ces projets convergent pour améliorer leurs conditions de vie et sont souvent financés – du moins en partie – avec les primes du commerce équitable.

Elisabeth Piras (Photos: EZA/Manfred Wimmer)

[highslide](Temoignage : L agriculture biologique, c est toute ma vie !;Temoignage : L agriculture biologique, c est toute ma vie !;;;)

Je m’appelle Suriyawadee, j’ai 40 ans, je vis dans le village de Ban Krut, au sud de la Thaïlande, et je suis propriétaire de 4 hectares de terre. Chez nous, ce sont les femmes qui héritent de la ferme des parents, et lorsque nous nous marions, notre mari vient nous rejoindre. Je cultive en bio, et je produis presque tout ce qu’il faut pour notre propre subsistance. Je n’achète pas grand-chose au marché. J’élève aussi des vaches et des cochons. Je fais partie du Ban Krut Organic Group, qui produit des noix de coco BIO. Elles sont ensuite transformées en lait de coco que Green Net exporte vers vos réseaux du commerce équitable. Mais même si vous n’en vouliez pas, je continuerais à pratiquer l’agriculture biologique, car c’est toute ma vie. Beaucoup de rencontres entre paysans et paysannes se font dans ma ferme; nous bénéficions des formations organisées par Earth Net, apprenons à mieux gérer nos ressources, et améliorons, ensemble, nos pratiques agricoles afin de donner à la terre ce que nous lui prenons, et de préserver ainsi l’équilibre nécessaire à la vie.

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