Oxfam-International, c’est quoi ?

Actives dans plus d’une centaine de pays, de nombreuses personnes s’appliquent à construire un monde plus juste, sans pauvreté. Des projets et actions qui ne sont pas nécessairement liés entre eux et qui se déclinent souvent selon des modes radicalement différents, mais qui s’inscrivent tous dans une même vision commune du développement. Aujourd’hui, c’est Oxfam International qui se porte garante du maintien et de la cohérence de cette vision. Oxfam International reste pourtant une structure méconnue du grand public [highslide](1;1;;;)www.oxfam.org/[/highslide] …

À l’origine

Oxfam International est aujourd’hui une confédération qui regroupe officiellement 13 membres affiliés [highslide](2;2;;;)13 membres affiliés à Oxfam International : Oxfam America, Oxfam Australia, Oxfam-in-Belgium, Oxfam Canada, Oxfam France-Agir ici, Oxfam Germany, Oxfam GB, Oxfam Hong Kong, Intermón Oxfam, Oxfam Ireland, Oxfam New Zealand, Oxfam Novib, Oxfam Québec[/highslide] et compte encore 3 membres observateurs [highslide](3;3;;;)Les organisations Sud, en passe de devenir des membres Oxfam International à part entière (Japon, Inde, Mexique)[/highslide] , associés à sa dynamique de réflexion. Cette jeune structure n’apparaît qu’en 1995 de la volonté des Oxfam(s) de travailler de manière plus intégrée et plus cohérentes.Les Oxfam(s) sont toutefois unis entre eux par une histoire, un nom et une manière d’appréhender le monde dans lequel nous vivons qui sont bien plus anciens.

« Oxford Committee for Relief Famine », c’est le nom de la première organisation fondée en Grande-Bretagne en 1942 [highslide](4;4;;;)Pour en savoir plus sur l’histoire d’Oxfam, lire 1964-2004, Quarante ans pour un autre monde, disponible sur le site d’Oxfam Solidarité [http://www.oxfamsol.be] sous la rubrique « Oxfam ? »[/highslide] . Elle nait de la mouvance des comités anticonformistes qui s’insurgèrent contre un blocus naval décrété par les alliés contre les nazis parce qu’il condamnait la population civile à la famine. Ils parvinrent à faire lever l’embargo et à lui faire parvenir des vivres. De ces comités qui s’efforcèrent de rester solidaire avec le reste de l’Europe pendant et après la guerre, seul celui d’Oxford survivra et élargira son action à “l’aide aux souffrances à cause de guerres ou d’autres problèmes partout dans le monde” et se fait connaître de plus en plus par l’abréviation de son adresse télégramme OXFAM.

Si le nom de ce comité ne devient officiel qu’en 1965, sa réputation le devance largement. En effet, bon nombre d’objecteurs de consciences révoltés par la pauvreté et la faim dans monde sont inspirés par son action et sa philosophie. Très vite, en effet, Oxfam se distingue des visions conventionnelles du développement et de la pauvreté en dénonçant les situations d’exploitation et d’injustice dont souffrent les pays du Sud. Des rencontres de ces différents acteurs naissent de nouvelles initiatives similaires en dehors de l’Angleterre, certaines reprenant directement le nom d’Oxfam. En Belgique, c’est d’une de ces rencontres qu’est né le 17 septembre 1964 l’antenne Oxfam-Belgique. Et, naissent ainsi progressivement des Oxfam(s)dansdifférents pays…

Par le succès de leurs actions respectives, les différents Oxfam(s) sont progressivement parvenus à faire connaitre leur approche et à la faire respecter internationalement. Pour chacun des Oxfam(s), cette reconnaissance facilite, à bien des égards, la réalisation des projets qu’ils souhaitent entreprendre. Cet atout a récemment fini par convaincre d’autres initiatives historiquement ancrées dans des démarches similaires de faire la demande d’adhésion à Oxfam International. Intermón (Espagne), Novib (Pays-bas), Agir Ici (France) sont autant d’acteurs avec une histoire propre qui n’étaient pas officiellement sous la bannière d’Oxfam, mais qui ont opté pour une intégration au sein d’Oxfam International il y a quelques années.

Aujourd’hui, de nouvelles organisations manifestent clairement le souhait de devenir membre d’Oxfam International à part entière. C’est ainsi le cas d’Oxfam Japan, mais aussi d’Oxfam India, et de Rostros y Voces (bientôt Oxfam-Mexico), 2 organisations travaillant directement dans « le Sud ». Une évolution parfaitement cohérente dans la logique Oxfam qui affirme qu’un monde plus juste ne peut ni se concevoir, ni se faire sans l’implication directe des populations du Sud.

Oxfam – une question de justice

En 1995, au lancement de la dynamique d’Oxfam International, ses différentes membres ont souhaité revenir sur les valeurs qui les unissent et s’octroyer un temps de réflexion pour réaffirmer de ce qui faisait leur identité commune.

Fruit de ce travail, trois demi-cercles identiques, donnant le O et le X d’Oxfam, qui dessinent sommairement les contours de la silhouette d’un être humain… familièrement appelé « Keny ». Il sert de référent visuel à toutes les organisations Oxfam et traduit instantanément l’adhésion à un message.

Reprendre pour soi ce référent visuel, c’est affirmer que la pauvreté est essentiellement le fruit de pratiques et de politiques injustes et en attribuer la responsabilité aux acteurs qui pèsent sur la configuration du monde dans lequel nous vivons : nos gouvernements, les entreprises multinationales et les institutions internationales génèrent les situations difficiles vécues au Sud.

Agir au nom d’Oxfam, c’est combattre ces injustices produites et générées par ces acteurs. Un combat qui se mène avec des partenaires du Nord et du Sud et qui s’articule depuis l’an 2000 autour de 5 droits humains prioritaires.

  • Droit à suffire à ses besoins de manière autonome et durable
  • Droit à des services de base
  • Droit à la vie et la sécurité
  • Droit à être entendu (citoyenneté sociale et politique)
  • Droit à une identité (genre et diversité)

Ce combat engage les différents acteurs Oxfam sur 4 grands modes d’actions :

  1. Des programmes de développement : appuyer les propres démarches de partenaires pour lutter contre les injustices et se donner les moyens de répondre aux besoins des populations les plus défavorisées.
  2. De l’aide humanitaire et programme pour répondre à des crises urgentes dans des contextes de conflits armés et de catastrophes naturelles
  3. Du plaidoyer et campagnes pour faire avancer des revendications politiques et économiques pour des règles mondiales justes et prenant réellement en compte les intérêts des populations défavorisées.
  4. Des recherches et rapports spécialisés d’experts sur des questions techniques qui permettent l’adoption de ces règles mondiales plus justes.

Oxfam International

En s’organisant en confédération, les différents membres d’Oxfam International n’ont pas fondamentalement bouleversé leurs propres structures et modes de fonctionnement, mais ils ont formalisé les liens qui existaient déjà entre eux et se sont constitué un cadre pour réfléchir ensemble sur les actions qu’ils peuvent mener en commun. Dans cette configuration, la structure d’Oxfam International vient essentiellement en appui des décisions qui prennent les différents membres qui la composent.

Avant tout chose, la démarche est stratégique ! Participer à Oxfam International, c’est prendre part à un processus d’analyses et de discussions autour des grands enjeux mondiaux et à la définition d’objectifs communs à réaliser ensemble. Cette dynamique débouche sur l’adoption d’un plan stratégique international [highslide](5;5;;;)Oxfam International est aujourd’hui engagé dans son troisième plan stratégique « Exiger la Justice » qui l’a engagé pour la période 2007-2012. Cfr. : Site officiel http://www.oxfam.org/[/highslide] auquel se réfèrent les différents membres lorsqu’ils envisagent leurs propres actions. Ce que chacun entreprend donc aujourd’hui s’inscrit dans une démarche internationale logique et cohérente. Actuellement, les objectifs d’Oxfam International s’articulent actuellement autour de 4 grands thèmes transversaux que sont les droits économiques et sociaux, la nécessité de répondre aux besoins essentiels des populations au Sud, le respect du droit des populations en temps de crise et les problématiques liées à la question du genre.

L’articulation des actions de ses différents membres autour d’un seul plan stratégique donne à Oxfam International une forte visibilité au niveau international. Cumulée à la notoriété de son nom, cette entente autour de lignes d’action claires confère à la structure d’Oxfam International un poids et une force d’interpellation qui n’est pas à la portée de beaucoup d’autres acteurs de la société civile…

Cette force, Oxfam International peut habilement la canaliser et l’utiliser dans de vastes campagnes internationales d’interpellations politiques pour amener nos gouvernements et les institutions internationales à se saisir d’enjeux importants aux yeux de l’organisation et mettre à leur agenda la nécessité d’adopter des mesures audacieuses et significatives de changement réel et positif pour tous.

[highslide](Control Arms;Control Arms;;;)

En octobre 2003, la campagne Control Arms nait d’une initiative d’Amnesty International, de l’International Action Network on Small Arms et d’Oxfam International. Partant du constat que des milliers de personnes sont tuées, blessées, violées ou chassées de chez elles à cause de la non-réglementation du commerce des armes, elle exige que soit adopté un traité sur le commerce des armes, un instrument international juridiquement contraignant qui permette d’alléger les souffrances causées par les transferts irresponsables d’armes classiques et de munitions. Sont alors produits différents rapports qui permettent d’obtenir le soutien de personnalités mondiales importantes comme celui des 20 lauréats du prix Nobel de la paix et de plus d’1 millions de personnes à travers le monde.

Une campagne mondiale – fruit de la collaboration entre les différents Oxfam(s) – qui amène 153 pays à se prononcer aux Nations unies en décembre 2006 pour le lancement de travaux en vue d’un traité mondial sur le commerce des armes. Des propositions de régulations faites par certains pays s’inspirent directement des rapports de campagnes. Depuis 2008, les travaux d’élaboration du traité ont commencé et est constitué un Groupe d’experts gouvernementaux (GEG) qui organise une série de réunions pour débattre de l’initiative dans le cadre de l’ONU.

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Attentifs à l’agenda des institutions internationales, les membres d’Oxfam International décident aujourd’hui d’en tirer parti pour porter les revendications que contient son plan stratégique. Ainsi, les campagnes sur le commerce international, le changement climatique, l’agriculture et les biocarburants sont autant de déclinaisons concrète d’une même thématique [highslide](6;6;;;)Il en est de même pour la thématique des besoins essentiels et des droits en temps de crise.[/highslide]  – droits économiques et sociaux – en fonction de l’actualité internationale.

Le savoir et savoir-faire pour une force de frappe internationale

Oxfam International, c’est également un formidable réseau de chercheurs et d’experts qui cherchent tous à comprendre les causes des injustices qu’ils observent et qui veulent se donner les moyens de les combattre efficacement. Les différents membres d’Oxfam International accumulent de cette manière un ensemble de connaissances, parfois très pointues et techniques, sur la réalité internationale qui constitue un formidable capital sur lequel ils peuvent se baser pour exiger que les choses changent.

En s’efforçant de traduire et faire connaitre leurs différentes publications et expertises, les membres d’Oxfam International permettent ainsi à la confédération d’évoluer de manière constructive et cohérente sur de nombreux enjeux internationaux. Une démarche qui se poursuit également par la constitution des groupes de travail qui réunissent les personnes qui sont concernées par les mêmes problématiques et qui ont tout intérêt à échanger les informations qu’ils ont pour mener à bien leur travail – groupes de suivi des évolutions socioéconomiques et politiques de différents pays, de thématiques spécifiques, de marchés de matières premières,…

Au sein d’Oxfam International, l’expertise produite ensemble permet également d’aboutir à des conclusions communes et de dégager un positionnement international partagé par ses différents membres sur des questions parfois très techniques. Face aux principales organisations internationales, Oxfam International développe donc un ensemble de revendications spécifiques à soutenir. Pour cela, l’organisation s’est donné les moyens en établissant 6 bureaux de plaidoyer [highslide](7;7;;;)Washington (Banque Mondiale/Fonds Monétaire International) ; New York (ONU) ; Bruxelles (Union Européenne) ; Genève (OMC) ; Rome (G8) ; Brésil (Coordination générale)[/highslide] où des travailleurs d’Oxfam, nourris des travaux des différents Oxfam(s), vont à la rencontre des décideurs politiques pour porter le message unique d’Oxfam.

[highslide](Pour une chaine durable du cacao;Pour une chaine durable du cacao;;;)

Pour une chaîne durable du cacao : rapports de forces et potentiels dans le secteur du cacao et du chocolat est un rapport publié par Oxfam-Wereldwinkels qui explique comment fonctionne aujourd’hui le marché international du cacao et le commerce du chocolat. Ce rapport a été traduit en anglais et sert maintenant de cadre de référence pour tous les Oxfam(s) qui veulent comprendre et se saisir des enjeux internationaux liés à ce secteur. Oxfam-Wereldwinkels continue à surveiller ces marchés et assume de facto un leadership utile pour tout Oxfam International sur cette question.

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La place du commerce équitable

Parler de Commerce Equitable, c’est implicitement évoquer l’idée d’un commerce non-équitable, non établit sur des bases justes et équilibrées entre producteurs et consommateurs. C’est reconnaitre au commerce la vertu de pouvoir faire vivre les gens tout en tirant le constat que cela n’est pas toujours le cas. Pour qu’il bénéficie à tous, il est donc nécessaire d’y mettre certaines conditions.

La campagne Pour un commerce équitable montre qu’Oxfam International saisit pleinement la question de la pauvreté sous cet angle d’analyse. En effet, en 2002 Oxfam International dénonce le fait que les règles du commerce international favorisent outrageusement la prospérité des nations industrialisées alors qu’elles propulsent dans la pauvreté une part grandissante – des millions – de personnes du monde entier. Les inégalités économiques entre pauvres et riches ne font qu’augmenter parce que les règles du commerce international sont totalement INEQUITABLES. Pour l’organisation, il est temps d’instaurer les bases d’un commerce international qui bénéficient à l’ensemble de la population mondiale et qui leur garantissent les moyens de subvenir par eux-mêmes les moyens de vivre dignement. Un message qui s’adresse particulièrement aux organisations internationales néolibérales qui pèsent sur ces règles : Organisation Mondiale du Commerce, FMI et Banque Mondiale,…

En tant qu’alternative économique concrète pour des producteurs du Sud (Fairtrade), le Commerce Equitable a longtemps été perçu au sein d’Oxfam International que comme un moyen [highslide](8;8;;;)Novib, America, Australie, New Zealand, Irlande, UK[/highslide] parmi d’autres pour soutenir financièrement les différents projets de développement et/ou de campagnes de ses membres. Or, toute une série de ses membres se sont également inscrit dans une démarche entièrement commerciale où la vente de produits provenant du Sud est une finalité [highslide](9;9;;;)Intermón, Quebec, Oxfam-Wereldwinkels + plus timidement: Irlande, UK[/highslide] en soi et offre une alternative concrète à toute une série de personnes qui veulent consommer autrement. Loin des grands discours et des processus long des instances de décisions internationales, elles veulent montrer qu’il est possible de passer des paroles aux actes. La consommation responsable devient un geste politique qui rappelle tous les jours qu’il est possible d’envisager le monde autrement.

Ces dernières années, le Commerce Equitable fait l’objet d’initiatives de plus en plus nombreuses et variées qui en font une démarche de plus en plus crédible et respectées [highslide](10;10;;;)Pour aller plus loin : « Les défis du commerce équitable », février 2009[/highslide] , mais qui reste au cœur de multiples enjeux – nivellement des critères par le bas, confusion au niveau du grand public, vente en supermarchés… A un niveau international, ces enjeux deviennent très importants – norme européenne, standardisation internationale (ISO), labellisation, place des acteurs du Sud dans le processus de décision dans le CE,… Pour les différents acteurs Oxfam(s) du Commerce Equitable, Oxfam International doit impérativement se saisir de ces questions et s’imposer comme interlocuteur privilégié afin de pouvoir défendre efficacement une vision commune et ambitieuse du Commerce Equitable. C’est avec cet objectif que c’est constitué il y a 5 ans, le « Fairtrade Project Group ».

Grâce au travail du Fairtrade Project Group, Oxfam International est maintenant reconnu par les autres protagonistes internationaux du Commerce Equitable – WFTO (IFAT) et FLO – qui l’ont, par exemple, impliqué dans le travail d’élaboration du « Charter of Fairtrade Principle », un texte international commun qui définit clairement quels sont les principes communs à toute démarche de Commerce Equitable et qui sert de base aux discussions internationales sur le CE. Le Fairtrade Project Group est également en contact régulier avec l’European Fair Trade Association (EFTA), un autre acteur fondamental dans le paysage international du Commerce Equitable.

Corentin DAYEZ
Service politique

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2 commentaires sur “Oxfam-International, c’est quoi ?

  1. C’est pour la toute première fois que je lis l’explication de OXFAM et je trouve qu”elle a des objectifs pareils à la croix rouge où je suis membre. Vraiment c’est bon d’avoir des objectifs d’un monde équitable auxquels j’aspire.

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