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Le bénévolat : vers une gestion des ressources humaines bénévoles

« Le volontariat est une source de force communautaire, de résistance, de solidarité et de cohésion sociale (…), l’un des atouts les plus importants de la société », Ban Ki-Moon [highslide](1;1;200px;200px;)Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, à l’occasion de la Journée internationale des volontaires qui a été célébrée le 5 décembre[/highslide]

Oxfam-Magasins du monde est un mouvement composé de plus de 4500 bénévoles, équipes locales et JM-Oxfam réunis. La thématique du bénévolat (ce qu’il représente, ce qu’il nécessite comme besoins, ce qu’il produit comme résultat) est donc logiquement au centre de nos préoccupations. Et ce, d’autant plus que l’accueil, le recrutement et la formation des bénévoles sont des sujets de plus en plus souvent abordés dans les équipes locales.

Dans cette analyse, nous allons tenter de comprendre l’évolution du bénévolat, ses ressorts et les enjeux que cette mutation entraîne pour les associations. Cela nous permettra de dégager des pistes d’évolution pour l’accompagnement des bénévoles. Pour ce faire, nous allons brièvement décrire la notion de bénévolat et le profil des personnes s’engageant comme bénévole. Ensuite, nous désirons revenir sur quelques enjeux liés à l’évolution du bénévolat et à ses logiques, qui pourront apporter un éclairage sur les motivations des bénévoles et ce qui les animent. Enfin, avant de conclure, nous nous pencherons sur la nécessaire clarification des besoins des organisations en termes de bénévolat.

Que signifie être bénévole ?

Le bénévolat est un phénomène de société important, mêlant de multiples activités. Plusieurs dimensions interviennent dans l’idée de bénévolat : militance, charité, citoyenneté, solidarité, participation, etc. En Belgique, le terme bénévolat et volontariat sont utilisés indifféremment et ont la même signification. “On appelle volontariat l’engagement libre et gratuit de personnes qui agissent, pour d’autres ou pour l’intérêt collectif, dans le cadre d’une structure qui déborde de la simple entraide familiale ou amicale” (Plate-forme francophone du Volontariat).Chez Oxfam-Magasins du monde, on parle de bénévoles.

Pour clarifier le statut de bénévole, un cadre légal a été élaboré en 2005 sous la forme de la « loi relative aux droits des volontaires »[highslide](2;2;200;200)Loi du 3 juillet 2005 entrée en vigueur le 6 février 2006.[/highslide]. Selon celle-ci, le bénévole est une personne physique qui exerce une activité (il y a une notion de production plus que de consommation d’un loisir). Cette personne le fait sans rétribution, cependant le bénévole peut être indemnisé des frais qu’il expose dans le cadre de son activité. Cette personne le fait sans obligation, néanmoins le bénévole qui accepte les tâches liées à son activité doit les remplir correctement et celui qui décide de quitter sa mission doit le faire sans commettre de faute ou de dommage pour l’organisation. Cette activité est exercée au profit d’une ou de plusieurs personnes autres que celle qui exerce l’activité, d’un groupe ou d’une organisation ou encore de la collectivité dans son ensemble. Cette activité ne peut pas être exercée par la même personne et pour la même organisation dans le cadre d’un contrat de travail, d’un contrat de services ou d’une désignation statutaire. De plus, le bénévolat est organisé par une structure autre que le cadre familial ou privé de celui qui exerce l’activité et est organisé dans un but non lucratif.

Le bénévolat en Belgique

Quelques données issues d’une enquête auprès de bénévoles et de non-bénévoles en Belgique[highslide](3;3;200;200)Nos données concernant le bénévolat en Belgique proviennent principalement de l’étude « La mesure du volontariat en Belgique » et de l’enquête nationale « Les Belges et le bénévolat » menée par XGM en 2007 auprès de 6782 personnes.[/highslide] pourront nous aider à mieux cerner le profil actuel des différentes types de volontaires.

Le nombre de bénévoles

Entre 1 million et 1.4 million de personnes feraient du bénévolat en Belgique. Obtenir des chiffres plus précis semble impossible, premièrement parce que la définition du bénévolat est large ; deuxièmement parce que les gens n’ont pas toujours conscience que l’activité qu’ils exercent s’apparente à du bénévolat, et donc ne se déclarent pas comme étant bénévole dans les enquêtes. Cela signifie quand même qu’entre 10 et 14% de la population s’implique dans du bénévolat.

Le profil des bénévoles

Il n’y a pas plus de bénévole-type qu’il n’existe de bénévolat-type. Néanmoins :

  • Il y a un plus grand engagement de bénévoles parmi la tranche d’âge 15-25 ans (actifs surtout dans les mouvements de jeunesse) et parmi la tranche d’âge supérieure à 45 ans.
  • Les hommes sont surreprésentés dans des associations sportives et dans des fonctions de gestion, tandis que les femmes sont plus représentées dans des activités informelles ou dans les domaines de santé et de proximité.
  • Les personnes ayant le plus tendance à faire du bénévolat sont les croyants pratiquants, les parents ayant plus de 3 enfants, les « non-actifs », les personnes dont un proche fait déjà du bénévolat et les personnes qui ont fait des études universitaires.
  • 85% des bénévoles œuvrent au sein d’une organisation.
  • 69% des bénévoles exercent leurs activités depuis plus de 3 ans.
  • Les bénévoles sont en général actifs dans de grandes associations (+ de 20 personnes)

Incitants au bénévolat

Les principales motivations à faire du bénévolat sont le besoin et l’envie d’entretenir et de nouer des contacts avec les gens, le sentiment d’être utile et le plaisir de faire plaisir. Rendre service, défendre une cause, œuvrer pour la solidarité sont également des sources importantes de motivation. Dans une moindre mesure viennent les facteurs individuels comme l’épanouissement personnel, l’acquisition de nouvelles compétences et la réalisation d’activités n’ayant pu être accomplies durant la carrière professionnelle.

Les non-bénévoles pensent souvent que les motivations des bénévoles relèvent aussi de l’occupationnel, de la bonne conscience ou du fait d’avoir un proche malade ou handicapé. Ces facteurs ne s’avèrent pas les plus déterminants.

Freins au bénévolat

C’est avant tout le temps qui est mis en avant par les non-bénévoles comme facteur les empêchant de se lancer dans le bénévolat, et non, comme le pensent souvent les bénévoles, une marque d’égoïsme, un manque d’engagement ou d’information.

Image du bénévolat

Le bénévolat a une image positive. Il est perçu comme un engagement, une implication dans la société, une activité de solidarité. Dans une moindre mesure, il est aussi perçu négativement par certains non-bénévoles. Trop amateur et peu transparent, il relèverait de l’exploitation.

L’évolution du bénévolat

Aujourd’hui, y compris au sein de notre association, des voix s’élèvent pour déplorer la « crise du bénévolat » : moins d’hommes et de femmes seraient prêts à engager une partie de leur temps dans l’exercice d’une activité bénévole. Selon d’autres sources, ce constat est erroné et les enquêtes montrent qu’il y a toujours autant, voire plus, de candidats bénévoles qu’auparavant. Alors, comment se fait-il qu’il soit de plus en plus difficile d’attirer de nouveaux bénévoles dans notre organisation ?

De nombreuses évolutions sociétales doivent être prises en compte dans le recrutement et la gestion des bénévoles :

La disponibilité des gens a fortement évolué et est allée en diminuant pour différentes catégories de population. Ainsi, l’augmentation du travail des femmes peut empêcher celles-ci de s’impliquer dans du bénévolat. Certains nouveaux modèles familiaux augmentent également le temps de travail dans la sphère domestique, par exemple pour les familles monoparentales ou recomposées. Par ailleurs, la tranche des 50-65 ans se trouve plus sollicitée qu’auparavant : entre les grands enfants toujours à domicile, les petits-enfants à garder l’un ou l’autre jour de la semaine et les parents très âgés dont il faut s’occuper…, il ne reste plus beaucoup de temps à consacrer à d’autres tâches ! D’autres évolutions méritent d’être prises en compte comme le taux d’emploi des plus de 50 ans et l’allongement de la durée de la vie.

La diversité culturelle est de plus en plus importante dans notre société, ce que les associations ont des difficultés à intégrer en termes de ressources bénévoles potentielles et de communication différenciée.

La logique des « piliers », en vigueur pendant de nombreuses années, qui voulait que chacun appartienne à l’une des grandes familles – chrétienne, socialiste, libérale – et s’investisse dans celle-ci n’a plus court aujourd’hui. Cela a pour effet de diminuer l’esprit de fidélité non seulement à un pilier, mais également à une cause, quelle qu’elle soit.

Enfin, l’individualisme, pris au sens positif de recherche de développement personnel, a fortement augmenté : les attentes de retour et d’enrichissement individuel à travers l’engagement sont clairement exprimées et assumées.

Toutes ces raisons participent au fait que, d’un engagement monolithique, idéologique et durable, nous sommes passés à un engagement diversifié et plus ponctuel, auquel les associations doivent s’adapter.

Les logiques du bénévolat

Anne-Marie Dieu s’inspire de la sociologie[highslide](4;4;200;200)Plus particulièrement de la « théorie des mondes », décrite dans l’ouvrage de L. Boltanski et L. Thévenot, « De la justification : les économies de la grandeur», Gallimard, 1991.[/highslide] pour définir les différentes logiques[highslide](5;5;200;200)DIEU A-M., « Valeurs et associations. Entre citoyenneté et continuité », L’Harmattan – Logiques sociales, Paris, 1999.[/highslide] qui sous-tendent le bénévolat. Chacun ayant sa manière de concevoir son bénévolat, se pencher sur ces logiques permet donc d’éclairer les motivations variées des bénévoles ainsi que de gérer de manière optimale le recrutement, l’accueil et l’accompagnement des bénévoles. Différentes logiques peuvent se combiner, s’équilibrer, entrer en conflit ou encore rivaliser chez chacun d’entre nous, dans les différentes circonstances de la vie.

La logique civique guide des comportements visant à renoncer à ses intérêts personnels pour agir collectivement. Dans cette logique, les rapports entre les personnes sont réglés par les valeurs que le groupe a décidé de défendre et non par les personnalités de chacun. Le fonctionnement de ces groupes est régi par des procédures démocratiques, des lois, des règles établies en commun.

La logique domestique met en avant les comportements visant à intégrer chacun dans un groupe qui fonctionne comme une famille. L’objectif est de donner une place, d’être tolérant, bienveillant, charitable envers les autres tout en se montrant ferme quand un membre s’éloigne des prescrits de la « famille ». L’essentiel est de maintenir des relations harmonieuses en évitant, voire en niant, le conflit. Tout ce qui relève du formel est mal perçu (règles, évaluation,…), car cela supposerait que les membres ne parviennent pas à s’entendre « naturellement ».

La logique industrielle met en place des comportements ayant pour objectif une plus grande efficacité, la lutte contre la non qualification et la démotivation. La réponse aux besoins des clients/usagers est primordiale et suppose la mise au point de méthodes de travail, de règles de fonctionnement,… permettant à chacun de savoir précisément ce qu’il doit faire et comment.

La logique inspirée veut permettre à chacun de s’épanouir, d’exprimer leur « moi ». C’est le monde de la créativité, de l’ouverture à l’imagination, au non conventionnel. Ce qui est fonctionnel ou planifié est délaissé au profit de l’improvisation et de la liberté d’expression.

A cette typologie pourrait s’ajouter la logique de l’opinion, que l’on retrouve dans la littérature sociologique, selon laquelle le regard et la reconnaissance de l’autre sont importants. Dans cette logique, les comportements visent à affirmer une identité reconnaissable, connue et reconnue du plus grand nombre.

Toutes ces logiques se retrouvent dans les équipes composées de bénévoles. La compréhension de ces mécanismes est intéressante pour les associations, mais également pour les équipes de bénévoles, pour la construction d’un plan de gestion des ressources humaines bénévoles, pour la réalisation des activités de manière générale ou pour le règlement des conflits.

Les besoins des organisations

Le bénévolat a évolué et évolue en même temps que la société. Les différentes logiques du bénévolat se croisent, se juxtaposent, se confrontent et les facteurs de motivations des bénévoles sont variés et multiples. Dans ce contexte, les organisations doivent investir du temps à la compréhension de tous ces mécanismes, mais aussi à la (re)définition de leurs propres besoins, car si les changements dans notre société contribuent à faire évoluer le bénévolat, ils amènent également les organisations à se transformer.

La première étape de ce processus doit être la nécessité d’envisager le bénévolat différemment. Ainsi, comme l’a souligné le vice-président de France Bénévolat Bernard Gousset, il ne servirait à rien pour une organisation « d’édifier et proposer une convention du bénévole, voire de créer une charte du bénévolat si, avant tout, n’étaient pas mieux définies les règles morales qui doivent lier le bénévole à son association et, si possible, le fidéliser à celle-ci ».[highslide](6;6;200;200)In « La gestion des ressources humaines bénévoles, une responsabilité essentielle des associations », Travaux de la « Commission Inter Associative » de France Bénévolat, p. 3, www.francebenevolat.org[/highslide] Toute activité bénévole se fonde d’abord sur la rencontre entre un candidat bénévole, porteur d’une histoire, d’expériences, de compétences, d’intentions et de valeurs, et une association, porteuse d’un projet associatif, d’une expérience d’actions et de propositions pour l’investissement volontaire. La clarification des besoins de l’organisation en termes de bénévolat est donc primordiale.

De tout ceci, nous pouvons conclure que « l’engagement bénévole s’apparente à une entente négociée et mutuellement profitable et non plus à un sacrifice de temps à sens unique ». Selon Guillaume Houzel, c’est le « passage d’une logique de militance à une logique plus contractuelle »[highslide](7;7;200;200)In « Enquête sur la gestion des ressources humaines bénévoles. Ses enjeux, ses bonnes pratiques », sous la direction de Dominique Thierry, France Bénévolat, janvier 2005, p. 9, www.francebenevolat.org[/highslide].

La question est de savoir si nous sommes capables, en tant qu’organisation ou équipe locale, de détecter les bénévoles potentiels, de leur proposer des types de bénévolat correspondant à leurs attentes et de les accompagner tout au long de leur parcours. En effet, toute association ou équipe locale porte une responsabilité concernant la démarche de recrutement et d’accueil et l’aide qu’elle peut apporter au candidat bénévole dans la clarification de ses motivations et de ses compétences.

Alors que le secteur marchand s’est depuis longtemps remis en question et a largement développé le secteur des ressources humaines, les relations entre les associations et leurs bénévoles n’ont en général que peu évolué.

C’est au travers d’une gestion des ressources humaines (GRH) bénévoles plus rigoureuse que cette adéquation entre les besoins de l’organisation/des équipes locales et les attentes des bénévoles, doit trouver sa solution ! Pour ce faire, c’est le plus en amont possible, que cette GRH bénévoles doit être envisagée, comme un tout devant sous-tendre une grande partie des activités de l’association. C’est l’un des défis que doit relever Oxfam-Magasins du monde, comme d’autres organisations actives dans l’éducation permanente.

Cette réflexion, qui touche directement à la vie des équipes locales, se concrétisera par de nouvelles orientations dans les mois et années à venir. Elle intégrera bien entendu le mouvement, par des moments d’échange et de construction (en atelier lors de l’AG de janvier, en équipes locales, lors des printemps…) et des étapes de validation de nouvelles orientations (en instances).

Christine Lucassen & Martin Rose
Service mobilisation

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