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Elections régionales : deux communautés dialoguent

Une Flandre sympathique ou apathique ?

Les élections régionales en Belgique sont vraiment régionales. Les uns s’occupent des enjeux d’Arlon à Mouscron, les autres d’Ostende à Maastricht (ou presque…). Et tout le monde se mêle de Bruxelles (mais personne n’y vit). Pour le reste, que vogue la galère belge.

Pourtant, il est intéressant d’aller jeter un petit coup d’œil au-delà de la frontière linguistique, notre Gibraltar à nous (les francophones). Ainsi, la boussole politique flamande semble, à la veille des élections, orientée vers de « vraies » thématiques comme la jeunesse (surtout depuis le meurtre en série de Termonde), le sport, la recherche scientifique, l’habitat, le climat et l’économie d’énergie, la famille ou l’enseignement. Et même celle de la solidarité ! Caroline Gennez, la boss du Sp.A, identifie en tout cas ses propres priorités : passer de l’insécurité d’aujourd’hui au vrai ‘vivre ensemble’ de demain. Et Groen ! entend même gagner trois ou quatre sièges. C’est tout dire. C’est-y pas beau ça ? Mais… mais … Et les coups de gueule communautaires dans tout ça ?

Quel communautaire ? répondent en chœur nos amis de Flandre ? On n’a jamais voté communautaire, nous ! La KUL (Katholiek Universiteit van Leuven) l’a même démontré : « les Flamands qui ont voté CD&V/NVA ne sont pas favorables à l’autonomie de la Flandre. » Le Vlaams Belang et leur slogan 2009 « VL Eerst » ? En chute libre. La NVA ? Des nains politiques. La Lijst Dedecker ? Des Mister Gadget qui ne tiendront pas trois ans. Et voilà, hop ! En un coup de cuillère à pot, le problème de réglé… D’ailleurs, Van Rompuy a renvoyé la discussion de la réforme institutionnelle à l’après-7 juin. Et ça c’était début avril. Vous avez déjà entendu quelqu’un en discuter, vous ? Appeler à la révolte populaire ? Moi, personne. Serait-ce l’effet « Leterme », poignardé par ses promesses électorales de régionalisation à tout va ?

Certes, la Flandre râle toujours un peu (sur son voisin francophone, sur ces renégats de « bourgmestres » francophones de la périphérie bruxelloise, sur les élèves francophones qui envahissent massivement leurs écoles flamandes [highslide](1;1;;;)Les élèves néerlandais sont passés dans le primaire de 5460 enfants en 2000 à 11266 en 2008 et dans le secondaire de 4357 à 8119 pour les mêmes périodes, le tout pour un coût – puisque tout à un coût et rien n’a un profit – de 12.7 millions d’euro par an.[/highslide] , sur l’Europe qui la condamne à tour de bas, etc.). Mais le communautaire ne monopolise plus le haut du panier. Les partis préfèrent annoncer leur position face à la crise économique (« Fort en temps de crise « / « 10 ans de bonne gouvernance ») ou – encore plus efficace – ne rien annoncer du tout, comme ce slogan creux du SP.A. : « un réel avenir pour la Flandre ». Il n’est pas sûr que les autres partis aient eu de meilleures idées. En tout cas, ils ne se pressent pas pour les vendre : le CD&V organise une journée de programme fin avril et le VLD tient cette même journée à la mi-mai, trois semaines avant d’envoyer le citoyen se planquer dans l’urne. C’est un peu juste pour vendre un avenir pour la Flandre, et accessoirement pour l’Europe…

Alors face à ces constats, plusieurs hypothèses :

  • Soit les politiques sont tous parfaitement d’accord sur le volet communautaire ; et des débats entre gens d’accord entre eux n’amusent et n’intéressent plus personne.
  • Soit l’heure économique est à la paix des braves et les politiques en reviennent aux fondamentaux, cruciaux mais ennuyeux ;
  • Soit c’est l’épuisement psychologique généralisé du peuple à l’égard de la « chose politique », ajouté à l’angoisse du politique d’avoir une idée à lui présenter [highslide](2;2;;;)Si possible bonne.[/highslide] .

A moins que ce ne soit un mélange des trois, véritables symptômes d’un burn-out démocratique en puissance. Et là, tout devient possible. Même le pire.

Wallonie-Flandre : Match Nul

Les Belges perdent leur confiance dans la politique. Et personne de sensé ne peut vraiment le leur reprocher. Pourtant, la question de la politique – au sens noble – est cruciale alors que se profilent les élections régionales. Car il faut éviter que le négativisme, qui règne au niveau fédéral, contamine à sont tour les régions.

Fin avril, lors d’un débat électoral à Gand. De quoi discutent les différents présidents des partis flamands? A côté de la crise – dont on ne peut pas ne pas parler ! – la réforme de l’Etat est une fois de plus un point chaud. Ne fallait-il pas se débattre sur l’enseignement, le bien-être, la culture? Non, on préférait revenir sur le détective privé de Jean-Marie Dedecker.

Côté wallon, les scandales récents, dont le voyage californien de José Happart et consort constitue l’apogée, jettent à nouveau leur ombre sur ces élections. Mais surtout le fantôme de la réforme de l’Etat continue à hanter le pays. Celle-ci menace de plonger (encore plus ?) toute la politique belge dans l’immobilisme. Car les élections fédérales, elles, se profilent en 2011. Pourtant, tout cela n’a rien à voir avec le vrai enjeu, celui du 7 juin.

Ainsi, un thème tel que l’enseignement mérite plus d’attention. Son organisation pose des problèmes – et des questions – dans tout le pays. Le Ministre flamand de l’enseignement Vandenbroucke a élaboré une note de travail sur « comment démocratiser et moderniser l’enseignement ? ». En ce qui concerne la Communauté française, Joelle Milquet a déclaré que les écoles mériteraient (enfin !) de recevoir beaucoup plus de moyens, surtout à Bruxelles. ‘Cela profiterait aussi à la Flandre’, a-t-elle ajouté. Ainsi, Bruxelles pourrait fournir la réserve d’emploi que la Flandre de demain nécessiterait, avec le vieillissement de sa population en ligne de mire. Milquet a plus que raison à formuler ses idées ainsi, comme Rudy Demotte, lorqu’il présente un bilan positif du plan Marshall. Ils font ce que les politiciens belges devraient faire plus souvent : promouvoir leur propre région et présenter ce qu’elle pourrait offrir, au lieu de chercher à dénigrer l’autre.

Malheureusement, le ton qu’utilisent généralement les politiciens à l’égard de l’autre région reste hypercritique. Dans sa campagne électorale des élections régionales, Bart De Wever a « élaboré » le slogan simpliste ‘Afrit Vlaanderen, uitrit crisis.’ Comme si la désunion entre la Flandre et la Wallonie allait suffire à sortir le Nord du pays de la crise mondiale ! Que Bruxelles soit une source de revenus et d’emplois pour la Flandre, De Wever semble beaucoup trop intelligent pour ne pas y avoir pensé. Mais critiquer la Wallonie, ça rapporte des voix…

Dans le Sud du pays, la situation n’est pas bien meilleure, question « ambiance de cour de récréation ». Ce même De Wever est traité par le journal Le Soir de négationniste. Restons sérieux… En ce qui concerne les autres, il y a toujours bien Olivier Maingain pour verser de l’huile sur le feu. Bernard Clerfayt, secrétaire d’Etat et du même parti que Maingain, a trouvé utile de déclarer il y a quelques semaines que les Flamands à Bruxelles doivent leur représentation dans le parlement bruxellois à un système d’apartheid. Qui est la plus grande victime de ce type de propos ? Il est plus que probable qu’à long terme, il s’agisse de chaque région, qui se tire une balle dans le pied. Et le pays Belgique n’en sort pas gagnant, car ses habitants se distancient de tout sentiment d’unité. Car entre-temps, le bateau belge continue à prendre l’eau. Reynders, Leterme, Van Rompuy, Milquet : personne n’a réussi à faire accélérer ce gouvernement fédéral brinquebalant. La crise, dans tous les sens, continue à affaiblir et appauvrir le niveau fédéral.

Et c’est justement pour cela que les élections régionales sont importantes ! Au moins ici, la politique ne se trouve pas dans un cul-de-sac. Au niveau régional, on dispose encore des moyens nécessaires pour créer du mouvement. Pour qui voter ? Pour ceux qui s’efforcent de promouvoir et de faire avancer leur propre région, dans un esprit d’ouverture à l’autre. Et pas pour ceux qui veulent faire carrière, en se contentant de rabaisser l’autre partie du pays dans lequel ils vivent, et qu’ils partagent avec leurs voisins, même si leur langue n’est pas la même.

Olivier Bailly et Ive Van Orshoven

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