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Contre le travail des enfants ?

Etre contre le travail des enfants ? Quoi de plus légitime comme opinion !

Il est vrai que chez nous, l’enfance est généralement associée à une période où l’accent est surtout mis sur l’épanouissement (le loisir) et le développement (l’apprentissage) de l’enfant. Les sphères de prédilection de l’enfant sont essentiellement sa famille et l’école, qui doivent lui permettre d’acquérir progressivement les outils qui lui seront utiles aux stades ultérieurs de sa vie. Comment alors admettre qu’un enfant puisse être obligé de travailler ? Ne devrait-il pas, au contraire, être préservé de la réalité difficile des adultes ?

D’entrée de jeu, nous avons ainsi tous tendance à assimiler le travail des enfants à de l’exploitation sommaire des êtres les plus faibles et les plus innocents. L’enfant travailleur est rapidement désigné comme une victime, à laquelle à qui il faut absolument porter secours dans les plus brefs délais. Sur le terrain, la réalité que vivent certains enfants nous amène pourtant souvent à avoir une perception plus nuancée de ce phénomène. Evidemment, tout dépend de quoi on parle … [[highslide](1;1;;;)Cette analyse s’inspire largement de Leroy/2009[/highslide]]

Ampleur du phénomène[[highslide](2;2;;;)Propos directement repris de Manier/2010 et Leroy/2009 – encadré également.[/highslide]]

D’après les statistiques les plus récentes du Bureau International du Travail [[highslide](3;3;;;)Accélérer l’action contre le travail des enfants, BIT, Genève, 8 mai 2010[/highslide]], la main d’œuvre enfantine constitue une composante persistante de la population mondiale économiquement active. Depuis la fin des années 90’, le nombre d’enfants de moins de 14 ans économiquement actifs oscille entre 176 et 211 millions, auxquels s’ajoutent une centaine de millions d’enfants de 15 à 17 ans. En d’autres mots, plus d’un enfant [[highslide](4;4;;;)Pour l’OIT est considéré comme enfant toute personne âgée de 0 à 17 ans.[/highslide]] sur sept dans le monde ! Leur contribution à la subsistance de leurs familles peut atteindre jusqu’à 20 à 25% du revenu familial. Un phénomène qui n’épargne aucun continent.

En réalité, celui-ci n’est pas tant lié au degré de développement des pays où les enfants travaillent qu’au niveau de revenu et de protection de leurs habitants. Il constitue d’ailleurs un bon indicateur du degré de fragilité des individus, même dans des économies nationales qui se portent bien ! Les groupes sociaux contraints de faire travailler leurs enfants sont en effet les exclus permanents de la prospérité, qui cumulent pauvreté, endettement, illettrisme, absence de protection sociale et qui sont bien souvent directement l’objet d’exclusion sociale (minorités indigènes, roms,…).

[highslide](Mais que font ces enfants au travail ?;Mais que font ces enfants au travail ?;500;500;)

Les formes de travail des enfants sont nombreuses et variées. D’après les statistiques officielles, 173 millions, soit 70% d’entre eux, travaillent dans l’agriculture, essentiellement familiale : cacao, thé, sucre, tabac, coton, café, etc.

Mais les villes ne sont évidemment pas en reste. La précarité des campagnes conduit de plus en plus les familles vers les centres urbains où les mécanismes de survie s’imposent d’eux-mêmes. Les enfants n’échappent pas à cette dynamique et doivent se débrouiller. Ils offrent leur main d’œuvre dans les secteurs miniers -or, sel, charbon, diamants, etc.- et manufacturiers -textiles, petite mécanique, verreries, briqueteries, montage, etc. D’autres investissent les espaces d’économie informelle ou prennent place dans la rue -snack-bar au coin des rues, cirage de chaussures, tri des déchets, etc.

L’une des formes de travail informel la plus répandue est celle du travail domestique qui est également très peu visible et contrôlable -cuisine, nettoyage, etc.

Enfin, les enfants sont aussi utilisés dans des activités plus directement condamnables comme l’esclavage, l’exploitation sexuelle ou les activités illicites telles que le vol, le crime organisé, etc.

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Dans ce domaine, les programmes de certains pays émergents apportent justement des leçons intéressantes. Ils démontrent que ni la croissance élevée, ni le recul relatif de la pauvreté n’ont mécaniquement fait décroitre le travail des enfants. Seul un élément fait la différence : la mise en place de politiques ciblant de manière spécifique la vulnérabilité des plus pauvres. Celles-ci consistent le plus souvent en des allocations spéciales liées à l’assiduité scolaire et qui rendent inutile l’apport financier des enfants à leur famille [[highslide](5;5;;;)Les noms et les formes varient en fonction des pays : Bolsa Familia (Brésil), Opportunidades (Mexique), National Rural Employement Garantee Act (Inde),…[/highslide] ]. Mais, les Etats n’ont évidemment pas toujours les moyens de ces politiques. C’est le cas, par exemple, des pays pauvres d’Afrique subsaharienne, seule région du monde où la main d’œuvre enfantine continue graduellement d’augmenter [[highslide](6;6;;;)58,2 millions d’enfants de – de 14 ans en 2008, contre 49,3 millions en 2004[/highslide]] et où plus d’un enfant sur quatre travaille !

[highslide](En Europe, une histoire ancienne ?;En Europe, une histoire ancienne ?;;;)Au XIXème siècle, l’emploi de la main d’œuvre flexible, docile et à faible coup qu’offraient les enfants a accompagné la révolution industrielle dans le secteur minier et textile en Europe. Aujourd’hui, le travail des enfants est toutefois loin d’avoir disparu de notre continent ! Des enfants sont fréquemment victimes d’exploitation dans l’agriculture, des petits ateliers industriels, le travail domestique et la prostitution enfantine. De la Roumanie à la Grande-Bretagne, aucun pays n’est en réalité épargné ! A nouveau, ce sont les populations les plus défavorisées qui en sont directement victimes. Les enfants Roms, clandestins ou des rues peuvent en témoigner !
(BIT – Manuel à l’usage des étudiants)[/highslide]

Face aux multiples facettes du travail des enfants et à ses différents impacts, une approche nuancée s’impose. Sans tomber dans un relativisme culturel absolu, il est absolument nécessaire de tenir compte de la complexité de l’environnement historique, socioéconomique et culturel dans lequel évolue l’enfant pour comprendre l’importance que revêt le travail à ses yeux et à ceux de sa famille. A rejeter d’un bloc toute formes de travail, nous prenons de fait le risque de renforcer l’exclusion d’une population déjà fortement marginalisée.

Le travail des enfants en droit international

Pour distinguer les différentes formes de travail des enfants, une observation linguistique s’impose ! En anglais, deux vocables qualifient le « travail » : Child labour renvoie aux formes intolérables du travail des enfants, qui sont nuisibles et relèvent de l’exploitation, tandis que child work désigne les formes de travail non nuisibles pour l’enfant.

En réalité, tous les grands textes internationaux font implicitement référence à la notion de child labour lorsqu’ils traitent du travail des enfants.

Fondamentalement, ces textes – dont la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (art.32) – n’interdisent pas explicitement le travail des enfants mais reconnaissent le droit des enfants à être protégés contre l’exploitation économique et à ne pas exercer de travail à risque ou qui pourrait compromettre leur éducation ou nuire à leur santé ou à leur développement physique, mental, spirituel, moral ou social [[highslide](7;7;;;)Sur la conception juridique de la notion « travail des enfants » : DEI 2008[/highslide]].

[highslide](Le travail des enfants;Le travail des enfants;500;500;)

L’expression « travail des enfants » désigne un travail qui est mentalement, psychiquement, socialement et moralement dangereux pour les enfants et qui les prive de l’opportunité de suivre une scolarité. Deux conventions pour la protection de l’enfance ont été adoptées par l’Organisation International du Travail (OIT). Il s’agit des conventions 138 et 182, qui portent respectivement sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et sur l’interdiction des pires formes de travail des enfants.

Selon l’article 3 de la convention 138, l’expression des pires formes du travail des enfants comprend:

  • Toutes les formes d’esclavage ou pratiques analogues, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour dettes et le servage ainsi que le travail forcé et obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés.
  • Les travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s’exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, la sécurité et la moralité de l’enfant.[/highslide]

Bien qu’ils s’expriment dans un vocabulaire parfois très différent, tous les acteurs actifs autour de la question du travail des enfants, sont unanimes pour condamner le travail des enfants entendu comme child labour.

Au-delà du consensus existant autour de la condamnation du child labor, la question du travail des enfants divise. D’un coté, se retrouvent les partisans d’une posture abolitionniste. Ils considèrent systématiquement l’enfant travailleur comme une victime qui doit être protégée. Ce postulat les amène à considérer que protéger l’enfant au travail, c’est surtout le protéger du travail. Pragmatiquement, ils visent l’abolition progressive du travail des enfants en ciblant prioritairement les groupes qu’ils considèrent comme les plus vulnérables et en s’attaquant en priorité aux pires formes de travail.

[highslide](Child Labor : exemple dans une plantation de tabac -Tanzanie;Child Labor : exemple dans une plantation de tabac -Tanzanie;;;)Samson a quitté Kigoma avec ses parents pour venir à Urambo. Tout comme ses frères et soeurs, il a commencé à travailler sur la plantation dès l’âge de neuf ans, pendant les vacances et les week-ends, en vue de payer l’école. Il a terminé le primaire et travaille désormais à temps complet. Samson travaille 10 à 12 heures par jour à l’abattage des arbres et au désherbage des champs de culture, à la plantation du tabac, à l’entretien de la ferme, à l’arrachage et au nettoyage des feuilles. Samson n’a pas de chaussures et se fait souvent piquer les pieds par des épines. Il se plaint de maux de dos surtout après avoir porté les sacs de feuilles de tabac à la station de pesage située à cinq kilomètres de là. L’eau n’est pas potable sur la plantation; Samson et ses amis ont souvent des diarrhées et certains souffrent de typhoïde. Tous les frais médicaux sont déduits du salaire. Il a de l’anémie et plusieurs cicatrices ornent ses bras. BIT 2004 – p.60[/highslide]

De l’autre coté, se retrouvent les tenants d’une posture régulationniste qui militent eux pour une reconnaissance et une défense de l’enfant comme acteur économique à part entière. Ils prennent au mot l’article 3 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui précise que «Dans toutes les décisions qui concernent les enfants […] l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale » et défendent l’idée que l’enfant a le droit de délibérément faire le choix de travailler. Ils militent donc pour un encadrement approprié du travail des enfants.

Au sein de ce groupe, le propos n’est cependant pas toujours le même. Les uns soutiennent que des droits doivent être reconnus aux enfants qui travaillent dans certaines circonstances parce que, dans de nombreux pays, le travail est une condition nécessaire de survie. Les autres défendent quant à eux l’idée que ce droit doit être reconnu de manière permanente car le travail fait intégralement partie du processus d’apprentissage, de développement et de socialisation de l’enfant. Car, dans bien des cultures, le travail fait intégralement partie des valeurs des groupes sociaux dans lesquels grandit l’enfant [[highslide](8;8;;;)Kinderen en waardig werk, Rondetafelgesprek, 4 december 2008 – Debat entre T. Tamabaké et K. Lieten[/highslide]] .

Loin d’être rhétoriques, ces débats pèsent lourdement dans la définition et l’adoption de différentes normes internationales sur le travail des enfants ainsi que sur les politiques mises en œuvre pour les faire respecter. Dans le domaine de l’éducation, par exemple, ces oppositions sont manifestes. Les uns mettent sur pied des programmes scolaires dans le but d’extraire les enfants du travail – la place de l’enfant est à l’école ! Les autres s’efforcent de faire en sorte de concilier politique éducative et travail (éducation non formelle) et même d’adapter le cursus éducatif aux nécessités de l’enfant qui veut travailler (formation professionnelle).

[highslide](Talisma;Talisma;;;)Talisma vit au Bangladesh où, à 15 ans, elle a décidé d’aller travailler à l’entreprise Swajan, même si elle va encore à l’école. Elle affirme « Je veux étudier, mais aussi travailler parce que nous avons besoin d’argent pour notre nourriture. Mon père est vendeur d’épices. Il est handicapé et ne peut avoir un meilleur emploi et donc gagner assez d’argent pour la famille ». Après ses études, Talisma souhaiterait continuer à travailler dans cette entreprise !
(Traidcraft and child labour – Factsheet)[/highslide]

Quand les enfants s’expriment…

« Avec le BIT, les gouvernements et les autres acteurs, nous sommes ensemble contre les pires formes… car nous aussi nous sommes engagés contre l’exploitation de notre travail. Mais je vous demande de ne pas confondre les pires formes et le travail qui peut aider les enfants » Awa Niang / ex-enfant travailleur [[highslide](9;9;;;)Ex-enfant travailleur invitée à s’adresser à la conférence de La Haye (2010) : www.maejt.org/[/highslide]]

Avec l’adoption en 1989 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, est consacrée l’idée que l’enfant est un sujet de droit à part entière. Un statut qui lui donne un droit de regard et de participation au processus de décision concernant les mesures prises à son égard [[highslide](10;10;;;)Ce droit est implicitement accordé par l’article 12 -liberté d’expression- et 12 -liberté d’association[/highslide]] . Cette disposition renforce les organisations d’enfants et de jeunes travailleurs dans leur exigence d’être entendues au sein des organisations internationales qui traitent du travail des enfants.

La plupart de ces organisations sont apparues dans le courant des années 80 en Afrique, en Amérique latine et en Asie et se sont constituées en mouvement international en 1996 à Kundapur (Inde). Aujourd’hui, elles représentent plusieurs dizaines de milliers d’enfants à travers le monde. Ces organisations rejettent l’interdiction totale et indiscriminée du travail, considérant que certaines de ses formes peuvent être directement bénéfiques aux droits de l’enfant. Tounkara Tambaké [[highslide](11;11;;;)Propos restructurés à partir Kinderen en waardig werk (op.cit.) et obtenu par correspondance le 02/07/10[/highslide]] , ancien enfant travailleur du Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs (MAEJT) exprime cette idée en ces termes : « Une interdiction générale du travail des enfants peut mettre en danger la réalisation de [leurs] différents droits. Les gens qui disent que le travail empêche les enfants d’aller à l’école abordent mal le problème. C’est justement en travaillant et en gagnant de l’argent que j’ai pu payer ma scolarité. [Et] les revenus, générés par les enfants, peuvent être nécessaires à leur survie et à leur subsistance. [Par ailleurs], interdire le travail des enfants peut entraîner une augmentation du travail illégal, de sorte qu’on n’ait plus aucune emprise à ce niveau ».

[highslide](Les 12 droits du MAEJT ;Les 12 droits du Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs;;;)

  1. Droit à une formation pour apprendre un métier
  2. Droit à rester au village (à ne pas “s’exoder”)
  3. Droit à exercer nos activités en sécurité
  4. Droit à un travail léger et limité
  5. Droit à des repos maladies
  6. Droit à être respectés
  7. Droit à être écoutés
  8. Droit à des soins de santé
  9. Droit à apprendre à lire et à écrire
  10. Droit à s’amuser, à jouer
  11. Droit à s’exprimer et à s’organiser
  12. Droit au recours à une justice équitable, en cas de problèmes

[/highslide]

En outre, comme le souligne Tounkara Tambaké, « L’exploitation est un crime, [mais] le travail est quelque chose de positif, il donne aux enfants les possibilités de s’épanouir et de s’armer pour une vie souvent difficile dans le Sud. [En outre], il fait partie de la culture africaine. En Afrique, un enfant ne s’approche pas de son papa qui ne gagne même pas un dollar par jour pour lui demander un baladeur, il l’achète lui-même ! ». Les organisations d’enfants travailleurs militent donc davantage pour que soient reconnus toute une série de droits spécifiques aux enfants travailleurs, dont notamment le droit de pouvoir travailler. Ce qui importe, c’est la construction d’un cadre approprié pour que le travail des enfants puisse leur permettre de véritablement grandir et s’épanouir.

Comme le souligne Aurélie Leroy [[highslide](12;12;;;)Op. cit.[/highslide]] , le mouvement des enfants travailleurs, même s’il reste encore aujourd’hui plutôt marginal, a acquis le soutien d’acteurs très différents, « experts », chercheurs en sciences sociales, ONG, syndicats locaux, réseaux associatifs qui contribuent à alimenter une réflexion essentielle sur notre manière de percevoir le travail des enfants.

Le commerce équitable accro aux droits des enfants !

Le commerce équitable est défini par ses principaux acteurs comme “un partenariat commercial basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui recherche une plus grande équité dans le commerce international. Il contribue au développement durable en apportant des meilleures conditions commerciales, assurant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés des pays du Sud” [[highslide](13;13;;;)Extrait de la définition reprise dans la « Charte des principes du commerce équitable », consultable sur le site http://www.fairtrade-advocacy.org, rubrique « About Fair Trade »[/highslide]]

Face au travail des enfants, ces principes s’imposent entre les organisations importatrices de produits de commerce équitable et les organisations de producteurs dans le Sud. Dans un environnement historique, socioéconomique et culturel différent, le travail des enfants est en effet souvent perçu par ces organisations comme un moyen de les sortir de la précarité et de l’exclusion. Rien d’étonnant donc à ce que certains produits du commerce équitable soient le fruit du travail des enfants [[highslide](14;14;;;)Traidcraft and child labour, Factsheet, Traidcraft, 2008[/highslide]] .

Tout est par contre mis en œuvre pour aider ces organisations à lutter de manière efficace et durable contre les pires formes de travail des enfants, parce qu’elles portent directement préjudice au développement de l’enfant. En Afrique de l’Ouest, particulièrement dans le secteur du cacao où les pires de travail des enfants sévissent de manière extrêmement préoccupante, ces partenaires de commerce équitable redoublent d’efforts pour les combattre en s’attaquant aux principales causes du problème : l’extrême pauvreté, l’inexistence d’opportunités économiques et le manque d’éducation.

Tel est le cas de la Coopérative Agricole KAVOKIVA, notre organisation partenaire de Côte d’Ivoire, dans la région du Haut Sassandra. Cette association de producteurs de cacao particulièrement sensible à la question des droits des enfants a fait de la lutte contre les pires formes de travail des enfants l’une de ses principales priorités. Depuis 2001, les différents projets qu’elle mène visent à s’attaquer aux problèmes qui sont à l’origine du recours aux enfants comme main d’œuvre bon marché.

Dans un premier temps, les actions de l’organisation ont consisté essentiellement en de l’information et de la sensibilisation des membres de la coopérative sur les tâches dangereuses pour les enfants, tout en soutenant la scolarisation et l’alphabétisation des enfants. Dans un second temps des actions plus rapprochées consistent à impliquer les membres de la coopérative dans l’information et la sensibilisation. Des comités de lutte contre le travail des enfants ont ainsi été mis en place et continuent d’être installés dans les sections de la coopérative.

[highslide](Les pires formes de travail – exemple dans le secteur du cacao;Les pires formes de travail – exemple dans le secteur du cacao;;;)Daniel est un enfant-esclave amené du Burkina Faso pour travailler dans la plantation de cacao de Viktor Kabore, en Côte d’Ivoire. Il a 15 ans et cela fait depuis cinq ans qu’il n’a plus revu ses parents qui lui manquent, surtout après une journée de travail difficile. Comme tous les enfants de Viktor, il doit en effet manier des machettes lourdes et aiguisées pour ouvrir des cabosses, en extraire la pulpe et les fèves de cacao, et porter les fruits de la récolte dans des sacs très lourds et ce de l’aube au couché du soleil. Inévitablement, il ne peut pas aller à l’école. Et, tout ce qu’il obtient, ce n’est qu’un maigre repas qui lui permet malgré tout de subsister.
« Merci pour le chocolat Emission » Emission A Bon Entendeur – Télévision Suisse TSR[/highslide]

Aujourd’hui, Kavokiva poursuit ce travail avec les 5817 membres de la coopérative qui sont dans la très grande majorité de petits producteurs illettrés. La taille de leurs exploitations est généralement très petite, avec une superficie variant souvent de 0 à 5 hectares et dont les volumes de production restent très faibles. En tenant compte de la réalité socioéconomique de ces producteurs, le programme d’activités actuel de Kavokiva se décline en 6 axes :

  1. Maîtrise de l’ampleur de la situation des enfants qui travaillent par la constitution d’une base de données fiable de tous les enfants des producteurs de la Coopérative en y précisant l’âge, le statut, les raisons de ce statut, la volonté de retourner ou pas à l’école …
  2. Le renforcement des capacités des comités de lutte et des producteurs à la base
  3. La prévention par des programmes de sensibilisation, l’appui à la scolarisation des enfants et la mise en place de dispositifs éducatif alternatifs
  4. Mesures adéquates de retrait et de réinsertion des enfants qui vivent les pires formes de travail
  5. L’appui à la création d’activités génératrices de revenus au profit des ménages pour prévenir l’exploitation abusive de la force de travail de leurs enfants
  6. Equipement en moyens de transports (vélos et motos) et de communication des comités de lutte pour leur permettre d’assurer une sensibilisation de proximité et leur permettre d’exercer un contrôle direct sur le terrain.

Conclusion

Partout dans le monde des enfants travaillent. Ce phénomène est bien souvent perçu comme anormal, un scandale auquel il est nécessaire de mettre fin au plus vite.

Pourtant, les causes du travail des enfants dans le monde sont multiples et complexes. L’environnement historique, socioéconomique et culturel dans lequel évoluent certains enfants joue un rôle déterminant dans l’explication de cette situation. Dans bien des cas, leur travail s’avère même absolument nécessaire pour leur propre survie et celle de leur famille.

Par ailleurs, toutes les formes de travail effectuées par des enfants ne sont pas nécessairement nuisibles. Et, un enfant qui choisit délibérément de travailler, ne doit pas automatiquement être perçu une victime, mais peut également être compris comme un acteur à part entière, maitre de sa propre vie. En outre, le travail qu’il effectue s’inscrit parfois au cœur même de son apprentissage culturel et de la vie adulte qui l’attend.

Entre les différentes formes de travail des enfants, Il est donc important de pouvoir distinguer celles qui lui sont directement nuisibles et qui doivent être combattues, de celles qui, dans certaines circonstances, peuvent participer à son apprentissage et son épanouissement. Certes, la frontière entre ces différentes formes de travail ne s’avère pas toujours évidente à identifier. Et, bien souvent, des zones grises existent. Mais, à rejeter d’un bloc toutes formes de travail des enfants, le risque est grand de porter préjudice aux principaux intéressés, les enfants eux-mêmes. Face au travail des enfants, la nuance est donc de mise…

Corentin DAYEZ
Service politique

Pour aller plus loin :

Ouvrages:

Brisset, C., « Où vont tous ces enfants ? » in Le monde Diplomatique, novembre 2009

De Bruycker, A., Slave-free chocolate in the making ?, mémoire de master en Communication Multilingue à finalité Relations Internationales, ULB, année académique 2008-2009

Genot, M., Le travail des enfants, Module pédagogique n°9, Défense des Enfants International – Belgique, septembre 2008.

Hiergens, T., Gods maaltijd vrij maken van slavernij, Oxfam Wereldwinkels, décembre 2009

Leroy, A., « Contre le travail des enfants ? Présupposés à débattre », in Contre le travail des enfants ?, Alternative Sud, Vol.XVI-2009/1, CETRI, 2009

Manier, B., « Travail des enfants, les leçons des pays émergents », in Le Monde Diplomatique, mai 2010

Fairtrade Labbeling Chid Labour Position Paper, Fairtrade Labelling Organizations International

Kinderen en wardig werk, Rondetafelgesprek, 4 décembre 2008 (www.planbelgie.be/kinderarbeid)

Le travail des enfants: Un manuel à l’usage des étudiants, Bureau International du Travail, 2004

Traidcraft and child labour, Factsheet, Traidcraft, 2008

Site internet:

Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs (MAEJT)

Nos partenaires de commerce équitable dans le secteur du cacao en Afrique de l’Ouest:

Nos partenaires de commerce équitable dans le secteur du cacao ailleurs dans le monde:

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2 commentaires sur “Contre le travail des enfants ?

  1. ca me fait bien marrer quand il est marqué que c’est l’enfant qui veut travailler ces gamins sont dans un etat de pauvreté que pas un occidental ne s’imagine ils pas le choix pour manger que d’aller se vendre aux multinationales qui se graissent bien les pattes et qui se foutent pas mal de leur vie

  2. Un enfant a envie de travailler ? vous me faites rire, de 8 ans à 20 ans j’ai tenu la boutique de mes parents, dès le matin je l’ouvrais avant de partir à l’école, à midi j’avalais mon repas en vitesse pour tenir la caisse, je repartais à l’école, dès le retour, je reprenais la caisse jusqu’à la fermeture vers 21h tout en servant les clients et faisant mes devoirs. Les week-end et les vacances scolaires à pleins temps (aidés par mes petites soeurs de temps à autre, tout le monde participait, ménages, etc..), sans compter les tâches domestiques, faire parfois à manger et tout ce travail obligatoire et “épanouissant” sur fonds de maltraitantes physiques et psychologiques, alors votre article me fait un peu pleurer finalement, allez voir ces gosses qui “aident” leurs parents (sans salaires évidemment) qui vous servent si gentiment et que vous trouvez si chouettes d’aider papa et maman, leur scolarité est bousillé en général. En France, un gosse ça veut s’éclater avec ses copains de temps à autre au lieu de travailler presque 40 heures par semaine en plus de l’école !!!!

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