fbpx

Se mobiliser pour avoir la paix

Le mouvement pacifiste comme source d’inspiration pour l’action

Alors qu’Oxfam-Magasins du monde s’implique activement dans le réseau de militantisme « Oxfam-en-action », qui vise à transformer la révolte en force de changement [highslide](Note;1;;;)

Sur Oxfam-en-Action et sur les formes actuelles de militance, voir l’analyse « Militer aujourd’hui »

[/highslide], il nous semble pertinent de nous pencher ce qui s’est fait « ailleurs » et « avant » dans des mobilisations visant à créer des changements politiques. Plus précisément, nous avons choisi de présenter quelques actions menées dans les trente dernières années par le mouvement de la paix, dont les organisations ont régulièrement fait preuve de dynamisme et de créativité pour porter un message fort vers les responsables politiques, avec toutefois un succès très variable en termes de mobilisation citoyenne [highslide](Note;2;;;)

Cette analyse a grandement bénéficié de l’apport provenant d’un entretien avec Thierry de Lannoy, du MIR-IRG.

[/highslide] . Le choix de cette thématique est conforté par le fait qu’en Belgique, Oxfam a joué un rôle important au sein des mobilisations pacifistes [highslide](Note;3;;;)

Voir, par exemple, l’analyse « Quand les bananes font de la résistance »

[/highslide] .

Années 80 : En masse contre les missiles

La Belgique du début des années 1980 est marquée par une série de manifestations de masse contre l’implantation de missiles nucléaires américains en Europe occidentale. On voit ainsi 300 000 personnes se réunir à Bruxelles pour protester contre la prolifération des armes nucléaires. Réunir une telle foule de manifestants n’est pas courant en Belgique. Il est possible que le succès de la mobilisation s’explique en partie par la peur de la population belge, dans un climat de Guerre froide qui peut aujourd’hui sembler bien lointain. Selon cette explication, beaucoup de manifestants seraient sortis dans la rue parce qu’ils réalisaient faire partie des victimes potentielles des armes nucléaires installées à l’Est et à l’Ouest du rideau de fer.

Une trentaine d’années après, le contexte a changé et la plupart de nos concitoyens ne semblent plus préoccupés par la menace nucléaire militaire. Pourtant, les armes nucléaires existent encore en grande quantité, avec toujours un immense potentiel de destruction. Des bombes atomiques nord-américaines sont d’ailleurs encore présentes en Belgique, à la base militaire de Kleine Brogel. Mais, malgré la présence occasionnelle de ce sujet dans les médias, ces bombes ne semblent plus préoccuper une grande quantité de gens. En tout cas, pas au point d’exiger dans la rue leur démantèlement.

Se mobiliser un jour. Et le lendemain ?

Les causes des mobilisations progressistes sont nombreuses et l’importance qu’elles prennent dans l’opinion publique est variable dans le temps. Ainsi, la même cause – l’invasion militaire de l’Irak par les Etats-Unis du président George W. Bush et leurs alliés – a réuni dans les rues de Bruxelles 70 000 manifestants le 15 février 2003. Ils étaient encore 45 000 manifestants un mois après, le 15 mars [highslide](Note;4;;;)

Le Soir, 17 mars 2003.

[/highslide] , à quelques jours du début d’une guerre qui semblait déjà inévitable. Les hostilités allaient effectivement commencer le 20 mars. L’année suivante, alors que l’Irak était secoué par une violence extrême et que le principe même de l’opération militaire comme moyen d’instaurer un régime démocratique et une paix durable montrait toutes ses limites, ils n’étaient plus que 2 500 à se mobiliser dans les rues de la capitale belge [highslide](Note;5;;;)

La Libre Belgique, 22 mars 2004, www.lalibre.be

[/highslide] .

Cet exemple récent montre l’importance de facteurs conjoncturels pour expliquer l’ampleur variable que peut avoir la mobilisation sur une même question, y compris à quelques mois d’intervalle.

Les Magasins du monde-Oxfam : un réseau mobilisateur

Dans les années 1980, Oxfam a joué un rôle central dans la mobilisation pacifiste en Belgique. Répartis sur pratiquement tout le territoire, les Magasins du monde sont des lieux dynamiques de mobilisation locale, bien au-delà de leur rôle de dépôts d’affiches annonçant les dates des manifestations.

Nouvelle preuve de l’importance du contexte spécifique : une catégorie un peu particulière de bénévoles joue un rôle important dans la mobilisation pour la paix : les objecteurs de conscience, qui refusent d’effectuer un service militaire et choisissent à la place de s’engager au service de la société. La présence de ceux-ci était la conséquence directe de l’existence du service militaire obligatoire pour les hommes. En effet, à partir de 1964, année de la reconnaissance légale du statut d’objecteur de conscience, et jusqu’à la suppression du service militaire au début des années 1990, les hommes appelés sous les drapeaux ont la possibilité de remplacer le service militaire par un service civil. Le statut d’objecteur de conscience a ainsi permis à plus de 30 000 hommes de servir la société civile pendant deux ans plutôt que l’armée pendant un an. La fin du service militaire obligatoire a d’ailleurs constitué un coup dur pour de nombreuses associations, habituées à compter sur les services gratuits des objecteurs de conscience.

Beaucoup de ces hommes jeunes – ils ont entre 18 et 25 ans – effectuent leur service civil dans le secteur associatif, notamment chez Oxfam. La participation des objecteurs de conscience aux activités des Magasins du monde a d’ailleurs souvent une forte dimension militante, ce qui renforce le rôle de mobilisation locale des équipes Oxfam sur la cause pacifiste.

Années 2000 : en masse contre l’agression militaire

Plus tard, au début des années 2000, Oxfam – via la participation d’Oxfam-Solidarité – prendra encore une place décisive dans des mobilisations pour la paix, cette fois contre les invasions militaires conduites par les Etats-Unis et leurs alliés en Afghanistan et en Irak. La participation active d’Oxfam-Solidarité aux mobilisations pacifistes est un atout considérable pour le mouvement. Elle permet non seulement de renforcer la crédibilité et la visibilité du mouvement auprès des médias et du monde politique, mais elle inclut aussi une contribution financière qui s’avère très utile.

Plus haut, nous avons évoqué la peur des citoyens pour expliquer le succès des mobilisations contre les missiles. Les mobilisations des années 2000 contredisent cette idée de la peur ou de l’intérêt individuel comme moteur unique de l’action de masse. En effet, fin mars 2003, au lendemain du début de la guerre contre l’Irak, la mobilisation citoyenne est à nouveau massive. A Bruxelles comme dans de nombreuses villes du monde (y compris dans les capitales de nombreux Etats participant à l’invasion militaire, dont Londres, Rome, Madrid ou Washington), des dizaines de milliers de citoyens tiennent à montrer leur désapprobation et leur colère. Ces citoyens ne se sentent pourtant pas directement menacés par le conflit. Leur présence est en fait due à leur rejet de la politique belliqueuse d’Etats occidentaux n’hésitant pas à mentir à leur population et au monde entier pour justifier une guerre injustifiable.

Agir sans les masses

En plus des mobilisations de masse rassemblant ponctuellement de nombreux citoyens, les organisations pacifistes réalisent des actions faisant appel à moins de participants pour faire passer leurs messages.

Ainsi, les militants pacifistes font parfois le choix de l’illégalité, en recourant à la désobéissance civile. De manière générale, l’objectif est d’agir d’abord en respectant la loi. Mais, dans certains cas, les militants estiment que la défense de leur cause implique de transgresser les normes en vigueur, justement pour contester des règles qu’ils considèrent illégitimes. C’est dans cette perspective que, à plusieurs reprises depuis la fin des années 1990, des actions « Bomspotting » ont été organisées par l’association Vredesactie autour de la base militaire de Kleine Brogel, pour protester contre la présence d’armes atomiques américaines. Par ces actions d’invasion – pacifiques mais illégales – de la base militaire, qui se terminent habituellement par des arrestations administratives devant les grilles de la base, les militants pacifistes veulent montrer leur profonde opposition à la politique de l’Etat belge. Mais il est aussi nécessaire de souligner que leurs arguments ont une base juridique, puisqu’ils s’appuient sur un avis consultatif rendu en 1996 par la Cour internationale de Justice sur la licéité de l’utilisation des armes nucléaires dans un conflit armé, selon lequel

la menace ou l’emploi des armes nucléaires serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés.

Dans le mouvement de la paix, de nombreuses autres actions ont été menées sans la participation d’un nombre important de personnes et ont joué davantage sur la dimension symbolique. Pour protester contre l’implantation d’armes nucléaires américaines dans la base militaire de Florennes, des chênes américains ont été plantés dans les alentours par des militants pacifistes. De la sorte, ceux-ci voulaient montrer qu’ils ne s’opposaient pas aux Etats-Unis, mais bien au déploiement par l’armée américaine d’armes nucléaires en Belgique. Dans le même registre d’action, la plantation de cerisiers du Japon a servi à commémorer le bombardement nucléaire des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945.

Ne pas réinventer la roue

Ce bref regard sur les mobilisations pacifistes nous rappelle que l’action politique pour le changement social n’est pas une invention récente. L’existence de mobilisations citoyennes antérieures est une source d’inspiration pour les mobilisations d’aujourd’hui. Quant à la participation d’Oxfam aux mobilisations pour la paix, elle nous montre la place d’Oxfam dans le paysage associatif, au-delà des thématiques les plus directement traitées par Oxfam, comme le développement et la justice économique.

François Graas
Service politique

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *