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35 ans d’Oxfam-Magasins du monde

35 ans d’Oxfam-Magasins du monde. Des premiers pas d’Oxfam-Belgique aux nouveaux défis du commerce équitable. 

La naissance et l’évolution d’un mouvement, c’est toujours un peu mystérieux… surtout dans un pays compliqué comme la Belgique ! Afin de mieux comprendre l’évolution d’Oxfam-Magasins du monde, il est important de se plonger dans le passé, et de remonter à la naissance d’Oxfam en Belgique et à l’apparition du concept de commerce équitable.  Ce regard en arrière est d’autant plus intéressant à l’heure où Oxfam-Magasins du monde est confronté à des défis importants et s’interroge sur son positionnement politique et économique.

Oxfam voit le jour en Belgique le 17 septembre 1964, lorsque le Comte Victor de Robiano, le Baron Antoine Allard et quelques uns de leurs amis s’inspirent de l’exemple de l’Oxford Committee for Famine Relief actif en Grande-Bretagne depuis 1942.

Le premier appel d’urgence d’Oxfam-Belgique est lancé en 1965 en faveur de 85 millions d’Indiens victimes d’une sécheresse. En 1966, deux centres sont ouverts à Gand et à Liège. Devenu président d’Oxfam-Belgique, le Baron Allard se promène avec une pancarte

Armer ou développer : aider et bombarder en même temps n’est pas possible. Nous sommes libres de choisir !

et continue sa croisade contre les armes nucléaires.

Antoine Allard, le « Baron Rouge »

Curieux personnage, ce baron qui fut un des fondateurs d’Oxfam-Belgique !

Après avoir animé, fin des années 40, le mouvement pacifiste « STOP WAR », il s’intéresse de près au Congo et, avec Jean Van Lierde (le premier objecteur de conscience reconnu en Belgique), il établit des relations très amicales avec des intellectuels et politiques congolais. Au-delà de son engagement humanitaire, le Baron Allard côtoie les intellectuels de son époque (Bertolt Brecht, Jean-Paul Sartre, Carlo Levi, le poète belge Georges Norge,…). Il a lui-même publié différents pamphlets et n’a jamais abandonné le dessin et la peinture…

En 1970, suite à un cyclone au Pérou, Oxfam se mobilise et s’implique sur le  terrain, en collaboration avec des organisations partenaires. C’est à cette époque qu’Oxfam initie, avec le soutien des autorités belges, les premiers projets de collaboration au développement avec des collectivités du sud. L’organisation Oxfam-Projets est créée pour l’examen et la gestion des projets et des équipes de coopérants.

Durant les années 1970, Oxfam-Belgique, sous l’impulsion de son secrétaire général Pierre Galand, participe aux manifestations contre l’apartheid, contre le déploiement d’armes nucléaires en Belgique, et à la mobilisation en faveur des pays touchés par des crises. En 1974, pour attirer l’attention sur le drame de la sécheresse au Sahel, Oxfam lance un appel original qui remporte un large succès : la population est invitée à verser une taxe volontaire de 5 francs pour chaque robinet dans la maison.

La diplomatie de la solidarité

La philosophie d’Oxfam s’inscrit dans la suite logique de la décolonisation. Carla nouvelle indépendance politique acquise par les anciennes colonies cachait mal une dépendance économique. S’il y a un fil rouge dans toute l’histoire d’Oxfam-Belgique, c’est bien la solidarité avec la lutte des peuples pour leur auto-détermination, principalement fondée par le droit international et des résolutions des Nations Unies. Elle s’exprime vis-à-vis du Sud-Est asiatique, des colonies portugaises en Afrique et du Timor Oriental, de l’Erythrée, du Sahara Occidental et du peuple palestinien. Pour Oxfam, le développement de ce qu’on appelait encore « le tiers-monde » doit se faire par les peuples eux-mêmes, sur base de leur propre projet à eux.

Naissance et évolution du commerce équitable

En 1969, la première boutique Oxfam ouvre ses portes à Bruxelles. Le but est de récolter des fonds par la vente d’articles-cadeaux. Mais il faut attendre 1971 pour voir s’implanter le premier magasin de commerce équitable, le wereldwinkel (magasin du monde) d’Anvers. Le modèle, importé des Pays-Bas est basé sur la devise « Trade not Aid  [[highslide](1;1;;;)

Slogan lancé par des représentants de pays du Tiers-Monde en 1968, lors d’une Conférence des Nations-Unies pour le Commerce et le Développement

[/highslide]]» (du commerce, pas de l’aide). Le magasin devient aussi un lieu de sensibilisation, où le client est invité à agir.

Au début, la vente de produits était avant tout un geste militant : le but était de soutenir des luttes de libération (Nicaragua, Afrique du Sud, etc), même si la qualité des produits laissait parfois à désirer. Acheter équitable, c’était surtout montrer son adhésion à un message politique [[highslide](2;2;;;)

La vente de bananes a été pendant longtemps un moyen de soutenir le mouvement sandiniste au Nicaragua. Voir à ce sujet l’analyse « Quand les bananes font de la résistance »

[/highslide]]. Les années 1970 et 1980 étaient aussi celles des grandes manifestations pacifistes. Pour assurer le développement des pays pauvres, il fallait lutter pour la paix et contre l’impérialisme. C’est ainsi qu’Oxfam se mobilisait en faveur de l’Amérique centrale, en particulier autour de l’expérience sandiniste au Nicaragua, et contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Aujourd’hui, le commerce équitable s’est professionnalisé : Oxfam travaille ainsi avec des producteurs, regroupés la plupart du temps en coopératives ou associations, sur trois continents. Le mouvement travaille avec ces partenaires afin d’améliorer constamment la qualité des produits ou d’en développer de nouveaux pour répondre mieux aux goûts et aux attentes des consommateurs.

Mais la vision d’Oxfam du commerce équitable n’a pas fondamentalement changé : celui-ci représente une alternative de production et de consommation qui permet d’établir une relation plus juste entre les producteurs, les consommateurs et les citoyens. Il s’agit notamment de vendre des produits à un prix juste, ce qui permet à des communautés de vivre dignement et d’investir dans des projets sociaux, de santé, d’éducation, de logement, d’égalité entre les sexes… Ca, c’est pour l’image la plus connue du commerce équitable. Car on oublie souvent un autre objectif du commerce équitable, celui qui vise à porter un message dans la société pour inviter le monde politique à changer les règles du commerce international, afin de diminuer les inégalités entre les pays pauvres et les pays riches [[highslide](3;3;;;)

Voir l’analyse « Le commerce équitable, un outil concret pour la réalisation des objectifs du millénaire »

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De nouvelles formes de militantismeOn ne milite plus aujourd’hui comme il y a 50 ans. La perte d’influence des piliers traditionnels (partis politiques, associations religieuses ou laïques, syndicats…) auprès des jeunes, l’apparition de nouveaux modes de communication (internet et les réseaux sociaux) ont modifié complètement les modes d’expression, mais aussi la nature même du militantisme. Les nouveaux militants peuvent « zapper » d’un engagement à l’autre, en fonction de l’actualité, de leurs réseaux d’amis, de leurs préoccupations du moment… C’est ce constat qui a amené les trois organisations d’Oxfam-en-Belgique à lancer le projet « Oxfam-en-action », un réseau de jeunes « activistes » qui peuvent organiser des actions médiatiques ou d’interpellation lors de manifestations, festivals ou autres événements. Voir www.oxfam.be/action/

Pour atteindre tous ces objectifs, différents moyens sont mis en œuvre : la mobilisation citoyenne et les campagnes de sensibilisation, le plaidoyer auprès des décideurs politiques et économiques, l’éducation au développement, la mise en place et la participation à des réseaux,…En mobilisant les consommateurs et les citoyens, en faisant pression sur des gouvernements et des multinationales, Oxfam veut changer les mentalités et présenter le commerce équitable comme un outil,parmi d’autres, pour lutter contre la pauvreté et permettre aux producteurs de vivre dignement. Une vision partagée par de nombreux experts, dont Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation [[highslide](4;4;;;)

Voir Le Soir du29 septembre 2010

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Le commerce équitable est une manière de répondre à un problème microéconomique qui est celui du rapport de force défavorable aux petits producteurs dans la chaîne de production alimentaire, souligne-t-il. Il permet de supprimer les intermédiaires, de redonner du pouvoir aux agriculteurs tout en les protégeant contre des prix trop bas et trop volatils. Cet aspect microéconomique est important. En tant que rapporteur des Nations unies, je suis frappé de voir comment, dans les cénacles internationaux, on réfléchit toujours en termes macroéconomiques. On s’intéresse à la progression des prix des produits agricoles, sans chercher à savoir qui en profite. Ce sont rarement les petits producteurs mais bien les intermédiaires (…).

Les défis d’Oxfam dans son approche du commerce équitable

Le commerce équitable est né en réaction au commerce inéquitable. Il constitue une alternative à un système économique dont il dénonce les dérives sociales et environnementales. Mais pour pouvoir subsister, le commerce équitable est par sa nature lié à son activité commerciale. Autrement dit, il faut à la fois expliquer les raisons d’être du commerce équitable, et donc les impacts négatifs du commerce traditionnel, tout en adoptant un discours « commercial » afin de vendre les produits. Sans oublier de montrer tout ce qu’on peut faire grâce au commerce équitable, en expliquant le projet politique des partenaires. Ces dimensions éducatives, politiques et commerciales sont indissociables. Si on fait abstraction de l’une d’entre elles, c’est tout le concept du commerce équitable qui perd de sa spécificité, même s’il n’est pas possible de les mettre partout et tout le temps au même niveau.

Ce nécessaire équilibre entre ces 3 pôles du commerce équitable constitue un défi à relever constamment. Afin de garantir une cohérence dans sa communication autour de ces pôles, Oxfam-Magasins du monde a adopté récemment l’approche PPP, pour « Produit – Partenaire – Projet politique ». Pour Oxfam-Magasins du monde, l’alternative de commerce équitable mise à disposition du consommateur (le produit) n’a de sens que s’il permet de sensibiliser aux enjeux rencontrés par les producteurs du Sud (le partenaire) et à une démarche de changement plus globale, en vue de rendre le système économique plus juste (le politique). Cette approche PPP permet de nous positionner par notre activité commerciale comme créateur de changement au Sud et au Nord, et renforce la cohérence de notre discours. Cette approche implique de replacer le partenaire de commerce équitable au cœur de notre communication et de nos programmes d’éducation, tout en menant des activités commerciales d’importation et de distribution de produits issus du commerce équitable.

Cette analyse n’a pas comme objectif d’étudier en profondeur les évolutions dans les pratiques de commerce équitable, mais il nous semble intéressant de les mentionner, car elles sont au cœur des débats qui agitent Oxfam-Magasins du monde. Ainsi, alors que se développe dans le Sud le concept de commerce équitable « Sud-Sud » (soit sur le marché national, soit entre pays du Sud d’une même région), il existe également au Nord, surtout en Europe, un débat autour des produits locaux respectueux de l’environnement, comme alternative à la grande distribution et visant également une relation plus directe entre producteurs (essentiellement les agriculteurs) et consommateurs. Certaines organisations de commerce équitable comme Ethicable et Alter Eco en France ont déjà franchi le pas, et proposent « une nouvelle gamme de produits issus de l’agriculture française biologique et équitable ». Sans aller aussi loin, Oxfam-Magasins du monde cherche aussi à s’inscrire dans une démarche politique et commerciale soutenant les petits agriculteurs du Nord qui résistent au modèle tout puissant de l’agro-industrie. Une démarche assez logique finalement, à l’heure où Oxfam International lance une grande campagne en faveur de l’agriculture paysanne, comme solution pour nourrir le monde et refroidirla planète. Oxfam-Magasins du monde a ainsi décidé de lancer des projets pilotes de distribution de paniers bio dans 8 de ses magasins. Mais cette évolution vers ce que certains appellent un commerce équitable « Nord-Nord » est encore à ses balbutiements, et il est encore trop tôt pour en mesurer l’impact.

Trois évolutions majeures en construction pour Oxfam-Magasins du monde

Après 35 ans d’existence, Oxfam-Magasins du monde se trouve à un moment charnière de son histoire. L’organisation est confrontée à trois grands défis :

Le rapprochement des 3 Oxfam de Belgique

Ce rapprochement est déjà en cours. Il vise à renforcer les synergies entre 3 organisations qui ont évolué de manière assez autonome, tout en partageant une vision très largement commune du développement et dela justice. Deplus en plus, il s’agira de porter un même message vers les citoyens et le politique, au travers de campagnes intégrées, de partager une même approche du développement avec nos partenaires, de développer des synergies commerciales. Une manière aussi de rendre la famille d’Oxfam-en-Belgique plus compréhensible aux yeux de l’opinion publique.

Un positionnement politique et de nouveaux modes de mobilisation

Oxfam-Magasins du monde inscrit son action dans un monde en pleine évolution : la crise du modèle capitaliste, les changements climatiques, les rapports Nord-Sud marqués par l’apparition des nouveaux pays émergents, le mouvement de relocalisation de la production… En Belgique aussi, sans parler de la crise politique, le contexte socio-économique évolue. La crise du système économique touche aussi les citoyens belges, les agriculteurs sont aux abois. La manière de s’engager change, le bénévolat évolue tandis que de nouvelles formes de militantisme apparaissent, dont certaines visent à redonner une place au citoyen-consommateur. Le succès des GAC et des GAS est révélateur de cette tendance. Oxfam-Magasins du monde devra trouver sa place dans ce nouveau contexte tant international que national.

L’évolution vers un nouveau modèle économique

La crise économique a affecté de manière importante les ventes des Magasins du monde Oxfam au cours des années 2009 et 2010, surtout  dans le secteur « artisanat ». Confrontées à la même situation, d’autres organisations, comme Oxfam-Irlande, ont décidé d’arrêter leur activité de commerce équitable. Par ailleurs, de plus en plus d’enseignes de la grande distribution proposent des produits de commerce équitable, parfois sous leur propre marque. Dans ce contexte, il est fondamental de réfléchir à la pertinence du modèle économique d’Oxfam-Magasins du monde, qui pourrait être amené à évoluer de manière profonde dans les années à venir..

Notons enfin qu’Oxfam-Magasins du monde, c’est aussi un réseau d’une trentaine de magasins de vêtements de seconde main. Mais nous ne traiterons pas dans cette analyse du secteur « seconde main », dont les enjeux sont assez différents de ceux du commerce équitable.

Les trois organisations d’Oxfam-en-Belgique

Au cours de son histoire, Oxfam a évolué et s’est subdivisée en trois organisations, qui forment ensemble Oxfam-en-Belgique :

Oxfam Solidarité est la seule organisation d’Oxfam à garder une structure nationale. Elle soutient des projets de développement et collabore, dans plus de 25 pays du Sud, avec des organisations partenaires qui travaillent pour un véritable changement social. L’organisation rassemble aussi plus de 40 magasins de seconde main de vêtements, ordinateurs, livres, meubles et divers. www.oxfamsol.be

Oxfam Wereldwinkels (OWW) est le mouvement de commerce équitable de Flandre. Il rassemble à ce jour plus de 200 magasins locaux. Dépendant d’OWW, Oxfam-Fairtrade (OFT) est la coopérative qui importe et distribue les produits alimentaires. www.oww.be et www.oft.be

Oxfam-Magasins du monde, est l’équivalent d’OWW en Belgique francophone, mais s’est spécialisé dans l’importation et la distribution de produits non-alimentaires, principalement dans l’artisanat. Oxfam-Magasins du monde a aussi développé un projet de commerce solidaire basé sur la collecte et la vente de vêtements de seconde main. Un pourcentage de la vente des vêtements sert à financer des projets de développement dans le Sud. www.omdm.be

Les trois composantes d’Oxfam-en-Belgique mènent des campagnes d’information et de sensibilisation, ainsi que des projets d’éducation auprès de la population belge. Elles font également pression sur le monde politique et économique. Depuis quelques années, elles ont renforcé leur collaboration.

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