Journée Mondiale de l’Alimentation

La Journée mondiale de l’alimentation a lieu chaque année depuis 1981, à l’initiative de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à la date anniversaire de la création de cette institution le16 octobre 1945.

La résolution de la 20ème Conférence Générale dela FAO qui l’instaure en 1979 fait notamment référence à la déclaration dela Conférence Mondiale de l’Alimentation de 1974, selon laquelle aucune personne ne devrait plus souffrir de malnutrition. Le but de cette journée mondiale est d’attirer un maximum d’attention sur le sort des victimes de la faim et de la malnutrition, et d’encourager les populations et les responsables politiques du monde entier à lutter contre la faim. Chaque année est mise en relief une thématique particulière sur laquelle l’organisation souhaiterait centrer ses activités.

Au-delà de son caractère officiel,la Journée Mondialede l’Alimentation (JMA) est aussi devenue un moment-clef pour de nombreuses organisations de la société civile travaillant autour des questions de pauvreté et d’alimentation pour plaider en faveur de politiques qui permettent de réaliser le droit à l’alimentation de tous les habitants de la planète.

La JMA2011 est considérée par Oxfam comme une excellente opportunité pour faire entendre les revendications qui sont au cœur de la campagne « Cultivons ».

Éradiquer la faim dans le monde

En 1995, Jacques Diouf, Directeur général dela FAO, observe la persistance d’une sous-alimentation généralisée et s’inquiète quant à la capacité de l’agriculture de satisfaire les besoins alimentaires à venir. Les stocks céréaliers mondiaux sont tombés à cette période à leur niveau le plus bas depuis le début des années 70, entraînant de fortes hausses des prix, et l’aide alimentaire a diminué de près de moitié au cours des trois années précédentes. Un électrochoc mondial est nécessaire pour que la question alimentaire soit réellement prise au sérieux.La FAOorganise donc en 1996 le Sommet Mondial de l’Alimentation – 825 millions de personnes souffraient alors de sous-alimentation.

De ce sommet, il en ressort un projet pour le moins ambitieux : éradiquerla faim dansle monde. Les représentants de 185 pays et de l’Union Européenne s’engagent pour cela par étapes. Dans un premier temps, pour 2015, l’objectif est de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées – ce qui s’inscrira par après comme le premier des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et qui sera encore réaffirmé lors du deuxième Sommet Mondial de l’Alimentation en 2002. Si la réalisation de cet objectif avait été en bonne voie, le monde aurait compté environ 550 millions de sous-alimentés en 2009…

Malheureusement,la FAOestime qu’en 2009 la barre symbolique du milliard de victimes de la faim est dépassée -1.02milliard, soit plus d’une personne sur sept! Une situation qui s’explique en partie par la flambée spectaculaire des prix des matières premières agricoles en 2007-2008 et la crise financière. C’est dire si les Etats peuvent être tenus en échec pour près de quinze années de lutte contre la faim !

De plus, le contexte actuel – raréfaction des ressources naturelles, montée et instabilité des prix agricoles, problèmes climatiques, etc. – porte à penser que la situation de la faim dans le monde ne peut que s’aggraver s’ils ne réagissent pas à temps. La préoccupation quant à la sécurité alimentaire mondiale gagne alors les esprits d’un nombre de plus en plus important de personnes à travers le monde.

JMA 2009 – « Atteindre la sécurité alimentaire en temps de crise »

En 2009,la JMAa donc pour objectif de stimuler les Etats à prendre leurs responsabilités face à la crise alimentaire et de les amener à imaginer de nouvelles mesures pour véritablement éradiquer la faim dans le monde. Parallèlement, ces mêmes Etats, gagnés par la même préoccupation, discutent déjà entre eux de la sécurité alimentaire mondiale. Et cela, dès le sommet du G8 en 2008 au Japon, et de 2009 en Italie.

L’échec de l’éradication de la faim dans le monde est principalement attribué à une absence totale de réelle gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire. Les initiatives et politiques privilégiées par les diverses institutions internationales concernées de près ou de loin par la question [[highslide](1;1;;;)

Banque Mondiale, Fond International de Développement Agricole (FIDA), Organisation Mondiale du Commerce (OMC), Programme Alimentaire Mondial (PAM), Fond Monétaire International (FMI)…

[/highslide]] ne sont ni coordonnées, ni mises en cohérence les unes avec les autres. Et le constat ne s’applique pas uniquement à l’échelle internationale. Il n’est en effet pas rare de voir des représentants d’un même gouvernement s’exprimer de manière radicalement différente selon l’institution à laquelle ils s’adressent.

Le Sommet Mondial surla Sécurité Alimentaire, en novembre 2009, s’inscrit dans le cadre de cette réflexion et vise à doter les Etats et les institutions internationales d’une structure capable d’impulser plus de cohérence et de coordination dans leurs réponses face à la crise alimentaire. Les Etats confient cette responsabilité au Comité de Sécurité Alimentaire dela FAOqui doit définir un cadre stratégique global pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de manière durable, répondant à un calendrier précis d’actions.

Le Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale
Créé en 1974, le CSA est un organisme intergouvernemental servant d’instance au sein du système des Nations Unies pour l’examen et le suivi des politiques relatives à la sécurité alimentaire mondiale, y compris la production et l’accès (économique et physique) à la nourriture. (Site de la FAO)

Le regain de crédibilité de ce comité repose pour l’essentiel sur la réforme radicale de sa structure dont le but recherché est d’en faire (site dela FAO)

la plus importante plateforme internationale et intergouvernementale traitant de la sécurité alimentaire et de la nutrition.

Les différentes parties prenantes impliquées dans le système agroalimentaire mondial, dont les personnes touchées par les problèmes de la faim, ont désormais la possibilité de participer au processus décisionnel de ce comité. Si le droit de vote reste l’apanage des Etats membres, le monde académique, la société civile, les organisations paysannes, les institutions intergouvernementales internationales et le secteur privé sont autant d’acteurs dont l’avis comptera dorénavant dans la préparation et l’adoption des décisions.

Le Sommet Mondial sur la Sécurité Alimentaire donne aussi l’occasion à la FAO d’insister sur la nécessité d’inverser la tendance à la diminution des financements nationaux et internationaux consacrés à l’agriculture et de promouvoir de nouveaux investissements publics et privés dans ce secteur. Le CSA doit ici également jouer un rôle essentiel en assurant le suivi des engagements financiers des Etats, afin d’éviter que leurs promesses – comme celles faites lors du G8 à Aquila de mobiliser près de 22 milliards de dollars en 3 ans – ne se limitent à de simples effets d’annonce…

JMA 2010 – « Unis contre LA FAIM »

En 2010, la JMA donne une occasion de

reconnaitre les efforts réalisés dans la lutte contre la faim dans le monde au niveau national, régional et international.

 Tout le monde s’accorde en effet pour saluer les évolutions positives qui sont en cours. Et, avec la retombée du nombre de personnes sous-alimentées à 925 millions, l’ambiance est à l’accalmie plus qu’à la tempête.

Est-ce à dire que l’ensemble des acteurs réunis parle d’ores et déjà d’une même voix et est unanime sur les mesures à prendre? Sans remise en question des principaux mécanismes de la sous-alimentation, cela s’avère peu probable [[highslide](2;2;;;)

Voir analyse Droit à l’alimentation

[/highslide]]… Si la création d’un dispositif démocratique derrière lequel tous les acteurs se retrouvent a de quoi réjouir, encore faut-il le faire vivre. Ce n’est donc que maintenant que commencent les véritables discussions sur l’avenir de l’agriculture mondiale, entre des parties prenantes de la dynamique du CSA dont les opinions peuvent être radicalement différentes.

Depuis le lancement du CSA, la question de la régulation des accaparements de terres apparait comme l’un des sujets prioritaires à discuter, vu l’ampleur et le caractère éminemment injuste du phénomène en cours de ces dernières années.

Accaparement de terres

Depuis quelques années, les meilleures terres agricoles – et corollairement les ressources en eaux qu’elles recèlent – font l’objet de convoitises de multiples acteurs, majoritairement privés et étrangers, qui les achètent ou les louent à très long terme en payant pour cela des sommes absolument dérisoires. Rien qu’entre 2006 et mi-2009, 50 millions d’hectares auraient fait l’objet de transaction de ce type – soit l’équivalent des surfaces agricoles de toutela France! Une évolution qui affecte principalement les pays d’Afrique, mais aussi l’Asie, l’Amérique Latine et même l’Europe Centrale. Les petits paysans de ces pays se retrouvent ainsi brusquement confrontés à une marchandisation à outrance de ce qui constitue pourtant le socle de base de leur activité. Déjà soumis à des régimes fonciers et à une distribution des terres et des ressources naturelles totalement inéquitables, trop peu de mesures sont prises par les Etats pour les protéger de l’arrivée massive de ces nouveaux investisseurs qui les mettent sous pression. Or, nombre des pays concernés par ce phénomène – comme l’Ethiopie, le Mozambique ou le Cambodge – sont déjà frappés par une énorme insécurité alimentaire, ce qui exacerbe encore plus les tensions sociales dans ces pays.

L’accélération brutale de ce phénomène s’explique par différents facteurs essentiels du contexte actuel. Premièrement, l’instabilité des marchés agricoles internationaux : certains pays confrontés à une raréfaction de leurs terres agricoles et/ou de leurs réserves en eau dépendent de plus en plus d’un marché alimentaire mondial pour nourrir leur population en plein essor. Afin d’éviter d’être victime d’une flambée des prix agricoles, ils investissent dans l’achat de terres étrangères, pour y faire produire en exclusivité les produits alimentaires bon marché dont ils ont besoin pour leur propre développement. De même, de vastes entreprises agroalimentaires procèdent aux mêmes types d’investissements afin de garantir l’approvisionnement des filières alimentaires dont dépendent leurs activités.

Deuxièmement, l’évolution des prix des produits agricoles est certes instable, mais tend globalement à la hausse. L’achat des terres les plus productives apparait donc comme un placement économique sûr, avec des rendements très élevés. Comme d’aucun le souligne [[highslide](3;3;;;)

Reza Vishkai, responsable des alternatives à Insight Investment, in AgCapita Newsletter, AgCapita Partners, Calgary, 25 juillet 2008.

[/highslide]] ,

la meilleure couverture contre la récession pour les 10 à 15 ans qui viennent est un investissement dans les terres agricoles.

Moyennant de solides investissements de départ, il est, en effet, possible de produire à faible coûts et vendre à prix fort les produits agricoles les plus recherchés sur les marchés internationaux.

Troisièmement, suite à la décision de l’Union Européenne d’incorporer 10% d’énergies renouvelables dans les transports à l’horizon 2020 et celle des Etats-Unis d’aller dans le même sens, la demande croissante en agrocarburants a explosé. Malgré un bilan très mitigé quant aux émissions de CO² qu’ils permettent d’économiser, la recherche de terre pour les produire s’est fortement intensifiée. Rien que pour 5 pays – Ethiopie, Ghana, Madagascar, Mali et Soudan – ce sont ainsi près de 1,1 millions d’hectares qui ont été achetés rien que pour produire les agrocarburants.

Quatrièmement, le développement du marché du carbone, inscrit dans la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique (CCNUCC) comme l’un des mécanismes clé du programme de lutte contre le réchauffement climatique – acheter des « droits de polluer » en un lieu donné contre la mise en œuvre de programmes de séquestration du carbone ailleurs. Il pourrait ainsi être fait mainmise sur de larges extensions de terres dans l’unique objectif d’y séquestrer du carbone et non d’y produire des biens alimentaires ou encore de préserver la biodiversité, l’environnement, garantir des emplois agricoles, etc.

L’accaparement de terres, une réalité au Mali

Le gouvernement malien a cédé plus de100.000 hectaresde terres à l’entreprise libyenne Malibya. Ces terres sont destinées à la production de riz, à l’élevage et à la transformation. Le projet s’inscrit dans le cadre d’une initiative nationale qui, à l’échelle des populations locales, est supposée aider les paysans à augmenter leur production agricole et à atteindre l’autosuffisance alimentaire. Mais les conséquences de cet accaparement de terres sont très préjudiciables pour les populations locales : expropriations avec faible dédommagement, concurrence pour l’approvisionnement en eau et biodiversité menacée. Par ailleurs, les semences hybrides utilisées pour le projet sont inaccessibles à la majorité des paysans locaux, car elles nécessitent une mécanisation poussée, l’utilisation d’intrants chimiques et un rachat annuel de semences.

Face à cette ruée vers les terres arables, que d’aucuns qualifient de « néocolonialisme », une politique foncière crédible au niveau international fait encore largement défaut. Certes, la Banque Mondialepréconise bien, dans un rapport rendu public en septembre 2010, d’encadrer les investissements dans les terres arables par un code de bonne conduite [[highslide](4;4;;;)

Rising Global Interest in Farmland. Can it yield sustainable and equitable benefit?, The World Bank, 2011

[/highslide]]. Ce code volontaire devrait, selon elle, reposer sur quelques principes clés : le respect des droits et des ressources locales ; l’assurance de la sécurité alimentaire pour les populations ; la transparence et la bonne gouvernance ; la consultation et la participation des acteurs locaux. Enfin, ces investissements devraient être “responsables” d’un point de vue social et environnemental. Mais, les contours de ce code sont imprécis, et cautionnent des pratiques décriées par un grand nombre d’acteurs de la société civile. Par ailleurs, la Banque Mondiale est elle-même mal prise dans les débats dans la mesure où l’institution investit également dans l’acquisition de très larges extensions de terres [[highslide](5;5;;;)

(Mis)investment in agriculture, Shepard, A., Mittal, D., The Oakland Institute, 2010.

[/highslide]].

Dans ce cadre, la discussion lancée par le CSA autour de Directrices Volontaires portant sur la gouvernance responsable de la propriété foncière et des ressources naturelles apparait comme un véritable pas dans le bon sens. Elles participent à la construction d’une régulation du phénomène de l’accaparement des terres au niveau mondial en prodiguant aux Etats, à la société civile et au secteur privé des orientations et des conseils en matière de gouvernance responsable des terres et des ressources naturelles. Elles visent à faire en sorte que ces ressources soient exploitées en tant que moyens de lutte contre la faim et la pauvreté, de protection de l’environnement, et donnent, pour cela, des indications claires de ce qui doit être réformé dans l’administration publique des Etats. Si, à terme, le document ne prétend pas encore de mesures contraignantes, il a le mérite de présenter un accord commun entre les différentes parties prenantes du CSA sur qu’il est urgent d’entreprendre dès aujourd’hui.

Journée Mondiale de l’Alimentation 2011 – rappelons les engagements des Etats

Dès le départ, Oxfam a pris part, aux côtés de ses partenaires, au processus de construction de ces Directives Volontaires, avec la ferme intention de peser dans les débats pour leur donner un maximum de cohérence et les mettre en lien avec le respect des droits de l’homme fondamentaux : s’alimenter, se loger, travailler, égalité entre hommes et femmes…

Tout ce travail aboutira au CSA en Octobre 2011 [[highslide](6;6;;;)

Le positionnement d’Oxfam-en-Belgique est disponible sur le site de la Coalition Contre La Faim

[/highslide]]. Il sera soumis aux Etats qui décideront ensemble du contenu définitif des Directives Volontaires en tenant compte des avis des différentes parties prenantes.

La Journée Mondialede l’Alimentation 2011 précède d’une semaine la rencontre du CSA. C’est le moment opportun pour faire connaitre l’indignation de la société civile mondiale à l’égard du phénomène d’accaparement de terres, qui constitue l’un des premiers obstacles à l’éradication de la faim dans le monde. C’est le message que nous porterons pour agrémenter la thématique quela FAOsouhaitera mettre en avant pour 2011.

Corentin DAYEZ
Service politique 

Sources :

  • www.fao.org/cfs
  • Delvaux, F., La réforme du comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale, Document de travail, avril 2011
  • Parmentier, S., « L’éradication de la faim est un vœu pieux », In Badie B., Vidal D. (sous la direction de), L’état du monde 2011. La fin du monde unique, La Découverte, septembre 2010, p. 153-158.
  • http://www.csa-be.org/spip.php?article575
  • Le Sommet mondial de l’alimentation – Juin 1999…, Archives de documents de la FAO
  • What is the committee on World Food Security and why does it matter ? Briefing Note, Oxfam
  • Dayez, C., Parmentier, S., L’agriculture paysanne peut nourrir le monde et refroidir la planète, Etude Oxfam-Magasins du monde, 2010
 

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