Forum Européen pour la Souveraineté Alimentaire

Le Forum Nyéléni Europe 2011 s’est déroulé du 16 au 21 août à Krems en Autriche. Plus de 400 participants de 34 pays européens y ont échangé visions et expériences concernant la souveraineté alimentaire. La Belgique en était, avec une forte délégation constituée par des membres d’organisations [[highslide](1;1;;;)

Parmi les organisations présentes : Vredeseilanden, Wervel, Voedselteams, JNM, Oxfam-Solidarité, Agenda21, BioForum, FUGEA, Mouvement d’Action Paysanne, Rencontre des Continents, Quinoa, Le Début des Haricots.

[/highslide]], des paysans, des consommateurs et des militants. Engagé aux coté des paysans du Nord et du Sud, Oxfam-Magasins du monde a fait partie de la délégation et s’est rendu au Forum, source d’inspirations multiples pour le suivi de la campagne Cultivons !

La Souveraineté Alimentaire

Le concept de Souveraineté Alimentaire est entendu comme :

Le droit des peuples et des États à déterminer eux-mêmes leurs politiques alimentaires et agricoles, sans porter atteinte à autrui. Ce droit inclut : le droit à une alimentation de qualité, culturellement appropriée ; le droit à des revenus décents où les prix agricoles couvrent les coûts de production et permettent de vivre dignement d’une activité agricole ; le droit à l’accès et à une répartition équitable des moyens de production ; le droit de protéger et de réglementer la production et le commerce agricole afin qu’ils répondent aux attentes de la société et respectent l’environnement.

Sécurité alimentaire

Même s’il n’existe pas de définition universelle de la sécurité alimentaire, elle peut être grosso modo être entendue comme « La capacité d’assurer que le système alimentaire fournit à toute la population un approvisionnement alimentaire nutritionnellement adéquat sur le long terme ». [Padilla 1997] Le concept ne traduit qu’un intérêt pour les quantités d’aliments disponibles – la sécurité alimentaire peut en effet être atteinte en important la totalité des aliments.

La souveraineté alimentaire va plus loin et amène une réflexion de fond sur l’organisation du système alimentaire actuel – ce qui importe c’est qui produit, comment et pour la satisfaction de quels besoins.

Ce concept a été développé par la Via Campesina et porté pour la première fois au débat public à l’occasion du Sommet Mondial de l’Alimentation – évènement extraordinaire organisé par la FAO en 1996, censé produire un électrochoc mondial pour que la question de la sécurité alimentaire soit prise davantage au sérieux [[highslide](2;2;;;)

A ce sujet, voir l’analyse « Journée Mondiale de l’Alimentation » de notre cahier thématique #3, Cultivons, juin 2011

[/highslide]]. La Souveraineté Alimentaire y est présentée comme une alternative aux préceptes néolibéraux qui prédominent fortement les débats officiels de ce sommet.

La première vertu du concept est d’être parvenu à mettre le doigt sur le profond déficit démocratique existant dans le processus décisionnel des politiques agricoles et alimentaires au niveau mondial. En effet, face aux intérêts des acteurs de l’agrobusiness, qui concentrent un pouvoir de marché démesurés[[highslide](3;3;;;)

A ce sujet voir La Déclaration de Berne, AGROPOLY – Ces quelques multinationales qui contrôlent notre alimentation, Vers un développement solidaire #216, juin 2011

[/highslide]] et d’influence politique considérable, le monde paysan et le reste de la société civile ne pèsent pas bien lourd.

Forum Nyéléni

L’histoire de Nyeleni

Nyéléni était la fille unique d’un couple de paysans maliens, à une époque où n’avoir qu’un enfant, et de surcroit une fille était une honte. Malgré ce contexte défavorable, Nyéléni devint une paysanne très respectée qui subvint aux besoins de sa propre famille et de beaucoup d’autres personnes grâce à son dur labeur et à son ingéniosité en matière de production et de transformation alimentaire. On lui attribue le développement de la céréale locale appelée « fonio » qui, des années plus tard, est toujours une culture vivrière importante. Tout un symbole aujourd’hui repris par les acteurs qui veulent défendre la souveraineté alimentaire.

Le principe de Souveraineté Alimentaire encourage le développement de modèles alternatifs de production, de distribution et de consommation. Il amène à sortir d’une logique néolibérale qui donne un rôle central aux marchés et à la libéralisation du commerce et qui considère que seuls les marchés internationaux peuvent résoudre la question de l’insécurité alimentaire.

Depuis 1996, la souveraineté alimentaire a retenu l’attention d’une grande diversité d’acteurs : mouvements sociaux, environnementaux, ONG de développements, consommateurs,… Toutes les composantes de la société civile sont en effet invitées à participer à la réalisation de ce projet. Le sujet est au cœur des discussions de très nombreux forums et de l’action de multiples réseaux qui se mettent en place [[highslide](4;4;;;)

Forums Sociaux Mondiaux, campagne More and Better, réseau “Notre Monde n’est pas une marchandise”, manifestation contre l’OMC, Forum des ONG sur la Souveraineté alimentaire, etc.

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La Souveraineté Alimentaire nous concerne tous !

« La souveraineté alimentaire n’est pas une proposition de réforme sectorielle destinée à ne bénéficier qu’aux producteurs d’aliments qu’ils soient paysans ou pêcheurs. Au contraire, la souveraineté alimentaire à des répercussions sur l’ensemble des autres secteurs de la société, en garantissant des prix décents aux paysans, elle leur permet de vivre dans leur communauté et limite l’exode vers les centres urbains ; c’est une proposition citoyenne globale qui n’aura de chance d’aboutir et d’être adoptée sur la scène internationale que si elle est activement supportée par des secteurs de la population qui ne produisent pas directement leur alimentation. » [www.nyeleni.org]

En 2007, différents mouvements sociaux prennent l’initiative d’organiser à Selingué, au Mali, une rencontre internationale de tous ces acteurs qui travaillent à la réalisation concrète de la Souveraineté Alimentaire à travers le monde – le Forum de Nyeleni. Durant cinq jours, les participants ont pu réaffirmer ce qu’est la Souveraineté Alimentaire et préciser quelles étaient les implications concrètes qui en découlaient pour la politique agricole et alimentaire dans leurs propres régions et pays. Ensemble, ils se sont mis d’accord sur un programme d’action international établissant une référence commune pour tous. En Belgique, la Plate-forme Souveraineté Alimentaire rassemble les organisations agricoles et paysannes, les organisations de solidarité internationale, les organisations d’environnement et les organisations de consommateurs autour de ce programme d’action international.

Ce Forum se veut le démarrage de démarches similaires partout dans le monde, pour identifier et renforcer les luttes pour la Souveraineté Alimentaire. Le Forum Nyéleni-Europe est le premier à avoir été mis sur pied. Il faut dire que les organisations européennes sont particulièrement conscientes de l’impact négatif sur le reste du monde des politiques menées par leurs institutions, et du modèle agroalimentaire qu’elles promeuvent. Mais, la question ne se pose pas uniquement vis-à-vis de l’extérieur. La Souveraineté Alimentaire, c’est également un enjeu spécifique à l’intérieur même des frontières européennes.

A qui profite la Politique Agricole Commune (PAC)?

Créée en 1962, la PAC avait pour but d’assurer la sécurité alimentaire des populations et l’indépendance alimentaire de l’UE. Son objectif était d’accroitre la productivité agricole et d’améliorer les revenus des agriculteurs tout en maintenant des prix raisonnables pour les consommateurs. Mais, aujourd’hui, l’Europe produit trop et exporte ses excédents dans le Sud, portant ainsi préjudice aux marchés locaux. Les réformes successives de la politique européenne sont essentiellement dictées par les exigences imposées par la libéralisation des marchés : il faut rendre la production compétitive sur les marchés. Ce contexte favorise essentiellement les grosses exploitations industrielles et sert surtout aux intérêts des intermédiaires. Les prix payés aux agriculteurs sont en effet totalement écrasés – ce n’est pas un hasard si de 2000 à 2009, l’UE a perdu 25% de ses actifs agricoles (3.6 millions d’emploi !). Quant au consommateur, il ne bénéficie que très peu des matières premières à bas-prix, qui profitent essentiellement aux intermédiaires de la chaine de l’agroalimentaire, mais il en subit toutes les conséquences néfastes sur sa santé et son environnement.

[Bulletin Nyeleni #5]

Vers une déclaration européenne commune

Nyeleni 2011 La Souveraineté Alimentaire écrite dans les différentes langues européennes !

La volonté d’aboutir à une déclaration finale au forum de Nyeleni et de parvenir à dresser un plan d’action à l’échelle européenne structure l’organisation globale du ce forum européen. L’objectif est en effet de parvenir à mettre en marche un mouvement européen pour la Souveraineté Alimentaire partageant une même vision.

La réussite de cet objectif tient pour beaucoup au dispositif méthodologique choisi pour favoriser un débat démocratique et ouvert entre les participants. Il y a d’abord des considérations très pratiques comme celles des langues – des traductions simultanées en français, anglais, espagnol, roumain, allemand sont assurées en permanence par des bénévoles – la gestion des débats et des comptes rendus des réunions pour faire avancer le travail général – les compétences de chacun sont ici toutes mises à contribution. Mais, c’est également l’aménagement du temps et des espaces pour veiller à ce que tous les points de vue soient entendus, et que les avancées en sous-groupes soient communément partagés. Des rencontres spécifiques sont organisées dans ce sens pour partager ce qui s’échange dans les ateliers:

  • exclusivement pour les femmes
  • exclusivement pour les jeunes
  • échanges entre 6 sous-régions européennes
  • échanges entre groupes d’intérêt spécifiques : producteurs/consommateurs/travailleurs/ONG

Le texte de la déclaration finale reflète l’organisation des débats en cinq axes thématiques traduisant les grands enjeux liés à la réalisation de la Souveraineté Alimentaire en Europe.

  1. L’évolution de nos modes de productions
  2. La distribution de nos biens alimentaires
  3. Le travail et les conditions sociales tout au long de la chaine alimentaire
  4. L’accès à la terre et aux ressources nécessaires pour produire
  5. Les politiques agricoles et alimentaires

Trois questions-clés étaient adressées aux participants autour de ces axes thématiques: Que voulons-nous ? Qu’est-ce qui s’oppose à nous ? Que voulons-nous faire ? La déclaration La Souveraineté Alimentaire en Europe Maintenant ! rend compte de manière concise de leurs réponses et constitue la première référence commune entre les différents acteurs européens sur ce qu’ils veulent entreprendre ensemble [[highslide](5;5;;;)

Elle est disponible sur www.nyeleni2011.net

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Reprendre le système alimentaire en mains

Le mouvement européen pour la Souveraineté Alimentaire a également pu se renforcer grâce aux multiples échanges informels entre participants du Forum de Nyeleni. En parallèle d’un programme officiel, nombreux sont les temps et les espaces permettant d’apprendre à mieux se connaitre et à mieux comprendre les alternatives concrètes aux modes actuels de production, de distribution et de consommation qui sont défendues localement partout en Europe. S’inscrivant clairement dans cette logique:

  1. Le « marché aux idées » permet à chacun de présenter sur un stand son action de terrain au grand public, ce qui permet de susciter de nouvelles idées et des synergies entre acteurs.
  2. La mise à disposition de locaux pour l’organisation de réunions spontanées entre participants qui leur permettent de mettre des projets communs en route ou de renforcer leurs stratégies communes.
  3. L’organisation d’excursions vers des lieux d’expérimentations concrètes de lutte pour la Souveraineté Alimentaire.

La richesse de ces échanges tient notamment du fait que le panel des participants est extrêmement varié. Le forum n’est en effet pas uniquement le lieu de rencontre entre experts, mais bien celui de toutes les composantes de la société civile, avec les modes de réflexion et d’actions qui leur sont propres. Beaucoup d’actions sont en effet pertinentes et complémentaires pour défendre la Souveraineté Alimentaire : actions directes, pétitions, groupement d’achat et de soutien à la paysannerie, modules pédagogiques, théâtre-action, plaidoyer, coopératives, films,…

Le Kata de la houe, inventé en Suisse lors d’une première manifestation pour la Souveraineté Alimentaire, consiste en une performance scénique inspirée de l’art martial Shaolin pour démontrer la détermination des manifestants à défendre la Souveraineté Alimentaire.

Vu au marché aux idées ! Les fruits et les légumes de cet étal ont tous été récoltés dans les poubelles des supermarchés de Krems par un collectif local. Une initiative qui sustente et fait réfléchir sur les quantités de nourriture gaspillées chaque jour en Europe !

Le Forum est également à ce titre un lieu d’expérimentation de ces différents modes d’action. Une manifestation est, par exemple, organisée devant les supermarchés de Krems pour questionner le mode d’organisation de nos chaines alimentaire en Europe. Un potager urbain est ouvert au cœur même de la ville. Le « kata de la houe », l’interpellation scénique des paysans, est enseigné à tous les participants du Forum.

Forts de ces différents échanges, les participants du Forum disposent maintenant de nombreux outils pour poursuivre leur combat pour la Souveraineté Alimentaire dans leurs régions. La délégation belge revient de Krems renforcée et avec la ferme intention de se retrouver à des moments-clés pour mener des actions communes en ce sens.

La Journée Mondiale de l’Alimentation, le 16 octobre 2011, lui donnera l’occasion de traduire pour la première fois cette intention en actes !

Corentin DAYEZ, Service Politique

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