Communes et commerce équitable : deux campagnes complémentaires

Pour la troisième fois consécutive [[highslide](1;1;;;)

Après « Ma commune c’est pas le bout du monde » en 2000 et « Ça passe par ma commune » en 2006.

[/highslide]], Oxfam-Magasins du monde et d’autres organisations actives en Belgique francophone (CNCD-11.11.11, achACT, écoconso, Inter-Environnement Wallonie…) rassemblent leurs forces en vue des élections communales d’octobre 2012 pour interpeller les candidats aux élections sur les possibilités d’agir sur différentes facettes au niveau communal pour un développement durable, social et solidaire. Avec cette analyse rédigée un an avant les élections communales, nous souhaitons présenter des pistes pour les communes désireuses de s’engager au quotidien pour le commerce équitable.

Le commerce équitable : une réponse à l’injustice commerciale

Lorsque les pionniers du commerce équitable ont mis en place leurs premières filières commerciales alternatives, ils ont d’abord voulu apporter une réponse aux injustices du commerce conventionnel. Le slogan « Trade, not Aid » (« du commerce, pas de l’aide »), porté par les représentants des Etats du Sud lors de la réunion de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) en 1964, résume bien le principe à la base du commerce équitable. Pour réaliser l’objectif d’améliorer les conditions de travail et de vie des producteurs marginalisés, il faut leur donner l’occasion de participer aux échanges commerciaux dans des conditions équitables. Le pari du commerce équitable consiste donc à miser sur les compétences de producteurs organisés pour sortir de la pauvreté. Ce faisant, les acteurs du commerce équitable mettent en place des filières qui ont valeur d’exemple, démontrant ainsi qu’une autre manière de faire du commerce est possible.

Une définition largement reconnue du commerce équitable

« Le commerce équitable est un partenariat commercial basé sur le dialogue, la transparence et le respect, qui recherche une plus grande équité dans le commerce international. Il contribue au développement durable en apportant des meilleures conditions commerciales, assurant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés des pays du Sud. Les organisations du commerce équitable, soutenus par les consommateurs, sont activement engagées dans l’aide aux producteurs, dans la sensibilisation et dans les campagnes pour changer les règles et les pratiques du commerce international conventionnel ».

Extrait de la « Charte des principes du commerce équitable » définie par les deux principales organisations internationales de commerce équitable : WFTO et Fairtrade International.

Un mouvement ancré chez les citoyens

Depuis ses débuts, le commerce équitable a beaucoup évolué et les organisations non gouvernementales des débuts ont vu arriver de nouveaux acteurs.

  • Les produits proposés aux consommateurs se sont diversifiés et leur qualité s’est améliorée.
  • Dans les pays du Nord, grâce aux actions de sensibilisation menées par les organisations du secteur, un grand nombre de citoyens et de collectivités ont décidé d’opter pour le commerce équitable. De la sorte, ils participent à une initiative concrète de justice économique et envoient un message en faveur de la justice dans les pratiques commerciales.
  • Dans les pays du Sud, le nombre de bénéficiaires du commerce équitable a lui aussi augmenté. En outre, les organisations du Sud sont de mieux en mieux structurées au sein de réseaux nationaux et régionaux qui permettent de renforcer leurs projets et leurs discours. Enfin, le commerce équitable vise de plus en plus les marchés du Sud, où de nombreux consommateurs sont désireux de participer à des échanges commerciaux plus équitables.

Les garanties offertes aux consommateurs

Au niveau des garanties offertes sur le respect des principes du commerce équitable, deux grandes filières coexistent.

La filière dite « intégrée » est celle mise sur pied par les fondateurs du commerce équitable. Pour prendre l’exemple de l’organisation la plus connue au niveau belge, Oxfam-Magasins du monde entretient des relations directes avec des dizaines d’organisations africaines, asiatiques et latino-américaines, sur base de critères définis par l’organisation. Ainsi, dans un Magasin du monde-Oxfam se trouve des produits d’organisations de commerce équitable du Sud, importés et distribués au Nord par une organisation de commerce équitable via son propre réseau.

La filière dite « labellisée » repose sur le principe de la labellisation des produits. Sur base de cahiers des charges bien définis, un organisme indépendant de certification vérifie que l’organisation de producteurs certifiée remplit bien les critères qui figurent dans le cahier des charges. Grâce à la certification, le produit peut être labellisé et vendu dans tous les canaux commerciaux par tous les opérateurs. Autrement dit, quand un supermarché vend des produits de sa propre marque labellisés équitables, ce n’est pas tout le supermarché qui est équitable, mais uniquement le produit sur lequel figure le label.

Comment impliquer la commune ?

Actuellement, les marchés publics représentent approximativement 5% du PIB belge. Un tel volume fait des pouvoirs publics des acheteurs susceptibles de contribuer efficacement à soutenir des projets dépendant de filières commerciales. Au-delà du volume d’achat, l’action des pouvoirs publics a une force d’exemple, car leurs comportements peuvent interpeller et influencer les citoyens dans leurs propres pratiques. C’est dans cet esprit que fonctionnent les campagnes « Ca passe par ma commune » et « Communes du commerce équitable ».

Ça passe par ma commune

La campagne « Ça passe par ma commune » a été lancée dans la perspective des élections communales d’octobre 2006. Au départ de citoyens et d’organisations actifs dans leurs communes, des interpellations ont été menées en direction des candidats aux élections communales afin de les amener à s’engager à œuvrer pour un développement durable, social et solidaire. Durant toute la mandature, les organisations impliquées dans la campagne ont développé un site internet mentionnant les engagements des communes, recensés via la réalisation d’un état des lieux annuel (www.capasseparmacommune.be). Cet état des lieux a constitué une occasion de mettre en avant les bonnes pratiques des communes et de favoriser les échanges d’expériences entre communes. Par ailleurs, le site de la campagne permet aux groupes locaux et aux communes de trouver des outils pertinents afin de les soutenir dans leur démarche.

La démarche mise en œuvre dans le cadre de la campagne se veut progressive, en permettant aux communes de situer leurs propres actions sur trois niveaux formant un continuum : l’engagement, le passage à l’acte et la systématisation. Ainsi, dans le cas du commerce équitable, la logique d’action des communes peut être la suivante :

  • Premièrement, la commune s’engage :
    • Le conseil communal vote une résolution par laquelle la commune marque son ambition de recevoir le titre de « Commune du commerce équitable ».
    • La commune consulte des fournisseurs spécialisés dans le commerce équitable pour connaître les produits disponibles.
  • Ensuite, elle passe à l’acte :
    • Elle organise chaque année un petit déjeuner Oxfam pour le personnel communal.
    • Elle organise des actions d’information et de sensibilisation à destination du personnel communal et des habitants de la commune.
  • Finalement, elle systématise :
    • Elle inscrit le commerce équitable comme critère de sélection dans ses marchés publics.
    • Elle reçoit le titre de « Commune du commerce équitable » et poursuit son engagement dans la durée.

Communes du commerce équitable

Initiée en l’an 2000 par un groupe de citoyens de la petite ville britannique de Garstang, cette campagne offre la possibilité à toutes les communes qui désirent s’engager avec leurs citoyens de recevoir le titre honorifique de « Commune du commerce équitable ».

Depuis son lancement à l’échelle locale, la campagne a gagné une stature internationale et la barre des 1 000 communes du commerce équitable a été officiellement franchie en juin 2011.

En Wallonie et à Bruxelles, la campagne est portée par plusieurs organisations actives dans le commerce équitable : Oxfam-Magasins du monde, Miel Maya et Max Havelaar. Concrètement, la campagne « Communes du commerce équitable » propose un outil pratique aux communes souhaitant s’engager dans le commerce équitable dans le cadre de leur participation à la campagne complémentaire qu’est « Ca passe par ma commune ».

Les communes souhaitant obtenir le titre doivent remplir six critères, au rythme qui leur convient le mieux. Différents acteurs locaux sont appelés à s’engager dans la campagne :

  1. L’autorité communale : vote d’une résolution faisant entrer formellement la commune dans la campagne. L’administration s’engage à consommer du café équitable et au moins un autre produit.
  2. Les commerces et établissements horeca : un certain nombre (en fonction du nombre d’habitants) de commerces et d’établissements horeca proposent à leurs clients des produits issus du commerce équitable et communiquent sur cette offre.
  3. Les entreprises, organisations et écoles : offre de produits du commerce équitable à destination de leurs publics et diffusion d’information sur leur engagement.
  4. Communication et sensibilisation : communication régulière vers les médias et organisation d’au moins un événement annuel de sensibilisation à destination du grand public.
  5. Comité de pilotage : constitué pour assurer l’engagement de la commune dans la durée et la mener vers l’obtention du titre.
  6. Produits agricoles locaux et durables : la commune ne limite pas son action au commerce équitable de produits du Sud et soutient une initiative en faveur des produits agricoles locaux et durables.

L’exemple de la première « Commune du commerce équitable » wallonne

Les communes bruxelloises d’Ixelles et de Bruxelles-Ville et les communes wallonnes de Mons, Fernelmont et Florennes sont les premières à avoir reçu le titre de « Commune du commerce équitable ». Dans le futur, d’autres communes d’ores et déjà engagées dans la campagne devraient recevoir le titre.

Le 21 septembre 2010, Mons est devenue la première « Commune du commerce équitable » de Wallonie. La Ville de Mons a, avec l’appui de citoyens, sensibilisé divers acteurs afin de remplir les six critères définis dans le cadre de la campagne. Du côté de la Ville de Mons, on identifie la participation d’une grande diversité d’acteurs et l’engagement collectif de ceux-ci comme les clés de la réussite de la campagne. Voici comment la Ville a élaboré son projet pour remplir les six critères afin d’obtenir le titre [[highslide](2;2;;;)

Source : www.cdce.be

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  1. Engager officiellement la Ville par une résolution votée au Conseil communal et une politique d’achats régulière de produits équitables : depuis 2007, l’administration s’approvisionne en café et jus équitables.
  2. Proposer une offre commerciale de produits du commerce équitable, au prorata du nombre d’habitants (Mons compte 91 000 habitants) : 19 commerces et 10 établissements horeca proposent désormais des produits équitables à leur clientèle. Faire découvrir la diversité et la qualité de l’offre équitable aux gérants a constitué une étape essentielle de cette démarche, notamment prise en charge par les bénévoles et la Gestion Centre Ville Mons.
  3. Encourager la sensibilisation et une consommation régulière de produits du commerce équitable au sein des organisations locales : écoles de tous niveaux, entreprises, centres sportifs, musées, théâtres, cinémas, etc. sont invités par la Ville à participer à la campagne en organisant des actions de sensibilisation pour leurs publics et en proposant des produits équitables à leur cafétéria et dans leurs distributeurs automatiques.
  4. Organiser des actions de sensibilisation au commerce équitable auprès du grand public : depuis plusieurs années, Mons propose de nombreuses activités pour sa « Dizaine du commerce équitable »: dégustations, expositions, animations, soirées équitables, etc. D’autres événements sont également l’occasion de mettre le commerce équitable à l’honneur à différents moments de l’année, comme par exemple la Fête du Chocolat et la Fête du Potiron.
  5. Etablir une démarche participative par la mise en place d’un comité de pilotage composé d’acteurs locaux : représentants de la Ville, commerçants, bénévoles, associations, etc. Ce comité a coordonné les actions pour l’obtention du titre et est chargé d’assurer l’engagement montois dans le long terme.
  6. Apporter un soutien aux produits agricoles locaux et durables : à Mons, outre le développement de plusieurs groupes d’achats communs par le secteur associatif et la mise en place de distributeurs automatiques de produits locaux, la Ville a pris la décision exemplaire de faire bénéficier toutes les classes primaires d’une distribution hebdomadaire gratuite de fruits ou légumes venant de producteurs locaux.

Pour en savoir plus :

François Graas et Corentin Hecquet
Service politique

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