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Ikea à Mons : le bonheur est-il vraiment dans les prés ?

À Mons, l’annonce de l’ouverture prochaine d’un magasin Ikea aux Grands Prés n’est pas passée inaperçue. Beaucoup de promesses pour une région en crise – 350 emplois directs, 150 emplois dans le nouveau retail park, une cinquantaine d’emplois indirects et des boulettes suédoises en prime –, l’arrivée du géant du meuble semblait avoir tout d’un rêve devenu réalité. Mais pas pour tous. Mons Equitable, un collectif de citoyens, a ses doutes et les partage. À quelques mois des élections communales d’octobre 2012, l’enjeu était conséquent et le collectif a commencé à réagir, en intervenant aux conférences de presse et aux réunions publiques d’information, en diffusant sur les réseaux sociaux une opinion radicalement différente. Le sujet qui fâche : le travail indécent généré directement et indirectement par la multinationale tout au long de sa chaîne d’approvisionnement.

Au Sud, la pression sur des coûts toujours plus bas ne peut s’opérer que grâce à des conditions de travail indécentes chez les fournisseurs. Au Nord, si l’implantation d’un magasin Ikea signifie de la création d’emplois, ceux-ci se substituent souvent sur le long terme à des emplois préexistants dans la zone de chalandise. De plus, et contrairement à ce qui a été invoqué par les autorités montoises, les emplois créés ne sont en grande majorité pas de qualité : ils sont tournés vers l’efficacité et la productivité, sans que le bien-être du travailleur et son épanouissement professionnel soient pris en compte. L’expérience d’autres magasins le montre – le management de la chaîne est toujours à la recherche de davantage de flexibilité et une flexibilité accrue n’est souvent possible que via la généralisation de contrats atypiques, notamment à temps partiel. C’est cette logique que suit Ikea tout au long de sa filière, de l’ouvrière en Inde au magasinier à Anderlecht, et qui, couplée à de remarquables économiesd’échelle et à une industrialisation à outrance, lui permet de réduire toujours plus ses coûts. Et de générer proportionnellement moins d’emplois par meuble conçu, tout en vendant des meubles à 50 euros « pour un meilleur quotidien » (sic le site web d’Ikea).

Face aux arguments des citoyens montois, la réaction d’Ikea était prévisible. Comme par le passé, la chaîne joue la transparence en se basant sur les multiples règlementations qu’elle met en place mais en réalité, son fonctionnement est des plus opaques et la liste de ses fournisseurs reste inaccessible. Le collectif ne se décourage pas. En septembre 2012, dans le cadre de la campagne « Ça passe par ma commune », il interpelle à nouveau les candidats aux élections. Leur volonté n’est néanmoins pas d’incriminer les politiciens à l’origine de cette implantation, mais davantage de les sensibiliser aux conséquences probables de l’implantation d’un magasin Ikea. Le collectif obtient alors du futur Collège communal qu’il demande à Ikea la liste de ses fournisseurs. Via une capsule vidéo — Ikea Mons : le bonheur est-il vraiment dans les prés ?  –, il interroge les acteurs directement concernés (commerçants et syndicalistes) afin de lever le voile sur l’envers du miracle d’un nouveau magasin Ikea.

Les réactions à la démarche de Mons Equitable prouvent que les avis sont bels et bien partagés. L’arrivée d’Ikea divise. Des citoyens extatiques, désabusés, revendicateurs, indifférents, … les membres du collectif n’hésitent pas à se frotter à différents niveaux de pouvoir afin de sensibiliser le public et les politiques.

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3 commentaires sur “Ikea à Mons : le bonheur est-il vraiment dans les prés ?

  1. Je comprends bien la démarche de ce collectif MAIS pourquoi faut-il que ce soit de nouveau en Wallonie où il y a le moins d’ emplois offerts, qu’ il y ait des rouspétences par rapport à un pourvoyeur d’ emplois si peu valorisants ou “propres” soit-ils ??? La mentalité de cette partie du pays est vraiment décourageante pour des investisseurs, moi qui aurais qqs. idées pour créer une entreprise, je m’ enfouis déjà de cette partie du pays. Quand le Wallon comprendra-t-il qu’ il se tire souvent une balle dans le pied ? Mons n’ est pas vraiment un pool de développement majeur dans le pays, les gens devraient se réjouir de cette arrivée, même si tout n’ y parfait et loin de là, UN JOB C’ EST UN JOB !!! La région n’ a PAS les moyens de faire la fine bouche. Dommage pour Oxfam de soutenir de telles initiatives, il n’ aura plus mon aide. Encore une occasion ratée pour l’ image de la Wallonie au regard de ceux qui veulent y investir, mes sous iront chez ceux qui comprennent où est leur interet , et ça me fait très mal de l’ accepter, au Nord du pays.

  2. Bonjour,
    Il est prouvé que l’implantation d’Ikea à Mons amènera une détérioration des emplois qui existent déjà, car il ne s’agira que d’un transfert d’emplois, et non de création de nouveaux emplois. La situation actuelle n’est pas idéale mais elle risque fortement de se dégrader avec l’implantation de ce type d’entreprises qui, dans le cas de Mons, mènera à un abandon et une paupérisation du centre-ville (http://www.laprovince.be/338975/article/regions/mons/2012-03-01/mons-grosse-deprime-dans-le-pietonnier-ou-les-enseignes-disparaissent-les-unes-a). Oxfam-Magasins du monde soutient l’initiative du collectif Mons-Equitable car elle s’inscrit à plusieurs titres dans les combats que nous menons :

    1. Ikea est une entreprise qui ne garantit pas le respect des droits des travailleurs chez bon nombre de ses fournisseurs

    2. Ikea ne fournit pas des emplois enrichissants et contribue donc à la détérioration grandissante des conditions d’emplois au Nord comme au Sud

    3. Ikea promeut une consommation accrue, en ne misant pas sur la qualité mais sur la quantité, l’obsolescence programmée et le renouvellement constant de son mobilier

    4. Ikea est l’exemple du modèle industriel qui vise la rentabilité à tous prix, en n’hésitant pas à faire du dumping social en privilégiant des salaires toujours plus bas sous la menace de la délocalisation. Le modèle n’est pas non plus durable à bien des égards, notamment par l’exploitation des forêts en Sibérie (http://www.guardian.co.uk/environment/2012/may/29/ikea-ancient-tree-logging).

    Bien à vous,
    Chloé Zollman
    Animatrice de campagne

  3. Merci pour ces précisions indispensables, Madame Zollman, encore heureux qu’il y ait d’autres visions que celles qui ne sont pas capables de séparer les critères de progrès à celles de la surproduction et consommation à n’importe quel prix et sans se soucier des nombreux dégâts causés et en amont et en aval.
    Thierry Ries, Wallon à l’écoute du monde.

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