Economie sociale et modèle économique : quelles implications pour le seconde main d’Oxfam ?

Membres de la fédération Ressources[[highslide](1;1;;;)

Ressources est la fédération des entreprises d’économie sociale actives dans la réduction des déchets par la récupération, la réutilisation et la valorisation des ressources.

[/highslide]], Oxfam-Magasins du monde et Oxfam-Solidarité ne bénéficient pas seulement d’une reconnaissance auprès de leur pairs, mais sont également reconnues par Ethibel – via le label Solid’R[[highslide](2;2;;;)

Ethibel est une agence de consultation indépendante pour la certification des investissements socialement responsable. Le label Solid’R permet de distinguer les organisations actives dans la récupération de textile sur base volontaire, organisations qui s’engagent au respect volontaire de règles éthiques et solidaires et à leur contrôle par un organisme indépendant.

[/highslide]] – et le ministère de l’économie comme des entreprises d’économie sociale actives dans le secteur des produits de seconde main[[highslide](3;3;;;)

Il existe une liste des initiatives reconnues par les pouvoirs fédéraux comme relevant de l’économie sociale. Elle est éditée et disponible sur le site du SPP Intégration sociale.

[/highslide]].  Cependant, le modèle de l’économie sociale est vaste, et les deux structures satisfont de façon sensiblement différente à ses principes. En nous penchant sur ces deux organisations, nous tenterons d’analyser et de comprendre les points forts et les points à améliorer de chaque organisation dans leur approche de l’économie sociale.

Grands principes de l’économie sociale

Le terme d’« économie sociale[[highslide](4;4;;;)

Extrait de la formation « Economie sociale » de la SAW-B, donnée chez Oxfam-Magasins du monde en juin 2012.

[/highslide]] » n’est pas défini légalement[[highslide](5;5;;;)

A l’inverse, la forme juridique d’entreprise à finalité sociale est définie légalement.

[/highslide]]. Les acteurs du secteur, ainsi que le monde académique et  institutionnel, se sont donc entendus pour définir quatre principes de base pour les entreprises d’économie sociale :

  1. La finalité sociale prime sur le profit : même si un profit peut être enregistré, celui-ci doit servir la finalité sociale de l’entreprise. Cette finalité sociale est tournée soit vers la collectivité, soit vers ses membres.
  2. Un mode de gestion démocratique est appliqué : au minimum, dans les organes décisionnels (conseil d’administration et assemblée générale), le principe « un membre, une voix » prime.
  3. Il y a autonomie de gestion par rapport aux pouvoirs publics : d’une part, les financements publics et subsides ne représentent pas une part majoritaire du financement. D’autre part, l’entreprise doit avoir une autonomie de gestion au niveau de la composition du CA et de l’AG.
  4. Une préférence claire à rémunérer le travail plutôt que le capital est observée (dividendes limités).

En conclusion, bien au-delà du modèle juridique d’une organisation (qu’elle soit coopérative ou société anonyme), c’est l’adhésion à des valeurs ainsi que les engagements concrets de l’entreprise qui définissent son appartenance au champ de l’économie sociale.

Nous allons donc passer le modèle de fonctionnement de l’activité de seconde main d’Oxfam-Magasins du monde et d’Oxfam-Solidarité au crible de ces quatre critères.

Modèle économique d’Oxfam-Magasins du monde, ou comment l’organisation répond-elle aux critères de l’économie sociale

Selon les statuts de l’organisation, l’un de ses objectifs est de « collecter, trier et vendre des produits de seconde main en vue de favoriser la réutilisation pour lutter contre le gaspillage ». Cela indique donc une finalité au service de la communauté (la réduction des déchets). Les statuts poursuivent cependant de cette façon : « les marges financières générées par cette activité sont utilisées pour le soutien à des projets de développement dans le Sud ou à des actions d’économie sociale, telles que le commerce solidaire». En tant qu’ASBL, Oxfam-Magasins du monde ne peut pas poursuivre de but lucratif. Si des bénéfices sont engrangés, l’organisation doit prévoir l’affectation de ces profits : elle prévoit ici de les utiliser pour financer d’autres projets. Selon les principes de l’économie sociale, le profit devrait être utilisé pour mieux servir la finalité sociale, autrement dit pour « mieux favoriser la réutilisation ».

Un deuxième objectif de l’organisation consigné dans les statuts est de « contribuer à la récolte de fonds pour des projets de développement financés par Oxfam-Solidarité ». Cette action ajoute une ambiguïté, et les deux objectifs demandent des arbitrages : lutter pour la réduction des déchets a en effet un certain coût qui sera au détriment de la récolte de fonds.

En tant que mouvement de bénévoles défendant la démocratie participative et actif dans l’éducation permanente, Oxfam-Magasins du monde s’est doté d’instances de gestion (CA et AG) composées de bénévoles du mouvement et de quelques membres cooptés. Il ne comprend donc pas de représentants d’instances publiques.  Au niveau des employés, par contre, la gestion quotidienne ne découle pas d’un processus de démocratie participative, malgré l’information régulière et la présence d’instance syndicale.

Le modèle d’Oxfam-Magasins du monde va plus loin en termes d’autonomie de gestion. Du don à la vente, sa filière artisanale de seconde main[[highslide](6;6;;;)

En opposition à la filière industrielle dans cette filière, des centres de tri centralisent les dons et où la gestion de la filière passe par différentes personnes ou groupes de personnes.

[/highslide]] est gérée localement par une équipe de bénévoles faisant partie du mouvement. Le système localisé d’Oxfam-Magasins du monde présente une grande autonomie de gestion pour chacun de ses groupes, et se différencie en cela de la majorité des acteurs de la filière textile d’économie sociale. Cette grande autonomie de gestion au niveau local déforce parfois l’efficacité commerciale, les équipes bénévoles ne possédant pas toujours les connaissances et compétences nécessaires.  Or, ces activités commerciales – relativement rares pour une ASBL – assurent à Oxfam-Magasins du monde des revenus qui contribuent à conserver une certaine indépendance financière vis-à-vis des financements publics, conformément au troisième principe de l’économie sociale.

En résumé, les statuts d’Oxfam-Magasins du monde définissent les objectifs de son activité de seconde main : la récupération de vêtements dans un but de réutilisation, et le financement d’actions solidaires et sociales sous différentes formes. Si certains parallèles peuvent être observés avec le modèle des Ressourceries[[highslide](7;7;;;)

Voir l’analyse « Ressourcerie ou Charity Shop : deux modèles pour faire du seconde main »

[/highslide]] ou d’Oxfam-Solidarité, le modèle d’Oxfam-Magasins du monde est avant tout  unique car il est le fruit de ses évolutions historiques. Une évolution qui ne facilite pas les évolutions et les choix que doit faire l’organisation pour, entre autres, mieux répondre aux principes de l’économie sociale.

Modèle économique d’Oxfam-Solidarité, ou comment l’organisation répond-elle aux critères de l’économie sociale

L’activité de seconde main n’apparait ni dans les statuts d’Oxfam-Solidarité[[highslide](8;8;;;)

Les statuts de l’ASBL Oxfam-Solidarité sont disponibles au Moniteur belge, dernière publication le 25/11/2005

[/highslide]], ni dans les trois axes de travail ou les priorités de l’organisation[[highslide](9;9;;;)

Voir le plan stratégique d’Oxfam-Solidarité.

[/highslide]]. Ses statuts se concentrent sur les actions de solidarité et les actions éducatives.  Dans la pratique, l’activité de seconde main est pourtant bien présente et attachée à l’ASBL, même si elle est gérée de manière autonome par le département seconde main. Celui-ci est responsable de réaliser les deux ambitions[[highslide](10;10;;;)

Missions du seconde main d’Oxfam-Solidarité, approuvées par le CA du 20 mars 2008.

[/highslide]] de l’organisation concernant le seconde main: (1) générer un profit et (2) faire rayonner l’image et les messages d’Oxfam. Le seconde main est donc une activité qui permet de répondre à l’article 7 des statuts : « l’association se dotera des moyens techniques et financiers nécessaires à la réalisation de son objet social ».  Ceci se confirme dans le plan stratégique, où le seconde main est présenté comme l’un des trois moyens principaux de récolte de fonds. Cependant, la deuxième ambition montre que le seconde main est également un moyen de réaliser l’action éducative mentionnée dans les statuts.

Le modèle de fonctionnement d’Oxfam-Solidarité a évolué avec le temps. Il y a une dizaine d’années, la remise à l’emploi de travailleurs en statut « article 60[[highslide](11;11;;;)

Missions du seconde main d’Oxfam-Solidarité, approuvées par le CA du 20 mars 2008.

[/highslide]] » était centrale au sein de l’activité de seconde main, comme elle l’est aujourd’hui dans le modèle des Ressourceries.  Aujourd’hui, ce modèle a évolué, la question de l’emploi subsiste mais n’est plus une priorité ni même un objectif pour l’organisation[[highslide](12;12;;;)

Mission du seconde main d’Oxfam-Solidarité, document approuvé par le CA du 20 mars 2008.

[/highslide]].

Depuis 2008, Oxfam-Solidarité a choisi d’orienter son fonctionnement vers celui qui est considéré comme son « mentor » : Oxfam Grande-Bretagne et son modèle des Charity Shops[[highslide](13;13;;;)

Voir l’analyse « Ressourcerie ou Charity Shop : deux modèles pour faire du seconde main »

[/highslide]]. Oxfam GB envisage les points de vente comme l’un des canaux de récolte de fonds au service du projet Oxfam,  et principalement des projets de développement au Sud.  En ce sens, la démarche est similaire à celle de nombreuses autres entreprises d’économie sociale.  Malgré cette recherche de profit, l’activité de seconde main d’Oxfam-Solidarité est intrinsèquement disposée au service de la communauté puisqu’il s’agit de proposer des biens de qualité à prix réduits. Oxfam-Solidarité a d’ailleurs mis sur pied un autre projet dans cette optique : l’installation d’ordinateurs dans des CPAS afin de réduire la fracture numérique.

C’est l’organisation dans son ensemble qui répond aux critères de mode de gestion et de primauté du travail sur le capital, et non pas le modèle ou les principes de gestion du département de seconde main. L’ASBL dispose bien entendu d’une AG et d’un CA qui dirigent l’ensemble de l’organisation.

En conclusion, l’ONG Oxfam-Solidarité répond aux critères de l’économie sociale même si elle met l’accent, pour l’activité de seconde main, sur l’importance du profit. Le modèle d’Oxfam-Solidarité a le mérite d’être clair, assumé et de permettre une saine indépendance financière à l’ONG.

Conclusion

La lecture des différents modèles nous permet d’en voir les limites et les avantages respectifs.

Cette analyse permet de mettre en évidence que ni Oxfam-Magasins du monde ni Oxfam-Solidarité ne répondent de manière optimale aux principes de l’économie sociale, et que chacune des organisations peut davantage œuvrer dans ce sens. Ainsi, l’implication des travailleurs dans la démocratie de gestion et la cohérence autour de la finalité sociale peuvent être développées. Les entreprises d’économie sociale sont souvent « vivantes » et en constante réflexion sur leur modèle, et ni Oxfam-Magasins du monde ni Oxfam-Solidarité n’échappent pas à la règle.

Cette analyse montre surtout l’impact qu’une orientation ou une finalité sociale détient sur le fonctionnement concret d’une organisation. Pour répondre aux principes de l’économie sociale, il est important que les organisations clarifient et simplifient cette orientation, surtout lorsqu’elles sont complexes et cumulent des finalités diverses mais complémentaires. Elles doivent se donner les moyens de repenser leur modèle afin de l’exploiter pleinement ou de le réviser, à l’exemple d’Oxfam-Solidarité qui a fait le choix de s’ancrer de plus en plus dans le modèle du Charity Shop et a modifié son organisation dans ce sens en diminuant l’importance de la réinsertion à l’emploi et en maximisant les parties de l’activité qui sont bénéficiaires.

Valérie Dheur,
Chargée de projet Vêtements de seconde main

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *