Ce que la catastrophe de Dacca montre…

news_1367363983Le bilan de l’effondrement du Rana Plaza, survenu le 24 avril, continue de s’alourdir. On dénombre aujourd’hui 1.125 morts et les recherches sont toujours en cours. La catastrophe soulève de nombreuses questions.

L’inefficacité des codes de conduites

De nombreuses marques signent des codes de conduite ou font des audits sociaux mais comme il n’existe pas de système de contrôle crédible, la disparité entre la théorie et la réalité de terrain est bien souvent gigantesque. Par exemple, l’usine pakistanaise Ali Entreprise avait reçu le certificat SA 8000 en août 2012, quelques semaines seulement avant que 300 ouvriers ne périssent dans un incendie dans l’usine.

La « proactivité » du gouvernement bangladais

Peu après l’effondrement, le gouvernement a fermé 18 usines du textile pour des raisons de sécurité et a créé une nouvelle commission d’enquête chargée d’inspecter les 4500 usines textiles à la recherche d’éventuels défauts de construction. Le ministre bangladais du Textile, Abdul Latif Siddique, a même assuré : « il n’y a aucun doute que les salaires vont être augmentés ». Des inspections similaires avaient été entreprises après l’incendie survenu dans une usine textile en novembre 2012 mais elles avaient été jugées insuffisantes pour réellement améliorer les conditions de sécurité. La crainte du gouvernement est bien évidemment que les marques délocalisent leurs activités vers des pays voisins (notamment Pakistan, Birmanie) car, à défaut d’investir dans le contrôle de l’application des codes de conduite, les enseignes ne peuvent pas se permettre d’associer (trop souvent !) leur nom à ces scandales.

Le rôle potentiel de l’Union européenne

En janvier 2013, le Parlement européen a adopté une résolution qui propose que la Commission mette au point un système d’étiquetage volontaire permettant de certifier que le produit est fabriqué dans le respect des normes fondamentales de l’OIT. Par ailleurs, le Parlement invite les marques et revendeurs à contrôler leur chaîne d’approvisionnement pour coopérer avec leurs fournisseurs afin d’améliorer les conditions de travail ; le gouvernement bangladais à mettre en place un système efficace et indépendant d’inspection du travail et des bâtiments ; et l’ensemble des fabricants à respecter la législation sur la santé et la sécurité des travailleurs. En espérant que cette « invitation » ne reste pas lettre morte et qu’elle sera accompagnée d’un conditionnement des importations, notamment textiles, au respect de clauses sociales. Plus d’infos sur les accords de libre-échange de l’UE.

L’effondrement du Rana Plaza est le plus important accident industriel de l’histoire du Bangladesh, et potentiellement, un moment charnière pour les droits des travailleurs de l’industrie textile. Vu la pression médiatique, il pourrait y avoir une réelle prise de conscience de la part de l’opinion publique qui pousserait dirigeants et entreprises à mettre en place des systèmes crédibles et efficaces afin d’améliorer les conditions de travail dans le secteur. Et qui sait, peut-être qu’alors la promesse d’Abdul Latif Siddique se réalisera.

Comment agir ?

En exigeant que les marques assurent la sécurité des travailleurs au Bangladesh : signez la pétition en ligne.

En revoyant sa consommation, par exemple en optant pour des vêtements de seconde main.

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