L’impact de la hausse et de la volatilité accrues des cours sur les acteurs de la filière coton

Les partenaires artisans de commerce équitable qui fabriquent des produits en coton affrontent depuis quelques années une hausse et une volatilité croissantes des cours du coton. Aperçu dans cet article des mécanismes en cause derrière cette variation des cours, ainsi que les conséquences pour les différents acteurs de la chaine d’approvisionnement.

Une matière première agricole de premier plan

Cultivé sur environ 2,5 % des terres de la planète, le coton est l’une des plus importantes cultures au monde, en particulier en matière d’exportation (30 % est échangé sur les marchés internationaux). Les principaux producteurs sont la Chine, les Etats-Unis, l’Inde et le Pakistan. Des centaines de millions d’emplois sont liés au coton, dans la production mais aussi les services connexes (ex. fourniture d’intrants) ainsi que les produits textiles. Certains pays en voie de développement (PED) sont particulièrement dépendants économiquement, en particulier en Afrique de l’Ouest. Dans la plupart de ces pays, la culture du coton est restée pluviale, sur de petites surfaces, et en rotation avec des cultures vivrières, en contraste par exemple avec les monocultures américaines, grandes consommatrices d’eau, de pesticides, de mécanisation et d’OGM.

Des cours en hausse après des décennies de baisse

À l’instar de la plupart des autres matières premières agricoles, les prix internationaux du coton ont connu une tendance structurelle à la baisse dans les dernières décennies. Mais depuis quelques années, les cours semblent adopter une tendance haussière et surtout très volatile. Jusqu’il y a peu, cette baisse continuelle des prix s’expliquait principalement par une offre trop abondante, du fait des nouvelles technologies (variétés améliorées, OGM, etc.), de l’expansion de nouvelles zones de culture, ainsi que par des facteurs non liés à la production : concurrence des fibres synthétiques, taux de change défavorables pour certains pays, baisse des prix de détail du textile, etc. Parmi ces facteur de baisse des prix, l’octroi de généreuses subventions par les pays industriels ou émergeants (en particulier les Etats-Unis) est sans doute le plus polémique. Cette forme de dumping à l’exportation a suscité de nombreuses plaintes à l’OMC mais celles-ci n’ont jamais abouti. L’élimination des subventions pourrait pourtant déplacer des millions de tonnes de production vers les PED, ce qui aurait un impact majeur en termes de réduction de la pauvreté. La hausse des prix observée depuis 2009 est liée à une demande qui s’est fortement accrue, surtout en provenance de Chine. L’atelier du monde fait tourner son industrie textile à plein régime depuis l’élimination en 2005 des quotas sur les échanges de produits textiles et de vêtements. Même si la situation est très instable et dépend de la politique chinoise de soutien aux prix et de stockage, les prix devraient rester relativement élevés dans les prochaines années, dans un contexte de pression générale sur les cours des matières premières agricoles.

Impact pour les petits producteurs, artisans et travailleurs du Sud

L’augmentation des cours mondiaux du coton constitue une opportunité pour les producteurs du Sud de mieux valoriser leur production sur les marchés mondiaux. Quelques bémols cependant. La hausse du prix des intrants (engrais, etc.), liée à celle du pétrole, constitue un frein à l’investissement. Le soutien aux facteurs de production peut être synonyme de dépendance et d’endettement accrus, notamment dans le cadre de l’agriculture contractuelle (ex. suicides chez les producteurs Indiens de coton OGM). Enfin, la volatilité concomitante à la hausse des cours a introduit un très fort facteur d’insécurité, obligeant les producteurs à assurer une épargne de précaution et donc à réduire certaines de leurs dépenses essentielles. Pour les artisans, cette remontée des cours du coton, pour beaucoup leur principale matière première, constitue un surcoût important. Ils sont donc les principaux perdants de cette remontée des cours, de par les difficultés d’approvisionnement et de livraison, ainsi que l’augmentation des prix auprès de leurs clients et la baisse des ventes qu’elle peut potentiellement entrainer. Pour les travailleurs de la filière industrielle, c’est un facteur de pression supplémentaire, alors qu’ils connaissent déjà de nombreuses violations des droits humains et du travail (syndicats interdits, revenus insuffisants, conditions de sécurité déplorables, etc.), comme l’a tragiquement illustré le récent effondrement de l’immeuble du Rana Plaza au Bangladesh. Dans ce contexte, le développement de filières équitables – plus courtes, transparentes et équilibrées – permet de garantir à l’ensemble des acteurs des conditions de travail et de rémunération décentes.

Lire l’analyse

Sources :

  • Graas F. Août 2010. Coton : ce que couvre le label du commerce équitable. Analyse Oxfam-Magasins du monde.
  • CTB Trade for Development Center. Janvier 2011. La filière du coton. Une mondialisation cousue de fil blanc.
  • Agritrade. Octobre 2012. Note de synthèse – secteur du coton.
  • Parmentier S., Bailly O. Décembre 2005. Coton : des vies sur le fil. Oxfam-Magasins du monde. ctobre 2012.
  • Estur G. Février 2006. Le marché mondial du coton : évolution et perspectives. Cahiers Agricultures, vol. 15(1).
  • Fairtrade foundation. Janvier 2011. Le roman noir de l’or blanc.

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