Communiqué : réaction au documentaire «le business du commerce équitable»

Le documentaire « le business du commerce équitable », diffusé sur Arte le 6 août dernier, dénonce les dérives liées à l’industrialisation du commerce équitable, notamment les pratiques de la grande distribution et certaines lacunes des systèmes de certification. Oxfam-Magasins du monde relève l’intérêt de la majorité des questions soulevées par ce documentaire, tout en mettant en avant la spécificité du commerce équitable qu’elle pratique : un commerce équitable exigeant, à forte valeur ajoutée sociale, environnementale et politique. 

Parmi les pratiques de certaines enseignes de grande distribution, le documentaire signale plus particulièrement les politiques de marges : profitant de l’image et des taux de croissance de l’équitable, ces distributeurs accaparent des marges supérieures aux produits conventionnels, ce qui fait porter la majorité des coûts de la démarche équitable aux consommateurs. Oxfam-Magasins du monde et ses fournisseurs visent à l’inverse une simple marge opérationnelle, résultant d’un consensus avec les partenaires et leur assurant une meilleure rémunération. Par ailleurs, notre organisation se distingue par toute une série de pratiques : vente de 100% de produits équitables, support renforcé à une sélection de partenaires, focus sur les partenaires les plus marginalisés (ex. café du Kivu au Congo), actions politiques portées par un mouvement de citoyens, etc. (voir également la réaction au documentaire ‘Equitable à tout prix’ et une analyse du phénomène d’industrialisation de l’équitable).

Le journaliste dénonce également les lacunes des systèmes de certification, en lien notamment avec des plantations de banane en République Dominicaine et de thé au Kenya (certifiées par respectivement Fairtrade International, et Rain Forest Alliance – RFA). Quelques précisions sur ces différents points. Premièrement, Oxfam-Magasins du monde regrette l’amalgame fait entre commerce équitable et durable, le label RFA étant clairement non équitable, puisque ne garantissant pas toute une série de critères économiques (prix minimum, préfinancement, etc.) et étant assez faible sur les questions sociales. La problématique des travailleurs immigrés chez les producteurs certifiés est relativement spécifique au secteur bananier dominicain, qui est très concentré (beaucoup de grandes exploitations agricoles). Enfin, il faut noter que la grande majorité (90%) du thé d’Oxfam Fair Trade ne provient pas de grandes plantations, mais de petits producteurs organisés en coopératives, de même pour les produits transformés contenant des bananes.

Malgré tout, ces questions soulevant l’efficacité et la crédibilité des labels équitables sont très pertinentes, notamment en ce qui concerne la main d’oeuvre salariée. Comme le montre le documentaire, et malgré les audits, il peut être difficile d’assurer les droits des travailleurs sur un ensemble de plantations certifiées. C’est pourquoi Oxfam, en tant qu’ONG, se doit d’avoir un regard critique sur les organismes de certification équitables. Sa politique dans ce domaine est claire : ce ne sont que des outils de base, au service des producteurs marginalisés et des consommateurs. Notre organisation ne les utilise pas de manière systématique ou exclusive mais uniquement s’ils sont conformes à nos valeurs, communes aux différents affiliés d’Oxfam International : justice, empowerment, crédibilité et durabilité. Concrètement, pour chaque produit / région, Oxfam dispose d’un outil interne de gestion des risques qui évalue les labels en fonction de leur crédibilité, impact, concordance avec nos valeurs, etc. A noter également qu’Oxfam effectue un important travail de plaidoyer et de concertation auprès de divers labels (dont Fairtrade International, UTZ Certified et RFA) pour améliorer leurs standards (par exemple sur les salaires dans les plantations de thé). Dans ce processus, Oxfam se montre aussi exigeante avec elle-même qu’envers les organismes de certification, dans une logique de développement et de justice économique pour les acteurs les plus marginalisés du commerce mondial.

Partager!

4 commentaires sur “Communiqué : réaction au documentaire «le business du commerce équitable»

  1. Merci d’avoir réagi très vite à cette émission…

    Nous devons absolument pouvoir répondre aux questions de nos clients et, même, prendre les devants en fournissant des renseignements clairs et précis.

    Nous avons déjà beaucoup d’outils pour nous renseigner. Cependant, Il faut encore les perfectionner, les rendre plus accessibles. Je pense qu’il faut les rendre plus concrets : des exemples, des exemples, toujours des exemples.

    La répartition des prix payés doit être beaucoup mieux connue (comme le fait parfois “Ethicable”). Il serait souhaitable de connaître non seulement les salaires des artisans mais aussi ceux des responsables des coopératives. Savoir aussi quels seraient ces salaires s’ils ne faisaient pas partie d’une organisation de commerce équitable.

    Ce serait intéressant de faire une comparaison entre les marges bénéficiaires des magasins du monde Oxfam avec celles des grandes surfaces (sur les produits Oxfam) .

    Autre point : les contrôles sur place. Qui les fait? Comment? Des exemples concrets… Racontez-nous les dernières rencontres avec nos partenaires, les constatations, les effets de ces contrôles…

    Je sais qu’il y a encore du pain sur la planche, mais cela en vaut la peine.

    A bientôt.

    Jacques Jadin (du magasin de Wavre)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *