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L’Appel de Sophie pour un salaire vital

Elle s’appelle Sophie. Elle a 29 ans et vient de la campagne. Disons qu’elle habite aujourd’hui avec ses enfants près de chez vous. Tubize, Arlon, Ath ou Andenne. Peu importe. Elle part tôt le matin, rentre tard le soir. Même le samedi. La famille sort peu, ne se montre pas en ville. Des gens discrets. Alors au détour d’une promenade dominicale, vous les croisez et prenez de leurs nouvelles. La petite dernière a une otite mais elle n’est pas soignée. Le garçon de 14 ans ne va plus à l’école. Trop cher. Sophie fait l’impossible pourtant. Elle travaille 60 heures par semaine dans une usine de confection textile. Mais c’est insuffisant. Elle gagne à peine un cinquième de la somme nécessaire pour vivre correctement en Belgique. Hier, le travail était à ce point pénible qu’elle a tourné de l’œil et a chuté de son tabouret. Une autre fille lui a épongé le front d’eau froide et elle s’est remise aussitôt au travail. Elle n’est pas la seule à s’évanouir, tant le labeur est rude. Il y a pire. Dernièrement, un immeuble de neuf étages abritant cinq ateliers s’est effondré à Nivelles, tuant 1131 travailleurs comme Sophie, en blessant 1650 autres.

Elle termine ce bref récit, étonnée de s’être tant confiée. Elle vous voit et sourit à ce regard compatissant déjà entraperçu tant de fois. Sophie ne sollicite pas la pitié, elle n’est pas une mendiante. Elle exige ses droits de travailleuse.

A imaginer Sophie près de chez nous, le sort de celles qui fabriquent nos vêtements paraît-il inacceptable ? Cette situation vous choque-t-elle ? Elle est pourtant d’une terrible banalité à travers le monde. En Asie, comme chaque personne qui a la chance d’avoir un emploi dans une usine, de jeunes femmes se lèvent le matin en espérant permettre à leur famille de se loger et de se nourrir, pour pouvoir soigner leurs proches et pour payer l’école de leurs enfants. Au Cambodge, 90% des ouvriers de l’habillement sont de jeunes femmes. Leur pouvoir d’achat a chuté de 14% entre 2000 et 2012. Elles gagnent l’équivalant de 62 euros par mois. Le prix d’une chemise, d’un pantalon. Celui de vies sacrifiées. Avec cette somme, ces filles ne peuvent se permettre que le strict minimum. Même se nourrir devient un luxe. Beaucoup d’entre elles souffrent de malnutrition. Chaque année, des centaines tombent en syncope au travail.

Accepterions-nous pareilles conditions ? Non. Elles non plus. Un salaire vital est un droit fondamental. A travers l’Asie, des travailleurs et travailleuses se mobilisent pour un salaire vital. Nous devons les soutenir pour trois raisons.

Parce que nous sommes tous des travailleurs. Nous aspirons tous à trouver un emploi décent, qui nous permettra par une durée normale de travail de nous loger, nous nourrir, nous vêtir, nous soigner, nous éduquer, communiquer, bouger, assurer un avenir et une protection sociale à nos proches, nous divertir. Acceptons-nous de travailler pour un salaire et une vie de misère ? Non. Alors refusons-le aussi pour les autres. Exigeons un salaire vital pour tous.

Parce que nous sommes tous des consommateurs. Nous portons des vêtements dont seule une partie infime du prix payé va aux travailleurs qui les ont confectionnés. En ajoutant 20 cents dans le prix du vêtement, les travailleurs de l’habillement verront leur vie nettement s’améliorer.

Voulons-nous participer aux fringues bradées au prix de la survie du travailleur qui les a confectionnées ? Non. C’est inacceptable. Exigeons que les marques et enseignes intègrent un salaire vital dans le prix payé aux usines.

Parce que nous sommes tous des citoyens. Génération à conscience planétaire, nous connaissons les liens qui unissent des humains séparés par des milliers de kilomètres. Ces liens se matérialisent par notre café, le coltan de nos GSM, nos fruits, nos jouets. Nos vêtements. Nous savons que les luttes de là-bas sont aussi des combats d’ici. Tout comme l’exploitation, nous savons que l’injustice sociale n’a pas de frontières. Accepterions-nous que notre conscience et notre solidarité restent cloisonnées à l’intérieur de limites nationales alors que nos vêtements traversent le monde ? Non. La justice sociale ne peut pas buter sur les douanes. Poussons les gouvernements à faire coïncider salaire minimum et salaire vital et à contraindre nos entreprises à le respecter partout et pour tous. En Asie, les travailleurs et les travailleuses de l’habillement ne nous ont pas attendus pour se battre. A présent, ils nous espèrent. A nous d’agir. Il est temps de payer un salaire vital à tous les travailleurs de l’habillement.

Avec leurs vêtements, portons leurs combats.

Sophie, première signataire

achACT a lancé cette semaine en Belgique une campagne de trois ans intitulée « Devenez achACTEURS pour un salaire vital ! ». Cette campagne internationale prend place dans 15 pays européens et de nombreux pays asiatiques. Elle vient en soutien aux mobilisations importantes des travailleurs de l’habillement en Asie. Ils exigent un salaire vital, soit un salaire permettant de couvrir leurs besoins de base et ceux de leurs familles.

Passez à l’action pour un salaire vital ! Plus qu’une pétition, c’est un appel à tout un chacun pour qu’il s’engage à agir pour défendre le droit pour tous, partout dans le monde, à un salaire vital.

Ensemble, nous pouvons amener :

  • Les marques et enseignes de mode à prendre des initiatives concrètes et mesurables afin d’assurer que les travailleurs de leurs filières d’approvisionnement soient payer un salaire vital.
  • Les gouvernements nationaux dans les pays de production à s’assurer que le salaire minimum légal correspond au moins au salaire vital.
  • Les gouvernements européens à exiger que les entreprises endossent la responsabilité de l’impact de leurs pratiques sur la vie des travailleurs de leurs filières d’approvisionnement, y compris leur droit à un salaire vital.

Signez l’appel de Sophie

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