Un train pour Varsovie, une mobilisation pour le climat

À l’heure où l’engagement se mesure en nombre de clics et de likes, le train pour Varsovie ressemble à une anomalie : 700 militants prêts à supporter deux fois 17 heures de voyage en train (sans couchettes !) et à braver le froid polonais pour participer à une marche pour le climat.

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Vendredi 18 octobre, 16h45, gare de Bruxelles-Midi. Les 700 militants qui vont embarquer pour Varsovie se rassemblent. Dans quelques minutes, un Express climatique, affrété par Climat et justice sociale,  les emmènera à Varsovie pour participer à la Marche pour le climat et pour montrer aux négociateurs que les citoyens les ont à l’oeil et les surveillent. Déjà les slogans fusent dans le hall de la gare, question de montrer ici aussi que des citoyens belges se mobilisent pour le climat. Parmi ceux-ci, les militants Oxfam sont bien représentés, ce qui, au départ, n’était pas une évidence. “Nous avons été surpris, explique Coralie Vos, coordinatrice de la délégation Oxfam, “tout le monde nous disait que les citoyens étaient fatigués de la problématique du climat et que nous étions fous de penser mobiliser 50 personnes. Finalement, ils ont été 74.”

Cette mobilisation est d’autant plus étonnante que la conférence de Varsovie (COP19) est considérée comme une étape mineure vers celle qui se tiendra à Paris en 2015 (COP21) et qui doit déboucher sur un accord selon la feuille de route établie à Durban (COP17). Pour Maïté Poncelet, membre d’Oxfam-en-action, c’est un signe d’espoir: “En dehors d’en retenir uniquement des souvenirs de manifestations, de convivialité, de débats, … j’en retiens une force et une dynamique de groupe impressionnante qui montre a quel point il faut encore croire à ce changement mais qu’il faut agir pour le provoquer.”

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Une expérience enrichissante

18h. Le train se met en route vers l’Allemagne pour 17 heures de trajet (qui en feront finalement 19, la faute à un contrôle d’identité un peu trop zélé à la frontière polonaise) dans la bonne humeur et la convivialité. Les délicieux repas préparés par Damien Poncelet et l’équipe de Végé-table y sont d’ailleurs pour beaucoup. Mais le voyage en train est plus que cela. “Ce voyage m’a permis de créer et de souder des liens avec d’autres les bénévoles d’Oxfam  et d’autres organisations”, explique Dieudonné Ndim. On y discute, on y débat, on y compare les points de vue. Théodore Gallez, étudiant en agronomie et membre d’Oxfam-en-action, confirme :  “ce rassemblement de militants pendant 34h permet un foisonnement d’idées et de débat important pour l’éducation.

Le train arrive à Varsovie à 13h30 le samedi, juste à temps pour le début de la marche pour le climat. Première impression : l’étonnement vis-à-vis du gigantesque déploiement policier prévu par les autorités polonaises. On compte presque un membre des forces de l’ordre par manifestant. Ensuite, les voyageurs ne peuvent masquer une pointe de déception. La mobilisation de la société civile polonaise est maigre et les pays proches, comme l’Allemagne, sont très peu représentés. Seules les délégations philippines, africaines et taïwanaises sortent du lot. Au final, les participants belges représentent près d’un tiers de la mobilisation. Théodore Gallez positive : “Cela montre bien qu’il y a un bouillonnement associatif en Belgique qui permet un débat permanent au sein de la société civile.

Après les discours de circonstance et une nuit de repos bien méritée, tout ce petit monde se remet en route dès le lendemain midi. Direction la Belgique sans même prendre le temps de découvrir la ville.

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L’heure du bilan

Pendant ce temps-là, à l’abri dans le stade national, les participants à la 19e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP19) ont continué à négocier frileusement. C’est peu dire que ce n’était pas au goût des ONG et des mouvements sociaux qui, constatant que les discussions n’allaient mener à pratiquement rien, ont décidé de quitter les lieux. [highslide](1;1;;;)

À lire aussi : Climat : que cesse cette vaste blague ! sur le site du CNCD.

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Alors ce long voyage valait-il la peine ? Pour Maïté Poncelet, c’est oui : “il a permis de montrer aux politiques, une fois de plus, qu’on oublie pas qu’il faut changer et trouver de vraies solutions. Si je suis convaincue que cela ne suffit pas, leur rappeler qu’on souhaite un changement est essentiel.”  Pour Théodore Gallez, ce voyage en train atypique a eu le mérite de remettre en lumière la problématique des changements climatiques et la conférence de Varsovie. “Ce voyage en a valu la peine,  surtout le fait de partir en train”, explique-t-il, “grâce à ce genre d’initiative, hors des sentiers battus, nous avons pu attirer les médias ! Un pouvoir sans précédent de la société civil !” En effet, le bilan médiatique est satisfaisant : une équipe de la RTBF (pour des reportages aux journaux de 13h et 19h30 du samedi) et une journaliste de Libération faisaient partie des voyageurs. De nombreux articles seront également publiés dans la presse et même CNN s’intéressera à la manifestation.

Les participants sont également d’accord sur un autre point : il ne faut pas en rester là. C’est un combat à mener au quotidien et sur la durée pour que les mentalités changent. En tout cas, ils ne manquent pas d’idées.

Dieudonné Ndim :

Personnellement,  je vais envoyer une lettre  pour inviter les responsables politiques belges à prendre des engagements clairs et contraignants pour la réduction des gaz à effets de serre et le changement climatique. Dans le cadre d’Oxfam, avec d’autres bénévoles, on compte mettre sur pied une flashmob afin d’informer et de sensibiliser les citoyens par rapport aux enjeux du  changement climatique.

Maïté Poncelet :

Si les politiques doivent agir, moi, nous aussi! Pour cela, nous allons proposer différentes activités avec le groupe Cop19 Bruxelles comme des flashmobs, un mini-film à partager autour de nous, des ciné-débat… J’ai pu remarquer que c’était un sujet très simple à aborder avec tous, dans le quotidien. J’en parle du coup beaucoup autour de moi, de l’expérience d’aller là-bas mais surtout des enjeux réels qui sont demandés. Enfin j’ai lancé le projet d’une manifestation pour interpeller nos politiciens belges. Cependant ce projet reste encore très vague et ambitieux.

Théodore Gallez :

Avec le soutien d’Oxfam, j’espère prolonger ma mobilisation afin de construire mon esprit critique et convaincre les personnes que je rencontre à débattre et à construire un monde dans lequel la justice social et climatique sera le nerf de l’évolution de l’humanité. Par exemple, le concept de villes et villages en transition me semble une belle voie de réflexion et de solutions concrètes afin de responsabiliser nos dirigeants.

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Laurent Blaise

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