Partenariat Sud et Education : perspectives de travail futur

Analyse suite au séminaire partenariat-éducation de décembre 2013

Oxfam-Magasins du monde a entrepris en 2012 un processus de réflexion concernant son partenariat avec des organisations du Sud. La comparaison des conceptions de changement social est au cœur des échanges. Pour l’organisation de commerce équitable et ses partenaires il s’agit de parvenir à déterminer quelles mesures de renforcement mutuel et quelles actions communes mettre en place à côté de la production et de la vente de produits de commerce équitable.

Dans cette analyse, nous présentons les perspectives de travail pour le futur qui ont émanées au terme de ces deux années de réflexion.

Pour en savoir plus sur l’ensemble du processus, voir les trois analyses suivantes :

Acteurs de changement : nos leviers d’action au Nord et au Sud (mai 2012),

Commerce équitable et changement social : vers un partenariat renforcé (août 2012)

Partenariat Sud et Education : les points de convergence (décembre 2013)[[highslide](1;1;;;)

G. DOHET, Oxfam-Magasins du monde, 2012

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Perspectives futures

Le séminaire, et ces deux années de réflexion, se sont clôturés en menant une réflexion collective d’identification de pistes de travail commun pour le futur. Quatre chantiers potentiels ont émergé :

1- L’engagement des jeunes

Les cinq organisations présentes ont comme public cible (final ou relais) les jeunes.

Les moments d’échanges d’expériences qui ont eu lieu lors du séminaire pourraient être poursuivis et enrichis, spécifiquement sur la question des moteurs de l’engagement des jeunes.

A côté de cela, certains avancent l’idée de croiser des regards de jeunes de nos 5 organisations, sur une thématique spécifique (par exemple, la question de la consommation responsable qui est une trame de fond commune quand on mène un travail d’éducation avec ce public). Les moyens technologiques actuels permettraient de favoriser des échanges à distance ; puis éventuellement de réaliser un outil commun au départ de ces réflexions.

2- Rencontre producteurs-consommateurs

Divers débats menés montrent l’importance de renforcer le contact entre producteurs et consommateurs, dans le travail éducatif que nous menons. Rencontres physiques bien sûr, mais aussi le développement de davantage de supports qui permettent aux consommateurs (qu’ils soient ici en Belgique, ou au niveau local) de renforcer un lien privilégié avec les artisans qui ont réalisé les produits qu’ils achètent, afin non seulement de percevoir les impacts du commerce équitable mais aussi de décoder les enjeux socio-économiques globaux.

En cela, la stratégie d’Oxfam-Magasins du monde, mise en œuvre depuis plusieurs années, qui consiste à développer certaines activités d’éducation de manière PPP (Produit / Partenaire / Projet Politique) est confortée. Que ce soit pour les outils de sensibilisation développés pour les Thématiques En Magasins, certains outils pédagogiques, ou encore l’organisation de journées partenaires : favoriser la rencontre entre producteurs et consommateurs restera dans le futur une dimension importante de notre stratégie d’éducation. Car ces 3 P sont intimement liés, et ne prennent de sens, dans le projet de commerce équitable, qu’en relation les uns avec les autres : proposer un produit parce qu’il a une valeur ajoutée, un sens politique ; débattre d’enjeux politiques globaux, en proposant une alternative concrète (le produit) ; etc.

3- Les échanges d’outils, de pratiques, d’expériences

Et la mission au Kenya, et le séminaire le révèlent : pour renforcer notre impact, l’échange d’expériences au niveau de nos actions éducatives et politiques apparait comme une perspective de travail futur. Les organisations du Sud présentes nous ont exprimés clairement le souhait de pouvoir s’enrichir de notre expérience et expertise en matière d’outils de sensibilisation, outils pédagogiques et méthodologiques. Au travers des divers ateliers, Oxfam-Magasins du monde a identifié également des domaines dans lesquels ses pratiques éducatives pouvaient être enrichies à la lumière du Sud.

Plus précisément, deux domaines sont identifiés.

  1. Echanges d’expérience sur les pratiques d’éducation populaire : les ateliers qui se sont tenus lors du séminaire montrent que certains partenaires ont des pratiques et des méthodes intéressantes à valoriser et partager. Notamment sur la manière de mener un processus éducatif avec des publics spécifiques. Par exemple, des publics en situation de difficulté économiques, précarisés. Car, que l’on soit au Bangladesh, en Inde, ou en Belgique, nous partageons un même questionnement : comment travailler avec les « exclus » de la société ? N’y a-t-il pas là des méthodes à partager ? Certaines méthodes utilisées par les organisations du Sud se sont révélées très instructives pour Oxfam-Mdm, notamment lorsqu’il s’agit d’associer sensibilisation, mobilisation et pratiques culturelles. En Inde, au Bangladesh et d’une manière un peu différente, au Guatemala, les animations de sensibilisation, les pratiques théâtrales et les mouvements collectifs (rencontres ou manifestations) s’interpénètrent et prennent un caractère distrayant où même festif. Des initiatives semblables se mettent en place dans notre pays. Une piste de collaboration ?
  2. Plateforme commune de partage d’outils : l’idée émerge de voir se construire une plateforme digitale d’échanges d’outils entre nos organisations. Si la faisabilité technique d’un tel projet est envisageable, il n’en reste pas moins les questions de langues, de cultures, de contextes… autant de freins à la ré-utilisation, dans des contextes très différents, d’outils conçus pour un contexte spécifique, pour un public spécifique, etc.
    Intuitivement, nous préférons privilégier l’échange d’expériences et de connaissances sur le sujet, mais nous évaluerons l’initiative de notre partenaire indien, qui a traduit en anglais et en hindi, le jeu éducatif Balanza développé par Oxfam-Magasins du monde . D’autres expériences-tests pourraient être menées dans les mois à venir.

4- Campagnes communes

Afin de renforcer la portée de nos actions éducatives, apparait un intérêt manifeste pour développer des campagnes communes, entre organisations de commerce équitable du « Nord » et du « Sud ». Ceci nécessite au minimum les deux étapes suivantes :

  1. Développer un discours commun
  2. Construire des outils et/ou des évènements communs

De manière concrète, Oxfam-Magasins du monde souhaite développer, entre 2014 et 2016, une campagne commune sur la thématique du genre et de l’artisanat. Cette proposition a rencontré l’enthousiasme des autres organisations participantes … Il s’agira ici d’un élément concret de travail éducatif mené en commun entre organisations partenaires du Nord et du Sud, dans les 3 années à venir.

Conclusions

Le processus entamé il y a plus de deux ans visait à identifier des pistes de renforcement mutuel en termes éducatifs et politiques avec les partenaires du Sud « historiques » d’Oxfam-Mdm, c’est-à-dire ceux avec qui l’organisation a initialement construit une relation durable de type commerciale.

Au terme de cette réflexion, nous sommes en mesure de penser que, autant nos partenaires nous ont manifesté des signaux clairs de demandes de renforcement tout au cours du processus dans leurs finalités éducatives et politiques, autant nos propres pratiques d’éducation au Nord peuvent être enrichies à la lumière du Sud.

Cependant, le propos doit être nuancé en précisant ce travail ne pourra pas être mené avec tous nos partenaires. Nous avons découvert certaines organisations aux multiples activités et missions. C’est avec celles-là même que nous pourrons poursuivre les chantiers identifiés. Les autres, parfois issues de structures plus petites, parfois en équilibre économique précaire, doivent avant tout centrer leurs efforts sur leur renforcement économique, d’autant plus en ces temps de crise économique et structurelle du secteur de l’artisanat et des formes alternatives de production et de distribution.

Nous pensons par ailleurs que nos pratiques éducatives peuvent être enrichies en associant à nos réflexions d’autres organisations, actrices de changement social dans « le Sud ». Nous avons souhaité entamer la réflexion avec les organisations partenaires historiques d’Oxfam-Magasins du monde. Mais élargir le champ, notamment à des acteurs actifs à plusieurs titres (éducatifs, sociaux, politiques et citoyens) du Sud, pourrait apporter une nouvelle plus-value au travail de notre organisation.

Ce travail de réseau doit également voir s’associer, sur chaque terrain local, en Inde, au Bangladesh, au Guatemala, au Kenya, les organisations de commerce équitable à d’autres acteurs de changement qui agissent au niveau local. Ces organisations évoluent souvent dans les mêmes sphères. Leur travail conjoint n’est pas forcément connu de nous, car très marqué par le caractère local et informel des initiatives. C’est en multipliant les points de vue, en travaillant les complémentarités, et en confrontant les expertises et expériences, que pourra se construire le changement social auquel nous aspirons en tant que consommateurs actifs et en tant que citoyens.

Géraldine Dohet
Responsable du service éducation
Oxfam-Magasins du monde

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