S’engager pour le commerce équitable, en trois mots !

Discuter, Comprendre, Agir ! Trois mots dont le point commun n’est pas seulement d’appartenir à la même classe grammaticale : ils représentent également le parcours logique qui devrait être à la base de la pensée de tous ceux qui travaillent dans le commerce équitable (commerce équitable) ou de manière plus générale, de tous ceux qui se battent pour un monde meilleur.

Comme mentionné dans la définition du commerce équitable de 2001,

Le commerce équitable est un partenariat commercial, basé sur le DIALOGUE, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial, et contribuer ainsi au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés du Sud.

Dialogue et plaidoyer sont les deux faces de la même pièce. Nous ne pouvons pas essayer de changer le monde si nous ne le comprenons pas. Nous ne pouvons pas le comprendre si nous n’essayons pas de l’analyser sous tous les angles au travers de la discussion.

debat-wfto-e-1Ce dernier aspect a été particulièrement mis en valeur lors du débat que WFTO-Europe (WFTO-E) a organisé le 7 octobre 2014, à l’occasion de la semaine du commerce équitable. Etudiants, jeunes et professionnelles du commerce équitable ont été réunis par WFTO-E en collaboration avec « Oxfam-en-action » autour du sujet « Construisons ensemble le puzzle du commerce équitable ». L’objectif principal était de discuter et de réfléchir sur quatre thématiques spécifiques (voir plus bas), afin de comprendre mieux les différents enjeux du commerce équitable.

Divisés en quatre groupes et guidés par des acteurs nationaux du commerce équitable et des experts du domaine du plaidoyer, les participants ont eu l’opportunité de choisir deux thèmes et de partager leur avis dans des groupes de discussions (deux séances différentes de 30 minutes chacune). Malgré le nombre limité de participants (une cinquantaine) et le peu de temps mis à leur disposition, leur répartition en petits groupes a aidé les jeunes, même les plus réservés, à participer activement pour présenter leur points de vue.

La question du premier groupe était « Comment gérer les produits équitables venant du Nord? ». Les participants ont discuté du fait que les injustices commerciales sont aussi présentes dans le Nord, comme dans le Sud et que le commerce équitable devait aussi considérer les petits producteurs locaux, par exemple ceux pratiquant l’agriculture biologique. Le groupe a notamment approfondi les activités de deux organisations présentes, Oxfam-Magasins du monde et la Plate-Forme Française du Commerce Equitable (PFCE). debat-wfto-e-2Oxfam-Magasins du monde a précisé qu’ils soutenaient des producteurs de toute l’Europe, via la vente de produits transformés paysans « Nord » ainsi que la promotion de paniers de produits frais (fruits et légumes) locaux. De même, la PFCE a commencé à travailler sur le commerce équitable local en 2011, en partenariat avec des organisations de producteurs français tels que la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique. La PFCE partage avec elle plusieurs objectifs communs : soutenir l’agriculture en France, créer de l’emploi dans les zones rurales, promouvoir l’agriculture biologique, etc. En France, les consommateurs, les citoyens et les acteurs du commerce équitable sont, comme en Belgique, intéressés pour avoir une approche plus large du commerce équitable et de l’étendre aux producteurs français. La PFCE a rendu officielle en juin 2014 la charte nationale du « commerce équitable local », qui identifie 14 principes clés pour adapter les principes du commerce équitable aux contextes français et européen. 1 Durant la discussion, le groupe a également soulevé la problématique de l’agrobusiness, qui entraine la destruction  des petits producteurs aussi bien au Sud qu’au Nord. Un participant faisait remarquer que la plupart des consommateurs pensent qu’il ne faut pas supporter les producteurs du Nord parce qu’ils reçoivent des subsides. La réponse à cela est que seulement 20% des producteurs, les plus industrialisés, reçoivent 80% des subsides de la Politique Agricole Commune (PAC). Les paysans du Nord se retrouvent donc face à un double désavantage : 1) leurs méthodes de productions, respectueuses de l’environnement, coûtent plus cher alors qu’ils doivent entrer sur le même marché que les producteurs « industrialisés » ; 2) les règles de marché injustes ne prennent pas en compte les externalités sociales et environnementales, fait aggravé par les subsides versés majoritairement à  l’agriculture industrielle plutôt que paysanne. Enfin, la cohérence environnementale a aussi été mentionnée, comme un point important à prendre en compte quand les produits viennent de loin.

Dans le deuxième groupe, les questions abordées étaient : « Comment convaincre les citoyens d’acheter équitable? Comment le commerce équitable peut-il être encouragé à un niveau local ? ». debat-wfto-e-3Les acteurs nationaux du commerce équitable ont souligné l’importance des activités de sensibilisation, qui expliquent les principes du commerce équitable et détaillent les raisons pour lesquelles un produit équitable peut avoir un prix plus élevé. L’organisation d’évènements publics, comme la « Fair Trade fair », les « Fair Trade breakfasts » ou divers événements pour le « World Fair Trade Day » sont quelques exemples d’activités qui visent la promotion du commerce équitable et la sensibilisation du public. La promotion du commerce équitable dans les rues à été déconseillée car cela ne permet pas au public d’avoir assez de temps pour discuter ou comprendre le commerce équitable. Il a par contre été souligné l’intérêt d’organiser plusieurs événements en même temps, dans différents endroits, afin d’obtenir un effet « boule des neige » dans les medias. Le débat a aussi porté sur les cibles des activités de sensibilisation. Les jeunes et les enfants, en tant que futurs ambassadeurs et consommateurs de commerce équitable, constituent un groupe très important. Parmi les exemples d’actions possibles à destination des jeunes, ont été cités les flash mobs, des dessins animés sur le commerce équitable ou encore divers projets dans les écoles.

« Est-ce que le commerce équitable doit être vendu dans les supermarchés ? » était la question abordée dans le troisième groupe. debat-wfto-e-4Les « pour » et les « contre » de cette position ont été passés en revue, sans perdre de vue la situation actuelle et surtout la composante de plaidoyer et la mission politique et éducative du commerce équitable. Il a notamment été souligné le caractère controversé du sujet et pourquoi la vraie question à poser n’est plus « faut-il être en dehors ou dans le système pour le changer ? » mais plutôt « quel doit être le rôle et le positionnement des organisations de commerce équitable aujourd’hui vis-à-vis de cette situation ? ». Ce sont toujours elles qui effectuent la plupart du travail de sensibilisation et de promotion active du commerce équitable. C’est un travail qui ne peut pas être conduit par les supermarchés et qui nécessite une forte présence sur le terrain. Il nécessite également l’unité des organisations de commerce équitable, qui restent les seuls vrais défenseurs et ambassadeurs des principes du commerce équitable.

Le quatrième groupe a traité de la question  « Les gouvernements, les institutions internationales doivent-ils rester en dehors du commerce équitable ou le promouvoir ? ». Le groupe  a analysé plus particulièrement les rôles des organisations de commerce équitable vis-à-vis des gouvernements et des institutions internationales, les principaux acteurs définissant les règles du commerce international. La discussion a mené à une répartition intéressante entre le niveau national et international. debat-wfto-e-5Si au niveau international, les participants se sont accordés sur l’importance pour les institutions internationales de promouvoir en première ligne le commerce équitable, au niveau national, le risque d’une réglementation excessive du commerce équitable à été soulevé. En considérant ce risque, le rôle principal du mouvement du commerce équitable (citoyens, organisations, producteurs du Sud) doit être de plaider pour une meilleure reconnaissance du commerce équitable par les gouvernements. Dans ce processus, le mouvement du commerce équitable doit rester le premier garant des principes du commerce équitable, le principal acteur dans le domaine et le seul capable de guider les gouvernements dans ses politiques.

Au final, les deux heures de débat ont permis aux participants de discuter autour de quatre thématiques parmi les plus débattues aujourd’hui dans le mouvement du commerce équitable. La richesse des échanges au sein des divers groupes est déjà en soi un premier constat intéressant. De plus, l’envie des jeunes  de comprendre et de s’engager dans quelque chose de plus grand, ainsi que le succès du format des discussions en petits groupes, renforcent l’intérêt d’organiser ce type d’événement. Un sondage circulé parmi les participants après le débat confirme cette analyse. Les participants ont également exprimé le souhait que d’autres rencontres de ce genre soient organisées, dans l’objectif de davantage se confronter et approfondir certaines thématiques. Le sondage a aussi confirmé l’impact positif du débat sur la vie quotidienne des participants, qui souhaitent s’engager plus fortement pour le commerce équitable, et donc le succès de la formule : Discuter, Comprendre, Agir !

WFTO-Europe et WFTO-Global ont toujours fait de ces trois mots leur philosophie et sont actuellement en train de renforcer leur communication dans ce domaine, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du mouvement. Conscients de l’importance du dialogue et du débat pour approfondir certaines thématiques et afin de se lancer dans de nouvelles luttes en faveur d’un commerce plus équitable, la WFTO a récemment créé une commission interne composée de représentants de toutes les régions. L’objectif de cette commission est de discuter des questions de plaidoyer et des campagnes de sensibilisation qui pourraient être lancées au sein du secteur. C’est de cette manière par exemple que la décision finale a été prise concernant le choix du thème du prochain « World Fair Trade Day » et de sa campagne de communication.

Discuter, Comprendre, Agir ! Trois mots pour s’engager, trois mots pour permettre aux valeurs et aux principes du commerce équitable de se répandre afin de promouvoir le vrai changement !

Francesca Giubilo
Coordinatrice WFTO-E

Patrick Veillard
Expert commerce equitable

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