Bénévoles et permanents ensemble en formation

L’apprentissage en formation. Bénévoles et permanents construisent et apprennent, ensemble, en formation

La formation est un des moments privilégiés et importants d’apprentissage pour les bénévoles. Oxfam-Magasins du monde (OMDM) leur propose des formations en cohérence avec les principes de l’éducation permanente, que ces formations soient à orientation politique ou technique.

Cette analyse propose un focus sur la construction et l’apprentissage collectifs, entre bénévoles et avec les permanents, lors des formations. L’exemple choisi pour illustrer l’analyse est la formation “Présenter et vendre les produits”, pour laquelle le dispositif a été retravaillé depuis deux ans, notamment autour de la posture du formateur.

Objectifs et enjeux de la formation

La formation chez Oxfam-Magasins du monde participe à la rencontre des objectifs généraux de l’organisation en outillant les bénévoles pour les aider à remplir leurs missions. Mais elle va plus loin : elle leur permet de mieux comprendre et de renforcer leur engagement autour des valeurs du mouvement et dans l’intérêt collectif.

Les besoins de formation traduisent donc trois enjeux : la compréhension et l’adhésion aux valeurs et enjeux du mouvement, l’acquisition de compétences pour accomplir son bénévolat (en lien avec le fonctionnement du magasin et de l’équipe) et la stratégie vers l’action (pour transformer la société).

Ces enjeux sont au cœur des formations proposées aux bénévoles : formation de base pour les nouveaux, formations spécifiques pour acquérir les savoirs, techniques et pratiques liés à chaque fonction, formations thématiques pour découvrir les valeurs d’Oxfam-Magasins du monde et travailler la réflexion politique…

Un cadre d’éducation permanente

OMDM est un mouvement pluraliste qui promeut des valeurs et structure pour cela son action autour de trois axes1, dont l’éducation permanente avec ses bénévoles : partir de l’expérience de chacun, apprendre en équipe, sensibiliser et faire vivre des campagnes.

Ces trois démarches sont au cœur des processus de formation mis en place chez OMDM, notamment parce que :

  • L’expérience de chacun est le point de départ et le point final aux sessions d’apprentissage, un des apports essentiels à la construction collective des savoirs en formation, une base pour la compréhension de pratiques de chaque bénévole et le travail effectué sur celles-ci en formation par le bénévole lui-même.
  • La formation est un lieu et un temps d’arrêt hors cadre de vie, un moment de rencontres avec les pairs, qu’ils soient de son équipe ou pas. Il existe également des formations “sur mesure” qui sont vécues en équipe et parfois même en magasin.
  • Si les valeurs, la dimension politique et les messages de sensibilisation ne peuvent pas être présents dans tous les moments d’apprentissage, ils sont présents de manière principale et prioritaire dans certaines formations, en cohérence de manière transversale dans le contenu des autres. Ils ne font pas partie des formations autour des outils techniques de support (caisse enregistreuse, etc.), mais sont présents dans la démarche éducative proposée, cohérente avec les objectifs et les valeurs de l’organisation.

Stratégie éducative de formation

Une formation, c’est un moment de pause dans la vie d’un bénévole, pour se retrouver hors du terrain, entre pairs, pour échanger, se nourrir, construire et repartir plus fort et plus confiant pour agir sur le terrain.

La formation n’est qu’un moment dans la vie d’un bénévole. La stratégie de formation est une stratégie intégrée à la stratégie d’apprentissage des bénévoles, à la stratégie de dynamique des bénévoles, elle-même intégrée à la stratégie générale d’OMDM. Voici quelques éléments de cette stratégie de formation, liés au sujet de cette analyse. Tous les dispositifs de formation sont conçus selon ces principes, mais non détaillés ici. Pour chaque principe, la posture du formateur est par contre évoquée.

L’apprenant est au cœur du dispositif. Chez OMDM, le développement des compétences via la formation est englobé dans une démarche d’éducation permanente (notamment via l’apprentissage conscient du bénévole), mais également dans la vie d’un mouvement (avec l’adhésion et la participation du bénévole au mouvement). L’apprenant est au cœur du dispositif d’apprentissage. Prise de conscience, évaluation, objectifs… cela vient de lui.

L’apprenant doit avoir confiance pour devenir sujet de sa formation et non objet. La formation doit permettre au bénévole de prendre confiance et mais l’organisation doit aussi lui montrer qu’elle lui fait confiance. Cela pour permettre une plus grande responsabilisation et autonomisation des bénévoles et des équipes.

La posture du formateur dans ces dispositifs peut être celle d’un accompagnant, d’un facilitateur, d’un conseiller.

La dimension collective de la formation est essentielle : c’est ensemble qu’on travaille, c’est ensemble qu’on réfléchit, c’est ensemble qu’on construit… aussi bien sur le terrain de nos actions que lors des temps d’arrêt que sont les formations. La rencontre entre pairs constitue l’atout majeur de celles-ci : ces moments “entre nous” permettent à chacun de se rendre compte des réalités partagées, des problèmes communs et de solutions que l’on peut imaginer et mettre en œuvre ensemble. L’éducation permanente mise en œuvre chez Oxfam-Magasins du monde mise donc aussi sur l’échange des savoirs et les liens réalisés entre la formation et l’action.

La posture du formateur dans les dispositifs peut être celle d’un participant partageant ses connaissances, son expérience, sur le même pied qu’un bénévole. Les apprentissages, bien que différents puisque reliés à la réalité de chacun, seront présents chez les participants comme chez les formateurs.

Objectif autonomisation. Les formations permettent aux bénévoles de travailler sur leurs missions générales et spécifiques (en lien avec leurs fonctions). Les formations font partie du processus d’apprentissage et de soutien des bénévoles. Être plus à l’aise par rapport à leurs missions permet aux bénévoles de mettre en œuvre leurs activités dans et hors magasin, de les prendre en main : la responsabilisation prend alors plus d’ampleur.

En formation, nous travaillons avec un apport de contenu théorique ou informatif limité (il est accessible et diffusé largement par ailleurs), tout en autonomisant aux maximum les bénévoles par rapport à ce contenu (comment le trouver, comment le travailler, comment le remettre en question, comment en comprendre la portée – conseil, obligation, procédure, avis, information, etc. –… et pas « Voici la bonne réponse que vous devez retenir et répéter »).

La posture du formateur dans les dispositifs peut être celle du lien entre les participants et le contenu, de celui qui synthétise, vulgarise, guide.

Compétences et pratiques. Par rapport aux savoirs, aux savoir-faire, aux savoir-être et aux compétences, nous travaillons en formation pour que les bénévoles les fassent émerger, en prennent conscience, s’évaluent et déterminent les apprentissages à réaliser, en formation et par la suite. Ils découvrent des pistes pour améliorer leurs pratiques par eux-mêmes, avec l’aide de leurs pairs et des permanents. Les processus ou procédures d’organisation interne, s’ils sont répétés en formation, le sont pour permettre une meilleure compréhension de leur raison d’être et pour leur amélioration via l’alimentation collective (échanges avec les autres bénévoles et les permanents présents en formation). Ils permettent aussi aux bénévoles de mieux comprendre le cadre dans lequel ils évoluent (aussi bien au niveau organisationnel donc, mais également au niveau des valeurs et de l’engagement).

La posture du formateur dans les dispositifs peut être celle de l’entraîneur, du coach, voire du miroir lors des exercices.

Manipuler les savoirs. Un leitmotiv nous guide : « Former, ce n’est pas dire ou faire dire, mais faire travailler et repartir avec. C’est faire faire pour faire réfléchir. » Il est essentiel que les apprenants mettent les mains dans le cambouis, manipulent les concepts, les informations, les savoirs, les expérimentent, les mettent en doute, les testent, les comparent… pour les comprendre, les ancrer et pouvoir les mettre en œuvre dans leurs actions sur le terrain, en équipe, au retour de formation. Les dispositifs de formation conçus depuis deux ans proposent moins de contenu qu’auparavant, mais permettent de mieux les travailler. Ils font largement appel aux techniques ludo-pédagogiques et s’appuient généralement sur une construction collective des savoirs, entre bénévoles et avec les permanents.

La posture du formateur dans les dispositifs rassemble ici toutes les postures précédentes.

De manière générale, le formateur doit aussi être le garant de la sécurité et du confort des participants, qui, vu ces dispositifs demandant l’implication et la participation de chacun, peuvent sortir les participants de leur zone de “confort” ou de “sécurité”.

Formateur, une posture, un métier ?

Accompagnant, facilitateur, conseiller, participant, lien, guide, entraîneur, coach… Les facettes du formateur sont donc multiples ! Formateur, un métier ?

Chez OMDM, les formateurs sont pour la plupart des permanents de l’organisation2. Certains permanents sont animateurs et/ou se sont formés à l’animation. La plupart ne sont pas des formateurs professionnels à la base. La formation fait cependant partie des missions que les différents services doivent remplir : ces permanents doivent donc acquérir ou développer des compétences3. L’animation mais également la conception des formations incombent aux permanents4.

Les permanents-formateurs n’ont pas pour mission de dispenser un savoir mais de proposer un contenu et de développer un environnement favorable aux échanges, grâce à des techniques pédagogiques dynamiques. De par leur présence dans la structure professionnelle, ils sont néanmoins détenteurs de savoirs, d’informations, qu’ils partagent lors des formations, mais toujours dans un cadre de construction collective des savoirs avec les participants, de partage d’informations en vue d’une meilleure compréhension de l’organisation, de ses enjeux, du fonctionnement et des missions des services, en vue également d’une autonomisation des bénévoles.

Un exemple de formation et de construction collective

Parmi les formations générales du programme, il y en a une incontournable : “Présenter et vendre les produits”. Hors journée des partenaires, c’est la formation qui compte le plus de sessions sur une année (de six à dix) et le plus de participants au total (en moyenne 400 sur une année). C’est également une formation qui existe depuis de nombreuses années.

Lors de la formation, une partie de la journée est consacrée à la présentation des produits et des partenaires (y compris les impacts sociétaux, environnementaux, etc.), une partie est consacrée à faire le lien avec et un travail sur une campagne ou un axe politique, une dernière partie est consacrée aux pratiques en magasin (y compris la sensibilisation des clients et la vie en équipe).

Depuis deux ans, nous – les responsables de la formation, les formateurs et la chargée du programme de formations – avons fait un travail important sur cette formation, aussi bien sur le contenu que sur le dispositif. Parmi les éléments travaillés, la posture du formateur a été adaptée. Elle n’est qu’un élément de ce travail, mais cela a soutenu le reste du dispositif. Cela a eu un effet bénéfique sur la formation et a renforcé la philosophie de nos formations : moins de transmission de savoirs, plus de construction collective, et finalement plus d’acquis et de transferts sur le terrain.

En effet, auparavant, les formateurs présentaient beaucoup de contenus, en général sous forme de Power points assez chargés : le souhait était de donner un maximum d’informations sur la journée. Un souhait légitime : les occasions de rencontrer les bénévoles sont rares et le souci qu’ils aient toutes les informations correctes et à jour doit être pris en compte. Aujourd’hui, les temps de transmission de contenu et la quantité d’informations ont été fortement réduits pour laisser du temps pour des ateliers de questions-réponses, d’approfondissement autour des contenus abordés, d’échanges et d’exercices pratiques. En parallèle, un travail sur les informations à disposition des bénévoles a été fait et permet de “libérer” les moments de formation de l’enjeu de transmissions des savoirs (nous insistons par contre sur les supports d’information, les lieux où les bénévoles trouvent les informations et comment ils peuvent les utiliser).

En termes de dispositif, les permanents sont beaucoup moins dans une posture de formateur debout qui déroule un savoir et un contenu condensés, mais plus dans celle d’un animateur, qui s’assied dans le groupe et qui co-construit avec les participants, qui partage ses savoirs et son expérience comme les autres participants (en cohérence avec la stratégie éducative de formation présentée plus haut).

Le contenu de la formation a aujourd’hui une dimension plus transversale. Si, auparavant, toutes les dimensions étaient évoquées (informations sur les produits, sur les partenaires, mais aussi messages et enjeux politiques), elles étaient souvent travaillées de manière séparée dans la journée, dans des modules qui se succédaient, avec des formateurs “spécialistes”. Plusieurs modules se succèdent toujours aujourd’hui, abordant de manière plus spécifique chacune des dimensions, mais des liens sont faits de manière plus explicite, les informations sont présentées de manière globale. Les formateurs ne sont pas toujours les “spécialistes” du contenu présenté (ou de tous les contenus présentés). Le contenu est préparé de manière plus collective par les formateurs et partagé entre eux au préalable.

Ces adaptations de dispositif ont, dans un premier temps, généré de l’inconfort parmi les formateurs : il y avait un certain danger à sortir de la trame de présentation préparée, du contenu que chacun maîtrise, à se mettre à côté des bénévoles et partager avec eux… Mais, lors des évaluations en 2013 avec les permanents-formateurs, le constat avait été fait : « Les formations nous apportent aussi beaucoup de choses, à nous, salariés, pour notre travail quotidien. » C’est le résultat de la co-construction : non seulement elle est bénéfique pour l’apprentissage des bénévoles, mais c’est également très riche pour les permanents qui participent aux formations. La crainte de ne pas pouvoir répondre à toutes les questions des bénévoles ou de ne pas tout savoir a été atténuée par la nouvelle posture des formateurs : ils ne sont plus les porteurs des savoirs, mais des accompagnateurs de processus, des guides dans le flot d’informations, des entraîneurs dans les exercices.

Au niveau des participants, les évaluations montrent qu’ils sont moins fatigués en fin de formation, moins “assommés” par la quantité d’informations, qu’ils apprécient les présentations générales brèves et synthétiques, les moments d’approfondissement en petits groupes, les échanges et exercices pratiques basés sur leur vécu quotidien, etc. Au niveau de la relation avec les formateurs, ils notent le dynamisme et la disponibilité des permanents, leur professionnalisme, leur souci de clarté dans les présentations, le partage et les échanges avec eux, l’ambiance décontractée, etc. Aussi bien les participants que les permanents soulignent l’intérêt de se rencontrer et de se parler, de mieux comprendre les réalités et les contraintes de chacun. D’un côté comme de l’autre, plusieurs d’entre eux évoquent clairement leur motivation boostée et le renforcement de leur engagement suite aux formations.

Conclusion et perspectives

Cette formation est donc un exemple intéressant de la possibilité d’un travail collectif entre bénévoles et avec les permanents, processus qui sert nos dispositifs pédagogiques et fait partie de la stratégie de formation. Les apports de ce dispositif de co-construction, proche de la formation informelle, sont à explorer et à exploiter. Recréer des situations d’apprentissage informel semble créateur et productif.

Il faut cependant veiller à garder un des aspects importants de la formation… formelle. Certains participants reprochent en effet à nos dispositifs de participation collective de les « laisser sur leur faim » (« on passe un bon moment, mais est-ce qu’on apprend ? »). Le contenu, même s’il est réduit, doit être peaufiné pour être percutant et efficace. Le public cible, très large, a ouvert la formation à tous les bénévoles, principalement à ceux qui font des permanences en magasin. Par contre, nous devons vérifier que nous ne perdons pas les bénévoles responsables de gamme5, peut-être en attente d’un contenu plus spécifique et plus approfondi.

Dans toutes les formations, nous essayons d’intégrer dans les dispositifs pédagogiques des méthodes d’ancrage des apprentissages et de consacrer un moment plus grand en fin de session pour faire un temps d’arrêt sur ces apprentissages (retour sur soi, pour chacun, sur ses découvertes, ses apprentissages, ce qu’il a envie de ramener en équipe, de partager, de mettre en œuvre, etc.). Nous aimerions prendre un peu plus de temps sur le retour en équipe : comment chacun va ramener en équipe ce qu’il a appris en formation, pour le partager et en faire quelque chose, collectivement. Pour permettre aux participants de mieux conscientiser les apprentissages dans un dispositif plus informel, un travail plus important doit donc être fait sur ces processus d’ancrage, de retour sur soi et en équipe.

Par ailleurs, les postures du formateur privilégiées ici ne demandent pas des orateurs, mais nécessitent d’autres compétences. Il s’agira de développer chez chacun des intervenants en formation des capacités d’accompagnement et de coaching – plus que d’instructeur ou de pédagogue – mais également d’animation.

La formation, proposée plusieurs fois par an, doit garder son attrait et son intérêt pour tous les bénévoles. Il ne faut pas lasser… ou laisser croire qu’une fois vécue, la formation ne peut plus rien apporter. La tentation est grande de refaire « ce qui a marché » ou de tout changer pour faire revenir les bénévoles avec « de la nouveauté ».

Quoiqu’il en soit, la balise à garder est celle du renforcement positif, de l’enrichissement mutuel, entre bénévoles et permanents, sur notre quotidien, nos pratiques, nos besoins.

Catherine Eeckhout

Références

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  1.  Les deux autres axes sont : le commerce équitable et solidaire / l’interpellation et la sensibilisation.
  2.  Actuellement, quelques formations sont animées par des bénévoles. Dans l’avenir, la part des bénévoles dans le pool de formateurs devrait augmenter.
  3. Certains permanents ont reçu une formation de formateur de base (1 à 3 journées).
  4. Un responsable de formation est désigné par formation (souvent d’un service en lien direct ou en lien le plus évident avec le sujet de la formation) ; il est chargé de la construction et de la mise en œuvre de la formation (il doit notamment veiller à la préparation de ses collègues formateurs et à la transversalité du contenu abordé). Dans la création et la préparation des dispositifs pédagogiques, les permanents sont accompagnés par la chargée du programme de formations des bénévoles. Elle peut participer aux formations pour vivre les animations avec les formateurs et les débriefer ensemble. La stratégie d’accompagnement des formateurs, en cohérence avec celle des bénévoles, est : construire ensemble, faire avec pour apprendre.
  5. Les bénévoles en équipe ont des fonctions spécifiques : comptable, responsable vitrine, responsable de la dynamique de l’équipe… Parmi ces fonctions, les responsables de gamme sont chargés de superviser ce qui concerne soit l’artisanat, soit l’épicerie, soit les produits de soin.

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