Être animateur bénévole en ECMS, les freins rencontrés et les leviers d’action pour dépasser ses peurs

Les animations qui ont pour objectif la sensibilisation d’enfants ou d’adultes à la citoyenneté mondiale et solidaire sont un volet important des activités d’Oxfam-Magasins du monde. Mais les animateurs bénévoles se sentent souvent isolés et peu préparés à ce rôle. L’analyse donne quelques pistes pour les renforcer, les rassurer, les encadrer, et peut-être susciter de nouvelles vocations…

Au sein d’Oxfam-Magasins du monde, des bénévoles sont régulièrement amené-es à réaliser des animations à l’extérieur des magasins. Ces animations, qui se veulent ludiques, sont des actions de sensibilisation au commerce équitable et à ses enjeux globaux. Elles s’inscrivent dans ce qu’on appelle « l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire » (ECMS).

La fonction d’animateur ou d’animatrice ne s’improvise pas et les sensibilisations ne se réalisent pas sans rencontrer quelques difficultés. Des craintes aux réels freins, les défis sont nombreux pour les bénévoles acteurs d’éducation. Une fois identifiées, tentons de mieux comprendre les difficultés des animateurs bénévoles pour ainsi développer des pistes d’actions pour les dépasser.

Les animations de sensibilisation

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Visualisons ici les actions des animateurs ou animatrices sur le « triangle pédagogique»1. Ce triangle représente un modèle théorique de fonctionnement d’une situation de formation. Tout s’y articule autour des trois sommets d’un triangle : l’enseignant-e (animateur/animatrice), l’étudiant-e (le public), le savoir (le contenu) et les éléments extérieurs à l’action (le contexte).

Ces animateurs ou animatrices sont des bénévoles engagé-es dans une équipe locale d’un « Magasin du monde-Oxfam ». L’animation est donc un engagement particulier, supplémentaire à la vie d’équipe locale, qu’ils et elles ont choisi d’endosser.
On constate que souvent, ces bénévoles (appelés « sensibilisateurs ou sensibilisatrices ») sont des ancien-nes enseignant-es, instituteurs ou institutrices ou sont issu-es d’autres professions liées à l’apprentissage.

Les opportunités d’animation se font « à la demande ». Le plus souvent, ce sont des écoles secondaires (plus rarement primaires) qui demandent une intervention d’Oxfam-Mdm  (Oxfam-Magasins du monde). La demande émane soit d’un-e enseignant-e intéressé-e par le sujet, soit de la direction de l’établissement. L’animation de stands lors d’évènements locaux (comme par exemple, lors de la semaine du commerce équitable, du bio, ou lors d’événements présentant les alternatives alimentaires) peut aussi faire l’objet de demandes d’intervention. Les publics rencontrés sont variés, allant d’enfants à partir de 8-10 ans à des groupes d’adultes.

Ludique ? Attractif ? Éducatif ? Participatif ? Quel beau programme !

Face au public, l’animateur ou animatrice propose une série d’outils, regroupés sous ce que l’on nomme « le dispositif ». Ceux-ci sont disponibles en prêt au service éducation d’Oxfam-Mdm et comprennent des jeux à plateaux, des déroulés précis, des affiches et expositions 3D. Bref, les supports ne manquent pas.

Mais l’outil ne fait pas tout. L’essentiel de l’activité passe par le dialogue et l’interaction, c’est-à-dire la relation qui va se mettre en place entre le public et l’animateur ou animatrice.
Cela peut se faire en écoutant les participant-es, en les invitant à s’exprimer sur le sujet, en les amenant à se questionner ou en les invitant à répondre aux questions que pose l’ECMS, le tout dans un climat de confiance et de bienveillance.

Le sujet de la CMS (citoyenneté mondiale et solidaire)2 est complexe, on ne peut le résumer en une phrase simple tant il regroupe des enjeux divers. C’est un concept abstrait qui ne peut être réduit à une simple définition, ce qui peut rendre son assimilation et son explication difficile. Ce contenu d’animation en éducation citoyenne mondiale soulève avant tout beaucoup de questions. Qu’est-ce qu’être citoyen ? Qu’est-ce que vivre dans ce monde ? Qu’est-ce qu’une inégalité ? Quelle serait l’équité ?

L’objectif d’une animation en ECMS est de fournir un apprentissage au participant,
le souhait étant qu’il ressorte un peu plus citoyen solidaire qu’avant l’animation. La finalité des sensibilisations à la CMS est d’insuffler un changement de comportement, un engagement à long terme vers un monde plus soutenable. L’animation est donc une tentative (une opportunité) de faire découvrir, de faire comprendre et de faire agir pour une justice socio-économique.

Le contexte dans lequel se font les animations, c.-à-d. extérieur à la vie d’équipe Oxfam-Mdm, met le ou la bénévole dans une véritable posture d’ambassadeur d’Oxfam. Il ou elle parle au nom d’Oxfam-Mdm. L’animateur ou animatrice ne porte pas seulement des valeurs, il ou elle doit réussir à les communiquer. Au-delà de sa propre conviction des enjeux du commerce équitable et de son expérience dans ce domaine, le ou la bénévole doit être conscient-e de l’importance de faire découvrir à d’autres publics ses valeurs. Avec la motivation de faire découvrir, faire comprendre, pour faire adhérer le public à ces valeurs et l’encourager à agir à son tour.

Les freins et difficultés rencontrées par les animateurs bénévoles

Il faudrait être magicien pour ne pas rencontrer de difficultés ou de craintes face à l’animation autour d’un tel sujet. Lors de contacts variés (formations, rencontres,…), les animateurs sont invités à s’exprimer sur leurs difficultés et leurs freins en animation. Pour mieux comprendre les obstacles et en imaginer les solutions, nous pouvons classer ces freins par niveaux.
Premièrement, les bénévoles expriment des peurs par rapport au contenu, à la connaissance du sujet. Deuxièmement, ce sont des faiblesses liées aux compétences d’animation et à la maitrise des techniques d’animation qui sont formulées. Troisièmement, on observe des difficultés liées au contexte des « sensibilisateurs » ou « sensibilisatrices » chez Oxfam-Mdm.

Commerce équitable, justice socio-économique et citoyenneté mondiale sont autant de concepts complexes et lourds de sens. Une volonté de maitriser ces sujets reviendrait à vouloir répondre à toutes les questions qu’ils soulèvent, avec une seule « vérité » sur le monde. À tort, l’animateur pense devoir s’inscrire dans l’ancien schéma de l’éducation où l’animateur détient le savoir et les apprenants écoutent.

On constate, chez les animateurs ou animatrices potentiel-les, une peur de parler et de se tromper mais également et surtout une demande, un besoin de validation de la part d’Oxfam-Mdm sur ce contenu. C’est un sentiment de manque de légitimité pour prendre la parole au nom d’Oxfam-Mdm.

Le manque de compétences face au public et le manque de maitrise d’outils d’animation sont de réels freins pour les animateurs et animatrices bénévoles qui peuvent se sentir désemparé-es. Les savoir-faire et les savoir-être ont besoin d’être renforcés. La peur est liée à un manque d’expérience, alors que c’est par l’expérience que l’animateur ou animatrice peut consolider ses capacités.
Le troisième niveau de difficulté est lié au contexte des « sensibilisateurs » ou « sensibilisatrices » chez Oxfam-Mdm, c’est-à-dire aux conditions dans lesquelles se font les animations. La demande vient d’une organisation extérieure. Ces animations se font en plus des activités de la vie d’équipe pour les bénévoles. Beaucoup de témoignages d’animateurs et d’animatrices bénévoles expriment un sentiment de solitude face à la demande. Ils ou elles sont les seul-es de leur équipe à se déplacer dans les écoles, en plus de leurs tâches au sein des magasins. Ils ou elles n’ont pas toujours de temps disponible pour répondre à ces demandes. Idéalement, les animateurs ou animatrices souhaiteraient pouvoir solliciter les établissements et les organisations pour y faire des interventions  mais n’en n’ont pas le temps.

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Au-delà des moyens techniques, les animateurs ou animatrices ont l’impression d’être les seul-es de leur équipe à avoir conscience de la nécessité de la sensibilisation. Pour eux, agir pour le commerce équitable n’est pas suffisant pour un monde plus juste, il faut communiquer avec différents publics en dehors des magasins. Face à ce constat et à ce sentiment de solitude, ils et elles souhaitent être soutenu-es dans leur militantisme et rejoint-es par des collègues.

Les pistes d’amélioration

Dans un article publié sur le site competentia3, l’acquisition de compétences passe par trois stades :

  • la formation, qui équivaut à 10% de l’apprentissage,
  • un accompagnement (feed-back et coaching) qui renforce l’apprenant-e dans ses capacités de 20%
  • et les 70 % restant qui s’acquièrent par l’expérience.

L’ordre de ces étapes a de l’importance, d’une part pour maximiser l’apprentissage du ou de la bénévole, d’autre part pour lui assurer un bon encadrement, notamment à travers sa relation avec Oxfam-Mdm.

La formation, où l’on accordera une attention particulière à rassurer les candidat-es animateurs ou animatrices, va initier le dialogue. Lors de ce moment formel, il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir et définir ensemble la posture et le rôle de l’animateur/animatrice. En précisant qu’il ou elle ne doit pas avoir réponse à tout, ne doit pas maitriser tout le savoir. Cette base de dialogue permet aussi d’identifier les freins des candidat-es et leurs besoins particuliers pour la suite.

Outiller et renforcer la confiance des candidat-es animateurs ou animatrices par un accompagnement facilite ensuite les premières démarches d’animation. Conseiller dans le choix des outils, soutenir la préparation pour s’adapter au public, être présent lors de l’activité sont des actions ayant comme effet d’encourager et faciliter les animations. Elles permettent également de conforter les animateurs ou animatrices bénévoles dans leur légitimité en tant que porte-parole d’Oxfam-Mdm.

Ce climat de confiance et de reconnaissance des bénévoles installé servira de tremplin à l’animateur/animatrice pour sortir de sa zone de confort et lui permettre de continuer son apprentissage par l’expérience de manière plus autonome.

Cependant, avant même la formation, se trouve une étape importante non négligeable : la motivation. Quelles sont les raisons qui animent le ou la bénévole à devenir acteur/actrice d’éducation ?

C’est la première force, le premier levier, à aller chercher chez chaque bénévole et à alimenter au long d’un parcours de formation et d’accompagnement.
Avant de vouloir le ou la rendre capable d’animer, il faut que le ou la bénévole soit conscient-e des enjeux de la sensibilisation.

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Un parcours préconisé pour l’animateur/animatrice

Après un travail d’identification des bénévoles sensibles aux objectifs éducatifs, il sera nécessaire de les encadrer en conséquence. Prévoir un parcours « conseillé » d’un-e candidat-e animateur/animatrice, qui alterne des moments théoriques et de la pratique balisée. Prévoir les étapes de formation mais également l’encadrement humain, pour être prêt à guider les animateurs/animatrices vers une autonomie.

Un chantier est probablement à mener au niveau du contexte, c’est-à-dire aux conditions des animations. Si c’est un véritable frein pour les animateurs/animatrices de trouver du temps en plus de leur vie d’équipe et qu’ils se sentent isolé-es… Pourquoi ne pas imaginer un réseau de sensibilisateurs/sensibilisatrices extérieur au réseau de magasins ? Ce serait une belle opportunité pour redynamiser les animateurs/animatrices et mieux valoriser leur travail, tout en facilitant leur interconnexion et l’apprentissage par les pairs.

Bibliographie

Articles et publications

« Oxfam-Magasins du monde – Programme 2014-2016 », pages 24-28, « Notre théorie du changement », « Caractéristiques de notre approche éducative » et « Nos champs d’actions »

« Sensibiliser dans des magasins de commerce équitable : un défi qui passe par l’éducation permanente ! », Roland D’Hoop, décembre 2015, www.oxfammagasinsdumonde.be

« La reconnaissance des bénévoles », note de la Commission Mouvement, Oxfam-Magasins du monde, septembre 2015

« Kit d’accueil du candidat bénévole » publication Oxfam-Magasins du monde

Sites internet

« Quelles compétences pour un animateur de g(f)app (Groupe de Formation à l’Analyse de Pratique Professionnelles) ? » Patrick Robo – http://prodi.free.fr

« Comment acquérir des compétences » – competentia.be (La gestion des compétences dans le non-marchand)

Montrer 3 notes

  1. « Le triangle pédagogique. Les différentes facettes de la pédagogie. »  Jean Houssaye
  2. Voir le référentiel  « L’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire » réalisée par Acodev
  3. « Comment acquérir des compétences » sur competentia.be (La gestion des compétences dans le non-marchand)

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