Derrière le code-barre, des inégalités en chaînes !

Des millions de femmes et d’hommes qui produisent les aliments que nous consommons souffrent de la pauvreté et sont confrontés à de terribles conditions de travail, malgré les milliards de dollars de bénéfices que réalise l’industrie alimentaire, comme le révèle un nouveau rapport publié aujourd’hui par Oxfam.

Le rapport intitulé « Derrière le code-barres : des inégalités en chaînes » (en annexe) dénonce la concentration de pouvoir dans l’industrie alimentaire et souligne le rôle des supermarchés dans les chaînes d’approvisionnement.

Quelques constats :

  • En Europe, 10 des plus grands distributeurs détiennent presque la moitié des commerces de détail. Au niveau mondial, les supermarchés empochent une part croissante du montant du prix payé par les consommateurs, jusqu’à 50% dans certains chaines, alors que la part dévolue aux travailleurs et aux producteurs diminue et représente, dans certaines chaînes, moins de 5%. Pour 12 produits issus des pays en développement – de crevettes jusqu’à l’avocat – 44% du prix payé par le consommateur revient au supermarché et seulement 8% aux travailleurs et petits paysans.
  • Les revenus moyens des paysans et des travailleurs sont insuffisants pour leur assurer un niveau de vie élémentaire mais décent. L’écart entre le revenu minimum vital et le revenu effectif est le plus marqué quand la main-d’œuvre est constituée en majorité de femmes.
  • Alors que beaucoup de travailleurs et de paysans vivent dans la pauvreté, les 8 plus grandes chaînes de supermarchés cotées en bourse ont réalisé près de 1 000 milliards de dollars de chiffres d’affaires, dont 22 milliards de dollars de bénéfice et ont reversé 15 milliards de dollars à leurs actionnaires en 2016.
  • Une enquête réalisée dans cinq pays (Afrique du Sud, Italie, Philippines, Thaïlande et Pakistan) auprès des travailleurs et des paysans a révélé qu’ils sont une majorité à avoir du mal à se nourrir et à nourrir leurs familles.
  • Le rapport évalue également les plus grands supermarchés (à la croissance la plus rapide) en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux États-Unis. A partir d’informations disponibles publiquement, la transparence dans leur chaîne d’approvisionnement et la façon dont ils traitent les travailleurs, paysans et femmes qui se trouvent dans ces chaînes ont été analysés. L’ensemble des 16 supermarchés ont tous obtenu de très mauvais scores.
  • La distribution se concentre de plus en plus dans les mains d’un petit groupe d’acteurs dominants. Les supermarchés usent de ce pouvoir pour exercer une pression sur leurs fournisseurs et exiger des prix de plus en plus bas tout en se dégageant des risques. Conséquence : de nombreux fournisseurs sont victimes de pratiques commerciales injustes.

Avec cette campagne, Oxfam demande aux décideurs politiques et aux entreprises d’agir contre les conditions de travail inhumaines, de renforcer la transparence sur l’origine des aliments que nous consommons, de s’attaquer à la discrimination contre les femmes et de veiller à ce qu’une plus grande part de ce que les consommateurs dépensent en denrées alimentaires revienne à ceux qui les produisent.

Nos politiciens doivent agir !

  • La proposition de législation européenne sur les pratiques commerciales déloyales dans le secteur alimentaire est une bonne nouvelle pour les petits producteurs du monde entier. Mais elle doit davantage être affinée pour faire une vraie différence dans la vie des femmes et des hommes qui sont le plus exposés aux pratiques déloyales des supermarchés.
  • Les décideurs politiques belges doivent travailler à une législation internationale et nationale qui oblige les entreprises à respecter les droits humains dans toutes leurs chaînes de production à travers le monde. Le traité contraignant de l’ONU sur les droits humains et les entreprises et le devoir de vigilance des entreprises, tel qu’il existe en France, sont des instruments importants à cet égard.
  • Les politiciens doivent appuyer la transition vers un système alimentaire durable. Cela nécessite des mesures pour promouvoir les filières du commerce équitable, la production agro-écologique et locale, et des circuits courts entre la production et les consommateurs.

Contact Presse

Jessica Hertsens
Responsable Communication d’Oxfam-Magasins du monde
jessica.hertsens@mdmoxfam.be
GSM : 0475 98 39 35

Interviews :
Pierre Santacatterina
Directeur général d’Oxfam-Magasins du monde
GSM : 0494 85 12 78

Notes à l’intention des rédactions:

Oxfam a chargé le bureau d’études Bureau for the Appraisal of Social Impacts for Citizen Information de réaliser une série de 12 études approfondies sur des produits courants que les supermarchés du monde entier se procurent dans les pays en développement : café, thé, cacao, jus d’orange, banane, raisin, haricot vert, tomate, avocat, riz, crevette congelée et thon en conserve. Lisez le rapport d’Oxfam pour connaître les résultats complets : “Ripe for Change: Ending Human Suffering in Supermarket Supply Chains “.

Selon un panier de 12 produits alimentaires courants dans plusieurs pays du monde, la part moyenne du prix final à la consommation qui revient aux supermarchés en Allemagne, en Afrique du Sud, aux États-Unis, en Indonésie, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Thaïlande est passée de 43,5 % en 1996-1998 à 48,3 % en 2015, tandis que celle des paysans et des travailleurs est passée de 8,8 % à 6,5 % sur la même période. Pour certains produits, la part des supermarchés approche les 50 % contre moins de 5 % pour celle dévolue aux paysans et travailleurs.

Oxfam et des partenaires ont réalisé en 2017 des enquêtes auprès de 459 paysans et travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement des supermarchés dans cinq pays : l’Italie, le Pakistan, les Philippines, l’Afrique du Sud et la Thaïlande. Ils ont utilisé pour cela la méthode de l’échelle de l’accès déterminant l’insécurité alimentaire des ménages.

La fiche d’évaluation d’Oxfam est son outil pour analyser les supermarchés géants mondiaux : Ahold Delhaize, Albertsons, Aldi North, Aldi South, Costco, Edeka, Jumbo, Kroger, Lidl, Morrisons, Plus, Rewe, Sainsbury’s, Tesco, Walmart, Whole Foods. Les scores de chaque supermarché sont détaillés ici.

Les rapports nationaux suivants approfondissent l’analyse de la fiche d’évaluation sur des entreprises spécifiques :

Chaînes d’approvisionnement des supermarchés aux Pays-Bas : Mettre fin aux souffrances qui se cachent derrière notre alimentation

Chaînes d’approvisionnement des supermarchés en Allemagne : Mettre fin aux souffrances qui se cachent derrière notre alimentation

Chaînes d’approvisionnement des supermarchés au Royaume-Uni : Mettre fin aux souffrances qui se cachent derrière notre alimentation

Chaînes d’approvisionnement des supermarchés aux États-Unis : Mettre fin aux souffrances qui se cachent derrière notre alimentation

Oxfam-en-Belgique soutient le mouvement Agroecology in Action (AiA) et d’autres initiatives de transitions au niveau belge et européen. De nombreuses actions peuvent être prises au niveau local pour soutenir la transition vers des systèmes alimentaires équitables, durables et solidaires.

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