Faim zéro et agriculture durable : les citoyens se mobilisent, que font les responsables politiques ?

C’est la Journée mondiale de l’alimentation. 821 millions de personnes se trouvent en situation de sous-alimentation chronique. A l’ONU, les Etats membres se sont engagés à soutenir les exploitations agricoles familiales pour lutter contre la faim. Mais derrière les déclarations d’intentions, de nombreux Etats – dont la Belgique – continuent à soutenir l’agro-business et des politiques nuisibles à l’agriculture familiale. Heureusement, les initiatives citoyennes veillent et pallient.

Comme chaque année, la Journée mondiale de l’alimentation est célébrée le 16 octobre, date anniversaire de la création de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 73 ans après sa création, les nouvelles que nous donne la FAO ne sont pas bonnes : selon le rapport qu’elle a publié le 11 septembre dernier avec quatre autres agences onusiennes, 821 millions de personnes se trouvaient en situation de sous-alimentation chronique en 2017, ce qui ramène le monde près de 10 ans en arrière.

Décennie de l’agriculture familiale de 2019 à 2028

Le droit à l’alimentation est pourtant un droit humain reconnu. En 2015, les dirigeants des 193 Etats membres de l’ONU ont adopté à l’unanimité les 17 Objectifs de développement durable, dont l’objectif « Faim zéro » visant à mettre un terme à la faim et à la malnutrition sous toutes leurs formes d’ici 2030. Et c’est également à l’unanimité que l’Assemblée générale des Nations Unies a décidé de proclamer une Décennie de l’agriculture familiale de 2019 à 2028, reconnaissant par la même occasion le rôle des exploitations agricoles familiales pour lutter contre la faim.

Si tout le monde est d’accord, pourquoi n’y arrive-t-on pas ? Peut-être parce que, derrière l’unanimité de façade des résolutions onusiennes, tout le monde n’est finalement pas d’accord. Ainsi, alors que le symposium de la FAO sur l’agroécologie a fait le constat, en avril de cette année, d’un consensus sur le potentiel de l’agroécologie pour « atteindre un large éventail d’objectifs politiques, environnementaux et de sécurité alimentaire, alliant des objectifs liés à la durabilité à la réduction de la pauvreté rurale », de nombreux Etats continuent de s’engager dans le soutien à l’agrobusiness et à des politiques nuisibles à l’agriculture familiale.

La Belgique contre le droit des paysans

C’est le cas de la Belgique, dont la politique de coopération au développement s’oriente résolument vers le soutien au secteur privé. Le résultat de cette approche montre qu’elle ne répond pas aux besoins les plus criants, puisque seule 30% de l’aide belge au secteur privé local a été orientée vers les pays à faible revenu entre 2013 et 2016, pour 61% vers les pays à revenu intermédiaire, alors que ces derniers ont moins besoin d’être soutenus. C’est aussi le cas de l’Union européenne, dont la politique agricole continue à se baser sur l’intégration de l’agriculture européenne à des marchés globalisés, avec des impacts négatifs pour les agricultures locales. Encore récemment, le 28 septembre, la Belgique et les autres Etats membres de l’Union européenne présents au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se sont tous abstenus ou ont même voté contre une Déclaration sur les droits des paysan.ne.s, qui a heureusement été adoptée à une large majorité grâce au vote d’autres Etats.

C’est un fait : l’agriculture paysanne a besoin de soutien, et en particulier de celui des pouvoirs publics, pour nourrir le monde de manière durable. Les moyens alloués à l’agriculture doivent donc être suffisants en volume et être orientés prioritairement vers l’agriculture familiale durable et les pratiques agroécologiques. Ensemble, les Etats membres de l’OCDE ont investi près de 280 milliards d’euros pour soutenir leur agriculture en 2017, dont plus de 92 milliards dans l’Union européenne. Il est grand temps d’orienter les moyens des politiques agricoles et ceux relevant de la coopération au développement vers des systèmes alimentaire durables et justes, plutôt que vers des modes de production qui épuisent les ressources naturelles, mettent sous pression les producteurs et ne parviennent pas à nourrir tous les habitants de la planète.

Raisons d’espérer

Mais il y a aussi des raisons d’espérer. Face à l’inaction de nombreux décideurs, des initiatives citoyennes proposent des solutions concrètes et portent des alternatives durables. Pour la 10e année consécutive, le Festival Alimenterre met en question différents enjeux cruciaux du système alimentaire mondial, avec des projections-débats permettant à un public nombreux de s’informer et de débattre sur l’état des systèmes alimentaires. Dans le même esprit, le Forum des alternatives a rassemblé des citoyens désireux de discuter sur les alternatives à l’agrobusiness et de se former sur des pistes concrètes d’action à mettre en œuvre dans leur vie quotidienne. Les 27 et 28 octobre, des citoyens de toute l’Union européenne répondront à l’appel de l’initiative « Good Food, Good Farming » et pour exiger une « Bonne Nourriture et une Bonne Agriculture » et pour se faire entendre dans le cadre de la prochaine réforme de la Politique agricole commune.

Les alternatives de demain se construisent aujourd’hui et demandent à être soutenues. Il est grand temps que les décideurs politiques prennent la mesure de l’urgence et prêtent main forte aux citoyens d’ores et déjà mobilisés autour de solutions durables.

Signataires : François Graas (SOS Faim), Sébastien Kennes (Rencontre des Continents), Johan Verhoeven (FIAN), Séverine de Laveleye (Quinoa), Pierre Santacatterina (Oxfam-Magasins du monde), Stéphane Desgain (CNCD-11.11.11), Koen Vantroos (Vétérinaires Sans Frontières), Hélène Capocci (Entraide et Fraternité), Nicolas Lieutenant (Caritas International Belgique), Pierre Collière (Eclosio), David Gabriel (Autre Terre).

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