8m2. Un peu de place pour garer de l’humain

Octobre 2012
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A Bruxelles, la voiture est de plus en plus synonyme de gâchis de ville. Malgré la place déjà considérable qui lui est dévolue dans l’espace public, les quatre roues s’agglutinent jusqu’à la nausée dans la capitale belge, une des villes les plus embouteillées d’Europe et d’Amérique du Nord.

Olivier Bailly

Corollaire à cette invasion mécanique permanente, des places de parking, publiques et privées, occupent une surface importante du sol.

Lassé de ce tout à l’automobile, Jeroen et des amis décident en 2007 de récupérer un peu de bitume pour le rendre aux relations humaines. Le crédo est simple :

Même si on n’a pas de voiture, on a quand même droit à l’espace public.

Et de créer la voiture-potager ! Une carcasse de Volvo 740 est remplie de terre, des arbres sortent du toit, des tomates et des salades poussent entre les sièges. A défaut de nourrir la cité, le concept alimente les conversations.

La voiture est une icône. Dès que tu changes son âme, cela frappe les gens.

Potager à roulettes

Pendant deux ans, la voiture sillonne la ville, jusqu’à ce que les policiers menacent d’embarquer le potager dans le panier à la salade pour l’envoyer au compost (à la casse quoi…). La bande à Jeroen décide alors de reconduire le concept, mais en étant plus attentif à l’aspect pratique.

Il est plus difficile de garer une voiture potager qu’une vraie voiture.

Arrive le potager à roulettes, de grands bacs, sur lesquels sont apposés des plaques minéralogiques de voiture.

Cela crée une interaction tout de suite. Des discussions. La voiture génère des tensions, nos projets débouchent sur des rencontres.

Projet 8m2

Quand en 2010 Jeroen devient conseiller Mobilité pour le Bral (Brusselse Raad voor het Leefmilieu), l’association lui confie les rênes de l’appel à projet Mobilité financé par la Région Bruxelles-Capitale. Considérant qu’« un des éléments clés de la politique de mobilité est la politique de stationnement », Jeroen reprend l’idée du potager à roulettes. Le projet 8m2 est né. 8m2, c’est une place de stationnement. Place à laquelle 40% des familles bruxelloises n’ont pas accès, n’ayant pas de voiture. Il est temps de rendre à chacun des places de rencontre.

Lieu de partage

2012 est la deuxième année de l’appel 8m2. Budget disponible : 12 000 euros pour 22 projets soutenus. Les initiatives durent d’une semaine à plusieurs mois. La contrainte de l’espace gonfle la créativité des participants : un poulailler, un parking vélo avec jeu d’enfants, une bibliothèque. Avec d’autres habitants, Bart recycle du bois récupéré pour créer des bacs à fleurs, des bancs, peut-être même un plateau TV pour permettre des rencontres dans sa rue à Forest.

On n’a pas toujours une bonne raison pour sortir. Mais avec des activités dans la rue, les gens sortent, ils sont curieux, ils viennent voir, se parlent. Le lieu de passage devient lieu de partage.

À chacun sa route

A l’instar du ‘Picnic the Streets’ ! du professeur Van Parijs, le temps de la désobéissance à l’automobile semble arriver. Les participants de 8m2 ne demandent pas toujours un permis de parking à la commune avant de prendre possession des lieux.

Pourquoi aurionsnous besoin d’une permission pour occuper l’espace public ? Les voitures en ont-elles besoin ?

A chacun sa route, mais quelques mètres carrés de stationnement transformés en carrefour de rencontres, la leçon vaut bien un parking.

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