Agir ensemble pour un meilleur accès à la terre

Mars 2015
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Doit-on se résoudre à observer passivement la disparition grandissante des terres agricoles en Belgique ? Avec Terre-en-Vue, des citoyens et des associations se mobilisent pour dire non ! Il est urgent d’enfin agir ensemble pour un meilleur accès à la terre !

Corentin Dayez

L’agriculture, tout le monde s’en fout…

terre-en-vueC’est sans doute ce que se disent ceux qui spéculent sur les terres agricoles. Dans une indifférence quasi générale, ils transforment tranquillement les meilleures terres en terrains de golf, en centres commerciaux, en terrains de chasse ou en terrains à bâtir. Cette logique purement marchande préoccupe le mouvement Terre-en-Vue : avec l’explosion actuelle des prix à l’hectare, il devient pratiquement impossible de maintenir une activité de production alimentaire saine et durable sur le territoire belge.

La terre agricole gérée comme un bien commun

Face à cette logique mortifère, des citoyens membres de Terre-en-vue s’efforcent d’acquérir collectivement des terres agricoles en mobilisant de l’épargne autour d’eux. Une fois acquises, elles sont ensuite louées à des personnes inscrites dans un modèle de production paysan. Ce modèle de gestion de la propriété est d’un genre radicalement nouveau ! À la place du « chacun pour soi », il s’agit d’un portage collectif et non spéculatif de la propriété, garanti sur le long terme : en effet, une fois achetées collectivement, ces terres ne pourront plus jamais être vendues mais seulement louées à des agriculteurs qui s’engagent pour un modèle agricole durable. L’usage des terres prime ainsi sur la propriété. Un usage déterminé par les citoyens détenteurs d’une part de la coopérative, qui parviennent ainsi à devenir acteurs du système alimentaire.

Le projet des deux Yannick à Soignies

En Belgique, l’accès à la terre pour les jeunes maraîchers est très compliqué. J’ai eu beaucoup de chance de trouver une terre près de chez moi, mais qui reste limitée dans la durée, parce qu’elle est dépendante du fermier qui occupe la terre et qui est lui-même en location.

Yannick Bette

Il est très difficile de trouver des terres sur le long terme. Pour l’instant, Yannick et moi, on a des locations renouvelables chaque année. Dans ces conditions, il est difficile de faire des investissements par exemple pour l’arrosage, pour construire un hangar ou une cellule froide pour conserver les légumes d’hiver.

Yannick Hostie

On a décidé de soutenir un projet concret, puisque dans nos groupements d’achat on a deux producteurs, les deux Yannick, qui sont des exemples vivants de petits producteurs qu’on souhaite soutenir pour pérenniser une agriculture durable, qui préserve l’environnement, qui préserve des liens sociaux, qui préserve une alimentation saine et durable dans le temps.

Marylise Ledouble, membre du groupe Terre en vue de Mons-Ath.

On crée vraiment de l’emploi dans notre région… De l’emploi qui va nous servir puisqu’on va manger leurs légumes. On est tous gagnants ! On a donc décidé de les aider à trouver la terre et de l’acheter avec la coopérative Terre-en-vue, pour que l’activité de ces maraîchers puisse continuer et pour que le jour où eux arrêtent, d’autres puissent continuer.

Alain Verhoeven, membre du groupe Terre en vue de Mons-Ath.

Une action qui se structure

Acheter des terres, c’est important mais il faut aussi réfléchir à des réponses plus structurelles à apporter à la problématique de l’accès à la terre et à la promotion d’un modèle paysan viable sur le plan économique. C’est pourquoi l’asbl Terre-en-Vue s’est donné trois missions :

  • l’accompagnement de projets agricoles d’installation et de transmissions de fermes ;
  • la création et l’animation d’un réseau d’associations et de citoyens partenaires qui dynamisent le débat public autour des thématiques liées à l’accès à la terre ;
  • le développement d’une expertise citoyenne relative à l’accès à la terre et à la protection des terres nourricières.

Réfléchir ensemble

Le mouvement, fort de son expérience, élabore un plaidoyer et des propositions politiques. Mais Terre-en-Vue ne travaille pas en « vase clos ». Au contraire, le plaidoyer se nourrit des rencontres, des échanges et des discussions fondamentales qu’il suscite et anime entre acteurs directement concernés. A l’instar des « rencontres TupperTerre », où se croisent propriétaires, agriculteurs et les personnes désireuses de se lancer en agriculture, l’important, c’est de poser des choix collectifs ! Dans son sillage, Terre-en-Vue nous engage à prendre part à un véritable mouvement démocratique qui donne à chacun un rôle à jouer compte tenu de ses moyens et de ses capacités.

La première ferme urbaine agro-écologique à Bruxelles

En 2010 s’installe une ferme urbaine spécialisée dans l’agriculture maraîchère à Neder-Over-Hembeek. Les résultats sont étonnants : chaque semaine de mai à décembre 2013, la ferme fournit ses légumes bios. Les clients sont 3 GASAP (groupement d’achat et de soutien à l’agriculture paysanne), composés d’une quarantaine de familles (paniers de 7 à 8 légumes pour 2 à 4 personnes). Ce projet a comme objectif principal d’initier et de former quatre jeunes peu qualifiés au métier de maraîcher et à l’entretien de jardins potagers. Depuis ce début d’année 2014, la ferme a dû déménager. Mais le projet continue et s’est recentré sur le terrain de la «bergerie» situé dans le quartier du Val Maria.

ferme-urbaine

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