Coopealnor : une alternative face au rouleau compresseur des multinationales

Septembre 2014
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Au Brésil, les « petits propriétaires » sont une espèce en voie de disparition. Les géants de l’agroalimentaire mettent en effet le grappin sur un nombre toujours croissant de surfaces cultivables. Seuls quelques irréductibles paysans parviennent à résister à cette tendance. Parmi eux, Coopealnor, une coopérative partenaire d’Oxfam. Peuvent-ils vraiment résister à la toute-puissance des multinationales ? Pour le savoir, nous avons interviewé Josete da Silva, la directrice de la coopérative.

Propos recueillis par Roland d'Hoop

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Déclics : Y a-t-il un risque de voir disparaître les « petits paysans brésiliens » au profi t des grands propriétaires ou des multinationales ?

Josete da Silva : Oui, ce risque est bien réel. Les grandes entreprises achètent toutes les terres dans la région pour y planter du maïs transgénique ou des pins Eucalyptus.

Déclics : Quelles sont les raisons pour lesquelles les producteurs d’oranges vendent leurs terres ?

Josete da Silva : Il y a plusieurs raisons, dont la plus courante est un manque de motivation des petits agriculteurs. Ils ne parviennent pas à s’en sortir avec le prix qu’ils reçoivent, ils ne sont pas assez soutenus par le gouvernement. Celui-ci met bien des incitants en place, mais cela vient trop tard et y accéder n’est pas toujours facile..

Déclics : Les membres de Coopealnor sont-ils en mesure de faire face aux fl uctuations du prix de l’orange ?

Josete da Silva : c’est diffi cile, mais ils résistent mieux grâce à la diversification des cultures. En plantant d’autres variétés de fruits ainsi que des céréales et des tubercules, ils parviennent à s’en sortir.

Déclics : Comment les encouragez-vous à passer au bio ?

Josete da Silva : Nous organisons des formations, nous fournissons une aide technique et des espaces pour stocker leur production.

Déclics : Quels sont les avantages du commerce équitable pour les agriculteurs ?

Josete da Silva : Ils sont nombreux. Il y a d’abord la possibilité d’avoir un accès au marché d’exportation, en garantissant un prix juste. Il y aussi la prime qui est distribuée pour des projets communautaires. Enfin, nous offrons un soutien à des paysans assez pauvres, qui n’auraient jamais la possibilité de vendre leur production ailleurs. Notre coopérative fonctionne de manière démocratique, chaque membre peut donner son avis et prendre part aux décisions.

Coopealnor en quelques mots

La plupart des oranges brésiliennes viennent de l’Etat de São Paulo. A perte de vue s’étendent de gigantesques plantations industrielles d’orangers.

Les producteurs de l’Etat de Bahia, dans le Nord- Est, sont moins bien armés pour faire face à cette concurrence : ils sont plus pauvres, leurs lopins de terre sont plus petits, leur région est décentrée, le climat est moins avantageux…

C’est dans ce contexte que Coopealnor est née. La coopérative veut soutenir une agriculture familiale de qualité en prônant l’agriculture biologique. Un défi quotidien dans un pays où l’agriculture industrielle règne en maître.

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Plus de 20 ans d’existence et déjà quelques succès !

La coopérative Coopealnor voit le jour en 1993, quand 28 producteurs décident de se regrouper pour renforcer leur position dans les négociations commerciales. Aujourd’hui, la coopérative compte 75 membres dont 32 ont reçu le label bio. Chaque membre possède une moyenne de 11 hectares de terres sur lesquelles de nombreuses espèces sont cultivées : oranges, noix de coco, fruits de la passion, manioc, haricots et maïs. Environ la moitié de la production est vendue dans le marché du frais local, tandis que l’autre moitié va à l’industrie pour être transformée et exportée. Cette diversifi cation du marché et des cultures assure une plus grande stabilité de revenus aux membres de Coopealnor.

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Motiver les jeunes, tout un défi !

Coopealnor veut inciter les jeunes à s’engager dans l’agriculture, mais ce processus est lent : « les enfants des producteurs ne se sentent pas encouragés à rester sur leurs terres », explique Josete da Silva. « Il y a le manque de sécurité, la violence contre les femmes … Beaucoup de jeunes sont partis vers les grandes villes, se sont mariés. Nous essayons de sensibiliser les parents afi n qu’ils encouragent leurs enfants à travailler dans l’agriculture. Cela prend du temps, il faut changer les mentalités… ».

Des paysans mieux armés face aux risques du marché !

Depuis fi n 2013, la coopérative exporte elle-même le concentré du jus d’orange. De cette façon, elle peut négocier directement avec les clients potentiels, sans l’intervention d’un tiers. Ainsi, elle contrôle une grande partie de la chaîne et peut garder une plus grande part de la marge bénéfi ciaire. Tout profit pour les paysans !

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