Dans le Sud aussi, des communes se lancent dans l’aventure du commerce équitable

Juin 2018
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Faire rayonner la campagne « fair trade towns » dans les pays du Sud n’est pas aussi simple que dans les pays du Nord. En eff et, les acteurs de la société civile travaillent très peu sur la thématique du commerce équitable. En général, le concept de commerce équitable est donc très peu connu des citoyen.ne.s qui ne sont pas conscient.e.s de leur pouvoir de changement en tant que consommateurs·trices. Le point sur la situation au Brésil, au Liban, au Cameroun et en Corée du Sud.

Sophie Duponcheel

« Fair trade towns », un moteur pour le Liban

Au Liban, le commerce équitable prend de plus en plus d’importance tant pour les citoyen·ne·s que pour les producteurs·trices du pays. La campagne « fair trade towns », soutenue par Fair Trade Lebanon, est active depuis active depuis 2013. Fair Trade Lebanon (la plate forme principale du commerce équitable depuis 2006) soutient les activités des coopératives et permet l’ancrage des produits sur le marché local et international.

Le Liban est un pays qui regroupe plus de 18 ethnies différentes où plus d’un quart de la population est composée de réfugié·e·s fuyant les pays voisins. Dans ce contexte, la campagne “fair trade towns” permet de favoriser des liens sociaux et économiques entre les différentes communautés, l’échange de produits, le rassemblement de militant·e·s d’origines différentes et le développement d’une plateforme de solidarité et de soutien mutuel. La mobilisation citoyenne autour du commerce équitable est devenue un moyen d’unir les efforts pour lutter contre les injustices et pour améliorer les conditions de vies de leurs propres communautés. Au Liban, la campagne est donc synonyme de changement. Régina, Libanaise de 22 ans, explique : « Le commerce équitable est un outil concret de changement et de développement pour les producteurs·trices de la région.. Dans mon village de Baskinta, le commerce équitable permet de lutter contre les injustices, les inégalités et permet également aux paysan·ne·s de rester sur leur terre et de pérenniser leurs activités ».

Journée internationale du Commerce Equitable en 2016 où plusieurs producteurs·trices de différents pays étaient invité·e·s.

Brésil : le commerce équitable, une notion à faire connaître et à étendre aux produits locaux

Au Brésil, de grandes multinationales spécialisées dans l’agroindustrie écrasent la production de l’agriculture familiale et le commerce équitable est très peu connu des Brésilien.ne.s. Dès lors, le grand défi est de renforcer et d’appuyer les petits producteurs·trices afi n de leur donner un accès au marché local et dans un deuxième temps de sensibiliser les Brésilie·ne·s à une consommation responsable et durable.

Actuellement, Poços de Caldas et Rio de Janeiro ont reçu le titre de « fair trade town », tandis que Boa Esperança (Minas Gerais – Sud-Est du pays) est la troisième ville brésilienne en route vers le titre. Andre Reis, président de la « Cooperativa Dos Costaset » et membre du comité de pilotage de Boa Esperança témoigne de l’importance de cette campagne : « Pour notre coopérative, c’est un honneur de pouvoir mener ce processus au niveau local. Il est de plus en plus important de repenser le commerce équitable dans nos localités afi n de mieux comprendre ce que signifi e cultiver et commercialiser le café et d’autres produits avec solidarité et durabilité ».

Au Cameroun, on mise sur la participation des femmes et des jeunes

Au Cameroun, la campagne existe depuis 2014, avec Ebolowa comme première ville à avoir reçu le titre de « commune du commerce équitable ». Il s’agit de la 3ème du continent africain, après deux autres villes au Ghana. La campagne Camerounaise s’est adaptée aux réalités et enjeux du pays et se différencie donc de la campagne au niveau international. Le coordinateur de la campagne explique : « Au Cameroun, les producteurs·trices souhaitent voir plus d’initiatives de type « fair trade towns campaign» car celle-ci permet d’avoir un meilleur accès au marché local et donc d’améliorer leurs conditions de vie». Comme en Belgique, ils ont décidé d’ajouter un 6ème critère : associer les femmes et les jeunes à la démarche « fair trade towns ». Ce critère permet de s’assurer que la diversité de la société camerounaise soit représentée dans les groupes de pilotage de campagne dans un pays où le contexte ne le permet pas toujours. L’exemple du Cameroun – tout comme celui du Brésil – montre l’importance de pouvoir adapter les critères de la campagne aux enjeux et réalités de chaque pays, pour la rendre plus efficace et porteuse.

Coteaux Heliopolis : du vin équitable à la place du pavot et du cannabis Au nord de la Bekaa, en 2000, des agriculteurs/trices de 11 villages de la région ont créé la coopérative des coteaux d’Héliopolis, grâce à un appui technique et des subventions du département français de l’Oise. L’objectif était de s’organiser autour d’une activité légale et lucrative pour abandonner la culture de plantations illicites. Résultat : des cépages de Syrah, Cabernet-sauvignon, Tempranillo et Caladoc, certifiés équitables, ont remplacé les cultures de pavot et de cannabis et font vivre 250 agriculteurs/trices dans cette région reculée du Liban.

En Corée du Sud, le commerce équitable est une alternative à déployer tant dans le Nord que dans le Sud

En Corée du Sud, la campagne a débuté en 2010 avec Incheon comme première « fair trade town ». En deux ans, de nombreuses organisations de commerce équitable se sont rassemblées pour former le réseau KFTO (Koera Fair Trade Organisation). Séoul, cette immense ville de plus de 10 millions d’habitant·e·s, est candidate au titre de « fair trade town ». La capitale coréenne est sans doute la seule ville au monde qui possède un magasin de commerce équitable à l’intérieur de l’hôtel de ville. Appelé ‘Village du Monde’, il est animé par chaque organisation de commerce équitable qui organise chaque mois des ateliers et des galeries de commerce équitable sur ses propres produits ou producteurs·trices avec lesquels elle travaille.

Kangbaek Lee, directeur Executif de KFTO (Korea Fair Trade Orgnization), explique l’origine de sa démarche : « Après la guerre de Corée, nous avons reçu une aide étrangère. Depuis cette période, la population coréenne est demandeuse de soutenir des projets et causes proche de l’humain comme le commerce équitable. Nous essayons de faire connaitre le commerce équitable dans notre pays grâce aux ambassadeurs·drices du commerce équitable afin de déployer les messages à travers les différentes communautés telles que les écoles et les églises par le biais d’ateliers pédagogiques. Nos politiques sont aussi très ouvertes au concept de commerce équitable et le voient comme la clé de l’avenir. Toutefois, le commerce équitable ne fait pas toujours l’unanimité.

Nous souhaitons impliquer davantage d’acteurs et de villes dans la campagne « fair trade towns ». Pour cela, nous avons été fort inspiré par la campagne belge et nous pensons élargir le commerce équitable vers les produits de chez nous. Pour nous, prendre en compte les producteurs locaux permettrait d’attirer et de convaincre les autorités locales à travailler sur la consommation et la production responsable via les « fair trade towns ». Nous y travaillons cette année afin de concrétiser cette volonté en 2019. Cela permettra de répondre tant aux enjeux agricoles du Nord que du Sud. Notre enjeu est vraiment de déployer la campagne (encore très peu connue des citoyen·ne·s) à travers le pays. »

 

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